Lamartine : « L'enthousiasme fanatique et double de la République que je fonde et de l'ordre que je sauve. »
Citation du jour

 

3e jour. Lamartine a sa place, dans l’Histoire en citations. On connaît le poète, on oublie à tort l’homme politique. Le plus sympathique, le plus sincère, humain et généreux de ces présidents uchroniques, abandonne son œuvre et ses droits d’auteur pour se mettre au service du peuple et de la gauche, avant de se retirer en bon perdant, ridiculisé par Louis-Napoléon Bonaparte qui lui « vole la place ».

« L’enthousiasme fanatique et double de la République que je fonde et de l’ordre que je sauve. »2145

Alphonse de LAMARTINE (1790-1869), chef du gouvernement provisoire, 24 février 1848

XIXe siècle : les grands auteurs français du programme (1968), André Lagarde et Laurent Michard.

Entré en politique avec la révolution de 1830 qui met fin à la Restauration, l’auteur doit continuer d’écrire pour des raisons financières - et c’est une œuvre d’historien qui le mobilise (son Histoire des Girondins).

Député du « juste milieu » gouvernemental, il diagnostique le mal du pays en 1839 : « La France est une nation qui s’ennuie. » Et s’adressant au roi : « Vous avez laissé le pays manquer d’action. »

1843. Il prend la tête de l’opposition de gauche à la Monarchie de Juillet, avec son discours du 27 janvier : « Périssent nos mémoires, pourvu que nos idées triomphent ! Ce cri sera le mot d’ordre de ma vie politique. » Il jouit d’une immense popularité, au grand dam de Louis-Philippe qui voit venir le pire pour son trône : « Ne me parlez pas des poètes qui parlent de politique ! »

De fait, Lamartine conduit le peuple à une nouvelle révolution, rendue inévitable par l’aveuglement des conservateurs au pouvoir (long et dur ministère Guizot). Orateur de plus en plus écouté, député sans parti, le voilà porté au pouvoir en février 1848, par une sorte d’unanimité dont la fragilité et l’ambiguïté vont éclater dans les semaines à venir. La Deuxième République le mobilise à plein temps et plein cœur, pendant quelques mois, par idéal et sans aucune ambition personnelle. Il va le prouver.

Toutes les citations qui suivent
sont commentées dans nos Chroniques.

« Le drapeau rouge que vous nous rapportez n’a jamais fait que le tour du Champ de Mars, traîné dans le sang du peuple en 91 et 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie ! »2146

LAMARTINE, chef du gouvernement provisoire, derniers mots de son discours du 25 février 1848

La veille, il a accepté la proclamation de la République comme un fait acquis. Mais il refuse l’adoption officielle du drapeau rouge. Seul des onze membres du gouvernement, il affronte la foule armée qui cerne l’Hôtel de Ville.

« On se redit, pendant un mois, la phrase de Lamartine sur le drapeau rouge, « qui n’avait fait que le tour du Champ de Mars tandis que le drapeau tricolore », etc. ; et tous se rangèrent sous son ombre, chaque parti ne voyant des trois couleurs que la sienne – et se promettant bien, dès qu’il serait le plus fort, d’arracher les deux autres. »2147

FLAUBERT, L’Éducation sentimentale (1869)

Le romancier voit juste, avec le recul du temps : la confusion et l’enthousiasme des premiers jours masquent toutes les incompatibilités d’opinion. Et Lamartine est trop idéaliste pour voir la réalité politique.

« J’ai conspiré comme le paratonnerre conspire avec la foudre pour en dégager l’électricité ! »2166

LAMARTINE, à qui l’accuse d’avoir été l’ami des agitateurs Blanqui et Raspail, séance du 12 juin 1848

Fidèle à l’idéal démocratique, il refuse de jouer le rôle que l’assemblée conservatrice attend de lui et d’entrer en guerre ouverte contre le peuple de gauche. Ce courage lui coûtera sa place présidentielle et le perdra.

« Oui, quand même le peuple choisirait celui que ma prévoyance, mal éclairée peut-être, redouterait de lui voir choisir, n’importe : Alea jacta est ! Que Dieu et le peuple prononcent ! »2185

LAMARTINE, Assemblée constituante, 4 novembre 1848

Il défend le suffrage universel inscrit dans la Constitution du 12 novembre. Résultat ? Le « citoyen Bonaparte », populaire et démagogue, élu président par 75 % des votants (5,5 millions de voix). Déroute de Lamartine (17 914 voix).

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