Toutes les citations font partie de notre collection en 10 volumes. Vous y retrouverez les commentaires en intégralité.

histoire en citations

I. Gaule et Moyen Âge (citations 1 à 385)

Gaule (VIè s.av.J.-C.-481)

Plus de mille ans d’histoire en moins de 50 citations. Loin des clichés et des BD, voici les origines de la France. Une Chronique à (re)découvrir.

1. Prologue. Période soi-disant ingrate, personnages et faits remis en doute, mots d’auteur rarissimes… Mais c’est le début du récit national et nous relevons le défi : vous faire aimer la Gaule !

2.  Gaulois (Celtes) contre Romains : une tribu d’envahisseurs barbares affronte la plus vénérable civilisation de l’Antiquité.

3. Vercingétorix contre César : notre premier héros est un guerrier de 20 ans, vaincu par le plus grand général romain à Alésia (52 av. J.-C.). Fin de la « guerre des Gaules ».

4. La Pax romana imposée par l’Empire romain dure trois siècles, mais cette belle civilisation gallo-romaine est confrontée au christianisme qui fait des martyrs (telle sainte Blandine) et pénètre la Gaule, jusqu’à devenir religion d’État en 391.

5. Les Grandes Invasions du Ve siècle : diverses tribus barbares déferlent à nouveau en Europe et défient l’empire romain. Attila, le chef des Huns, pille la Gaule et reste comme le « Fléau de Dieu ».

6. Après la chute de l’Empire romain (476), la tribu des Francs s’impose aux autres peuples d’une Gaule avide de paix. Clovis, leur chef, devient roi en 481 et les Gaulois prennent alors le nom de Francs (hommes libres).

Moyen Âge (481-1483)

Mille ans d’histoire comme la Gaule, époque complexe et bien documentée, grâce aux chroniqueurs contemporains et aux médiévistes. Division classique en trois périodes, de la fin de Ve siècle encore vécu « à la gauloise » jusqu’à la fin du XVe siècle qui annonce la Renaissance française. À découvrir en 336 citations.

1. Mérovingiens et Carolingiens

7. Prologue. Mérovingiens et Carolingiens, nom donné aux deux premières dynasties des rois francs qui gouvernent la (future) France. La société médiévale prend forme, déjà très codée et hiérarchisée (« Ceux qui prient, ceux combattent, ceux qui travaillent »).

8. Deux personnages incarnent chacun leur dynastie : Clovis et Charlemagne. Reflets des mœurs du temps, ils contribuent aussi à les changer : moins de violence et plus de civilisation. La religion joue un rôle capital dans cette évolution.

9. Clovis (petits-fils de Mérovée), premier roi mérovingien, né barbare et païen brutal (cf. le vase de Soissons), converti par opportunisme, baptisé à Reims (25 décembre 496), finit bon chrétien et mari de (sainte) Clotilde.

10. La dynastie des Mérovingiens finit mal. La faiblesse des « rois fainéants » fait la force des « maires du palais » (tel Charles Martel), mais d’autres rois s’imposent, Pépin le Bref (le Nain) et son fils Charles, futur Charlemagne. La défaite de son armée contre les Sarrazins, magnifiée par la Chanson de Roland, fait date dans le récit national.

11. Charlemagne promeut une « Renaissance carolingienne » en Europe, bien avant d’être sacré empereur à Rome, en 800. Apothéose personnelle d’un personnage plus intéressant que sa légende : pas de « barbe fleurie », mais un homme épris de science et de culture.

12. Empire carolingien démembré entre les successeurs, menacé par des envahisseurs (jusqu’au siège de Paris par les Vikings ou Normands, 886), affaibli de l’intérieur par les Grands. Ils finiront par élire roi le fils d’un puissant maire du palais, Hugues, surnommé Capet, premier d’une dynastie qui va régner jusqu’à la Révolution !

2. Capétiens directs

13. Prologue. Les relations entre roi et seigneurs sont codifiées, mais les grands féodaux sont puissants. Chevalerie et religion font la loi et les croisades. Le tournant de l’an mille affole un peuple superstitieux, mais la vie reprend son cours de plus belle - c’est le « printemps du monde ».

14. Personnages de Philippe Auguste et Saint-Louis. Incarnation exemplaire de la royauté capétienne au XIIIe siècle, ils méritent leur réputation, au-delà d’une part de légende admise dans le récit national réécrit au XIXe siècle.

15. Hugues Capet, premier Capétien. Fils d’Hugues le Grand (dit le « faiseur de rois »), élu avec appui de l’Église, il fait élire et sacrer son fils, rendant la monarchie héréditaire (jusqu’à Louis XVI). Guillaume de Normandie, « le Bâtard » devenu « le Conquérant », s’impose en roi d’Angleterre. Fierté de la Normandie, mais que de guerres à venir !

16. Le Moyen Âge très chrétien devient le temps des croisades. Urbain II prêche la première en 1095, Jérusalem est reprise aux musulmans par les chrétiens (1099). Au total, huit croisades et une série de massacres. Autre combat contre l’« hérésie » cathare dans le Midi : tragique croisade contre les Albigeois, au début du XIIIe siècle.

17. Deux rois contribuent au redressement capétien. Philippe-Auguste triomphe de ses vassaux coalisés avec l’ennemi anglais (Bouvines, 1214). Le pays s’agrandit par mariage ou héritage et par conquête, il impose sa justice et sa monnaie. Louis IX, ex-enfant roi couvé par sa mère Blanche de Castille et futur saint, acquiert une autorité morale unique en Europe.

18. Philippe IV le Bel réforme (législation, justice, fiscalité) et crée les états du royaume (futurs états généraux). Au passif du règne, mutations monétaires du roi « faux-monnayeur » et liquidation de l’ordre des Templiers. On règle la crise dynastique par le principe de masculinité (« loi salique ») pour écarter le roi d’Angleterre.

3. Premiers Valois

19. Prologue. Le choix de Philippe VI de Valois déclenche la « Guerre de Cent ans » contre les Anglais, l’occupation du territoire et la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons (alliés aux Anglais). Haï des grands féodaux, proche du petit peuple, réaliste et rusé, Louis XI se révèle un grand roi de France.

20. Petit royaume en grand péril. Édouard III d’Angleterre revendique le titre de roi de France en 1337. Édouard et son fils, le Prince Noir, battent les Français à Crécy (1346) et à Poitiers (1356). La guerre de Succession de Bretagne et la Grande Peste apparue à Marseille (1348) ajoutent aux malheurs de la France.

21. Paris se soulève avec son maire Etienne Marcel (1358), les Jacques (paysans) se révoltent contre les impôts qui financent la guerre. Charles V le Sage rétablit l’autorité royale et du Guesclin, capitaine promu Connétable, chasse l’ennemi anglais. Mais tout semble perdu avec Charles VI le Fou et la régence d’une mère indigne, Isabeau de Bavière.

22. Jeanne d’Arc, héroïne providentielle. Forte de sa foi, la Pucelle (17 ans) redonne confiance au petit « roi de Bourges » et courage à l’armée, délivre Orléans, ouvre la route du sacre à Charles VII, mais échoue devant Compiègne. Vendue aux Anglais, sitôt jugée, condamnée et brûlée vive (1431), bergère ou princesse, elle entre dans la légende.

23. Charles VII reconquiert la Normandie. Réconcilié avec Philippe le Bon, puissant duc de Bourgogne, il « boute » les Anglais hors de France : fin de la guerre de Cent Ans. Père de 13 enfants dont un fils comploteur (futur Louis XI), il est follement épris d’Agnès Sorel - cette première favorite royale a une bonne influence politique.

24. Le Moyen Âge finit bien, sous Louis XI (1461-1483). Les campagnes se repeuplent, les foires se multiplient, l’imprimerie se répand. Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, s’allie au roi d’Angleterre, se joint aux coalitions de féodaux et meurt sous les murailles de Nancy (1477). Louis XI peut enfin agrandir le royaume sans plus de guerre et renforcer son autorité en même temps que l’unité nationale.

II. Renaissance et guerres de Religion - Naissance de la monarchie absolue (citations 386 à 742)

Renaissance et guerres de Religion (1483-1589)

En un siècle, la France va passer du beau XVIe siècle de la Renaissance culturelle et du rêve italien incarné par François Ier, Roi Chevalier, au cauchemar des guerres de Religion, symbolisé par la Saint-Barthélemy. Tous les Grands du royaume seront impliqués, beaucoup meurent en combattant ou assassinés – jusqu’à Henri III, en 1589.

25. Prologue. La France nouvelle est chantée par Marot et les poètes de la Pléiade (Ronsard, du Bellay), la langue française l’emporte sur le grec et le latin, la fonction royale est valorisée, avec la cour et le mécénat culturel.

26. Prologue (fin). Économie et société se retrouvent au cœur du débat plus ou moins critique, les inégalités deviennent choquantes, mais le commerce prospère, avant que la guerre religieuse ne brise cet essor.

27. La Renaissance commence avec Charles VIII dit l’Affable, fils bien différent de son père Louis XI.  Il succombe aux mirages de l’Italie, épouse Anne de Bretagne (bonne affaire pour la France) et meurt accidentellement à 28 ans. Louis XII se lance à son tour dans des guerres italiennes aventureuses.

28. La Renaissance « de » François Ier. Trente ans de règne (1515-1547), personnage flamboyant, il s’illustre à Marignan (1515), avec le chevalier Bayard. Maître de l’Église, de l’armée, des finances, de la justice, le roi impose sa volonté au Parlement. Les Grands sont mis au pas.

29. Suite du règne moins heureuse, avec le désastre de Pavie (1525). Charles Quint, maître de l’Allemagne et de l’Espagne, se joint aux adversaires de François Ier dans les guerres d’Italie. Luther remet en question l’Église catholique. Mais la France reste prospère et Cartier découvre le Canada.

30. Sous Henri II, le mirage italien opère encore, victoires et défaites alternées pour rien, jusqu’au traité de Cateau-Cambrésis (1559). Les nouvelles idées religieuses se répandent, la « secte hérétique pullule » et Calvin en prend la tête. L’Église réformée de France est fondée (1559).

31. Guerres de Religion (1559-1589). Le royaume est divisé en deux peuples, deux religions : huguenots hérétiques contre papistes idolâtres. Après l’accident de tournoi fatal à Henri II, Catherine de Médicis (régente) et son chancelier Michel de l’Hospital parient encore sur la tolérance et la paix.

32. 1562, massacre de Wassy. La première des huit guerres de Religion commence. Ronsard, catholique ardent et poète engagé des « misères de ce temps », est préposé à l’éducation du jeune Charles IX. Catherine de Médicis a compris que la paix n’est plus possible. Elle sera naturellement du côté catholique.

33. Saint-Barthélemy, 24 août 1572. Les protestants sont venus à Paris, pour les noces d’Henri III de Navarre (futur Henri IV) avec la reine Margot (sœur de Charles IX). Ce mariage déclenche le massacre. Des milliers de morts en une nuit, le fanatisme gagne tout le pays et renforce l’armée protestante.

34. « Tuez-les tous ! » Charles IX avait donné l’ordre, suivant la politique de sa mère qui n’a plus qu’une obsession, assurer l’autorité de ses fils. Il meurt à 23 ans, miné par le remords (et la tuberculose familiale). Henri III, le fils préféré, prend sa place dans un pays en pleine guerre civile.

35. Henri III affronte quatre guerres de Religion, prétexte aux ambitions politiques dans une France ingouvernable. De grandes voix témoignent en vain, Ronsard en poète, Montaigne en philosophe. Mais à la mort du dernier fils de Catherine, Henri de Navarre devient l’héritier présomptif du trône…

36. La Ligue ultra catholique soulève Paris (première Journée des Barricades, 12 mai 1588) contre le roi allié à son cousin huguenot, Henri de Navarre - alliance contre nature en France très catholique et le tyrannicide est dans l’air de ce temps fanatique. Henri III va le payer de sa vie.

Naissance de la monarchie absolue (1589-1643)

Cette période couvre deux règnes - Henri IV et Louis XIII (uni à Richelieu dans le « ministériat »). Elle aboutit au siècle de Louis XIV, premier (et seul) roi absolu de l’Histoire.

37. Prologue. Le pouvoir royal se renforce, codifié par les juristes, incarné par de vrais hommes d’État (Henri IV et Richelieu), mais limité par la force des choses, l’économie qui peine à redémarrer, les paysans qui se révoltent contre la misère et les Grands qui se rebellent à l’occasion.

38. Prologue (fin). Religion, société, lettres, guerre, tout fait débat philosophique et intellectuel. De même, le personnage d’Henri IV, Vert Galant à la vie amoureuse mouvementée, aimé du petit peuple, mais anticonformiste, choquant par sa liberté d’allure et de mœurs.

1. Règne d’Henri IV (1589-1610)

39. Un trône à conquérir. Roi protestant d’une France catholique, il se bat avec son « panache blanc », des villes se rendent, mais Paris résiste. Les excès des ligueurs catholiques, leur lien avec l’Espagne ennemie, le bon sens du peuple, le nouveau parti des Politiques vont finalement jouer en sa faveur.

40. La conversion du 25 juillet 1593. Dieu sait que ce n‘est pas la première fois, mais c’est la dernière et la bonne ! Acte purement politique d’un roi sans conviction religieuse, décidé à s’imposer et bien conseillé par Sully - « la couronne vaut bien une messe ».

41. 1598. Heureuse année ! L’édit de Nantes pacifie les relations entre catholiques et protestants, le traité de Vervins met fin à la guerre avec l’Espagne. Henri IV a désormais plus de temps pour contrer les Parlements provinciaux et autres corps intermédiaires, s’occuper de ses maîtresses successives et de la « poule au pot » des paysans.

42. Bon père de famille et accumulant les bâtards, divorcé de la reine Margot et mal remarié à Marie de Médicis, Henri IV échappe à une série d’attentats avant de mourir, poignardé par Ravaillac (1610). Il entre dans la légende qui fait de lui le plus populaire de tous nos rois.

2. Règne de Louis XIII (1610-1643)

43. Enfant de neuf ans à la mort de son père, Marie de Médicis assure la régence. C’est le règne de favoris indignes et de ministres incapables (Concini, Luynes). Les Grands profitent de la faiblesse du pouvoir et de la « guerre » entre la mère et le fils qui veut régner sans en être capable.

44. Louis XIII et Richelieu, deux personnages totalement différents et complémentaires, unis dans le « ministériat » pour restaurer la puissance de l’État - un cas unique dans l’histoire de France.

45. Premières manifestations d’autorité du cardinal. Richelieu réduit les prétentions des Grands et interdit à la noblesse le jeu dangereux des duels, punis par la peine capitale. Il brise la puissance des protestants alliés à l’Angleterre, leur enlevant La Rochelle après plus d’un an de siège (1628).

46. Le roi soutient son ministre envers et contre tout. Nommé « principal ministre d’État », Richelieu triomphe de la reine mère (1630, journée des Dupes) et confond impitoyablement tous les comploteurs trouvant appui auprès du frère du roi, Gaston d’Orléans, et de la reine Anne d’Autriche.

47. Le ministériat triomphe de toutes les oppositions. Les complots sont déjoués à tous niveaux, la raison d’État s’impose et malgré la censure, la France, plus forte, rayonne en Europe par ses arts et ses lettres - Corneille, Descartes, Académie française.

48. Heurs et malheurs d’une fin de règne. Naissance du Dauphin espéré (futur Louis XIV), ruine de la maison d’Autriche par la guerre « couverte » (diplomatie), puis « ouverte » (les armes). Mais l’impopularité du cardinal grandit et le dernier complot (affaire Cinq-Mars) est cruel pour Richelieu comme pour Louis XIII. Épuisés, ils meurent à six mois d’intervalle (1642-1643).

III. Siècle de Louis XIV (citations 743 à 949)

Avant le règne personnel de Louis XIV (1643-1661)

Louis XIV est un enfant de 5 ans à la mort de son père. Succédant à Richelieu, Mazarin est confirmé comme « Principal ministre » par la régente Anne d’Autriche. Quelque 6 500 pamphlets (mazarinades) diront l’impopularité du nouveau maître de la France et de sa « pute de reine ».

49. Prologue. La Fronde (1648-1652). Une des périodes les plus amusantes et brillantes de l’histoire (selon Michelet), elle porte au paroxysme la rébellion des Grands et des parlementaires, entraînant une partie du peuple contre l’absolutisme royal. La France se retrouve au bord de l’anarchie et de la ruine.

50. Deux personnages en tête de l’État. Mazarin, venu à bout de toutes les Frondes (parlementaire, princière et populaire), prépare le règne de Louis XIV. Il l’initie au métier de roi et lui laisse un État restauré. Détesté des Grands et du peuple, son impopularité rejaillit sur Anne d’Autriche, mère de l’enfant-roi et accusée (à tort) d’être sa maîtresse.

51. Dix-huit années résumées en deux termes, Fronde et impopularité du pouvoir. À retenir aussi, deux noms héroïques à suivre sur tous les champs de bataille : Turenne et le Grand Condé. Sans oublier le « petit prêtre », de Retz, incarnation de ces années folles, comploteuses et frondeuses.

52. Août 1648. La Fronde parlementaire commence et Paris lance la Fronde populaire (journée des Barricades). La guerre avec l’Allemagne finit bien (traité de Westphalie), mais laisse sans emploi Turenne et Condé qui se lancent dans la Fronde des Princes, cherchant à soulever la province.

53. Cardinal sans vocation religieuse et mémorialiste intrigant, de Retz joue son jeu contre Mazarin et relance la Fronde des princes. Mazarin a plus que jamais le rôle ingrat. Visé par quelque 6 500 pamphlets (« mazarinades ») et menacé de mort, il doit fuir la France, mais le pays adore son jeune Roi.

