Raymond Barre : « Au cours de son histoire, la France s'est souvent trompée en matière universitaire car les hommes font les lois, mais ils ne savent pas nécessairement les lois qu'ils font. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Les années Pompidou, Giscard d’Estaing et Mitterrand

La réforme de l’enseignement privé est abandonnée, et Fabius remplace Mauroy

Gauche et droite continuent de s’affronter sur des points chauds : liberté de l’enseignement, loi sur la presse… Alors que le chômage poursuit son inexorable progression, une désaffection pour la politique se fait jour, surtout chez les jeunes, tandis qu’émerge le parti des Verts (écologie) et qu’une extrême droite renaissante, animée par Jean-Marie Le Pen, trouble le jeu et les consciences. Laurent Fabius remplace alors Pierre Mauroy, et le nouveau premier ministre tente d’imposer un nouveau style, en affichant un socialisme moins traditionnel.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Au cours de son histoire, la France s’est souvent trompée en matière universitaire car les hommes font les lois, mais ils ne savent pas nécessairement les lois qu’ils font. »3238

Raymond BARRE (1924-2007), citant Jules FERRY (1832-1893), Assemblée nationale, 24 mai 1983

(…) Savary a pour mission d’unifier l’enseignement secondaire et d’en finir avec la distinction entre école privée (dite libre) et école publique. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’un an plus tard, il va déclencher la guerre scolaire et provoquer la chute du gouvernement Mauroy (…)

« Comme l’écrivait Jean Monnet, le choix est simple : modernisation ou décadence. »3239

Pierre MAUROY (1928-2013), Premier ministre, déclaration à l’Assemblée nationale et au Sénat. Notes et études documentaires, nos 4871 à 4873 (1988), Documentation française

(…) L’économie française échappe de plus en plus à la rigidité d’une planification. Le secrétaire d’État chargé du Plan, Jean-Michel Charpin, prend acte : « Il n’était pas possible de retrouver l’extraordinaire simplicité du Plan Monnet. » Ce sera donc un échec.

« La Constitution assure au Parti socialiste le bénéfice du temps. François Mitterrand a raison de dire que, à la différence de Léon Blum, il peut réparer lui-même les dégâts qu’il a commis. »3240

Raymond ARON (1905-1983), L’Express, 5 août 1983

Le gouvernement du Front populaire de Léon Blum a duré moins de deux ans. Alors que Mitterrand à au moins un septennat devant lui, et se résout enfin à « donner du temps au temps », selon une expression qui lui est chère (…)

« Les pacifistes sont à l’Ouest, et les missiles sont à l’Est. »3241

François MITTERRAND (1916-1996), 20 janvier 1983 au Bundestag à Bonn (RFA). La Vie politique sous la Ve République (1987), Jacques Chapsal

(…) Depuis les années 1970, les Soviétiques installent dans les pays satellites d’Europe centrale des missiles nucléaires à moyenne portée (les SS -20), pointés sur les centres stratégiques de l’Europe occidentale.

Pour répliquer à cette menace, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN proposent d’installer en Allemagne fédérale des missiles d’une puissance égale (les Pershing), orientés vers l’URSS et l’Europe communiste.

Mais les mouvements pacifistes et gauchistes se mobilisent contre le projet américain, avec le slogan : « Plutôt rouges [communistes] que morts ! » (…)

Devant les députés allemands, Mitterrand se montre ferme et son intervention est un soutien inespéré à l’OTAN (…)

Les Soviétiques vont finalement reculer et démanteler leurs SS -20 (…)

« La liberté de la droite, c’est en réalité celle du renard dans le poulailler. »3242

Pierre MAUROY (1928-2013), Congrès du PS à Bourg-en-Bresse, 29-30 octobre 1983

Le temps est passé du Congres de Valence, le temps est venu de la rigueur. Il faut galvaniser les troupes sur un sujet porteur : la liberté de la presse. Le groupe Hersant est visé. Des fin novembre, le Conseil des ministres adopte un projet de « loi antitrust pour assurer le pluralisme et la transparence de la presse ».

L’opposition flaire une loi scélérate et liberticide (…)

Il y aura 2 491 amendements de l’opposition en première lecture, un véritable contre-projet du Sénat en mai 1984. Bref, « touche pas à ma presse ». Le gouvernement tombera avant – sur la réforme de l’école.

« Les termes modernisation, entreprise, innovation et la suite seraient de droite ? Mais c’est un postulat absurde ! »3243

François MITTERRAND (1916-1996), interview, Libération, 10 mai 1984. La Vie politique sous la Ve République (1987), Jacques Chapsal

En visite aux USA, le président fut frappé par le succès de l’expérience Reagan, notamment dans la Silicon Valley (…)

« La victoire du Front national est une percée politique comme il n’y en a jamais eu. Tout commence aujourd’hui. Le destin de l’Europe et même du monde est en train de changer. »3244

Jean-Marie LE PEN (né en 1928), au lendemain de la victoire de son parti aux élections européennes du 17 juin 1984. La Vie politique sous la Ve République (1987), Jacques Chapsal

Avec 10,95 % des suffrages exprimés (2,2 millions de voix), il se trouve presque à égalité avec le PC. Et Le Pen devient président du groupe des droites européennes au Parlement européen.

