Bonaparte : « C’est en me faisant catholique que j’ai fini la guerre de Vendée... » | L’Histoire en citations
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Pragmatisme et réalisme prévalent en politique intérieure et extérieure.

Le traité d’Amiens avec l’Angleterre (25 mars 1802) met fin aux guerres de la deuxième coalition et peut faire croire à une paix durable. Agriculture, industrie et commerce redeviennent prospères.

Bonaparte travaille infatigablement à réformer la France. Il signe le Concordat avec le pape (15 juillet 1801) pour régler la question religieuse. Il crée la décoration nationale de la Légion d’honneur, sûr que « c’est avec des hochets que l’on mène les hommes ». Il s’emploie aussi à réformer : système d’éducation, administration, monnaie, fiscalité, droit. Il prépare le futur Code civil…

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« C’est en me faisant catholique que j’ai fini la guerre de Vendée, en me faisant musulman que je me suis établi en Égypte, en me faisant ultramontain que j’ai gagné les esprits en Italie. Si je gouvernais le peuple juif, je rétablirais le temple de Salomon. »1710

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), Déclaration au Conseil d’État, 1er août 1800. L’Europe et la Révolution française (1907), Albert Sorel

Principe pragmatique et conception très utilitaire de la religion : il ne faut pas la combattre et la détruire comme les révolutionnaires, mais s’en servir pour affermir l’État et garantir l’obéissance des citoyens au pouvoir civil. Paradoxalement, Danton et Robespierre pensaient de même (…)

« Ma politique est de gouverner les hommes comme le grand nombre veut l’être […] C’est la manière de reconnaître la souveraineté du peuple. »1711

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), Déclaration au Conseil d’État, 1er août 1800. L’Europe et la Révolution française (1907), Albert Sorel

Dans la même déclaration, il donne une raison plus générale, et sa conception personnelle de la démocratie. En cette année 1800, il y a entente parfaite entre la volonté du peuple et la politique de l’homme au pouvoir. La plupart des problèmes viendront quand il y aura divorce entre les deux.

« C’était un fou, votre Rousseau ; c’est lui qui nous a menés où nous sommes. »1712

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), à Stanislas Girardin, lors d’une visite à Ermenonville, dans la chambre où mourut le philosophe, 28 août 1800. Œuvres du comte P. L. Roederer (1854)

Pas une phrase du Contrat social n’est « tolérable » pour Bonaparte Premier Consul et moins encore pour Napoléon Empereur. Aucun philosophe des Lumières ne peut être pris pour maître à penser ou à gouverner d’un homme aussi autoritaire. Il l’a écrit dans ses Maximes et pensées : « On ne fait rien d’un philosophe. » (…)

« Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France. Il vous faudrait marcher sur cent mille cadavres […] Sacrifiez votre intérêt au repos et au bonheur de la France. L’Histoire vous en tiendra compte. »1713

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), Lettre au comte de Provence, 7 septembre 1800 (…)

En réponse à la lettre que lui a adressée le futur Louis XVIII, le 20 février dernier. Pour un homme pressé, il a pris le temps de la réflexion. En fait, c’était tout réfléchi. Ce royaliste ne pensant qu’à son trône ne pouvait en rien lui servir, et d’ailleurs, il multiplie les complots, le ministre de la Police en est informé.

« N’est-ce pas que je suis de la poule blanche ! »1714

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), à sa mère, après l’attentat de la rue Saint-Nicaise, 24 décembre 1800 (…)

« Être de la poule blanche », expression corse signifiant avoir de la chance - ce Corse fut toute sa vie très superstitieux. C’est miracle s’il n’est pas mort, ce soir de Noël 1800. Au passage de son carrosse, explosion de la « machine infernale » (…) 22 morts, une cinquantaine de blessés, 46 maisons détruites (…) Le 10 octobre, dans sa loge à l’Opéra, il a échappé de peu au couteau de cinq conjurés – la « conspiration des poignards » (…)

« Tous ces hommes n’ont pas été pris le poignard à la main, mais tous sont universellement connus pour être capables de l’aiguiser et de le prendre. »1715

Joseph FOUCHÉ (1759-1820), ministre de la Police, 1er janvier 1801. Mémoires de Joseph Fouché, duc d’Otrante (1824)

Bonaparte lui a demandé une liste de 130 « anarchistes » (terroristes) à déporter sans jugement, après l’attentat de la rue Saint-Nicaise. L’idée de tuer le tyran venait en fait d’extrémistes royalistes et l’exécution fut l’œuvre de trois Chouans. Fouché, après enquête, en a la preuve. Cependant, le Premier Consul s’entête et veut éliminer la « vermine jacobine » (…)

« Après avoir replacé les anciennes limites de la Gaule, il [le peuple français] devait rendre à la liberté des peuples qui lui étaient unis par une commune origine, par le rapport des intérêts et des mœurs. »1716

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), Message au Corps législatif, 2 janvier 1801 (…)

Par le traité de Lunéville (9 février), la France victorieuse de l’Autriche impose la loi du plus fort : cession de la Belgique, reconnaissance de la rive gauche du Rhin et des « républiques sœurs ». C’est la confirmation du traité de Campoformio de 1797.