54. Condé prend la tête des rebelles, semant la terreur à Paris (journée des Pailles, 4 juillet 1652). L’opinion se retourne en faveur de Mazarin qui rétablit l’ordre. Il réussit le mariage espagnol de Louis XIV qui obéit à la raison d’État et à son initiateur. Mission accomplie, il meurt haï même de sa famille qui a pourtant profité de lui.

Règne personnel de Louis XIV (1661-1715)

Exceptionnel par sa longueur, son rayonnement culturel et par la toute puissance du personnage principal. Sa chronique offre un florilège de citations signées d’auteurs célèbres, à commencer par le Roi.

55. Prologue. La fonction royale. « L’État c’est moi » résume tout. Mot réputé apocryphe et pourtant prononcé par le jeune roi de 16 ans, face au Parlement de Paris invoquant l‘intérêt de l’État pour refuser de signer un édit financier.

56. Prologue (suite). La grandeur du règne. Passion pour la guerre qui fait partie du métier de roi, les victoires de la France contribuant à sa gloire. Goût du spectacle, des bâtiments (Versailles), des arts et lettres qui font le prestige du classicisme français en Europe.

57. Prologue (suite) La cour, les courtisans et les Grands. La cour est un instrument du pouvoir, les places sont très disputées, mais le vrai pouvoir (ministres, intendants, fermiers généraux, cadres militaires) revient à la bourgeoisie.

58. Prologue (fin) Finances, économie et société. La guerre coûte toujours plus cher et les impôts sont inégalement répartis. Le mercantilisme d’État promeut l’industrie et le commerce, l’argent fait la loi, mais le peuple souffre encore de famines. La religion (catholique) est sacrée, la justice est arbitraire.

59. Personnage de Louis XIV. Roi de droit divin, il incarne son règne absolument, idéalement et jusqu’à la caricature, dans une France majoritairement monarchique et catholique. Il fait son métier de roi jusqu’au bout, avec passion et raison. Mais le pouvoir et la censure n’excluent pas la critique.

60. Le « siècle de Louis XIV » commence vraiment avec le règne personnel (sans Premier ministre), à la mort de Mazarin. Le roi, déjà âgé de 22 ans, prend aussitôt le pouvoir de main de maître !

61. Premier acte d’autorité : disgrâce du surintendant Fouquet (1661), remplacé par Colbert, infatigable ministre à tout faire (sauf la guerre). C’est aussi la fin du jansénisme et de Port-Royal condamnés pour hérésie, et le déclin du grand Corneille qui fait place au jeune Racine, tragédien et courtisan surdoué.

62. La guerre de conquête recommence en 1667. Un demi-siècle durant, elle occupe le règne sur tous les tons et tous les fronts, avec Turenne et Condé, deux grands militaires rescapés de la Fronde.

63. En attendant le Versailles du Roi-Soleil, la vie littéraire (La Fontaine, Boileau), musicale (Lully) et théâtrale (Molière, Racine) dépend du mécénat royal. Cet art officiel engendre une série de chefs-d’œuvre - cas unique dans l’Histoire ! L’Europe encore baroque est fascinée par le classicisme français.

64. Le peuple (anonyme) chansonne les maîtresses royales et les ministres, Colbert, le plus actif, étant le plus impopulaire. L’Europe multiplie les coalitions contre les ambitions de la France, les guerres se succèdent pour la plus grande gloire du roi et le peuple vénère Turenne, héros de la guerre de Hollande.

65. 1682. L’Affaire des Poisons devient affaire d’État, impliquant les plus grands Noms, mais le roi étouffe le scandale. Dans la guerre religieuse avec le pape, son clergé (Bossuet) le soutient. Versailles est promu capitale de la France et du monde (civilisé), pour la plus grande gloire du Roi-Soleil.

66. 1683, tournant du règne. La mort de Colbert laisse place au clan Louvois et certaines critiques se font jour. Louis XIV, veuf et renonçant aux maîtresses, épouse la « veuve Scarron », Mme de Maintenon (gouvernante des enfants nés de la Montespan), cependant que la guerre sourit encore au roi.

67. 1685. Révocation de l’édit de Nantes, condamnée par tous les historiens, Voltaire en tête. La persécution des protestants est menée par Louvois, voulue par le roi (influencé par Mme de Maintenon) et soutenue par Bossuet. La majorité des Français l’approuve, y compris les grands noms du siècle.

68. L’éducation des femmes est un fait de société qui fait débat, au théâtre (avec Molière, l’École des femmes) comme à Saint-Cyr (avec Mme de Maintenon, femme de tête influente). De nouvelles guerres s’annoncent et la cour reste une institution classique, au double sens du mot.

69. Louis XIV s’est donné les moyens de ses ambitions : grands diplomates, réorganisation militaire (Louvois), puissante armée de métier (400 000 hommes en 1703), places fortes (Vauban). Mais l’Europe se coalise contre la France trop puissante, en 1688 : guerre de la Ligue d’Augsbourg (guerre de Neuf Ans ou guerre de la Grande Alliance).

70. Monarchie absolue tempérée par des chansons : l’humour français s’exprime, anonyme et bravant la censure, ne respectant ni la religion, ni la mort de Monsieur, frère du roi, notoirement homosexuel. Plus grave, le cadeau empoisonné du trône espagnol va déclencher une guerre européenne sans issue.

71. Terrible guerre de Succession d’Espagne : l’Europe se coalise une dernière fois contre la France, quand l’un des petits-fils de Louis XIV, le duc d’Anjou, devient roi d’Espagne (1701). Situation aggravée par le Grand Hiver de sinistre mémoire, même année que la sanglante bataille de Malplaquet (1709).

72. Fin de règne digne d’une tragédie, le roi fait son métier jusqu’à l’agonie. Les deuils se succèdent à la cour et Louis XIV, obsédé par la pérennité de l’État, n’a plus qu’un arrière-petit-fils de 5 ans pour lui succéder. Sa foi lui confère une nouvelle grandeur aux yeux des rares opposants (tel Saint-Simon), mais le peuple se réjouit ouvertement de sa mort.

IV. Siècle des Lumières (citations 950 à 1265)

Ce XVIIIe nous parle, quand le Siècle de Louis XIV, certes admirable, semble si lointain ! La Chronique n’a rien d’héroïque comme la Révolution ou l’Empire, mais son humour est sans égal. On moque une guerre perdue ou la mort des grands. Plus rien n’est sacré, surtout pas la religion ! Enfin, jamais la langue ne fut si bien écrite, parlée en Europe et « lumineuse », à l’image de cette civilisation française.

73. Prologue. Le roi, le gouvernement et la cour. Louis XV, jaloux de son autorité, croit encore à la monarchie absolue de droit divin, comme Louis XVI, mais le pouvoir est remis en question à tout niveau, la France est mal gouvernée, philosophes et privilégiés sont également critiques.

74. Prologue (suite). Anciens ordres et nouvelles classes. La noblesse et le clergé s’accrochent aux valeurs du passé, mais la « vile » bourgeoisie laborieuse prend sa revanche de futur « tiers état » et s’enrichit.

75. Prologue (suite). Économie, fiscalité, colonies. Inégalités sociales toujours plus choquantes, impôts injustes et ressentis comme tels, même par les classes privilégiées. Les réglementations entravent l’industrie et le commerce. Colonisation et esclavage sont enfin remis en question.

76. Prologue (suite). Mœurs et société. Sociabilité de règle, d’où la mode des cafés, des salons (littéraires), des théâtres (théâtromanie). L’esprit fait loi, Paris donne le ton et fascine autant qu’il irrite. L’argent devient roi, le luxe se fait provocant et le vice s’affiche sans complexe (Laclos et Sade).

77. Prologue (fin). La force des idées nouvelles. L’opinion publique se nourrit des Lumières et des philosophes, se diffuse par les livres et brave les censures encore nombreuses. La langue française, parfait véhicule de la pensée, s’impose en Europe, jusque dans les cours des « despotes éclairés ».

78. Les philosophes. Personnification du siècle des Lumières, influents, admirés ou contestés, ce sont nos frères et nos maîtres, des amis avec lesquels on aimerait dialoguer. Mais qui prend encore le temps de les lire ? Nous relevons le défi : résumer leur pensée en quelques dizaines de citations.

79. Montesquieu. Chronologiquement le premier de la « bande des quatre », c’est l’homme heureux. Pas de souci d’argent, pas d’engagement politique, succès littéraire immédiat de ses Lettres persanes dans l’air du temps. Il se consacre ensuite à L’Esprit des lois (1748), promoteur de la science politique.

80. Voltaire. Incarnation parfaite du siècle des Lumières, pour le meilleur et parfois le pire. Admiré (pour son intelligence, sa tolérance, ses combats et son esprit), ou détesté (pour ses mœurs et sa réussite sociale), c’est notre premier « intellectuel engagé », célébré et panthéonisé à la Révolution.

81. Voltaire (fin). Déiste fervent, il s’oppose aux encyclopédistes athées (tel Diderot) et donne en exemple l’Angleterre qui tolère toutes les religions. Il se méfie du peuple (la « populace ») et n’a rien de révolutionnaire, même si la Révolution est la suite logique de ses idées.

82. Rousseau. Opposé en tout à Voltaire, Jean-Jacques fait bande à part, malheureux, solitaire, associable jusqu’à la folie de la persécution, adepte de la Nature et romantique avant l’heure. Prérévolutionnaire, proche du peuple dont il est né, sensible à l’injustice, l’inégalité, il reste d’abord pour son Contrat social.

83. Rousseau (fin). Le Contrat social théorise les rapports entre hommes et les remèdes aux inégalités. Bible théorique de Robespierre, ce traité le mène au Panthéon. L’Émile, traité sur l’éducation, a des effets immédiats et heureux pour les enfants - hormis les siens, mis à l’Assistance publique.

84. Diderot. Le plus humain dans ses contradictions, ses défauts assumés. Né pauvre comme Rousseau, courtisan comme Voltaire, il profite du mécénat de Catherine de Russie. Voué à l’entreprise collective de l’Encyclopédie, il attaque le principe de la monarchie qui fonde l’Ancien Régime et nie l’existence de Dieu.

Avant le règne personnel de Louis XV (1715-1743)

85. La Régence. Drôle d’équipe au pouvoir et que la fête commence ! « Le temps de l’aimable Régence » rime avec licence. Philippe d’Orléans le Régent et son ministre Dubois, deux mauvais sujets, s’affichent en réaction au règne de Louis XIV. Voltaire, jeune libertin, joue d’un esprit critique propre au nouveau siècle.

86. Le tristement fameux Système de Law. Dans un contexte politico-financier dramatique, le banquier Law prétend rétablir l’économie en facilitant le crédit. Le miracle fait long feu et son Système s’écroule, ruinant les spéculateurs. Montesquieu exerce son esprit « persan » à ce sujet et le peuple en fait un vaudeville (chanson).

87. Louis XV entre en scène dans le rôle du Bien-Aimé. L’enfant-roi (10 ans) séduit son peuple, et son oncle le Régent tente de l’initier au métier dès sa majorité (13 ans). À sa mort (1723), Louis XV est marié à la princesse de Pologne, Marie Leczinska. Premier ministre, le duc de Bourbon se rend vite impopulaire.

88. Voltaire s’impose, Louis XV tente la même chose, avec moins de bonheur. Malgré la censure, penser, parler, écrire est plus aisé que régner sur un peuple léger, face à des Parlements rebelles. Le roi remplace le Premier ministre incompétent par son ex-précepteur : le cardinal Fleury, 73 ans, gouverne sagement pendant dix-sept ans.

89. Chronique du temps. Convulsionnaires du cimetière Saint-Médard, un fait divers religieux incroyable, mais vrai. Lettres philosophiques (ou Lettres anglaises), premier livre sérieux de Voltaire. Vie privée du jeune roi, toujours très publique. Guerre de Succession d’Autriche : l’esprit français ne respecte rien, ni la diplomatie du pays, ni l’agonie du chef de gouvernement.

Règne personnel de Louis XV (1743-1774)

90. Personnage de Louis XV, diversement jugé. Peu doué pour régner, manquant d’autorité, retranché dans sa cour, souffrant de mélancolie maladive, craignant la mort jusqu’à devenir la proie de son clergé, désarmé face à la révolte parlementaire plus ou moins orchestrée par les philosophes.

91. Rude apprentissage du métier de roi. Lourd héritage de Louis XIV le Grand, guerre et paix encore en question, amours royales dénigrées avec la première favorite du règne, la Pompadour. Diversité très moderne de cette « actu » où tout fait débat, pour l’opinion publique naissante et naturellement critique.

92. Les philosophes traitent de (presque) tout dans l’Encyclopédie (1751-1772) et l’actualité, Voltaire étant le plus actif. Mandrin le bandit entre dans la légende et le supplice de Damiens, fou régicide, reste dans l’histoire. La question religieuse devient comique avec le 245e pape et une « seconde guerre de cent ans » oppose la France à l’Angleterre.

93. Incompétence guerrière, remarquable et remarquée. La France étonne dans l’Europe toujours en conflit et se démarque dans l’histoire nationale, entre le siècle de Louis XIV si belliqueux et la suite de la chronique - Révolution patriote, Consulat et Empire conquérants. Dénoncée sur tous les tons, la chose n’affecte pas les Français.

94. Contestation sur tous les fronts. Le peuple reproche au roi ses favorites, haïes et chansonnées. La guerre de Sept Ans, soldée par le traité de Paris (1763), acte la perte de notre empire colonial (Inde, Canada) et consacre la gloire de Frédéric II de Prusse, plus despote qu’éclairé, l’Angleterre devenant la grande puissance maritime et coloniale.

95. Voltaire se bat pour de justes causes, dont l’Affaire Calas, et publie son Traité sur la tolérance. Louis XV fait preuve d’autorité (« coup d’État royal » contre les Parlements), soutenant la réforme du chancelier Maupeou (1770). Sade le débauché, Marie-Antoinette dauphine adorée du peuple font la une des gazettes.

96. Fin de règne. Des ministres tentent de s’attaquer aux abus les plus criants. Cette « révolution royale » voulait la fin des privilèges. L’expérience tourne court, à la mort du roi : après un règne de presque soixante ans, Louis le Bien-Aimé finit haï du peuple, enterré sous les huées.

Règne de Louis XVI (1774-1789)

97. Personnage de Louis XVI. L’homme a des qualités (sens du devoir, consciencieux à l’extrême, amour sincère du peuple), mais pas la force, la volonté, ni le génie nécessaire pour sauver la monarchie dans une France prérévolutionnaire.

98. Le peuple espère tout du roi de 20 ans. Mais sa politique hésitante entraîne la valse des ministres réformateurs : Turgot, physiocrate proche des philosophes, Necker, populaire banquier suisse, Calonne « l’Enchanteur » aux Finances, alors que les privilégiés défendent leurs privilèges, soutenus par la reine de plus en plus influente.

99. La guerre d’Indépendance des États-Unis interpelle la France à plus d’un titre et La Fayette, 19 ans, entre en scène en « Héros des Deux-Mondes ». Mirabeau, 28 ans, mauvais sujet désavoué par son père, s’impatiente. Voltaire, statufié vivant par le public, est honni par Rousseau qui le suit dans la tombe. Beaumarchais triomphe à la Comédie-Française, défiant la censure avec son Mariage de Figaro.

100. L’Affaire du Collier de la Reine (1786), fait divers romanesque et simple escroquerie, devient affaire d’État. La popularité de la reine s’effondre, le roi bénéficie d’un sursis. Le ministre Calonne souffle à Louis XVI une fausse bonne idée qui fait illusion. En fait, la monarchie court à l’abîme.

101. L’Assemblée de la dernière chance, une idée de Calonne en 1787. Mais qu’attendre de ces notables accrochés à leurs privilèges ? Le roi renvoie ce populaire ministre et s’oppose au Parlement, sans en avoir les moyens. Le ton des chansons se durcit, le pape est pour la première fois attaqué.

102. Situation littéralement (pré)révolutionnaire. Le peuple s’exprime en chansons, slogans et manifestations. Louis XVI doit rappeler Necker - l’homme de la dernière chance - et convoquer les États généraux, pour mai 1789. Robespierre et Desmoulins, avocats et amis, souhaitent la Révolution radicale, tandis que l’abbé Sieyés met tous ses espoirs dans le tiers état, concept politique, historique et magique.

V. Révolution (citations 1266 à 1640)

« Les Français ont fait, en 1789, le plus grand effort auquel se soit jamais livré aucun peuple afin de couper en deux leur destinée et de séparer par un abîme ce qu’ils avaient été jusque-là de ce qu’ils voulaient être désormais. » Tocqueville, historien. La meilleure période est la plus courte de l’Histoire. Six années trépidantes revivent en 375 citations.

103. Prologue. Liberté, égalité, fraternité. Le slogan (célébrissime) a un auteur (peu connu), cependant que le mot, l’idée même de révolution fait débat depuis toujours.

104. Prologue (suite). Le souffle révolutionnaire précède la (Première) République. Hors tout jugement sur la Révolution, une évidence s’impose : les plus grands événements inspirent les plus belles citations, signées des principaux acteurs, témoins et historiens.

105. Prologue (suite). Le manichéisme révolutionnaire. Souvent contagieux, parfois caricatural, relevant de la dualité plus que de la complémentarité, il fait partie du « jeu », pour le meilleur et pour le pire : l’une des constantes remarquables de cette époque.

106. Prologue (fin). Le contexte guerrier de « patrie en danger » accentue la dimension héroïque et souvent tragique. La France révolutionnaire qui s’oppose à l’Europe des rois est menacée à ses frontières. Cette réalité parfois méconnue explique des réactions patriotiques et des actes politiques extrêmes.

