Alexandre Ier : « [Napoléon] veut la guerre, il l’aura, et le plus tôt sera le mieux ! » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Premier Empire

Chronique

1805. L’année d’Austerlitz (2 décembre)

Angleterre et Russie, Autriche et Prusse, les puissances européennes ont compris les ambitions hégémoniques de l’empereur et se regroupent dans la troisième coalition (il y en aura six).

La victoire d’Austerlitz est symbolique (premier anniversaire du sacre) et exemplaire (un classique dans les écoles de guerre). Seule l’Angleterre résistera encore, maîtresse des mers depuis Trafalgar.

Malgré le maintien de certaines apparences et institutions républicaines, le régime impérial ressuscite l’autoritarisme et le décorum de la monarchie absolue. Ministres et assemblées ont peu de pouvoir, les magistrats sont aux ordres, préfets et policiers sont les piliers du régime.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Cet homme est insatiable, son ambition ne connaît pas de bornes ; il est un fléau pour le monde ; il veut la guerre, il l’aura, et le plus tôt sera le mieux ! »1803

ALEXANDRE Ier, fin mai 1805. Histoire du Consulat et de l’Empire (1974), Louis Madelin

Le tsar de Russie apprend que la République de Gênes sollicite sa réunion à l’Empire. Napoléon, déjà médiateur de la Confédération suisse, vient de se faire couronner roi d’Italie (Lombardie et Émilie-Romagne) – il était déjà président de la République, mais l’Italie est devenue un royaume, quand la France devient un Empire. Craignant l’hégémonie française en Europe, le tsar rejoint l’Angleterre (en guerre depuis 1803) dans la troisième coalition.

« Je m’afflige de ma manière de vivre qui, m’entraînant dans les camps, dans les expéditions, détourne mes regards de ce premier objet de mes soins […], une bonne et solide organisation de ce qui tient aux banques, aux manufactures et au commerce. »1804

NAPOLÉON Ier (1769-1821) à Barbé-Marbois, Camp de Boulogne, 24 août 1805. Correspondance de Napoléon Ier, publiée par ordre de l’empereur Napoléon III (1858)

Ce regret de ne pas faire assez pour les institutions revient souvent. Notons que Napoléon Ier Empereur, après Bonaparte Premier Consul, fit beaucoup en ce domaine, mais loin des champs de bataille, de ses maréchaux et de ses hommes, il avouait s’ennuyer. Boulogne est un lieu stratégique : Napoléon y concentre son armée, avec une grande flotte, en vue du débarquement depuis si longtemps rêvé.

« Sa Majesté veut que l’on épargne à son pavillon l’opprobre ! »1805

Denis DECRÈS (1761-1820), ministre de la Marine, à Villeneuve. Le Calendrier de l’histoire (1970), André Castelot

Le ministre transmet à l’amiral de la flotte le message de l’empereur. Voulant débarquer en Angleterre, il a chargé l’amiral d’attirer la flotte anglaise de Nelson vers les Antilles, avant de revenir en Manche. Mais Villeneuve se retrouve bloqué à Cadix. Sur cet ordre de l’empereur, il va sortir, Nelson fait de même. La Nelson touch, autrement dit le « coup de Trafalgar », manœuvre habile, permet à l’amiral anglais de triompher (…)

« Dieu merci, j’ai bien fait mon devoir. »1806

Amiral NELSON (1758-1805), touché à mort, à bord du Victory, 21 octobre 1805. Mot de la fin (…)

La flotte française est anéantie. Cette victoire navale assure désormais la maîtrise des mers à l’Angleterre. Mais sur terre, Napoléon enchaîne les victoires avec la Grande Armée.

« Sans reprendre haleine,
Comm’ nous l’espérions,
L’Emp’reur est dans Vienne
Avec ses bataillons ;
Mais qu’il s’en revienne […]
Pour que nous le chantions. »1807

Ronde sur la prise de Vienne (1805), chanson (…)

Napoléon entre à Vienne, le 13 novembre 1805. Victoire française, épisode de la troisième coalition (1803-1805). On chante, mais la lassitude commence à se faire sentir dans le pays. Toutes les classes de la société souffrent de la reprise de la guerre.