« Regardez maintenant cette carte [de l’Europe], on n’y aperçoit partout que la France ! »1717

Richard SHERIDAN (1751-1816) (…)

Auteur dramatique anglais qui abandonna la scène pour la politique, devenant membre du Conseil privé et trésorier de la marine. Son exclamation devant les Communes s’oppose au mot de Burke qui, dix ans avant, adversaire résolu de la Révolution française, voyait « un vide à la place de la France sur la carte de l’Europe ».

« L’espace qui sépare la Grande-Bretagne du continent n’est point infranchissable. »1718

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), Lettre à Talleyrand, ministre des Relations extérieures, 19 avril 1801 (…)

« Il est bon que l’Angleterre sache que l’opinion du Premier Consul est que l’espace… » Cela sonne comme une menace. En février 1798, le Directoire a soumis à Bonaparte un projet d’invasion de l’Angleterre, sur le conseil de Talleyrand, l’ambitieux a renoncé, préférant combattre l’ennemi en Méditerranée, d’où la campagne d’Égypte. Mais l’idée revient.

« Les conquérants habiles ne sont jamais brouillés avec les prêtres. »1719

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), Lettre à Lucien Bonaparte, ambassadeur à Madrid, 18 avril 1801 (…)

Dans cet esprit, le Premier Consul signe avec le pape Pie VII (…) le Concordat du 15 juillet 1801, adopté le 8 avril 1802 par les Assemblées. Ce compromis religieux règle les relations entre l’Église et l’État, jusqu’à la loi consacrant leur séparation, en 1905 (…) Une brouille viendra des « Articles organiques », l’un des nombreux épisodes du gallicanisme en France (…)

« Ni vainqueurs ni vaincus. »1720

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), précepte cher au Premier Consul (…)

Il veut rétablir l’ordre en créant un « équilibre consulaire », résumé par cette formule (…) Recherche du juste milieu entre les opinions, les passions et les instincts antagonistes, sous l’autorité du maître de la France. En matière religieuse (…) le catholicisme est reconnu comme « religion de la majorité des Français », mais l’État s’engage dans une politique de tolérance vis-à-vis des protestants et des juifs, admet aussi le mariage civil et le divorce.

« Lorsqu’en 1801 Napoléon rétablit le culte en France, il a fait non seulement acte de justice, mais aussi de grande habileté […] Le Napoléon du Concordat, c’est le Napoléon vraiment grand, éclairé, guidé par son génie. »1721

TALLEYRAND (1754-1838), Mémoires (posthume, 1891)

Parole d’un grand diplomate et d’un politicien habile (…) Il approuve l’ensemble de la politique religieuse, sous le Consulat, à commencer par le Concordat avec Pie VII. Bonaparte s’est rallié les sympathies des catholiques du monde entier, il a raffermi sur une base solide la puissance catholique, ébranlée par la Révolution, et dont tout gouvernement sensé doit aider le développement en France, à cette époque (…)

« À Amiens, je croyais de très bonne foi le sort de la France, celui de l’Europe et le mien fixés […] Pour moi, j’allais me donner uniquement à l’administration de la France et je crois que j’eusse enfanté des prodiges. »1722

Napoléon BONAPARTE (1769-1821). Mémorial de Sainte-Hélène (1823), Las Cases

Le traité (ou paix) d’Amiens, signé le 25 mars 1802, met fin aux guerres de la deuxième coalition. C’est surtout la paix avec l’Angleterre qui se retrouvait trop seule à combattre. Dès les préliminaires de paix, Londres illumine en apprenant la signature. On crie « Vive Bonaparte ! » Alors que Paris reste calme (1er octobre 1801).

« Bonaparte, très en colère de l’impassibilité de Paris, a dit à ses courtisans réunis : “Que leur faut-il donc ?” Et personne ne s’est levé pour lui dire : “La liberté, citoyen consul, la liberté !” »1723

Mme de STAËL (1766-1817). Lettres inédites de Mme de Staël à Henri Meister (posthume, 1903)

C’est évidemment le genre de vérité que le « citoyen consul » et futur empereur ne saurait entendre. L’opposition très courageuse de cette femme (trop) intelligente va bientôt exaspérer le maître de la France.

À Bonaparte demandant comment était la cérémonie du Te Deum de Pâques, à Notre-Dame :
« Très belle, il n’y manquait qu’un million d’hommes qui se sont fait tuer pour détruire ce que nous rétablissons. »1724

Général AUGEREAU (1757-1816), 8 avril 1802 (…)

Bonaparte n’apprécie guère la réponse : il veut que la France redevienne la fille aînée de l’Église, après le Concordat du 15 juillet 1801, enfin voté par les Assemblées ce jour même.

« C’est avec des hochets que l’on mène les hommes ! »1725

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), Déclaration au Conseil d’État, 8 mai 1802. Histoire de France contemporaine depuis la Révolution jusqu’à la paix de 1919, volume III (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac

Il expose ses idées sur la Légion d’honneur et réplique au conseiller d’État Berlier, qui réservait aux monarchies les hochets et les rubans, distinctions indignes d’une république (…) L’ordre de la Légion d’honneur est créé le 19 mai 1802, pour récompenser les services militaires et civils (…) L’ordre existe toujours, le président de la République française en est aujourd’hui le grand maître.

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