107. Portrait de quatre révolutionnaires. Ils se révèlent au fil de la chronique. La Révolution crée ses propres héros et les sacrifie sur l’autel de la patrie, comme nulle autre période ! On l’a comparée à Saturne dévorant ses enfants. Mirabeau se révèle comme « Orateur du peuple », avant Danton, grande gueule, dit le « Mirabeau de la populace ».

108. Portrait de quatre révolutionnaires (fin). Marat, « l’Ami du peuple », reste sans conteste le méchant de l’Histoire. Robespierre, infatigable théoricien comme Saint-Just, est associé à la Terreur qui accélère le processus d’élimination des « factieux », par la force des choses et la logique d’une répression sans fin.

1. Assemblée constituante (1789-1791)

109. La Révolution en marche. Première des trois Assemblées révolutionnaires, la Constituante va tout inventer, à commencer par une forme de démocratie représentative exemplaire jusqu’à nos jours. Chantier immense, à la démesure des « doléances » et des espérances populaires.

110. Mirabeau, grand homme de 1789. L’Orateur du peuple en impose même au roi qui cède à sa volonté : les députés de la noblesse et du clergé rejoignent ceux du tiers état. L’Assemblée devenue nationale se proclame Constituante, le 9 juillet. Fraternité à l’ordre du jour, bien avant la Révolution et la République.

111. 14 juillet, symbole et réalité. Le fort de la Bastille, image de l’absolutisme royal, mais prison quasiment vide, est pris. Le jeune La Fayette, nommé commandant de la garde nationale, crée la cocarde tricolore, le 15. À Paris, le sang coule. Mais qui pouvait deviner la portée de ces événements ?

112. Nuit du 4 août : l’Assemblée abolit les privilèges (fondements de l’Ancien Régime). 26 août : la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, exemplaire par sa rationalité et son universalité, illustre la philosophie des Lumières. Une France nouvelle naît au nom des idéaux : liberté, égalité, fraternité.

113. Premiers malentendus entre hommes (politiques), première manifestation de femmes (anonymes). Mirabeau joue double jeu, dénonçant la banqueroute imminente, alors qu’il tente de sauver la monarchie. Misère et chômage exaspèrent le peuple de Paris, les femmes vont à Versailles chercher « le boulanger, la boulangère et le petit mitron » : la famille royale est ramenée à Paris, 6 octobre 1789.

114. Le peuple tient le roi à sa merci au palais des Tuileries et se mêle aux débats de l’Assemblée : Paris jouera le premier rôle dans le psychodrame révolutionnaire. Monarchistes constitutionnels et modérés restent majoritaires, mais la Révolution est en marche et la faiblesse de Louis XVI connue de tous.

115. 1790. Fête de la Fédération, l’autre 14 juillet. Un an après la prise de la Bastille, le roi jure de maintenir la Constitution : jour de gloire pour La Fayette, jour de tous les espoirs avec les délégations des provinces réunies au Champ-de-Mars. On peut encore rêver d’une monarchie constitutionnelle à l’anglaise. Mais Marat « l’Ami du peuple » appelle au meurtre.

116. Le « Ça ira », né bon enfant, devient chant révolutionnaire. Le roi perd tout espoir, préparant sa fuite hors de France. Mirabeau, malade, meurt sans plus d’illusion, le 2 avril 1791, sitôt panthéonisé - pas pour longtemps, le peuple apprendra bientôt la trahison de son grand homme.

117. Fuite à Varennes (21 juin 1791). La famille royale est sitôt ramenée à Paris, mais le peuple ne croit plus en son « Père ». Le très populaire La Fayette fait tirer la Garde nationale sur la foule (17 juillet) : scission désormais irréversible entre le peuple et la bourgeoisie. La Constituante, qui a bien légiféré, proclame la fin de la Révolution et se sépare, le 30 septembre.

2. Assemblée législative (1791-1792)

118. La Législative réunit des hommes nouveaux. Non éligibles, les meneurs de la Révolution se retrouvent dans les clubs. Robespierre, avocat sans charisme, va se révéler aux Jacobins (avec les Républicains). « Aux armes, citoyens ! »  20 avril 1792, guerre déclarée à l’empereur d’Autriche (neveu de la reine, l’« Autrichienne » haïe). 20 juin : le roi coiffe le bonnet rouge, mais refuse de céder son droit de veto.

119. « La patrie en danger » (décret du 11 juillet). La Marseillaise galvanise les citoyens soldats. Exaspéré par le manifeste de Brunswick (général prussien menaçant de détruire Paris), encouragé par Danton, le peuple prend d’assaut les Tuileries, le 10 août. Palais pillé, gardes Suisses massacrés. La Carmagnole défie « Madam’ et Monsieur Veto », désormais emprisonnés au Temple.

120. Sur fond de guerre et de patrie en danger, Danton a tout pouvoir et cautionne la « Première Terreur » : massacres de septembre (2 au 6), 1 500 morts égorgés dans les prisons. Valmy (20 septembre), première victoire de la République au cri nouveau de « Vive la Nation », le jour où la Législative fait place à la Convention.

3. Convention nationale (1792-1795)

121. Première République : le grand Mot fait loi, la monarchie millénaire est abolie à l’unanimité, le 21 septembre. Mais la Convention va bientôt se déchirer : Montagnards à gauche et Girondins à droite, la masse des centristes formant la Plaine. Dès fin 1792, cette « Convention girondine » engage une politique de conquête, forte de 700 000 volontaires.

122. La République s’en va-t’en guerre pour « libérer les peuples frères ». L’Europe des rois et des empereurs répond à la France révolutionnaire par une vaste coalition. Ce contexte belliqueux va peser sur toute la Révolution et coûter cher au pays. Quant au procès du roi, il partage les députés.

123. Girondins contre Montagnards. La Convention est érigée en tribunal pour juger « Louis Capet ». Les Girondins sont pour la clémence, les Montagnards veulent la mort. Débats passionnés, plus politiques que juridiques : malgré le courage de ses trois avocats, l’accusé se savait condamné d’avance.

124. 21 janvier 1793. Louis XVI est guillotiné. La « belle mort » du roi terrifie la France royaliste et catholique. La Vendée se soulève. La guerre des Chouans se joue de même, en Bretagne et en Normandie. Les quelque 600 000 morts de cette guerre civile seront le plus lourd bilan au passif de la Révolution.

125. Assemblée irrémédiablement divisée, à l’image du pays : Girondins (provinciaux) contre Montagnards (parisiens). Danton, Montagnard et favorable au nouveau Tribunal révolutionnaire, est déjà contesté par Robespierre. Plus grave, la scission des Girondins qui rêvaient d’une Révolution sous le signe de l’amour et voient venir la Terreur, incarnée par Marat, idole des sans-culottes.

126. Robespierre profite du climat insurrectionnel à Paris : une trentaine de députés girondins sont arrêtés (2 juin), la province ne réagit pas. Les extrémistes Montagnards ont désormais le pouvoir. La guillotine se dresse dans chaque département. Mme Roland, égérie des Girondins et authentique héroïne face au pouvoir, attend la mort en prison.

127. La Constitution de l’An I est votée : remarquable et inapplicable, avec le droit à l’insurrection. Danton reparaît avec un grand discours sur l’éducation (leçon pour la IIIe République). La Révolution continue de dévorer ses enfants. Charlotte Corday poignarde Marat. Sitôt guillotinée, l’« Ange de l’assassinat » devient une héroïne, mais Marat est remplacé par Hébert à la tête des Enragés.

128. Sur fond de guerre civile et étrangère, la Convention accomplit un travail législatif colossal - paradoxe de cette Révolution toujours en marche. Le service militaire obligatoire remplace le volontariat de 1792 pour les soldats de l’An II. Contre l’Europe des rois, la « guerre totale » est décrétée, le Tribunal révolutionnaire renforcé. Mais les sans-culottes font déjà la loi à l’Assemblée.

129. Terreur décrétée à l’ordre du jour (5 septembre 1793). Révolte écrasée dans le sang en Vendée. Tous les Carrier, Fouché, Fouquier-Tinville font des excès de zèle révolutionnaires. Marie-Antoinette, « Veuve Capet », indignement accusée d’inceste, jugée sommairement, est guillotinée le 16 octobre 1793.

130. Exécution des 21 Girondins en prison (fin octobre, début novembre 1793). Mme Roland fait partie d’une des charrettes. Olympe de Gouges, proche du parti, mais pire que tout féministe provocatrice, part à l’échafaud. Comme Basire, député jacobin qui dénonce la « boucherie de députés ». Fouché, girondin devenu montagnard, mérite son surnom : « Mitrailleur de Lyon ».

131. Fin 1793. Terreur toujours à l’ordre du jour et patrie en danger, mais un chef d’artillerie reprend Toulon aux Anglais (11 décembre) : c’est Bonaparte. Chouannerie et guerre de Vendée relèvent de la « grande terreur », Carrier s’illustre à Nantes en missionnaire zélé, les juifs sont menacés d’une « régénération guillotinière ». Mais les esclaves noirs des colonies obtiennent la liberté, début 1794.

132. Robespierre se pose en dictateur pour le salut de la patrie, enchaînant discours sur discours, avec Saint-Just, son frère en Révolution, l’implacable théoricien qui lui fait écho. La Marseillaise résonne à l’unisson : contre la tyrannie, l’étendard sanglant est levé. La guillotine est un spectacle quotidien. Mais « le bonheur est une idée neuve en Europe » (Saint-Just).

133. La dictature jacobine se renforce. Robespierre frappe à gauche (Hébert et les Enragés), à droite (Danton, Desmoulins et les Indulgents) : implacable logique de la Terreur. Les mots de la fin s’enchaînent, héroïques. Les soldats de l’An II reconquièrent le Nord. Enfin, Robespierre (déiste à la Rousseau) crée une religion révolutionnaire qui culmine à la Fête de l’Être suprême (8 juin 1794).

134. La loi de Prairial (10 juin 1794) organise la Grande Terreur, énumérant tous les ennemis du peuple relevant de la guillotine : « Les têtes tombaient comme des ardoises », parole de Fouquier-Tinville, accusateur public. 1 300 victimes à Paris. Robespierre dénonce les « fripons » à la tribune (26 juillet). Le métier de député devient trop risqué, il faut arrêter la mécanique infernale.

135. Le coup d’État du 9 Thermidor An II (27 juillet 1794) met fin à la Terreur. Robespierre, Saint-Just et Couthon sont arrêtés, guillotinés sans jugement, le lendemain. Une centaine d’autres Montagnards suivront, ultime « boucherie de députés » : il fallait la terreur pour mettre fin à la Terreur.

136. La Convention (dite thermidorienne) solde la Révolution et tente de refaire l’union nationale. Décret d’amnistie en faveur des Vendéens, pour « rallier ses enfants », tandis que le Tribunal révolutionnaire juge les responsables des massacres. Le pouvoir affronte deux insurrections populaires à Paris, réprime les sursauts royalistes en province et bricole un nouveau régime, le Directoire (Constitution de l’An III).

137. Épilogue. Que penser de la Révolution française ? C’est la seule période où l’Histoire en citations tient à montrer la diversité des jugements, chez les témoins, contemporains de l’Événement, ou d’autres commentateurs, plus ou moins partisans ou adversaires de cette incroyable, mais véritable Révolution.

138. Épilogue (fin). Jugements d’historiens et autres.

VI. Directoire, Consulat et Premier Empire (citations 1641 à 1891)

Si Napoléon m’était conté… La saga napoléonienne se joue en trois actes, sur un rythme insensé. Chronique passionnante, finalement assez simple, même si le personnage principal est complexe et son action diversement jugée.

Directoire (1795-1799)

139. Prologue. La France, harassée, vit une courte période de transition entre la Révolution et l’épopée napoléonienne (commencée fin 1793, au siège de Toulon).

140. Personnage de Napoléon Bonaparte, star de l’Histoire en citations. D’emblée, l’homme s’impose et divise déjà les témoins. Première évidence, l’empereur Napoléon est en germe dans le jeune Bonaparte qui a le sens du destin… et de la « com médiatique ».

141. Le Directoire, régime transitoire qui se cherche, avant de trouver Bonaparte. Cinq Directeurs exercent le pouvoir, mais se disputent (notamment Carnot et Barras). Le pays subit une crise financière, économique, sociale, politique (Jacobins contre Royalistes), tandis que les spéculateurs s’enrichissent, la bonne société mène une vie dissolue et les émigrés commencent à rentrer.

142. Irrésistible ascension de Napoléon Bonaparte. Général en chef de l’armée d’Italie à 26 ans, il transforme en soldats des vagabonds en guenilles, multipliant les victoires et prenant sur l’ennemi ce qui manque à ses troupes. Au soir de Lodi (10 mai 1796), vainqueur des Autrichiens, il se voit dans l’Histoire. Babeuf, révolutionnaire attardé ou communiste avant l’heure, tente en vain de renverser le régime.

143. Bonaparte, ou l’art de forcer le destin. Carnot salue le héros de la France, mais le Directoire éloigne le trop populaire Bonaparte. Il en profite pour s’illustrer dans la campagne d’Égypte, contre les Anglais. En réalité, l’aventure finit mal, mais le peuple a besoin d’un grand homme et acclame Bonaparte.

144. Un coup d’État joué à qui perd gagne. L’abbé Sieyès, qui cherche son « sabre » pour remettre de l’ordre, comprend qu’il a trouvé son homme en ce jeune général de génie. Le coup d’État du 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799) met fin au Directoire, sans que le pays réagisse.

Consulat (1799-1804)

145. Prologue. Tous les espoirs sont permis, avec le Bonaparte du Consulat. Il exprime clairement ses (bonnes) intentions et les historiens approuveront globalement le bilan de ce quinquennat.

146. Début de règne sans faute. Le Premier Consul a tout pouvoir, avec la Constitution de l’An VIII plébiscitée par le pays qui aspire à la paix intérieure et extérieure. Soucieux de réconcilier les Français, il pardonne aux chefs vendéens rebelles et la plupart des émigrés rentrent. Seuls opposants au régime, Mme de Staël et des royalistes qui fomentent des attentats dont Bonaparte sort indemne.

147. Tout réussit au nouveau maître de la France. L’infatigable Premier Consul réforme le pays, mais le général qui souhaite la paix avec l’Angleterre et l’Autriche doit se lancer, non sans plaisir, dans une deuxième campagne d’Italie. L’incroyable victoire de Marengo (14 juin 1800) accroît son prestige et renforce son pouvoir.

148. Pragmatisme et réalisme prévalent en politique. Le traité d’Amiens avec l’Angleterre (25 mars 1802) fait croire à une paix durable. Agriculture, industrie et commerce redeviennent prospères. Bonaparte signe le Concordat avec le pape (15 juillet 1801) pour régler la question religieuse. Il crée la Légion d’honneur et réforme tout : éducation, administration, monnaie, fiscalité, droit.

149. Presque trop beau pour être vrai et durable. Un plébiscite triomphal fait Bonaparte consul à vie (août 1802). Mais l’opposition (royaliste et intellectuelle) existe toujours. Le maître de la France a déjà des visées sur l’Europe et développe une obsession anti-anglaise qui marquera l’Empire.

150. Le pire et le meilleur du Consulat. Les attentats s’enchaînent contre Bonaparte qui prend ce prétexte pour faire arrêter et exécuter le duc d’Enghien (21 mars 1804) : « Pire qu’un crime, c’est une faute », aux yeux de l’Europe indignée et de l’histoire. Le même jour, promulgation du Code civil, dit Code Napoléon, monument juridique hérité des révolutionnaires et qui fera école dans nombre de pays.

Premier Empire (1804-1814)

151. Prologue. La parole impériale est claire, mais le bonapartisme annonçait déjà la couleur, en actes et en mots ! Témoins et historiens de cette incroyable décennie feront la part entre la légende dorée qui survit dans la mémoire collective, et la légende noire de l’« Ogre corse » qui mène à la tragédie finale.

152. Personnage de Napoléon Ier, super-star. Adoré ou détesté, il ne laisse jamais indifférent. Nom le plus marquant de l’histoire mondiale, après Jésus et avant Mahomet, il fait l’objet d’une documentation pléthorique. Notre Histoire en citations se réfère aux (bonnes) sources, le Mémorial de Sainte-Hélène, ses Discours, ses Lettres, sans oublier les témoins et les historiens.

153. Personnage de Napoléon Ier (fin). « Mégalo », soucieux de son image et de sa légende, l’homme se livre pourtant sans langue de bois. Il s’exprime surtout dans l’action, avec un sens inné du Mot. La Chronique en fait foi. « Commediante ! Tragediante  », il occupe la scène au point que peu de partenaires existent face à lui. Exceptions à la règle, Pie VII, pape de caractère, et Talleyrand.

154. Personnage de Charles Maurice de Talleyrand-Périgord, « le Diable boiteux ». Séduit par le jeune Bonaparte dès le Directoire, il vit un duo-duel permanent avec Napoléon. L’empereur a besoin de cette intelligence diplomatique et géo-politique hors norme, mais ne supporte plus la moindre critique de son ministre. Talleyrand deviendra un opposant redoutable, associé au traître Fouché.

155. 1804, 2 décembre. Un sacre « à la Charlemagne ». Napoléon proclamé empereur des Français par le Sénat et le Conseil d’Etat (18 mai 1804), plébiscité par le peuple, sacré par Pie VII à Notre-Dame : cérémonie immortalisée par la fresque de David, peintre officiel de génie. La fascination de Napoléon pour Charles le Grand, empereur carolingien, marque l’Empire pour le pire plus que le meilleur.

