Chateaubriand : « Bonaparte n'est point grand par ses paroles, ses discours, ses écrits » | L’Histoire en citations
Chateaubriand : « Bonaparte n'est point grand par ses paroles, ses discours, ses écritsø»
Citation du jour

citations napoléonNouveau rôle pour l’auteur star de son temps : Chateaubriand reste dans l’Histoire comme le grand homme qui admire Napoléon, tout en s’opposant passionnément à lui, après le « crime » de 1804 - l’assassinat du duc d’Enghien.

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« Bonaparte n’est point grand par ses paroles, ses discours, ses écrits, par l’amour des libertés qu’il n’a jamais eu […] Il est grand pour avoir créé un gouvernement régulier, un code de lois, des cours de justice, des écoles, une administration forte, active, intelligente […] Il est grand pour avoir fait renaître en France l’ordre au sein du chaos […] Il est grand surtout pour être né de lui seul, pour avoir su, sans autre autorité que celle de son génie, se faire obéir par trente-six millions de sujets […] Il est grand pour avoir surpassé tous les vainqueurs qui le précédèrent, pour avoir rempli dix années de tels prodiges qu’on a peine aujourd’hui à les comprendre. »1685

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

Chateaubriand le styliste manie en maître l’anaphore (répétition, en termes de rhétorique). Les relations personnelles du grand écrivain et du grand homme se gâteront sous l’Empire, mais quand l’émigré, enfin radié de la liste, rentre en France en 1800, l’admiration est totale pour Bonaparte -  jusqu’à l’exécution du duc d’Enghien, en 1804.

Dans son discours de réception à l’Académie française, il veut faire l’éloge de la liberté. Napoléon le lui interdit. Mme de Staël, l’autre grande opposante, est plus gravement persécutée : l’exil punit sa liberté d’expression.

Il cite souvent l’empereur qui a lui aussi le génie du verbe - « La politique, c’est jouer aux hommes » - pour tirer la morale de l’Histoire : « Hé bien ! il a tout perdu à ce jeu abominable, et c’est la France qui a payé sa perte » (Mémoires d’outre-tombe). Et encore : « Il avait le monde sous ses pieds et il n’en a tiré qu’une prison pour lui, un exil pour sa famille, la perte de toutes ses conquêtes et d’une portion du vieux sol français. »

« Vivant, il a manqué le monde ; mort, il le possède. »1783

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Vie de Napoléon, livres XIX à XXIV des Mémoires d’outre-tombe (posthume)

Grand témoin et parfois acteur de l’histoire, pour lui, la plus belle conquête de Napoléon n’est pas l’Europe, mais celle de l’imagination des générations qui ont suivi l’Empire. Il ne cessa d’être fasciné par l’empereur, alors même qu’il le combat, en opposant résolu : « Cet homme, dont j’admire le génie et dont j’abhorre le despotisme. »

« Les guerres de Napoléon ont divulgué un fatal secret : c’est qu’on peut arriver en quelques journées de marche à Paris après une affaire heureuse ; c’est que Paris ne se défend pas ; c’est que ce même Paris est beaucoup trop près de la frontière. »1884

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

Évidence géo-stratégique redécouverte durant les guerres à venir et rappelée par de Gaulle : « Il n’y a pas deux cents kilomètres entre Paris et l’étranger, six jours de marche, trois heures d’auto, une heure d’avion. Un seul revers aux sources de l’Oise, voilà le Louvre à portée de camion. » Vers l’armée de métier (1934).

Le 30 mars 1814, c’est la bataille de Paris. Blücher occupe Montmartre et de ses hauteurs, bombarde la capitale. Moncey résiste héroïquement à la barrière de Clichy. Mais Marmont doit signer la capitulation en fin d’après-midi. Les Alliés entrent dans Paris le lendemain. Il y a quelques cris pour acclamer le roi de Prusse et le tsar de Russie. Napoléon s’est replié sur Fontainebleau, avant de signer son abdication, le 6 avril.

« Retomber de Bonaparte et de l’Empire dans ce qui les a suivis, c’est tomber de la réalité dans le néant. »1892

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

Toute la génération romantique aura la nostalgie de cette période héroïque. Chateaubriand, en politique, a surtout une vocation d’éternel opposant. Émigré sous la Révolution, sévère pour Napoléon Ier à qui il ne pardonne pas la mort du duc d’Enghien, il commence par être ultraroyaliste sous les Bourbons revenus, ayant bientôt rang de ministre, pair de France, ambassadeur, avant de se retrouver dans l’opposition au pouvoir en place, aux côtés des libéraux.

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