Michelet : « Les Jacobins ne sont pas la Révolution, mais l'œil de la Révolution... » | L’Histoire en citations
Michelet : « Les Jacobins ne sont pas la Révolution, mais l'œil de la Révolution... »
Citation du jour

Chronique Révolution citationsHistoire du Centre et du centrisme, troisième jour.

La Révolution s’emballe. Le centre évolue, face à la radicalisation inspirée par Rousseau, incarnée par Robespierre et théorisée par Saint-Just. La Révolution ne tolère plus la modération, la Terreur porte bien son nom et le centre en fera les frais, jusqu’à son coup d’État de Thermidor.

À feuilleter pour tout savoir.

« Les Jacobins ne sont pas la Révolution, mais l’œil de la Révolution, l’œil pour surveiller, la voix pour accuser, le bras pour frapper. »1401

Jules MICHELET (1798-1874), Histoire de la Révolution française (1847-1853)

Parfaite analyse du grand historien de la Révolution. Les Jacobins deviennent l’aile gauche de la brève Législative. Rappelons l’importance du club des Jacobins, société révolutionnaire créée en octobre 1789 (sous le nom de Société des amis de la Constitution). De tendance d’abord modérée (avec Barnave, du Port, La Fayette, de Lameth, Mirabeau, Sieyès, Talleyrand, Brissot, et Robespierre « première manière »), le club se scinde après la fuite du roi à Varennes et la fusillade du Champ de Mars en juillet 1791. Il prend le nom de Société des amis de la Liberté et de l’Égalité, les républicains y restent et les modérés partent créer le club des Feuillants, qu’on peut qualifier de centristes.

Les clubs sont le siège d’une vie politique intense – d’autant plus qu’aucun député de la Constituante ne pouvait être élu à la nouvelle assemblée. Tous les grands orateurs et tous les meneurs se retrouvent aux Jacobins, aux Feuillants, aux Cordeliers, alors que la Législative réunit des hommes nouveaux et sans expérience.

Dans la Convention girondine, les députés modérés venus de la province (Gironde en tête) l’emportent sur les Montagnards en majorité parisiens, qui vont peu à peu prendre le pouvoir

« On vous propose de décréter l’établissement d’une inquisition mille fois plus redoutable que celle de Venise ! Nous mourrons tous plutôt que d’y consentir. »1492

VERGNIAUD (1753-1793), Séance du 10 mars 1793

Girondin, modéré, il tente de s’opposer aux premières mesures de salut public demandées par Robespierre et ses amis. Il s’élève ici contre le projet de Tribunal révolutionnaire : juridiction d’exception chargée de supprimer tous les ennemis du régime et annonçant la prochaine dictature, sous le signe des Montagnards.

« Robespierre nous accuse d’être devenus tout à coup des « modérés », des « feuillants ». Nous, modérés ! Je ne l’étais pas le 10 août, Robespierre, quand tu étais caché dans ta cave ! Des modérés ! Non, je ne le suis pas dans ce sens que je veuille éteindre l’énergie nationale. »1494

VERGNIAUD (1753-1793), Convention, 10 avril 1793

Le dialogue tragique commence, le sort de la Révolution se joue ici et maintenant, Girondins contre Montagnards. Le plus éloquent des députés de la Gironde conclut : « Si, sous prétexte de révolution, il faut pour être patriote se déclarer le protecteur du meurtre et du brigandage, je suis modéré ! » Son courage lui sera bientôt fatal.

« Tout homme portant un nom emprunté aux tyrans et à la féodalité, tel que Roi, Lempereur, Lecomte, Baron, Chevalier, ou même un nom modéré, tel que Bon, Ledoux, Gentil, doit le quitter immédiatement, s’il ne veut pas passer pour suspect. »1545

Arrêté municipal (1793). Histoire des Français des divers états (1844), cité par Alexis Monteil

Après deux siècles dont la France peut être fière, le siècle de la raison (le XVIIe avec Descartes) et celui des Lumières (les philosophes du XVIIIe), difficile d’imaginer qu’un texte administratif de cette nature ait pu être pensé, écrit, appliqué. Et pourtant…

« Un abîme est ouvert sous nos pas. Il ne faut pas hésiter à le combler de nos cadavres ou à triompher des traîtres. »1604

Jean-Nicolas BILLAUD-VARENNE (1756-1819), Convention, 27 juillet 1794

Le député est conscient du danger. Bien que membre du Comité de salut public et ex allié de Robespierre, il est de ceux qui ont organisé le coup d’État du 9 thermidor an II et s’est allié aux conventionnels modérés de la Plaine, pour mettre fin à la Terreur. Le centre l’a donc emporté, au final.

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