156. 1805. L’année d’Austerlitz (2 décembre). L’Europe se regroupe dans la troisième coalition (il y en aura six). Victoire symbolique (anniversaire du sacre) et exemplaire (un classique dans les écoles de guerre !). Seule l’Angleterre résiste, maîtresse des mers depuis Trafalgar. Malgré des apparences républicaines, le régime impérial ressuscite la monarchie absolue et tourne à la dictature.

157. Le Grand Empire s’édifie par la conquête, les annexions, les « réunions ». Napoléon vole de victoire en victoire, depuis Austerlitz (1805) où il écrasa Russes et Autrichiens. Chaque année, les armées françaises forcent une capitale : Berlin (1806), Lisbonne (1807), en attendant Madrid (1808), Vienne (1809).  Il rêve de conquérir l’Angleterre et à défaut de débarquement, il organise le Blocus continental.

158. 1807, l’entrevue de Tilsit avec le tsar de Russie fait encore illusion. Les deux empereurs projettent de se partager le monde, mais Talleyrand joue double jeu, espérant préserver l’équilibre européen et la paix, incompatibles avec les ambitions de Napoléon. Sa conduite face à Pie VII et aux Espagnols révoltés par l’annexion française rend la situation internationale explosive.

159. 1810-1811. Napoléon, « souverain de l’Europe ». Ayant brisé trois coalitions, rêvant de Paris capitale du monde et « l’air de se promener au milieu de sa gloire », il distribue des trônes à sa famille et ses maréchaux. La France compte 130 départements. L’économie profite du Blocus. Le mariage avec Marie-Louise (fille de l’empereur d’Autriche) flatte son orgueil, mais fera sa perte.

160. Fragilité du Grand Empire. Le peuple conteste l’impôt et la conscription, suite aux 200 000 morts annuels à la guerre. Le conflit religieux s’envenime avec Pie VII otage en prison et les affaires religieuses désorganisent le pays. La naissance de l’Aiglon comble Napoléon, mais ce fils aura un destin malheureux. La guerre d’Espagne se révèle désastreuse, la campagne de Russie sera fatale.

161. 1812. « Le commencement de la fin ». Annoncé par Talleyrand, programmé par le maréchal russe Koutousov, il est daté de la retraite de Russie (décembre). Après un déni de réalité surprenant, l’empereur avoue que la fortune l’a ébloui. Mais il veut sa revanche contre l’Europe coalisée (Angleterre, Prusse, Russie, Autriche) et continue de se battre.

162. 1813-1814. « Impossible n’est pas français », mais… Contre toute raison, Napoléon s’obstine avec ses 50 000 hommes, face aux 350 000 Alliés menaçant Paris. Déchu par le Sénat, convaincu que l’armée ne suivra plus, il abdique le 5 avril 1814, au château de Fontainebleau. Fin de l‘Empire. Restent les Cent-Jours à venir… et la légende à suivre.

VII. Restauration, Monarchie de Juillet, Deuxième République (citations 1892 à 2233)

Après la Révolution et l’Empire, les régimes se succèdent au XIXe siècle, l’Histoire a toujours du talent et la France d’aujourd’hui en découle, pour le pire et le meilleur.

Restauration (1814-1830)

Période étonnante : deux Restaurations (de la monarchie) en 16 ans, avec l’entracte des « Cent-Jours » qui entraîne la septième (et dernière) coalition européenne contre Napoléon. Pour finir par une deuxième révolution soldée en trois jours (27-28-29 juillet 1830) et volée aux Républicains par la nouvelle Monarchie (de Juillet).

Période passionnante : engagement politique des grands noms de la littérature (Chateaubriand en tête), naissance de la presse, des partis politiques et du socialisme à l’état d’utopie.

163. Prologue. Nostalgie d’un passé héroïque vu par Chateaubriand et Vigny, méfiance face au nouveau régime, apparition de Béranger le chansonnier poète, naissance d’un socialisme utopique original (comte de Saint-Simon, Charles Fourier).

164. Personnages de Louis XVIII et Charles X. Deux rois d’Ancien Régime censés restaurer une monarchie constitutionnelle (à l’anglaise). Frères de Louis XVI, émigrés sous la Révolution, obligés de gouverner avec la Charte (nouvelle Constitution), ils sont trop vieux - Louis XVIII de corps et Charles X d’esprit.

165. Première Restauration. Retour des Bourbons, le jour même où Napoléon part en exil… Tout semble définitif pour les nostalgiques de l’Ancien Régime, mais l’illusion sera de courte durée.

166. Retour de Talleyrand, 60 ans et au sommet de son art diplomatique. Le « Diable boiteux » joue un rôle à la mesure de son génie géopolitique, au Congrès de Vienne : représentant la France vaincue, il gagne contre les Alliés au (premier) Traité de Paris, mais Napoléon prépare lui aussi son retour.

167. Les Cent-Jours, come-back stupéfiant. Printemps 1815. L’exilé qui s’ennuie à l’île d’Elbe débarque à Golfe-Juan. L’épopée recommence avec « le vol de l’Aigle ». Napoléon trouve les mots pour galvaniser les foules. La France est divisée par l’Événement, l’Europe tétanisée, les chansonniers très inspirés.

168. Suspense, tout peut arriver ! Ralliement surprise du maréchal Ney chargé d’arrêter le vol de l’Aigle, fuite éperdue de Louis XVIII qui se ridiculise même aux yeux de ses fidèles, plébiscite gagnant pour le « nouveau régime » impérial bricolé à la hâte… Au Congrès de Vienne, les souverains se coalisent pour la septième fois. Napoléon remporte une (dernière) victoire, deux jours avant Waterloo.

169. Waterloo (18 juin 1815), signé Napoléon, Hugo ou Cambronne ? C’est une vraie question, citations à l’appui ! C’est en tout cas le dernier combat de l’empereur et la bataille la plus commentée au monde - avec la victoire d’Austerlitz.

170. Dénouement fatal. L’aventure qui a duré 109 jours (mars-juin 1815), laisse la France encore plus faible en Europe. Napoléon, vaincu à Waterloo, « morne plaine » de triste mémoire, abdique une seconde fois (22 juin 1815). Dans le même temps, Louis XVIII a perdu tout prestige royal.

171. Épilogue des Cent-Jours et paradoxe de l’Histoire. Le vaincu part en exil à Sainte-Hélène. Il a tout perdu et rien ne se passera ensuite comme il l’a voulu. Mais après sa mort (5 mai 1821), il entre dans la légende nourrie par les chansons de Béranger, le romantisme de la jeune génération et le lyrisme d’Hugo.

172. Seconde Restauration. Autre come-back et pari royal difficile. Obèse et goutteux, devant succéder à Napoléon, Louis XVIII a un sage programme : « l’Ancien Régime moins les abus ». Les premières élections (août 1815) donnent une « Chambre introuvable » (350 ultras sur 402 députés) et jamais la droite extrême ne supportera le jeune protégé du roi, le libéral Decazes, chef du gouvernement.

173. La France est-elle ingouvernable ? La liberté de la presse profite (toujours) aux partis d’opposition. Les constitutionnels (centristes) sont pris entre deux extrêmes, ultras plus royalistes que le roi et indépendants (libéraux), bonapartistes ou républicains. Decazes est la cible d’attaques injustifiables des ultras. Enfin, la légende napoléonienne va peser sur la politique, jusqu’au Second Empire.

174. Le commencement de la fin du règne. Louis XVIII, épuisé, garde sa clairvoyance et son humour, mais ça ne suffit plus pour régner. Les ultras ont gagné, le futur Charles X place ses hommes au gouvernement et le roi voit déjà venir le successeur (Louis-Philippe) qui aura aussi des problèmes ! L’apprentissage de la démocratie et du régime parlementaire se révèle difficile pour les gouvernants comme les gouvernés.

175. Charles X et le retour de l’Ancien Régime. L’air plus jeune que son âge (66 ans), mais plus vieux d’esprit que feu son frère, il accumule les erreurs. Odieux par sa maladresse d’ex-émigré qui « n’a rien oublié ni rien appris », il rétablit le sacre à Reims, instaure une censure rigoureuse. Il ignore tout du pays réel, d’ailleurs mal représenté à l’Assemblée, en raison de la loi électorale (cens élevé).

176. Réaction et opposition s’enchaînent. Villèle, chef du gouvernement, mène une politique réactionnaire, surtout en matière de presse - sujet hypersensible, avec nos écrivains politisés. Chateaubriand passe du camp des ultras au pouvoir à l’opposition libérale, à la Chambre des pairs. L’opposition apprend à manifester - les prochains régimes en « profiteront » et la France garde cette tradition protestataire.

177. 1827. L’Algérie entre dans l’histoire de France, l’année où l’impopularité du roi et du régime se traduit enfin dans les élections. Les libéraux (de gauche) ont la majorité à la Chambre des députés. Villèle démissionne, lâché par le roi incapable de tenir son rôle et terrifié à l’idée de finir comme son frère Louis XVI.

178. Commencement de la fin d’un règne totalement anachronique et début de la colonisation française en Algérie. La prise d’Alger (5 juillet 1830) ne sauvera pas le trône. Charles X signe quatre ordonnances réactionnaires et cette bombe ultra déclenche la révolution de Juillet : les trois Glorieuses (27-28-29 juillet 1830) chassent du trône la branche aînée des Bourbons.

179. La révolution des « Trois Glorieuses » journées de juillet 1830. La plus brève et la moins sanglante de nos révolutions hérisse quand même Paris de barricades et réussit à faire tomber cette royauté détestée, mais la République n’est pas encore pour demain.

180. Le trône se joue à qui perd gagne. Louis-Philippe attendait son heure. Ultime suspense, le 30 juillet. Entre la branche orléaniste qu’il incarne et la République démocratique voulue par la gauche, la majorité des députés, bourgeois libéraux, préfère l’ordre. La Fayette, de retour pour son dernier jour de gloire, adoube le « roi-citoyen » face au peuple de Paris, consacrant ainsi l’ambiguïté de la Monarchie de Juillet.

Monarchie de Juillet (1830-1848)

Entre la Restauration et la République, voici un régime de « juste milieu » et de libéralisme bourgeois, à critiquer en même temps qu’à réhabiliter.

181. Prologue. Partis et personnages politiques déjà dénigrés sont indispensables ; émergence de noms qui feront carrière (Thiers et Guizot) ; presse plus libre, populaire et professionnelle, tandis que la plupart des grands auteurs (romantiques) s’expriment et se passionnent pour la politique.

182. Prologue (fin). La bataille des idées fait rage. Parallèlement au libéralisme de cette monarchie bourgeoise, le socialisme né utopique devient politique (Proudhon), voire chrétien (Lamennais) et le communisme (Blanqui) est une idée neuve. La pauvreté du peuple choque d’autant plus que la richesse des privilégiés est insolente et la bourgeoisie, classe montante, est jalousée autant que critiquée.

183. Personnage de Louis-Philippe. Difficile à « vendre », même si Hugo témoigne en sa faveur. Ce roi bourgeois ne fait pas rêver. Il fait rire et inspire les chansonniers, les caricaturistes. La presse plus libre lui doit une part de sa prospérité. À l’actif du règne, la modernisation associée au progrès économique et la première Entente cordiale avec l’Angleterre, alliée précieuse au XXe siècle.

184. Chateaubriand redevient opposant, Thiers annonce la couleur et Guizot (souvent au pouvoir) fait écho - deux noms à suivre. Louis-Philippe Ier d’Orléans, « roi-citoyen », « roi des barricades » porté au trône par une révolution volée aux républicains, incarne les ambiguïtés dont va vivre et mourir le régime. Il prête serment sur la Charte revue et corrigée (9 août 1830) et s’entoure de ministres solides.

185. Sagesse financière, juste milieu politique, non ingérence prudente en terme géopolitique. Le pouvoir se sait fragile, pris entre les légitimistes restés fidèles aux Bourbons (branche aînée) et les républicains hostiles à toute monarchie. Le « roi des Français » affiche un centrisme de droite qui convient à la majorité silencieuse d’une France essentiellement paysanne et de petite ou moyenne bourgeoisie.

186. Premières émeutes populaires à la une, dès 1832. Entre Lyon (célèbre révolte des soyeux) et Paris (toujours au bord de l’émeute), beaucoup plus de morts que dans la Révolution de 1830. Conspirations, insurrections, complots… L’opposition se manifeste aussi dans la presse, mais le régime résiste.

187. Faits divers ou faits historiques ? Mort de l’Aiglon, Hugo en fait un poème - Louis-Napoléon devient l’héritier présomptif. Le féminisme trouve une tribune - mais le siècle reste viscéralement misogyne. Le prêtre Lamennais entre en politique et se voue au socialisme chrétien - deux mots encore inconciliables. Le roi survit à un attentat - trois lois répressives (septembre 1835) mettent fin à la politique libérale.

188. Les jeux politiciens opposent les partis de la résistance (pour la stabilité) et du mouvement (pour les réformes et plus de démocratie). Lamartine entre en politique et prophétise l’importance de la presse. Le progrès technique s’impose, malgré la méfiance des scientifiques et des politiciens. Guizot incarne cette monarchie bourgeoise, Hugo s’élève contre la peine de mort et Louis-Napoléon prend date pour l’avenir.

189. Socialisme français, enjeu colonial, patriotisme poétique, trois lignes de force historiquement datées. Le socialisme est réellement incarné et engagé (Louis Blanc, Proudhon), la colonisation de l’Algérie est menée manu militari par le (futur) maréchal Bugeaud, cependant que Lamartine, poète et patriote, député hors parti, fidèle à son idéal, va passer à l’opposition de gauche.

190.  Vie parlementaire, activité diplomatique, essor économique. Lamartine exaspère Louis-Philippe, mais Guizot fait sa politique et garde le pouvoir aussi longtemps qu’il réussit. La classe bourgeoise s’enrichit et profite du libéralisme devenu idéologie dominante. L’Entente cordiale est enfin actée, datée, incarnée par le couple Victoria et Louis-Philippe - géopolitique inspirée par feu Talleyrand.

191. Les prophètes de malheur ont souvent raison. En 1846, la crise économique (agricole, industrielle et commerciale) exaspère le climat social à l’approche des élections. La misère ouvrière s’aggrave, les idées socialistes et communistes se répandent, l’écart grandit entre « pays légal » et « pays réel » (exclu des votes par le cens électoral). Mais le pouvoir reste aveugle, comme avant la précédente révolution.

192. La révolution en marche. La « campagne des banquets » tourne l’interdiction de réunion. Le roi met le feu aux poudres en interdisant le banquet de clôture de la campagne électorale. Une manifestation de rue dégénère en émeute. Louis-Philippe, vieilli et découragé, refuse le plan de Thiers pour « pacifier Paris » et abdique le 24 février 1848, pendant que les insurgés proclament la République.

Deuxième République (1848-1852)

Période brève et dense, alternance d’illusions et de déceptions, d’idéalisme social et de pragmatisme politique. En moins de cinq ans, la France vit successivement : une troisième révolution à journées sanglantes, une Deuxième République chaotique avec l’apprentissage du suffrage universel, un vrai coup d’État bonapartiste et deux plébiscites populaires, jusqu’à la restauration de l’Empire.

193. Prologue. Échange des idées et choc des idéaux. La Fraternité est à l’ordre du jour, mais Marx et Proudhon s’opposent, Hugo redéfinit le socialisme en rejetant le communisme et Lacordaire (ami de Lamennais) tente de réconcilier l’Église et le monde moderne.

194. Prologue (fin). Quelques vérités politiques résument l’air du temps et valent leçon d’histoire pour l’avenir, tandis que le « printemps des peuples » qui soulève l’Europe après la France sera suivi d’un été de répressions.

195. 24 février, proclamation de la République, dans un lyrisme qui doit beaucoup à Lamartine, héros du jour et de quelques lendemains qui chantent. Il refuse de remplacer le drapeau tricolore par le trop sanglant drapeau rouge et prend la tête d’un gouvernement provisoire très actif : droit au travail, suppression de la peine de mort pour motif politique, liberté d’expression rétablie et suffrage universel.

196. Le suffrage universel (masculin) est un progrès institutionnel sans équivalent en Europe. Créé sous la Révolution, inscrit dans la Constitution de 1793 et jamais appliqué, supprimé par le Directoire, attendu par les républicains, chanté par le peuple. Le corps électoral passe de 250 000 électeurs à plus de 9 millions. 86% de votants et triomphe des républicains modérés (Lamartine en tête) à l’Assemblée (constituante).

197. Socialistes révolutionnaires, paysans (majoritaires dans le pays) et bourgeois ne veulent pas la même République et le malentendu éclate. La fermeture des Ateliers nationaux, censés donner du travail aux chômeurs, entraîne une insurrection parisienne (23-26 juin 1848) réprimée par le général Cavaignac : plus de 5 000 morts, même violence du « bonnet de coton » (bourgeois) et du « bonnet rouge » (émeutiers). 

198. Louis-Napoléon Bonaparte fait ses débuts à l’Assemblée.  Élu à une partielle sans se présenter - sur la seule force de son nom - et soutenu par Hugo pour la même raison, il se ridiculise à la tribune, mais apprend bientôt son métier. Il va surtout profiter du suffrage universel.

199. Louis-Napoléon Bonaparte, élu triomphalement président de la République (10 décembre 1848). La raison (ou la folie) de cette élection au suffrage universel et la problématique du « candidat attrape-tout » sont commentées à l’infini. L’échec brutal de Lamartine entraîne son retrait de la vie politique.

200. 1849. La République se cherche, dans un climat chaotique : crise économique, affrontements idéologiques, peur sociale. L’Assemblée législative (élue le 13 mai) a une majorité de conservateurs. Les démocrates l’emportent à Paris et dans certaines villes industrielles. L’insurrection de juin sera l’occasion de liquider l’opposition démocratique. Quant au rôle politique des femmes, il n’est pas à l’ordre du jour !