Cette résurgence (chronique) de l’extrême droite sur l’échiquier politique en France se mesure à moyen terme : 0,74 % des suffrages aux présidentielles de 1974, 14,41 % a celles de 1988. Et 11,73 % aux européennes de 1989. Pour 43 % des Français, la montée du FN est l’événement politique le plus important des années 1980 (…)

« La France est une jeune garce que vous avez séduite, mais qui ne veut plus coucher avec vous. Il faut vous résigner. Pensez donc à un divorce à l’amiable. »3245

Edgar FAURE (1908-1988), au président François Mitterrand. Les Religions d’un président (1988), Jean Daniel

Le Monde titre sur le « grave échec de la gauche française aux élections européennes ». Érosion certaine pour le PS, débâcle pour le PC, total : 42 % des suffrages exprimés pour la gauche, contre 58 % pour les listes de droite (et d’extrême droite) au scrutin du 17 juin 1984.

« Vous avez pris le risque de rallumer la guerre scolaire qui s’était éteinte en France depuis des décennies […] Vous allez maintenant tordre le cou à la liberté des familles de choisir l’école de leurs enfants. »3246

Jacques CHIRAC (né en 1932), Assemblée nationale, 24 mai 1984

Après trois ans de consultations et très conscient des difficultés, Alain Savary, ministre de l’Éducation nationale, a déposé un projet de loi pour créer un « grand service unifié et laïc de l’enseignement public » (…)

La manifestation du 24 juin 1984 à Paris groupe (selon ses adversaires ou ses partisans) un à deux millions de personnes qui défilent inlassablement, dans une parfaite organisation, au nom de la défense de l’école libre pour les uns, ou de la laïcité pour les autres (…)

Le 14 juillet, le président de la République annonce que la loi Savary est abandonnée. Savary, désavoué, démissionne, quelques heures avant la démission du gouvernement Mauroy. Laurent Fabius le remplace, le 17 juillet.

« Lui, c’est lui, et moi, c’est moi. »3247

Laurent FABIUS (né en 1946), émission « L’Heure de vérité », Antenne 2, 5 septembre 1984

Nouveau Premier ministre, homme du président se situant par rapport à lui, et se démarquant complètement de Mauroy l’homme du Parti, il affiche avant tout un socialisme moins traditionnel. L’« effet Fabius » joue : jeune (38 ans), surdoué (ENS, agrégation, ENA), de bonne famille, parfois surnommé « Giscard de gauche » (…)

« On ne peut pas préparer la France à affronter la fin du XXe siècle avec un esprit d’intolérance et des idées d’avant-guerre. »3248

Laurent FABIUS (né en 1946), émission « L’Heure de vérité », Antenne 2, 5 septembre 1984

Incarnant la nouvelle génération du PS, il saura évoluer avec le temps, « rouge vif en 1981, rose en 1983, modéré en 1985 » (Philippe Bauchard).

Moderniser et rassembler seront les deux impératifs du nouveau gouvernement – d’où les communistes sont exclus (…)

Le problème le plus grave, du moins celui qui touche le plus les Français, c’est le chômage, avec cette « crête des 2 millions » largement dépassée (…)

« L’extrême droite, ce sont de fausses réponses à de vraies questions. »3249

Laurent FABIUS (né en 1946), émission « L’Heure de vérité », Antenne 2, 5 septembre 1984. « L’Union européenne en quête de sécurité intérieure et extérieure » (6 mars 2009), Alain Lamassoure, député européen, colloque IHEDN

En 1984, Jean-Marie Le Pen fait une entrée fracassante au Parlement européen, en ayant fait campagne contre l’immigration, et Fabius réagit pour dire que oui, on peut parler d’immigration (sujet trop longtemps tabou en France), mais que la xénophobie n’est pas la solution (…)

« La télévision est le premier pouvoir en France, et non le quatrième. »3250

Valéry GISCARD D’ESTAING (né en 1926), émission « Face à la 3 », France 3, 7 novembre 1984

VGE sait depuis toujours le pouvoir de l’image. La preuve, le (premier) long métrage du jeune Raymond Depardon fut une commande de son équipe de communication, un documentaire sur les coulisses de sa campagne présidentielle : « 1974, une partie de campagne » – interdit de projection, autrement dit censuré jusqu’en 2002 (…)

Quant au très centriste Giscard d’Estaing, la télévision lui a bien servi, avant de nuire à son image trop soigneusement décontractée (…)

« L’emmerdant, c’est la rose. »3251

Thierry LE LURON (1952-1986), en direct sur le plateau de « Champs-Élysées », 10 novembre 1984, chanson

Parodie de la chanson de Gilbert Bécaud : « L’important, c’est la rose » – la rose dressée dans un poing serré demeure l’emblème du PS, mais on est loin du symbole chanté par Barbara, en 1981 (…)

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