« On va leur percer le flanc
En plain plan, r’lan tan plan […]
Ah ! que nous allons rire !
R’lan tan plan tire lire. »1808

Marche d’Austerlitz, 2 décembre 1805, chanson (…)

(…) Le jour anniversaire du sacre, les grenadiers montent à l’assaut : sur ordre de Napoléon redevenu chef militaire, la musique de chaque bataillon joue un air connu : « Les tambours battaient à rompre les caisses, la musique se mêlait aux tambours. C’était à entraîner un paralytique. » Parole du capitaine Coignet qui sera de toutes les guerres de Napoléon, enchaînant 48 batailles sans une blessure, mort nonagénaire, sous Napoléon III.

« Soldats, je suis content de vous. »1809

NAPOLÉON Ier (1769-1821), Proclamation d’Austerlitz, 2 décembre 1805. Histoire de l’empereur Napoléon (1834), Abel Hugo

Abel Hugo est le frère aîné de Victor, et leur père, général d’Empire, a participé à toutes les guerres de Napoléon. Cela explique en partie l’inspiration et la nostalgie impériales dans la famille. Au soir de la victoire, le général sait comme toujours trouver les mots pour ses troupes. Pour l’heure, le plus simple est le plus vrai.

« Il vous suffira de dire : j’étais à la bataille d’Austerlitz, pour qu’on vous réponde : voilà un brave ! »1810

NAPOLÉON Ier (1769-1821), fin de la Proclamation d’Austerlitz, 2 décembre 1805 (…)

Cette « bataille des Trois Empereurs » opposa les 65 000 hommes de Napoléon aux 90 000 hommes d’Alexandre Ier (Russie) et de François II (Saint Empire romain germanique). Le dieu de la guerre et de la fortune est avec Napoléon : le brouillard matinal cache ses mouvements à l’ennemi et le soleil d’Austerlitz brille sur une suite de manœuvres tactiques hardies, et réussies – un classique, enseigné dans les écoles de guerre (…)

« La liberté de la pensée est la première conquête du siècle. L’Empereur veut qu’elle soit conservée. »1811

NAPOLÉON Ier (1769-1821), Le Moniteur, 22 janvier 1806

Précisons que c’est un journal très officiel… et il n’en reste pratiquement plus d’autres. Après les quelque 1 500 périodiques nés au début de la Révolution, plus de 70 périodiques paraissaient encore à Paris sous le Directoire. Ils ne seront plus que 4 en 1811. En 1810, un seul journal par département – reproduisant les pages politiques du Moniteur, sous contrôle du préfet. La liberté de pensée est réduite comme celle de la presse (…)

« Votre Sainteté est souveraine de Rome, mais j’en suis l’Empereur. »1812

NAPOLÉON Ier (1769-1821), Lettre à Sa Sainteté le Pape, Paris, 13 février 1806 (…)

En vertu du Concordat (1801), il précise : « Nos conditions doivent être que Votre Sainteté aura pour moi, dans le temporel, les mêmes égards que je lui porte pour le spirituel. » Mais les relations commencent à se gâter (…) Pie VII voit d’un mauvais œil toute l’Italie passer sous domination française, les territoires annexés au fur et à mesure des conquêtes impériales (…) les enclaves pontificales occupées par Joseph Bonaparte, roi de Naples.

« Il n’y aura pas d’État politique fixe s’il n’y a pas un corps enseignant avec des principes fixes. Tant qu’on n’apprendra pas, dès l’enfance, s’il faut être républicain ou monarchique, catholique ou irréligieux, l’État ne formera point une nation. »1813

NAPOLÉON Ier (1769-1821), 10 mai 1806. Revue politique et littéraire : revue bleue, volume II (1889)

En vertu de quoi « il sera formé sous le nom d’Université impériale un corps chargé exclusivement de l’enseignement et de l’éducation publics dans tout l’Empire. » L’Université de France sera créée en 1807 et organisée par décret du 25 novembre 1811, sous l’autorité du grand maître Louis de Fontanes.

« Dieu a établi Napoléon, notre souverain, l’a rendu son image sur la terre […] Honorer et servir notre Empereur est donc honorer et servir Dieu. »1814

Abbé Paul d’ASTROS (1772-1851), Catéchisme à l’usage de toutes les Églises de l’Empire français, 4 août 1806

Le rédacteur, neveu de Portalis, ministre des Cultes, s’inspire de Bossuet, mais insiste plus lourdement sur l’obéissance au prince qui gouverne. Napoléon a mis la religion à son service. Certains courtisans exagèrent (…) Un autre passage du catéchisme impérial précise : « On doit à l’Empereur l’amour, les impôts, le service militaire, sous peine de damnation éternelle. » Autrement dit, les opposants iront en enfer.

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