201. L’apprentissage de la République au sein de l’Assemblée. Député, ce n’est pas encore un métier, mais déjà un emploi qui s’apprend. Dans le camp des Républicains convaincus, Hugo est le plus doué de cette génération, aussi passionné que vigilant. Adolphe Thiers a un petit passé, beaucoup d’habileté, un grand avenir - il finira président sous la Troisième République.

202. L’irrésistible ascension du second Bonaparte de l’histoire - une course au pouvoir sous surveillance. La République survit dans un climat de crise et de peur entraînant des lois réactionnaires (sur le droit d’association, le système électoral, la presse). Hugo, en rupture de théâtre, député devenu le grand homme de la gauche, tonne à l’Assemblée. Thiers est vigilant et la presse aussi clairvoyante que possible.

203. 1851. Coup d’État du 2 décembre (anniversaire d’Austerlitz !). Légalement, Louis-Napoléon ne peut être réélu président de la République et n’aime d’ailleurs pas la République. Il prépare et réussit son coup : un plébiscite ratifie « cette opération de police un peu rude » qui a dissout l’Assemblée et rétabli le suffrage censitaire. Hugo, soucieux d’éviter la prison, part pour un exil de presque vingt ans.

204. 1852. Louis-Napoléon manœuvre habilement, servi par son nom, une équipe, le destin. Le Prince-président se pose comme « une gloire nationale, une garantie révolutionnaire et un principe d’autorité ». Un nouveau plébiscite approuve l’Empire restauré (2 décembre). Napoléon III sort grand gagnant de cette République qui l’a prouvé : le pays n’est pas mûr pour un bon usage du suffrage universel.

VIII. Second Empire et Troisième République (citations 2234 à 2707)

Second Empire (1852-1870)

Louis-Napoléon Bonaparte a liquidé la (Deuxième) République en un coup d’État (1851) et deux plébiscites. Il prend le nom de Napoléon III (eu égard à Napoléon II, l’Aiglon). Le Second Empire s’impose en régime autoritaire, avant de devenir libéral. L’empereur a des idées modernes et des amis banquiers : en deux décennies, la France se transforme, les classes moyennes profitent de la révolution industrielle, mais le problème social s’aggrave, renforçant le socialisme et l’opposition. Le régime s’effondre à Sedan et fait place à la (Troisième) République.

205. Prologue. Encore un Empire entre deux Républiques - l’Histoire se répète ! Hugo se pose en opposant radical, la chanson tire déjà la morale de l’histoire, la question sociale sera à l’ordre du jour jusqu’à la prochaine République, tandis que la bourgeoisie bien pensante défend le régime dont elle profite.

206. Prologue (fin) Les témoins interrogent l’Empire - socialistes, historiens, écrivains. Cette bataille des idées (de gauche) annonce la République à venir.

207. Personnage de Napoléon III. Contesté à l’excès autant que son Empire est critiqué, l’un et l’autre souffrent des foudres hugoliennes et de la comparaison avec le passé napoléonien. Ils méritent une « seconde lecture » et une mise en perspective historique. À vous de juger…

208. Tout commence bien ou mal (selon les sources citées), mais l’empereur a réussi son coup politique et son mariage d’amour. Hugo (exilé) sera le grand opposant de Napoléon le Petit. Son entourage et sa famille lui poseront toujours problème, mais la presse d’opposition est muselée et l’empire rassure autant que la république inquiétait - paysans et bourgeois redoutent les « rouges » et le désordre.

209. Armée impériale et politique extérieure, deux points forts du régime. Napoléon III a le goût des armes - comme son ancêtre - et tout semble réussir à cet « aventurier heureux ». Mac-Mahon prend la tour de Malakoff aux Russes (10 septembre 1855) et la France gagne la guerre de Crimée. Redevenue puissance prépondérante en Europe, elle défend le principe des nationalités.

210. Liberté, égalité, valeurs à géométrie variable. Un historien tel Tocqueville ne parle pas comme un préfet docile et Baudelaire ne pense pas comme Hugo. Napoléon III s’engage personnellement dans une guerre contre l’Autriche - la France va y gagner Nice et la Savoie, après deux plébiscites populaires.

211. À mi-parcours, l’Empire fait « un demi-tour à gauche » pour donner des gages à l’opinion publique. Les chemins de fer, l’Opéra Garnier, la politique algérienne, la guerre du Mexique seront diversement jugés à terme. Mais les sujets de mécontentement s’accumulent et l’opposition se renforce.

212. La liberté d’expression favorise l’opposition républicaine, le socialisme ouvrier fait ses premières armes, la géopolitique se complique. Gouverner, c’est choisir et prévoir. Napoléon III, appuyé sur une administration solide, a fait de bons choix (le traité de libre-échange profite à l’économie), avant d’être confronté à des contradictions chimériques.

213. Mai 1868. Un vent de liberté souffle sur l’Empire. La presse d’opinion gagne en liberté d’expression, l’humour de Rochefort associe la cruauté à la vérité, cependant que l’opposition républicaine s’est trouvé un chef, Gambetta, jeune avocat et « grande gueule » à suivre sous la Troisième République.

214. Contestations sur divers fronts, mais « l’Empire est plus fort que jamais » : Napoléon III gagne son dernier plébiscite (mai 1870). L’Empire libéral est massivement approuvé, l’avenir semble assuré pour son fils, le prince impérial, mais le danger est ailleurs - la Prusse veut la guerre.

215. « Par le fer et par le sang » : Bismarck définit ainsi sa Realpolitik. Poussé le 19 juillet à déclarer la guerre « le cœur léger » par une opinion belliciste, surpris devant l’invasion rapide de l’Alsace et de la Lorraine (août) par l’armée prussienne, l’empereur (souffrant) se jette à corps perdu dans le combat.

216. La chute du Second Empire. Enfermé dans Sedan, Napoléon III capitule, le 2 septembre 1870. L’opinion se retourne, Paris se soulève, nouvelle révolution parisienne le 4, aux cris de « Vive la Commune ». Le régime qu’on croyait si fort s’est effondré.

Troisième République (1870-1939)

La troisième fois sera la bonne : la France est désormais et définitivement républicaine… Mais non sans mal et dans un contexte rendu tragique par deux guerres étrangères et une guerre civile !

1. Fin de la guerre franco-allemande et Commune de Paris (1870-1871)

217. Prologue. La République naît sous le signe de la guerre et de la défaite (avec la chute de l’Empire). Sitôt revenu d’exil, Hugo s’affirme comme le grand homme de cette « Année terrible », Louise Michel s’illustre en « Vierge rouge » sous la Commune, Thiers a charge de rétablir l’ordre et les contemporains, sidérés, témoignent…

218. 4 septembre 1870. La République est proclamée à Paris dans l’élan de cette (première) journée révolutionnaire. « La patrie est en danger » : on forme un gouvernement provisoire de Défense nationale pour faire la « guerre à outrance » et Gambetta va se distinguer, en ministre de l’Intérieur hyperactif.

219. Malgré les déclarations lyriques d’Hugo et la détermination patriotique du « Provisoire », la Prusse réclame l’Alsace et la guerre tourne au désastre. Le siège de Paris commence le 19 septembre. Bazaine, commandant en chef de l’armée du Rhin, capitule sans combattre à Metz, le 27 octobre.

220. Paris refuse la défaite, Clemenceau (jeune maire du XVIIIe) dénonce l’armistice en négociation. Galvanisée par Hugo, la capitale vibre d’une fièvre patriotique, mais souffre du froid et de la faim - on mange du rat et du chien. Trochu, gouverneur militaire, démissionne au terme d’une résistance bien passive.

221. 28 janvier 1871, signature de l’armistice. Ses conditions humiliantes provoquent un rejet des Parisiens et ôtent toute crédibilité au gouvernement. Bismarck, chancelier allemand, demande une rançon « digne de Paris », la capitale résiste encore un mois, contre tout espoir.

222. La nouvelle Assemblée nationale siège à Bordeaux : monarchiste et pacifiste, à l’image du pays - seul Paris a voté républicain, représenté par Louis Blanc, Hugo, Gambetta ! La haine exaspère les passions et la guerre civile va déchirer la France, déjouant les plans du gouvernement Thiers et de tous ces « ruraux défaitistes ».

223. Versaillais contre Fédérés (Communards). Thiers transfère l’Assemblée à Versailles (10 mars). Voulant désarmer la garde nationale, il déclenche l’émeute et abandonne Paris à la rue. 28 mars 1871, la Commune est proclamée. Louise Michel, anarchiste et pasionaria des barricades, appelle à l’insurrection. Le 30, nouveau siège et bombardement de la capitale.

224. La Commune ne fait pas que se défendre et attaquer. Elle gouverne et prend des mesures qui préfigurent la Troisième République. Mais les divergences politiques éclatent, les extrémistes révolutionnaires créent la Terreur, tandis que Thiers continue de masser des troupes autour de Paris et de menacer.

225. La semaine sanglante (22-28 mai 1871). Thiers se décide à attaquer. 70 000 soldats entrent à l’ouest par le bastion mal surveillé du Point du Jour et par la porte de Saint-Cloud. Paris est reconquis, rue par rue, et incendié. La dernière barricade des Fédérés, rue Ramponeau, tombe le 28 mai.

226.Répression des communards : la Commune tourne au massacre, Français contre Français, Bismarck poussant à écraser l’insurrection. On parle de 100 000 morts, compte tenu de la « terreur tricolore » qui suit la semaine historique et des fusillés sans jugement (au mur des Fédérés).

227. Guerre civile, doublée de la guerre franco-allemande de 1870-71 et d’un conflit idéologique majeur, dans Paris assiégé, affamé, déchiré : diversement interprétée, la tragédie marque la mémoire collective. Un chant y est né, porteur d’une idée qui fera le tour du monde : L’Internationale. « Debout ! Les damnés de la terre ! Debout ! Les forçats de la faim ! »

2. Troisième République avant la Première Guerre mondiale (1871-1914)

Née au milieu des épreuves (guerre et Commune), la Troisième vivra des temps difficiles. Amputée de l’Alsace-Lorraine, la France doit payer une indemnité de 5 milliards de francs-or à l’Allemagne (traité de Francfort). L’Assemblée nationale, monarchiste, freine l’installation du régime républicain. Jeux politiques et politiciens, crises majeures (dont l’Affaire Dreyfus), espoirs et désillusions alternent ensuite, menant à la Grande guerre.

228. Prologue. « Gloire aux pays où l’on parle, honte aux pays où l’on se tait. » Clemenceau, opposant majeur et pourfendeur du régime, rend malgré tout hommage au Parlement (« lieu où l’on parle ») et à la démocratie française. D’autres témoins critiquent cette « République des camarades » et nombre d’intellectuels s’engagent politiquement.

229. Prologue (suite). Le suffrage universel n’est pas sans défaut, la politique devient un métier lucratif, le colonialisme suscite des débats - à replacer dans cette époque révolue (comme toute citation).

230. Prologue (fin). La question sociale se pose avec autant de raisons que de passions, le socialisme dans tous ses états (de Marx à Proudhon) s’oppose au capitalisme, l’anarchie multiplie les attentats, l’anticléricalisme impose l’État laïc et le pacifisme trouve son grand orateur, Jaurès - assassiné à la veille de la guerre de 1914-18.

231. La chute de l’Empire et la paix avec l’Allemagne ne clarifient pas la situation d’une France hantée par des questions cruciales. Le destin de l’Alsace nourrit un patriotisme revanchard, les réparations à payer au vainqueur pèsent sur l’économie, tandis que les monarchistes restent majoritaires. Dans ce contexte, Thiers s’impose, premier président cette République balbutiante.

232. La République conservatrice existe bel et bien et Thiers, renversé par la droite, est remplacé par Mac-Mahon (24 mars 1873). Populaire, patriote et catholique, le maréchal entend instaurer l’« Ordre moral » dans le pays.

233. L’histoire doit rendre justice à Mac-Mahon. Improbable président et fervent royaliste, il comprend que la restauration d’« Henri V » et du drapeau blanc est impossible ! Loyal et légaliste, malgré les contestations et les équilibres précaires, il va assister ou participer à la mise en place d’institutions durables.

234. 1876, tournant de la Troisième. Gambetta s’impose en chef de parti et les Républicains triomphent aux élections. Mac-Mahon, en porte-à-faux, se soumet, puis se démet en 1879, remplacé par le vieux républicain Jules Grévy. Cette clarification ne signifie pas la fin des débats : entre le tribun Gambetta et Clemenceau le « tombeur de ministères », la Chambre s’enflamme.

235. 1879. La République a triomphé : amnistie des communards en déportation ou en prison, Marseillaise promue hymne national et 14 juillet, fête nationale (premier vote des Chambres de retour à Paris). La république présidentielle laisse place au régime parlementaire : la Chambre des députés a le pouvoir. Elle va en abuser : la « République des camarades » sera celle des crises. Elle fera quand même du bon travail.

236. L’empire colonial s’agrandit (Extrême-Orient, Afrique du Nord, Afrique noire, Madagascar) et l’Assemblée en débat : faut-il poursuivre l’aventure coloniale ou réserver ses forces pour préparer la revanche ? Jules Ferry, partisan de la colonisation, est aussi le père des grandes lois scolaires - cultiver les têtes pour ne plus les couper, comme disait Hugo qui entre au Panthéon (1885).

237. La Chambre des députés abuse de son nouveau pouvoir : la « République des camarades » cumule les crises, l’instabilité ministérielle et les scandales (trafic des décorations, Panama). Dans ce contexte, le général Boulanger entre en scène, populaire et populiste, incarnant tous les contraires et bien des paradoxes.

238. La fièvre boulangiste défie le régime parlementaire. Après la chute du président Grévy (scandale des décorations), le boulangisme se politise. Contre les républicains (opportunistes) au pouvoir, ce « syndicat des mécontents » rassemble des radicaux voulant réviser la Constitution (Rochefort), des patriotes de droite ne rêvant que revanche (Déroulède), des royalistes et des bonapartistes. L’aventure tourne court - Boulanger tué par le ridicule.

239. 1892-1894. L’anarchisme multiplie les attentats pour diverses raisons : souvenir de la Commune commémorée vingt ans après ; hostilité aux partis de gauche qui veulent un État socialiste ; haine contre les bourgeois aux affaires prospères. Après Ravachol, Vaillant, Émile Henry, tout finit avec la bande à Bonnot : 20 accusés, 4 condamnés à mort, exécutés en 1912.

240. L’Affaire Dreyfus. « J’accuse », 13 janvier 1898 : Zola s’engage avec courage (aidé de Clemenceau) dans le camp minoritaire des dreyfusards. L’Affaire divise profondément le pays et son armée, avive les haines, conforte l’Action Française et la droite nationaliste, mais resserre aussi les rangs de la gauche.

241. Le régime a surmonté les crises, la République modérée est devenue « radicale », alors que les Français sont toujours critiques et divisés. La République a bien mené au radicalisme, mais parvenu au pouvoir, il n’a plus le même sens et ne fait plus peur, même si une minorité conservatrice l’a toujours en horreur. Et de nouvelles revendications s’affirment, à gauche comme à droite.

242. La question religieuse. Les débats sur l’enseignement libre et les relations de l’Église avec l’État déchaînent les passions, le peuple manifeste son anticléricalisme militant aux cris de « À bas la calotte ! Vive la sociale ! » Les républicains de gauche (radicaux) font voter la loi sur la séparation de l’Église et de l’État (1905), mais son application brutale révolte les catholiques.

243. La question sociale. Limitation de la journée de travail et repos hebdomadaire pour les ouvriers, retraite pour les vieux : ces réformes de la gauche au pouvoir restent insuffisantes. Clemenceau, président du Conseil (1906-1909), assume le rôle de « premier flic de France » face aux grèves dures et polémique avec Jaurès, le grand socialiste. Unifié en 1905 (au sein de la SFIO), le socialisme gagne du terrain et la CGT (reflet du syndicalisme internationaliste), prône « la révolution sociale intégrale ».

244. Aristide Briand remplace Clemenceau au gouvernement (juillet 1909) et Poincaré sera élu Président en 1913 à la place d’Armand Fallières : résultat d’une alliance très politicienne, entre la droite traditionnelle des républicains de gouvernement et une partie des radicaux sensibles au renouveau nationaliste et aux mots d’ordre d’union, de patrie.

245. La « Belle Époque » a vu les progrès de la vie matérielle, des sciences et des techniques, (automobile, avion, TSF), l’éclat des lettres et des arts (cinéma). Mais la tension internationale s’aggrave : l’Allemagne affiche son pangermanisme et ses ambitions coloniales. Incidents diplomatiques, course aux armements, attentat de Sarajevo, tout mène à la guerre, quand Jaurès le pacifiste est assassiné (31 juillet 1914).

3. Première Guerre mondiale (1914-1918)

Près de 20 millions de morts et encore plus de blessés dans cette « ânerie » (maréchal Lyautey). Par le jeu des alliances, des intérêts et des déclarations de guerre échelonnées sur trois ans, le conflit européen va toucher l’Afrique et l’Asie. Avec la participation des États-Unis d’Amérique en 1917, la « Grande Guerre » devient la Première Guerre mondiale de l’histoire.

246. Prologue. « La plus monumentale ânerie que le monde ait jamais faite ! » dit Lyautey au déclenchement du conflit. Et Clemenceau revenu au pouvoir en 1917 : « La guerre ! Une chose trop grave pour la confier à des militaires. ». Acteurs et témoins se succèdent, citations des romanciers Barbusse (Le Feu), Dorgelès (Les Croix de bois), Radiguet (Le Diable au corps), Apollinaire le poète et tant d’autres.

