Martainville : « je suis ici pour être raccourci et non pour être allongé. » | L’Histoire en citations
Martainville : « je suis ici pour être raccourci et non pour être allongé. »
Citation du jour

 

L’humour noir joue avec la mort et la guillotine a beau jeu dans l’histoire. Ici, aucun mot de la fin proprement dit, mais des chanceux qui ont l’esprit d’en rire et désarment le destin, avec panache.

« Citoyen président, je suis ici pour être raccourci et non pour être allongé. »1544

Alphonse Louis Dieudonné MARTAINVILLE (1776-1830) au Tribunal révolutionnaire, automne 1793

Dictionnaire de français Larousse, au mot « allongé » (le jour du procès varie selon les sources).

Réponse du jeune journaliste (17 ans seulement !) au président du Tribunal révolutionnaire, persuadé d’être face à un aristocrate dissimulant ses origines et affirmant que son nom était « de Martainville ». « Eh bien, qu’on l’élargisse ! » dit un assistant.

Ce Dieudonné est un miraculé de la Terreur : son humour désarme Fouquier-Tinville en personne. Et Martainville vivra jusqu’au début de la Monarchie de Juillet, affichant ses convictions royalistes et faisant carrière dans le vaudeville. Il avait le sens du mot d’auteur et de l’humour.

À la populace qui voulait le pendre “à la lanterne” : « Eh bien, quand j’y serai, y verrez-vous plus clair ? »1382

Abbé MAURY (1746-1817)

Mémoires sur l’impératrice Joséphine, ses contemporains, la cour de Navarre et de la Malmaison (1828), Georgette Ducrest

Prédicateur célèbre, député du clergé à la Constituante, seul capable de tenir tête à Mirabeau et ressemblant, selon le mot de Montlosier, à « un grenadier déguisé en séminariste », il reste l’un des principaux soutiens de l’Ancien Régime.

Avant d’émigrer à Rome (en 1792), il risque la mort pour ses idées. Ce fils de cordonnier fera ensuite une belle carrière : cardinal (en 1794), archevêque de Paris (en 1810).

« Les brigands dirent, en entrant chez moi : « Où est-il, ce grand homme ? Nous venons le raccourcir. » C’est un des caractères de la Révolution que ce mélange de plaisanterie et de férocité. »1412

RIVAROL (1753-1801), Lettre, 12 mai 1797

Écrivain politique déjà bien connu et toujours défenseur de la monarchie, Rivarol a prévenu l’irréparable et quitté Paris le 10 juin 1792, peu de jours avant l’irruption des « brigands » dans sa maison.

L’émigration fut un moyen d’échapper à la mort. On dénombrera quelque 140 000 émigrés. Les « grands hommes » partent en premier : le comte d’Artois (benjamin du roi et futur Charles X) dès le 17 juillet 1789. Le comte de Provence (frère cadet et futur Louis XVIII) attendra le 20 juin 1791. La loi punit de mort les émigrés, mais au début du Directoire, une circulaire du 30 pluviôse an VI (février 1796) permet à ceux qui en font la demande d’être radiés de la liste. « La mode est maintenant de rentrer, comme jadis de sortir » dira le comte de Neuilly.

« Bien, je n’aurai pas besoin de sable. »1562

Andoche JUNOT (1771-1813), au siège de Toulon, décembre 1793

Biographie des contemporains (posthume, 1824), Napoléon

Le capitaine Bonaparte, chef d’artillerie, entre à 24 ans dans l’histoire au siège de Toulon : les Anglais occupaient la ville, reprise à l’ennemi le 18 décembre 1793.

Debout sur le parapet, Bonaparte encourage lui-même les artilleurs et dirige leur tir. Quand il demande un secrétaire sachant écrire sous sa dictée, un jeune sergent se présente. En train de prendre note quand un boulet lancé par les batteries anglaises tombe à deux mètres et les couvre de terre, lui et son papier, il fait preuve d’un sang-froid qui plaît au témoin de cette scène. (La réplique nous rappelle qu’à l’époque, on séchait l’encre avec du sable)

Bonaparte va prendre le jeune homme comme aide de camp, en 1794. L’intrépide « Junot la Tempête » le suivra dans la campagne d’Égypte, en attendant l’Empire et d’autres campagnes, heureuses et malheureuses.

« Échafaud. – S’arranger quand on y monte pour prononcer quelques mots éloquents avant de mourir. »1585

Gustave FLAUBERT (1821-1880), Dictionnaire des idées reçues (posthume, 1913)

Le mot de Flaubert pourrait s’appliquer à bien des « mots de la fin » attribués aux personnages de la Révolution. Quels que soient leur âge, leur sexe, leur condition, leurs convictions, la plupart sont morts en héros, dignes de cette époque héroïque. Nous ferons un florilège de ces citations, certes éloquentes, mais sans l’humour qui prévaut dans la définition de l’échafaud, signée Flaubert.

Notre série sur la Révolution en (sou)riant :

  • Rivarol : « la souveraineté réside dans le peuple ; (…) le peuple ne doit jamais l’exercer. »
  • Rivarol : « Ils sont toujours en retard d’une armée, d’une année et d’une idée. »
  • Louis XVI : « C’est détestable ! Cela ne sera jamais joué ! »
  • Thouret : « Sire… Votre Majesté a fini la Révolution. »
  • Chanson : « Guillotin – Médecin – Politique, Imagine un beau matin… »

Révolution

 

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