247. 3 août 1914. L’Allemagne déclare la guerre à la France qui se mobilise aussitôt, croyant à une guerre courte ! L’« Union sacrée » traduit le patriotisme de tous les courants politiques, des princes royalistes et bonapartistes aux militants d’une extrême-gauche hier encore pacifiste et internationaliste, en passant par toutes les nuances socialistes et républicaines.

248. L’optimisme fait long feu et la guerre de mouvement commence mal. La bataille des frontières se déroule selon le plan allemand. Gallieni, Joffre et Foch réagissent : la (première) bataille de la Marne (avec les fameux taxis G7 réquisitionnés) sauve Paris de l’assaut allemand (6 au 9 septembre 1914). Mais la France, occupée en ses riches provinces de l’Est, doit reconquérir sa terre, pied à pied.

249.  La guerre des tranchées culmine à Verdun, le « cœur de la France » (Guillaume II, empereur d’Allemagne), bombardé de février à juillet 1916 et tenu par Pétain, général qui a redonné confiance aux « poilus ». Bilan : 162 000 morts et 216 000 blessés - saignée comparable, chez l’ennemi. Printemps 1917, des mutineries traduisent la lassitude sur le front, en raison d’offensives incessantes et vaines.

250. Avril 1917, l’Amérique entre enfin en guerre au cri de « La Fayette, nous voici ! ». En novembre, le président Poincaré appelle en dernier recours Clemenceau (76 ans). Au prix d’une dictature jacobine, le « Tigre » devient le « Père la Victoire ». Mars 1918, toutes les armées alliées (française, britannique, belge, américaine) seront placées sous le commandement unique de Foch.

251. La bataille de France aboutit à la victoire et l’armistice du 11 novembre. La Grande Guerre a mobilisé 64 millions de soldats, dont 8,4 millions de Français : 4 millions blessés, 1,4 million morts et disparus. La mortalité chez les civils (privations et grippe espagnole) double le bilan et le territoire est dévasté. Le traité de Versailles (28 juin 1919) rendra l’Alsace et la Lorraine à la France. Il faut maintenant gagner la paix.

4. Entre-deux-guerres (1918-1939)

La France garde les institutions de la Troisième, mais l’esprit a changé. La guerre a coûté trop cher en hommes et en argent, l’Allemagne ne paie pas ses dettes, notre dénatalité devient dramatique et l’Europe vit une crise existentielle bien vue par les intellectuels (Valéry, Siegfried). En 1936, l’espoir revient avec le Front populaire, malgré tout impuissant face à la violence des haines nationales et la montée des périls aux frontières (fascisme et nazisme).

252. Prologue. Après le traumatisme de la Grande Guerre (tragédie unique dans l’Histoire), les témoins semblent unanimement pessimistes dans leur lucidité. On cherche en vain l’esprit d’un Voltaire ou l’espoir d’un Hugo ! Paul Valéry, prophète de mauvais augure, fait figure de poète officiel et toutes les signatures qui comptent lui font écho, d’un bout à l’autre de l’échiquier politique (de Blum à Maurras).

253. Brève illusion de l’après-guerre, résumée en dix « Années folles ». La France fête sa victoire avec insouciance, « l’Allemagne paiera » ! Élu sur ce slogan, le Bloc national (de droite) compte à tort sur les réparations allemandes pour rétablir l’économie, multipliant les dépenses publiques financées par l’emprunt au lieu de l’impôt, d’où l’inflation. Quant au vieux Clemenceau, il n’est plus rien que le « Perd la Victoire ».

254. Les nouvelles tensions sociales. Les femmes, devenues majoritaires et ayant assumé de lourdes responsabilités durant la guerre, revendiquent de nouveaux droits. Le pays s’industrialise et s’enrichit, mais la croissance ne profite pas aux ouvriers. En 1920 (congrès de Tours), la naissance d’un parti communiste rompant avec le socialisme montre l’influence du bolchévisme, vainqueur en Russie et tentation pour nombre d’intellectuels.

255. Les ministères se succèdent (42 en 21 ans), n’ayant ni le temps ni le talent de gouverner. Le Bloc national au pouvoir depuis 1919 est remplacé par le Cartel des gauches en 1924. Rien n’y fait : l’immobilisme politique va de pair avec la stabilité du corps électoral dans les cinq élections d’entre-deux-guerres, l’extrême-droite affichant la même violence que la gauche extrême (et militante).

256. Sauver le franc et la paix ! L’inflation galope et le gouvernement Poincaré d’Union nationale (socialistes exclus) succède au Cartel des Gauches en 1926 : miracle, la confiance revient. La santé économique est liée aux relations internationales - réparations allemandes et paiement des dettes françaises aux États-Unis. « Pèlerin de la paix » et partisan du dialogue, Aristide Briand négocie le pacte Briand-Kellog qui met « la guerre hors-la-loi ».

257. La France souffre de la crise économique mondiale de 1929 et de son instabilité ministérielle chronique. La droite rêve d’un pouvoir fort et veut renverser la République : l’émeute du 6 février 1934 fait 17 morts, plus de 1 000 blessés. Le 9 février, contre-manifestations communistes : 11 morts et 300 blessés. Un front commun antifasciste se crée. Le Front populaire en naîtra bientôt.

258. L’union des gauches. Le parti communiste (Maurice Thorez), le parti socialiste (Léon Blum) et le parti radical-socialiste (Édouard Daladier) se rassemblent en 1935 pour faire front face à la montée des périls, dans un climat politique, social, idéologique et un contexte international de plus en plus difficile.

259. Le Front populaire. Les forces de gauche unies l’emportent aux élections de mai 1936 avec le slogan Pain, Paix, Liberté. « Grèves de la joie » et de tous les espoirs, gouvernement socialiste de Léon Blum (avec quelques femmes sous-secrétaires d’État), accords Matignon (augmentation des salaires, semaine de 40 heures, congés payés de 15 jours). L’été 36 est beau.

260. Trois dictateurs multiplient les provocations : Franco, Mussolini, Hitler. Face à la montée des périls, les intellectuels semblent aveugles - Malraux fait exception dans L’Espoir (1937), récit de « sa » guerre civile espagnole : « Les grandes manœuvres sanglantes du monde étaient commencées. » Les pacifistes sont légion, à gauche par tradition, à droite par calcul - Hitler fait rempart au péril rouge (communisme) et au « péril juif ».

261. Le pacifisme viscéral est avant tout celui du pays et de l’opinion publique. Né de la dernière guerre et des hécatombes qui ont touché la plupart des familles, il explique aussi l’effondrement de notre diplomatie et l’aveuglement des partis, pris dans leurs contradictions. On veut la paix à tout prix, quitte à admettre le fascisme.

262. Accords de Munich (30 septembre 1938). Hitler a envahi l’Autriche en mars - Anschluss, annexion pure et simple. Il récidive, avec le rattachement à minorité allemande des Sudètes, territoire de Tchécoslovaquie. Pour sauver la paix, France et Grande-Bretagne cèdent, abandonnant cette fois un pays allié. L’opinion approuve, « munichoise » à 57%, mais se retourne en décembre (premiers sondages).

263. Prise de conscience tardive. La signature du pacte de non-agression germano-soviétique (23 août 1939) entraîne une violente répression contre les communistes et des états d’âme au sein du parti. L’opinion publique, dûment sondée en cette année cruciale, comprend enfin le danger. Trop tard ! L’Allemagne envahit la Pologne (1er septembre) et la France va entrer en guerre, divisée, mal préparée.

IX. Seconde Guerre mondiale et Quatrième République (citations 2708 à 2931)

Seconde Guerre mondiale (1939-1945)

De la défaite à la Libération, la France vaincue et occupée vit un « naufrage » avec Pétain, avant d’être sauvée par de Gaulle, la Résistance, les Alliés.

264. Prologue. En termes d’histoire nationale, cette nouvelle guerre se résume en un duel (radiodiffusé). Deux militaires, de Gaulle et Pétain, incarnent chacun « sa » France : Résistance à l’Allemagne hitlérienne ou acceptation de la défaite. Le contexte mondial, l’émergence de héros et de grands témoins renforcent la dimension tragique de l’Événement.

265. Personnage du général de Gaulle. « Un fou a dit “Moi, la France” et personne n’a ri parce que c’était vrai. » Parole de Mauriac, complétée par l’humour d’un autre gaulliste, Malraux : « Chez de Gaulle, il n’y a pas de Charles. » L’homme se révèle dans ses Mémoires comme au fil de l’action, avec un sens du destin et de la grandeur, martelé au fil de cette chronique.

266. 3 septembre 1939. Déclaration de guerre de la France et de la Grande-Bretagne à l’Allemagne, suivie par la « drôle de guerre » : huit mois où rien ne se passe en France (hors slogans, déclarations officielles et chansons plaisantes), cependant qu’Hitler a rayé la Pologne de la carte en trois semaines et l’a partagée avec l’URSS, en octobre.

267. Mai-juin 1940, guerre éclair (Blitzkrieg), invasion allemande et débâcle. Churchill se pose en allié numéro un, mais Paris tombe le 14 juin. La bataille de France est finie et l’armée anéantie en un mois : 100 000 morts, 2 millions de prisonniers. L’exode de population affolée se poursuit vers le sud et Jean Moulin, jeune préfet, démissionne avant de rejoindre de Gaulle à Londres.

268. L’Appel du 18 juin. Pétain, héros de la Grande Guerre, aujourd’hui vieillard de 84 ans et chef de gouvernement, appelle à cesser le combat le 17 juin. Mais l’Appel, lancé le lendemain par le général de Gaulle sur la radio de Londres et plusieurs fois renouvelé, porte l’autre message de la « France libre » : le combat continue, cette guerre est mondiale et la victoire est au bout.

269. Armistice signé par Pétain le 22 juin 1940, prenant effet le 25. Les conditions imposées aux Français par l’ennemi sont très dures et le gouvernement légal ne pourra pas longtemps tolérer la dissidence gaulliste - cette « voix de la France » qui lui dispute sa légitimité.

270. Pétain liquide la République. Il établit sa capitale provisoire à Vichy, en juillet. Chef de l’État français, il a reçu les pleins pouvoirs des Chambres qui voient en lui le seul recours - comme la majorité des Français. Il veut assainir le terrain moral, au nom d’un ordre nouveau fondé sur la trilogie « Travail, Famille, Patrie ». Tandis que de Gaulle multiplie les Appels.

271. Pétain « entre dans la voie de la collaboration » : entrevue de Montoire avec Hitler (24 octobre 1940). La France humiliée vit à l’heure allemande : Alsace-Lorraine annexée au Reich, reste du pays coupé en deux zones jusqu’en 1942, occupation, travail forcé en Allemagne, camps de concentration, statut infâmant pour les juifs. Mais la résistance intérieure s’organise peu à peu.

272. Pierre Laval, chef du gouvernement, « souhaite la victoire de l’Allemagne » et renforce la collaboration avec l’occupant. Il préfère ça au bolchévisme et se croit plus malin qu’Hitler dont il fait le jeu. Dans le même camp, Radio-Paris diffuse la propagande ennemie et le très antisémite Brasillach prône un fascisme à la française, dans son hebdo Je suis partout.

273. 1941. La guerre devient mondiale. Rompant le pacte germano-soviétique, Hitler attaque l’URSS (22 juin). Les Japonais coulent la flotte américaine du Pacifique à Pearl Harbor (7 décembre). L’Allemagne et l’Italie déclarent la guerre aux États-Unis. Dans toute l’Europe, la Résistance (intérieure et extérieure) s’organise, Jean Moulin ayant pour mission d’unifier les trois principaux réseaux français.

274. La France est déchirée. Les exemples d’héroïsme sont quotidiens, d’où 100 000 déportés politiques, civils et anonymes. Dénoncé, torturé à mort en juin 1942, Jean Moulin sera panthéonisé par Malraux (1966). La chasse aux résistants se radicalise en 1943, avec la Milice chargée de les traquer. Il y a des ralliements tardifs (tels les communistes à l’appel de Staline), à côté des trahisons et dénonciations.

275. Préparer l’après-guerre. De Gaulle, identifiant toujours son destin à celui de la France, ne se contente pas de combattre. D’Algérie, lieu du premier débarquement des Alliés en 1942, il jette les bases d’un régime nouveau, sans privilèges ni coalitions d’intérêts. En attendant, les Français souffrent en France, tout particulièrement les juifs.

276. Le Débarquement (D Day, Jour J). La libération du territoire a commencé en Afrique du Nord (novembre 1942), mais le premier débarquement des Alliés sur le continent se situe en Normandie (6 juin 1944). 300 000 hommes suréquipés forcent le « mur de l’Atlantique ». Président du GPRF (Gouvernement provisoire de la République française), de Gaulle se pose en chef de la France libre qu’il veut associer à la victoire.

277. La Libération (25 août 1944). Paris s’est soulevé le 18 août et faillit brûler le 24 (sur ordre d’Hitler). Le voilà enfin libéré par la 2e DB (Division blindée) de Leclerc. Date historique, œuvre conjuguée des Français de l’intérieur et de l’extérieur, symbole dont toutes les radios du monde vont se faire l’écho.

278. La libération du territoire. Commencée en Corse (1943), elle s’achève avec Leclerc à Strasbourg, 23 novembre 1944. De Lattre de Tassigny va libérer l’Alsace en 1945, avec le colonel Berger (alias Malraux) commandant la brigade Alsace-Lorraine. Reste à restaurer l’État. De Gaulle déniant toute légitimité au régime de Vichy, la République qu’il incarne depuis juin 1940 n’a donc jamais cessé d’exister.

279. Le PC, gagnant de la libération. Remanié en septembre 1944, le GPRF inclut des membres de la résistance intérieure et les communistes se retrouvent au gouvernement. La défaite de Vichy étant aussi celle de la droite, trois partis de gauche dominent la vie politique renaissante : PC, PS, MRP (Mouvement républicain populaire) d’inspiration catholique. Mais les règlements de compte vont diviser le pays.

280. L’épuration. 1,5 à 2 millions de Français touchés (sanctions politiques, administratives et judiciaires). Paulhan et Camus protestent contre des listes noires trop longues et des peines trop sévères. De Gaulle refusera la grâce de Brasillach. L’épuration sauvage frappe aussi - 9 000 exécutions sommaires (chiffre dix fois supérieur avancé). Sans parler des femmes tondues pour « collaboration horizontale » avec l’ennemi.

281. La France à la table des vainqueurs. Le pays s’est assez battu pour ça et de Lattre de Tassigny est présent à la signature de la capitulation allemande, au gand dam des Allemands. Mais la France ne sera pas invitée à la conférence de Yalta (4-11 février 1945) où les « trois grands », Staline, Roosevelt, Churchill, règlent le sort du monde.

Quatrième République (1945-1958)

La France sort de la guerre dans un triste état : détruite, ruinée, saignée (600 000 morts, dont 400 000 civils). Les Français s’unissent pour gagner la bataille de la reconstruction et de la production, mais le régime est bientôt critiqué pour ses défauts qui rappellent trop la Troisième République et l’épreuve de la décolonisation lui sera fatale, avec la guerre d’Algérie.

282. Prologue. Idéologie et politique. « Il faut refaire des hommes libres » (Bernanos). C’est le temps des maîtres à penser et des engagements plus ou moins inconditionnels, des guerres entre intellectuels (Sartre contre Camus), du sectarisme de la gauche, des illusions… et des désillusions. Politiciens et partis au pouvoir sont particulièrement visés, par la presse, l’opinion et l’opposition, y compris de Gaulle retiré à Colombey.

283. Prologue (fin) Économie et société. Nationalisations de grandes entreprises et de banques, planification à la française (Jean Monnet), modernisation, renouveau démographique spectaculaire (plus « 12 millions de beaux bébés »), taux de croissance moyen de 5% (années 1950 et 1960), niveau de vie en hausse. La France s’embourgeoise et s’installe sans complexe dans la société de consommation.

284. La reconstruction. 1945. La France est détruite, ruinée, saignée (600 000 morts, dont 400 000 civils). Les Français vont s’unir pour gagner la nouvelle bataille de la reconstruction et de la production. Communistes, socialistes et chrétiens-démocrates (MRP) gouvernent ensemble et entreprennent de grandes réformes : nationalisations (gaz, électricité, banques, usines Renault), création de la Sécurité sociale, politique nataliste (d’où le baby-boom). Mais la belle unité va vite se briser.

285. 1946. Démission du général de Gaulle et naissance de la Quatrième République. Le président historique du GPRF refuse les jeux politiciens des partis et démissionne, le 20 janvier. Une Assemblée constituante élue au suffrage universel (femmes comprises, pour la première fois) donne à la France une Constitution acceptée par référendum (13 octobre) et qui prolonge en fait la Troisième République, avec tous ses défauts.

286. La guerre froide. Ce nouveau contexte international oblige la Quatrième à faire des choix : exclusion des ministres communistes et acceptation du plan Marshall (aide des Etats-Unis), dans un climat social explosif. De Gaulle prépare son retour avec le Rassemblement du peuple français (RPF créé en 1947), mais l’heure n’est pas encore venue pour le général.

287. Minée par les critiques des gaullistes rassemblés au RPF et des communistes passés à l’opposition (mai 1947), dans un contexte de guerre froide et de grèves dures, la « Troisième Force » (SFIO et MRP) ne peut s’imposer. Notre vie politique caricature le régime parlementaire, dispersant la représentation nationale, tournant au régime de partis « pagaille » et d’assemblée tyrannique : 21 gouvernements se succèdent, entre 1947 et 1958.

288. L’Histoire piétine, hors Événements majeurs (Révolutions, Guerres, Empire napoléonien) et riches en héros. 1953-54, Coty remplace Auriol à la présidence, de Gaulle rumine à Colombey… Voici le moment de citer Gérard Philipe enchantant le Festival d’Avignon avant le TNP de Vilar, Gilbert Cesbron évoquant les prêtres-ouvriers, l’abbé Pierre au micro de Radio Luxembourg, appelant au secours pour les sans-abris, et Sagan, 18 ans, best-seller à la sortie de Bonjour, tristesse.

289. Pierre Mendès France, grand nom de gauche et brève carrière. Chef du gouvernement en juin 1954, un mois après la chute de Diên Biên Phû, PMF liquide l’affaire indochinoise, signant les accords de Genève qui consacrent la division du Viêt-Nam en deux zones (juillet 1954). Refusant d’être l’homme du système, il reste au pouvoir 7 mois et 17 jours, sans parvenir à surmonter les blocages et l’instabilité inhérents à la Quatrième.

290. La décolonisation fragilise la République. L’Afrique du Nord est plus chère aux Français que l’ex-Indochine. Tunisie et Maroc marchent sans trop de problèmes vers l’indépendance, mais pour beaucoup, même à gauche, « l’Algérie, c’est la France » (Mitterrand). La guerre d’Algérie s’intensifie et divise l’opinion publique comme la classe politique, crucifie les intellectuels et concerne bientôt chaque famille de soldats.

291. La torture en Algérie. La Tunisie et le Maroc obtiennent leur indépendance et le gouvernement prépare la décolonisation de l’Afrique noire avec la loi Defferre. Ces actions, à mettre au crédit du régime, ne doivent pas faire oublier la torture, dénoncée par divers intellectuels. La politique répressive ne met pas fin au conflit algérien qui s’éternise et l’impasse fragilise le pouvoir.

292. Coup d’État du 13 mai 1958. Face à la crise en Algérie, « le cadavre bafouille » : telle est l’image donnée par le pouvoir, instable et impuissant. Les Français d’Algérie manifestent le 13 mai et en appellent au général de Gaulle, le 15. Un Comité de salut public se constitue, présidé par le général Massu.

293. De Gaulle redevient l’homme providentiel. Le président René Coty, face à la menace de guerre civile, demande au Parlement d’investir « le plus illustre des Français » comme chef du gouvernement. De Gaulle, 67 ans, apparaît de nouveau comme le sauveur, rassurant avec humour la gauche qui voit venir le dictateur. Il va attacher son nom à la création de la Cinquième République.

X. Cinquième République (citations 2932 à 3500)

Originalité de cette dernière et longue chronique, elle est à la fois notre Histoire et notre actualité - d’où son intérêt et la difficulté de l’entreprise. Sources innombrables, on n’a que l’embarras du choix, mais le recul manque, surtout à la fin du récit… (à suivre).

294. Prologue. La Constitution se veut à la fois présidentielle (autorité du chef) et parlementaire (responsabilité du gouvernement face à l’Assemblée élue). Créée sur mesure pour de Gaulle, elle s’adaptera aux successeurs du général. Les autres thèmes politiques font toujours débat : défense, décolonisation, Europe, pays en voie de développement.

295. Prologue (suite). L’Économie impose sa loi au Politique et semble désormais gouverner le monde. L’inflation (du franc) fut un mal récurrent et très français, avant l’euro. Le chômage est le nouveau problème, avec la mondialisation et ses excès.

296. Prologue (suite). La « société de consommation » a du bon, avec l’augmentation du niveau de vie. Mai 68 se révoltera contre cette réalité matérialiste. Chaban-Delmas (Premier ministre) peine à réformer le pays - constante de notre histoire. Mais la Culture fait encore rêver le public (et même le peuple), avec un ministère dédié (à Malraux).

297. Prologue (fin). Les enjeux mondiaux du XXIe siècle : l’écologie devient politique et Chirac s’en fait le héraut (ultime combat politique), l’altermondialisme fait école et doctrine à tout-va, l’Internet s’apprête à révolutionner nos vies, l’Europe fait plus que jamais débat. Autant de thèmes toujours à suivre.

Cinquième République sous de Gaulle (1958-1969)

De Gaulle s’identifie au régime. Après la Constitution donnant une « tête » à l’État et approuvée par référendum, le nouveau président s’attaque au grave problème algérien.

Profitant d’un attentat et soucieux d’asseoir le pouvoir présidentiel, il fait accepter son élection au suffrage universel par référendum. La vie politique va en être changée. Réélu en 1965, il a quand même subi un ballottage au premier tour face à la gauche, incarnée par Mitterrand, grand opposant au gaullisme.

L’Europe économique se construit lentement. La France devient une puissance atomique. Le « nouveau franc » soutient une politique financière plus saine, le Plan est présenté comme « une ardente obligation », la croissance économique élève le niveau de vie et engendre la société de consommation.

L’activité diplomatique du Général se déploie tous horizons : reconnaissance de la Chine communiste, rejet de la candidature anglaise au Marché commun, retrait français de l’OTAN, « Vive le Québec libre ! »

Mai 1968, révolte étudiante « folklo », puis grève générale, révèle la plus grave crise de société depuis la guerre. Très diversement jugée aujourd’hui encore, c’est une incontestable évolution des mentalités, d’où un besoin de changement, surtout chez les jeunes. Les élections législatives de juin donnent un raz-de-marée gaulliste, mais de Gaulle perd son référendum en avril 1969 et démissionne aussitôt.

298. Personnage de Charles de Gaulle (voir aussi Seconde Guerre mondiale). Le président René Coty appelle « le plus illustre des Français » au secours de la France malade du drame algérien. Il n’attendait que ça, à l’aise dans ce rôle de sauveur, entre bains de foule et conférences de presse. Les opposants craignent à tort le dictateur militaire. Chef attaché à l’autorité, mais soucieux de légitimité, il quittera le pouvoir au premier échec référendaire.

299. 21 décembre 1958, De Gaulle, élu président, incarne la République. Fort d’une Constitution donnant une « tête » à l’État et approuvée par référendum (80% de oui), il s’attaque au problème algérien. Mais le FLN (Front de libération nationale) refuse « la paix des braves » et l’« autodétermination » reste à définir. De Gaulle signe le traité de Rome (Marché commun), lance son idée prophétique de l’Europe (« de l’Atlantique à l’Oural ») et lance le nouveau franc (1erjanvier 1960).

300. Semaine des Barricades à Alger, 24 janvier 1960. Quand de Gaulle évoque la République algérienne (associée à l’autodétermination), le général Massu se déclare pour l’Algérie française (d’où sa mutation), les Français d’Algérie se soulèvent et l’OAS (Organisation Armée secrète) s’organise. Les intellectuels (majoritairement de gauche) se déchirent face à la guerre, cependant que le président gouverne sur tous les fronts (première bombe A, décolonisation de l’Afrique).

301. Putsch des généraux. Alger, 22 avril 1961. De Gaulle annonce un référendum sur la République algérienne et prépare l’indépendance, mais un « quarteron de généraux » se rebelle : Challe, Zeller, Jouhaud et Salan obtiennent de nombreux ralliements et l’OAS fait régner la terreur par ses attentats. L’autorité du Général écarte le danger de guerre civile, les négociations se poursuivent.

302. Les accords d’Évian (18 mars 1962) approuvés par référendum (à plus de 90%) instaurent le cessez-le-feu et la France reconnaît l’indépendance de l’Algérie (3 juillet). Mais bien des drames vont encore se jouer ! Certains jours de printemps à Alger, à Oran, les attentats du FLN feront plus de cent morts (« la valise ou le cercueil »). D’où l’exode massif des « pieds-noirs » vers la métropole, 750 000 en quatre mois…

303. Malgré les accords d’Évian, les passions ne désarment pas et de Gaulle échappe de peu à l’attentat du Petit-Clamart (22 août 1965) inspiré par l’OAS. Pour asseoir le pouvoir présidentiel et contrer le « régime désastreux des partis », de Gaulle fait accepter par référendum son élection au suffrage universel direct. La vie politique, déjà stabilisée par les nouvelles institutions, en sera changée.

304. Pratique gaullienne du pouvoir. De Gaulle à la barre ne peut « se contenter d’inaugurer les chrysanthèmes ». Il répond à la grève générale des mineurs par un décret de réquisition. La France quitte l’OTAN au nom de l’indépendance nationale. L’audiovisuel public et le JT restent sous contrôle. L’opposition dénonce le pouvoir personnel et de Gaulle entretient le suspense sur sa candidature aux présidentielles.

305. Première élection du Président au suffrage universel direct (5 et 19 décembre 1965). De Gaulle est réélu, après un ballottage humiliant face à la gauche, incarnée par Mitterrand. Même le centre de Lecanuet fait un bon score. Le mythe gaulliste n’éveille plus chez les jeunes l’enthousiasme de leurs aînés, l’État semble stagnant et vieillot, mais de Gaulle persiste et garde Pompidou Premier ministre.

306. L’émergence de Valéry Giscard d’Estaing. Exclu du gouvernement, VGE se pose face à de Gaulle. Le « Oui mais… » affirme son indépendance envers la majorité, tout en dénonçant l’exercice solitaire du pouvoir par le président. Françoise Giroud (l’Express) titre sur la naissance d’un dauphin. En attendant, de Gaulle gouverne et multiplie les « mots » politiques sur le Québec libre, le peuple juif dominateur.

307. Mai 1968. Révolte étudiante, puis grève générale (secteur public et privé) et crise de société majeure. Les « événements », très diversement jugés, trahissent une incontestable évolution des mentalités, d’où un besoin de changement dans les structures sociales, surtout chez la jeunesse.

308. Mai 68 (suite) La crise universitaire, puis sociale, devient politique, les réactions du pouvoir vont aggraver la « chienlit », l’annonce d’un référendum sur la participation passe mal. Malgré les accords de Grenelle (27 mai), la base ouvrière reste mobilisée, avec 300 000 manifestants au stade Charléty. Sartre rêve révolution, Cohn-Bendit hésite, Mitterrand évoque la vacance du pouvoir et la possible succession…

309. Mai 68 (épilogue). Disparu le 29 (fatigue, désarroi ou tactique ?), de Gaulle annonce à la radio son maintien au pouvoir et la dissolution de l’Assemblée, appelant à une « action civique » : la foule envahit les rues pour le soutenir (30 mai). L’opinion sitôt retournée, le travail reprend, l’UDR (Union pour la défense de la République) remporte les « élections de la trouille » (fin juin). La fête est finie, les exégèses ne font que commencer.

310. Le dernier pari du général. L’Assemblée lui assurait une fin de septennat sans histoire, mais il lance un referendum (réforme régionale et réforme du Sénat), voulant restaurer à tout prix le lien de confiance avec le pays. Pari perdu le 27 avril 1969 (52 % de non). De Gaulle démissionne le lendemain. « Cas sans précédent de suicide en plein bonheur », selon François Mauriac.

Les années Pompidou, Giscard d’Estaing et Mitterrand (1969-1995)

Le septennat de Pompidou, commencé avec l’espoir de la « nouvelle société » chère au Premier ministre Chaban-Delmas, est interrompu par la mort du président (2 avril 1974).

La droite reste au pouvoir avec l’élection de Valéry Giscard d’Estaing et ses Premiers ministres (Chirac, puis Barre), tandis que la gauche s’est structurée - création du Parti socialiste au Congrès d’Épinay (1971) et signature du Programme commun, éphémère union de la gauche.

Le Marché commun des six États fondateurs s’élargit à la Grande-Bretagne et à d’autres pays, alors que la crise économique s’aggrave après le second choc pétrolier. VGE le centriste est lâché par la droite et lynché par la presse.

10 mai 1981, Mitterrand élu président dissout l’Assemblée nationale et la gauche triomphe logiquement aux législatives de juin. Gauche et droite vont s’affronter sur des points chauds : nationalisations, liberté de l’enseignement. Les jeunes se détournent de la politique, le parti des Verts (écologie) s’en mêle et une extrême droite renaît, animée par Jean-Marie Le Pen.

La France découvre la cohabitation en 1986, la droite ayant gagné aux législatives. Chirac se retrouve Premier ministre, finalement perdant dans ce duo-duel avec Mitterrand, vainqueur aux présidentielles de mai 1988. Michel Rocard devient Premier ministre.

Les équilibres de l’après-guerre sont bouleversés : chute du mur de Berlin (1989) préfigurant la réunification de l’Allemagne et fin de l’URSS (décembre 1991) consacrant la faillite du communisme.

La France s’engage aux côtés des États-Unis dans la (première) guerre du Golfe contre l’Irak en 1991. Le référendum sur le traité de Maastricht divise les partis et mobilise l’opinion. La nouvelle Union européenne aboutira à l’euro.

Fin crépusculaire du second septennat : maladie du président, suicide de proches, climat propre aux « fins de règne » et nouvelle cohabitation (avec Édouard Balladur). Irrésistible retour au pouvoir de la droite qui se déchire pourtant - choc des egos et guerre des chefs toujours à suivre.

311. Personnage de Valéry Giscard d’Estaing. Viscéralement centriste, à la tête d’un pays fortement bipolarisé, gauche contre droite. Prônant la décrispation, cultivant son personnage, « traditionaliste et réformateur », il modernise la société (IVG, majorité civique à 18 ans, divorce par consentement mutuel). Moins heureux en fin de septennat, victime de la crise économique, de calomnies médiatiques et de sa propre image, ce retraité de 55 ans survit en grand blessé de la politique et militant européen.

312. Personnage de François Mitterrand. Il accède au pouvoir tant désiré après un long parcours politique dans l’opposition de gauche et l’antigaullisme résolu. Sphinx par nature, énigme irritante et fascinante pour ses biographes, il reste à son actif quelques convictions et autant de combats : pour la culture générale, l’Europe des patries, les droits de l’homme et les libertés fondamentales. 

313. 1969. Élection présidentielle précipitée. Difficile d’imaginer un successeur à de Gaulle, avec les institutions taillées à sa mesure. Pompidou, son ancien Premier ministre, l’emporte au second tour face au centriste Alain Poher. Dès sa première conférence de presse, il se démarque de l’illustre prédécesseur en se présentant comme « un Français parmi d’autres » aux côtés du Premier ministre, Chaban-Delmas, baron du gaullisme.

314. Georges Pompidou et la nouvelle société de Chaban. Le chef du gouvernement en donne deux définitions : « Politique, c’est une société qui tend vers plus de justice et de liberté (…) Sociologique, c’est une société où chacun considère chacun comme un partenaire ». Projet bien accueilli, même par l’opposition. Les difficultés viendront du scepticisme présidentiel. Pompidou prône l’ « impératif industriel », affichant des convictions économiques plus que sociologiques.

315. Les Années de poudre. Chaban sait qu’il dirige le meilleur des gouvernements réformistes, mais dans la pire des situations émeutières, loin du folklore de Mai 68 - Années de rêve. Désir de dialogue et « nouvelle société » se heurtent à la réalité : maoïstes, activistes révolutionnaires (Ligue communiste), casseurs et autres gauchistes font la une de l’actu, tandis que la minorité féministe du nouveau MLF manifeste en force.

316. 9 novembre 1970, mort de Charles de Gaulle - et fin du mythe gaulliste ? Le président Pompidou lui rend un hommage vibrant et tourné vers l’avenir. Mais le consensus national se fissure, malgré les tentatives pour concilier gaullisme finissant et modernité. Les lycéens s’expriment entre sittings et slogans, les militantes féministes se groupent en commandos et pétitionnent pour l’avortement.

317. Magistrale OPA sur la gauche. Mitterrand, Premier secrétaire et maître du nouveau PS au congrès d’Épinay (juin 1971), vise le Programme commun de gouvernement et joue l’union avec le PC, force dominante de la gauche (juin 1972). Georges Marchais s’impose en bête médiatique, incarnation d’un communisme encore triomphant, et Libération entre en scène, affichant son programme en sous-titre : « L’information vient du peuple et retourne au peuple. »

318. Lip, Larzac et choc pétrolier. Messmer succède à Chaban, la majorité l’emporte aux législatives de mars 1973 et la LCR (Ligue communiste révolutionnaire) est dissoute. La suite du mandat sera troublée par la convergence des luttes ouvrières (affaire Lip) et paysannes (manifestation du Larzac, contre l’extension du camp militaire), gênée par la crise économique, l’inflation et le chômage découlant du premier choc pétrolier.

319. 1974. Mort de Pompidou et élection de Giscard. Après un calvaire public devenu fait politique, le président malade meurt le 2 avril. La courte campagne présidentielle, ratée par Chaban homme trop pressé, aboutit au duel Mitterrand-Giscard d’Estaing. Parfaitement joué (d’ailleurs repris au théâtre), leur débat télévisé d’entre-deux-tours deviendra un classique du genre. Giscard l’emporte de peu (50,81%). Jamais le pays ne fut si nettement partagé entre droite et gauche.

320. Giscard, 48 ans, veut faire de la France « un immense chantier de réformes ». Un secrétariat d’État à la Condition féminine peut sembler anecdotique, mais il est confié à Françoise Giroud, brillante directrice de l’Express (journal d’opinion de gauche). Et la légalisation de l’avortement est une révolution dans les mœurs. Défendue par la nouvelle ministre de la Santé, femme d’exception face à une Assemblée d’hommes violents, la loi Veil est votée (17 janvier 1975).

321. Le centrisme réformateur de VGE s’essouffle déjà - après l’éclatement de l’ORTF, le droit de vote à 18 ans, le divorce par consentement mutuel. 1975 sera l’année « des occasions perdues et des illusions entretenues » (Françoise Giroud). Réformes institutionnelles différées, inflation négligée au profit du pouvoir d’achat et au fil des cinq remaniements gouvernementaux. Les relations se tendent entre le président et son Premier ministre Chirac.

322. 1976. Raymond Barre succède à Chirac qui a démissionné - fait unique sous la Cinquième. Très prof’ de Fac, notre « premier économiste de France » part en guerre contre l’inflation, car « la France vit au-dessus de ses moyens. » Réalités enfin prises à bras-le-corps et hausse des prix limitée à 9,6 %. L’austérité du « plan Barre » provoque l’hostilité des syndicats et de l’opposition, mais son gouvernement brave les manifestants et l’impopularité.

323. Élections municipales et législatives - 1977 et 1978. Les Français se passionnent pour une vie politique chaotique. La majorité sortante est battue, puis gagnante. Le gouvernement Barre, chaque fois remanié, tiendra jusqu’aux présidentielles de 1981. La gauche, pourtant gagnante, renonce au Programme commun en septembre 1977 : partis socialiste et communiste poursuivront des trajectoires distinctes. Enfin, Chirac devient (le premier) maire de Paris : réforme due à VGE et tremplin politico-médiatique.

324. Élections européennes et crise économique mondiale. Chirac (hospitalisé en décembre 1978, plâtré et mal conseillé) lance son « appel de Cochin » contre l’Europe fédérale et « le parti de l’étranger », visant l’UDF giscardienne. Parmi les députés élus pour la première fois au suffrage universel, la liste Veil l’emporte et Simone Veil présidera l’Assemblée européenne. Mais la (seconde) crise pétrolière frappe les économies nationales, alors qu’une (première) émigration massive de réfugiés politiques vietnamiens obtient l’asile de la France - les « boat people ».

325. Élection présidentielle de 1981. Trop sûr de lui, VGE reconnaîtra une campagne bâclée, alors que Mitterrand peaufine sa revanche depuis sept ans et donne à rêver au « socialisme à la française ». À 48 ans, Chirac le battant s’apprête à séduire l’électorat de droite qui découvre un homme neuf. Totalement inattendu, Coluche le bouffon, crédité de 15% d’intentions de vote, sème la panique chez les candidats sérieux.

326. Débat décisif, 5 mai 1981. Opposant au second tour le président sortant à Mitterrand, le scrutin s’annonce très serré. Tout se joue lors du débat télévisé. Deux intelligences égales, deux styles opposés : Giscard semble plus à l’aise devant les caméras, mais Mitterrand s’est parfaitement préparé, plaçant ses répliques en homme de théâtre. Il l’emporte à 65 ans, se sachant malade d’un cancer qui va rester secret d’État.

327. Un Président socialiste : entre enthousiasme et inquiétude du pays. « Il n’y a eu qu’un vainqueur le 10 mai 1981, c’est l’espoir. Puisse-t-il devenir la chose de France la mieux partagée ! » déclare Mitterrand le 21 mai (discours d’investiture). Deux générations après le Front populaire (1936), la gauche revenue au pouvoir exulte littéralement. Mais le président en est conscient : il doit rassembler et d’abord rassurer les Français très inquiets de son programme.

328. Réformes emblématiques de la gauche. Après dissolution de l’Assemblée, les législatives (14 et 21 juin) confirment la victoire : 285 députés socialistes et 44 communistes, face à 88 RPR et 62 UDF (+ 12 non-inscrits). Le gouvernement Mauroy brave le tumulte législatif, dans une frénésie de réformes. Parmi les « 110 propositions pour la France » : nationalisations, impôt sur les grandes fortunes (futur ISF), abolition de la peine de mort ardemment plaidée par Badinter, avocat et garde des Sceaux.

329. 1982. Premiers doutes sur la politique sociale. La gauche est battue aux cantonales, très politisées après la décentralisation qui renforce les pouvoirs des élus locaux (lois Defferre). Plus grave, la dévaluation du franc (12 juin), suite aux déficits croissants : la France s’est offert une relance très au-dessus de ses moyens. Les orientations du gouvernement inspirent désormais la méfiance jusque chez les ministres (Delors, Rocard) et les déçus du socialisme manifestent.

330. 1983, tournant de la rigueur. Après un an de gestion financière idéologique et de déclarations politiques successives, il faut admettre que tout n’est pas possible : contraintes intérieures et surtout extérieures limitent l’action gouvernementale. On abandonne le plan de relance keynésien au profit d’une orthodoxie économique : le socialisme à la française s’est rallié à l’économie de marché.

331. 1984. Gauche et droite continuent de s’affronter sur des points chauds : liberté de l’enseignement (réforme Savary abandonnée), loi sur la presse (différée). Le chômage progresse inexorablement, les jeunes se détournent de la politique. Le parti des Verts parle écologie, l’extrême droite renaissante de Le Pen trouble le jeu et les consciences. Fabius (38 ans) remplace Mauroy (en juillet) et tente d’imposer un socialisme moins traditionnel.

332. 1986. Les législatives gagnées par la droite (FN inclus) entraînent la première cohabitation avec Chirac, Premier ministre par choix présidentiel. Appréciée des Français, cette bizarrerie institutionnelle va prouver la solidité de nos institutions et l’habileté de Mitterrand, trop attaché au pouvoir pour y renoncer, malgré les conseils de sa « cour ». Le gouvernement gouverne et s’expose (loi Devaquet sur l’enseignement, abandonnée), le président arbitre et prend l’opinion à témoin de ses désaccords.

333. 1988. Réélection de Mitterrand. Chirac l’homme pressé sera perdant dans le duel de la cohabitation aboutissant à l’incontournable débat télévisé. Mitterrand, l’homme prudent, gagne confortablement le 8 mai (54% des suffrages). Il choisit son ex rival, Michel Rocard, l’homme de la deuxième gauche. Premier ministre souffre-douleur, il prouvera son efficacité en trois ans : paix ramenée en Nouvelle-Calédonie, création du RMI (ancêtre du RSA) et de la CSG.

334. Chute du communisme et guerre du Golfe. Les événements de 1989 bouleversent les équilibres de l’après-guerre : la chute du mur de Berlin préfigure la réunification de l’Allemagne (octobre 1990) et la fin de l’URSS (décembre 1991) consacre la faillite du communisme. La France s’engage aux côtés des États-Unis dans la (première) guerre du Golfe contre l’Irak : conflit filmé par CNN et vécu en direct, tel un feuilleton de téléréalité (janvier 1991).

335. 1992. Traité de Maastricht soumis au référendum. La construction européenne divise les partis et mobilise l’opinion. La campagne bat son plein, Philippe Seguin se fait l’avocat du « non » pour sauver la souveraineté nationale. Fait inattendu pour un sujet aussi ardu, le débat passionne les Français qui donnent de justesse la victoire au « Oui ». La nouvelle Union européenne aboutira à la monnaie unique, l’euro (en 1999).

336. Fin crépusculaire du second septennat. Calvaire public de Mitterrand - son cancer, secret d’État, devenu affaire d’État. Atteint par le suicide d’amis proches (dont Bérégovoy, ex Premier ministre), il est lui-même impliqué : affaires, révélations, désillusions, climat propre aux « fins de règne ». Le naufrage de la gauche aux législatives (1993) entraîne la cohabitation (douce) avec Balladur, Chirac se préparant à la présidentielle, mais lâché par Sarkozy. Irrésistible retour de la droite qui se déchire - choc des egos et guerre des chefs à suivre.

Les années Chirac, Sarkozy et Hollande (depuis 1995)

L’histoire s’accélère et s’universalise. Au troisième millénaire, les réponses aux vrais problèmes relèvent d’une concertation et d’une solidarité entre États ou blocs.

Avec les attentats du 11 septembre 2001 médiatisés en direct (3 000 morts à New York), le terrorisme islamiste provoque un choc mondial. Vingt ans après, les révolutions du « printemps arabe » suscitent l’espoir, mais l’islamisme violent reste une menace.

L’écologie est un thème planétaire auquel l’opinion publique devient sensible : réchauffement climatique, épuisement des ressources naturelles, pollution de l’atmosphère, de la terre et de l’eau, déforestation.

Autres enjeux, autres défis : mondialisation économique et altermondialisme, communication dopée par Internet et développement des réseaux sociaux, débats récurrents sur l’avenir de l’Europe.

En France, l’alternance démocratique prouve la solidité des institutions de la Cinquième, avec un bipartisme tenace jusqu’au macronisme : pays centriste, mais gauche et droite s’affrontent en deux grands partis de gouvernement, nouant des alliances éphémères avec les partis minoritaires.

Quant au FN (devenu RN), le scrutin majoritaire ne lui permet pas d’être représenté à l’Assemblée.

Les Français renâclent devant les réformes plus que jamais nécessaires dans un monde en pleine évolution et les responsables politiques rencontrent les mêmes problèmes : chômage, crise, sentiment d’insécurité, malaise des banlieues, résurgence des extrêmes… et désamour pour l’Europe.

Dans ce contexte, trois présidences se suivent et ne se ressemblent pas.

Mai 1995 : Chirac, maire de Paris, accède au pouvoir après une longue carrière politique et des « affaires » qui finissent par le rattraper. La droite accumule les erreurs, sanctionnée aux législatives anticipées (1997) et condamnée à une cohabitation record (cinq ans) avec un Premier ministre socialiste, Jospin. Victime de l’éparpillement des voix de gauche, son élimination au premier tour des présidentielles crée un choc citoyen : d’où réélection facile de Chirac face à Le Pen, en mai 2002.

Second mandat difficile. Le non (à 55 %) au référendum européen est un nouveau séisme, la réforme du quinquennat accélère le rythme de la vie politique et Sarkozy joue la provocation, au gouvernement.

Mai 2007. Le duel « Sarko contre Ségo » passionne le pays et la droite garde le pouvoir. L’hyperprésident choisit un Premier ministre relativement effacé, François Fillon, mais l’antisarkozysme se révèle aussi violent que les provocations présidentielles. La crise économique frappe le monde à partir de 2008. La France, attachée à ses traditions et à l’État providence, peine à réagir et la droite perd toutes les élections. L’ « affaire DSK » bouleverse l’échiquier politique, éliminant le candidat naturel du PS et obligeant la gauche à changer de stratégie, avec les « primaires socialistes ».

Mai 2012 : François Hollande est élu contre Sarkozy, au terme d’une campagne présidentielle survoltée, de l’extrême gauche à l’extrême droite, en passant par les centristes (François Bayrou). Le président « normal » choisit un Premier ministre à son image, mais la situation anormalement grave exige des mesures impopulaires et leurs cotes de popularité chutent. La droite perd son âme dans un duel interne au parti UMP et peine à jouer son rôle d’opposition. En attendant l’irruption du marcronisme…

L’intérêt pour la politique est ravivé à chaque grande élection et à la moindre occasion offerte par l’actualité. Fascination pour les personnages, mémoire collective des événements marquants et fierté d’un passé très riche, attachement à la démocratie et aux valeurs républicaines héritées de la Révolution, l’Histoire (la grande ou la petite) reste une passion française toujours vivante.

337. Personnage de Jacques Chirac. Marathonien de la politique, entré au gouvernement Pompidou sous de Gaulle en 1967, jeune loup devenu grand fauve au fil de l’action et tueur à l’occasion, il a peu de grands principes et affiche ses défauts comme ses qualités. Humour rigolard et franchouillard, machisme cavalier et assumé, perles à la une des bêtisiers ne peuvent faire oublier les « affaires » accumulée durant deux mandats, avec une cote de popularité en dents de scie.

338. Personnage de Nicolas Sarkozy. Fils politique de Chirac, il lui ressemble par divers traits et n’hésitera pas à tuer le père. Animal médiatique, « omniprésident » hyperactif, doué d’une vitalité presque à toute épreuve, il garde un noyau d’inconditionnels à droite, mais sa popularité chute vite, les « intellectuels de gauche » se plaisant à décoder et démolir le personnage. L’histoire jugera.

339. Mai 1995, Jacques Chirac, maire de Paris, accède au pouvoir à 62 ans, après une longue carrière politique et un duel télévisé gagnant contre le socialiste Lionel Jospin. La « fracture sociale » est un thème porteur. Mais le gouvernement d’un Juppé « droit dans ses bottes » accumule les maladresses, pour finir sanctionné après l’incroyable erreur tactique : des législatives anticipées (1997). La droite est condamnée à la (troisième) cohabitation.

340. Cohabitation Chirac-Jospin : un record de cinq ans. Pouvoir limité du président, gêné aussi par les affaires qui s’accumulent, alors que le Premier ministre profite d’une embellie économique et de la baisse du chômage. Chirac prend ses distances avec les réformes portées par la gauche, cultivant sa stature présidentielle en vue de 2002. Restent les dates historiques : 12 juillet 1998, la France « black-blanc-beur » fête en toute fraternité sa coupe du monde de football ; 11 septembre 2001, quatre avions suicides font 3 000 morts aux USA, attentat islamiste signé ben Laden ; 1er janvier 2002, l’euro change la vie quotidienne des Européens. Mais le « Bug de l’an 2000 » est juste un non-événement vedette.

341. Présidentielle surprise de mai 2002. Lionel Jospin est victime de l’éparpillement des voix de gauche.  Son élimination (plus ou moins prévisible) au premier tour crée un choc citoyen, suivi de sa retraite politique (définitive). Chirac est réélu face à Le Pen (82% des voix) et son UMP (Union pour la majorité présidentielle, bientôt Union pour un mouvement populaire) devient le grand parti de droite

342. Second mandat « sauvé » par les questions internationales. Chirac choisit un Premier ministre centriste. Raffarin se fait remarquer par ses « raffarinades », populaires dans « la France d’en bas » comme dans « la France d’en haut ». Le chef de l’État s’illustre au sommet de la Terre (Johannesburg, 2002). Écolo précoce, il affirme que « notre maison brûle » et dénonce le réchauffement climatique. Dans une posture gaulliste et par la voix de Villepin, ministre des Affaires étrangères, il s’oppose ensuite à la (seconde) guerre en Irak et se désolidarise des États-Unis (ONU, 2003).

343. Chirac le battant peine à « cheffer » en fin de mandat. En 2005, le Traité constitutionnel européen est rejeté par référendum : séisme politique et défi aux grands partis ! Sarkozy, président de l’UMP, ministre de l’Intérieur omniprésent et jeune loup visiblement impatient, provoque le vieux fauve (malade) : nouvel épisode de la guerre des droites. Le quinquennat (réforme constitutionnelle de 2000) accélère opportunément le rythme de la vie politique,

344. Élection présidentielle de 2007. Bayrou réussit sa campagne centriste et va gagner son rang de « troisième homme » (18% des voix). Sarkozy, éloquent partisan de la nouvelle valeur travail, multiplie les discours déjà présidentiels (signés Guaino) et affronte Ségolène Royal, candidate de la gauche pas vraiment soutenue par son parti et accumulant les maladresses à trop vouloir plaire. Le duel « Sarko contre Ségo » passionne le pays, le débat télévisé les départage. La droite garde le pouvoir sans surprise.

345. Nicolas Sarkozy, l’ « hyperprésident ». Ayant choisi un Premier ministre relativement effacé, François Fillon, il occupe la scène, le petit écran, les médias et « fait le buzz » sur la Toile. Il expose sa vie privée chaotique, casse les codes, brouille tous les repères. L’antisarkozysme va vite devenir aussi violent que les provocations présidentielles.

346. Sarkozy face aux crises. Financière, puis systémique, la crise mondiale de 2008 se révèlera aussi grave que celle des années 1930. Les conséquences en sont moins dramatiques, mais la France, vieux pays attaché à ses traditions et à l’État-providence, peine à réagir, cependant que le slogan du « travailler plus pour gagner plus » perd toute crédibilité. Une autre crise éclate en décembre 2010 : face aux « Printemps arabes », notre diplomatie n’est pas claire et la guerre en Libye se révèlera problématique.

347. L’affaire Strauss-Kahn bouleverse l’échiquier politique en 2011. Président apprécié du FMI et candidat naturel du PS à la future présidentielle, DSK se retrouve au cœur d’un scandale sexuel à New York et à la une de la presse mondiale. Ce feuilleton politico-médiatique brise sa carrière, révèle un sexisme anachronique et oblige la gauche à changer de stratégie, avec les « primaires socialistes », show télé propice à Hollande contre Martine Aubry, Première secrétaire du PS et « grande gueule ».

348. Présidentielles de 2012. Le très consensuel Hollande se prépare au rôle. Martine Aubry, mauvaise perdante aux primaires, dénonce le flou et la « gauche molle », quand le fringuant Montebourg fête son titre de « troisième homme ». Sarkozy ne peut maintenir le cap économique. Il déclare la guerre à Kadhafi, dictateur en Libye - mais soutien financier de sa candidature en 2007. Campagne spectaculaire et survoltée, ponctuée de flèches assassines : Bayrou rejoue son rôle de centriste, Mélenchon s’épanouit en tribun du peuple, les Verts accumulent les gaffes (la « gauche folle »), Marine Le Pen se positionne.

349. Présidence de François Hollande. Se voulant « normal », il choisit un Premier ministre à son image, Jean-Marc Ayrault (maire de Nantes). Mais la situation économique anormalement grave exige des mesures impopulaires et leurs cotes de popularité chutent, alors que Montebourg tente l’impossible en ministre du « Redressement productif ». La droite, minoritaire à tous les échelons de la vie publique, perd son âme dans un duel interne à l’UMP, Copé contre Fillon se disputant la présidence du parti.

350. François Hollande face à la crise européenne. Le prix Nobel de la Paix 2012 récompense l’Union et ses efforts pour préserver la paix. La presse raille le vieux continent pris entre la crise économique grecque et le désamour des peuples pour le projet européen. Hollande tente de préserver le couple franco-allemand, mais il affronte un eurosceptisme attisé par Mélenchon et Marine le Pen. Il se montre pourtant plus à l’aise à l’international que dans les débats franco-français. Qui l’eût cru ?

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