Louis XI : « C'est la moins folle femme du monde, car de sage il n'y en a guère. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Chronique (1483-1589)

1. Renaissance (1483-1559)

Charles VIII dit l’Affable, fils bien différent de Louis XI, est le premier roi de France à succomber aux mirages de l’Italie. Louis XII, François Ier et Henri II se laisseront prendre à leur tour aux charmes de cette Renaissance et multiplieront les « guerres d’Italie ».

Toute la bonne société vivra ce « beau XVIe siècle » à l’heure italienne. Artistes et savants sont les hôtes des Valois dans leurs nouveaux châteaux du Val de Loire. Leur cour, avec ses musiciens et poètes, brille d’un éclat incomparable, tandis que les philosophes repensent et affermissent l’idée de monarchie.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« C’est la moins folle femme du monde, car de sage il n’y en a guère. »413

LOUIS XI (1423-1483)

Les Arts somptuaires : histoire du costume et de l’ameublement, volume II (1858), Charles Louandre.

Jugement du roi mourant – et misogyne – sur sa fille aînée Anne, 22 ans, à qui il laisse la tutelle du royaume, le 30 août 1483. Charles VIII (…) est tout juste majeur à 13 ans et sans grande personnalité (surnommé l’Affable). Le jugement est sévère et le choix est bon. Anne de France, dame de Beaujeu (…) va mériter son surnom de Madame la Grande (…)

« L’État est la chose du peuple ; la souveraineté n’appartient pas aux princes, qui n’existent que par le peuple […] J’appelle peuple l’universalité des habitants du royaume. »414

Philippe POT (1428-1494), Discours du 9 février 1484 aux États généraux de Tours (…)

Grand sénéchal de Bourgogne, il a des formules à la Mirabeau (…) Des idées déjà révolutionnaires. Ces États généraux (où le mot « tiers état » entre dans l’histoire) sont réunis pour raison fiscale, mais aussi pour régler la régence (…) Voilà donc la première épreuve pour Madame la Grande. Elle s’en tire bien, en digne fille de son père (…)

« Depuis qu’on a obtenu notre consentement pour la levée des deniers, il est certain qu’on se moque de nous et qu’on tient pour méprisables et les demandes insérées dans notre cahier et nos résolutions définitives. »415

Un représentant du clergé aux États généraux de Tours, 11 mars 1484. Histoire de France depuis les origines jusqu’à la Révolution (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache

 Ainsi parle-t-il quand le chancelier Guillaume de Rochefort invite les députés à se séparer. Il y a des protestations devant ces États escamotés, et à partir du 14 mars 1484, les députés ne touchent même plus d’indemnités. Ils se séparent.

« Roi très puissant, mon souverain seigneur,
Reims très ancienne, par grande humilité,
Son cœur vous ouvre par excellent honneur,
Vous promettant garder fidélité. »416

Guillaume COQUILLART (vers 1452-1510). Du sacre des Rois de France (1825), Félix Lacointa

 Poète et chanoine du chapitre de Reims, il dédie ces vers au jeune roi : Charles VIII fait son entrée à Reims pour y être couronné, le 29 mai 1484. Lieu de sacre traditionnel, depuis le baptême de Clovis par l’évêque Rémi, mais les « Entrées » royales deviennent des fêtes toujours plus fastueuses, sous la Renaissance.

« Qu’il vous plaise venir en votre ville de Paris, en votre franc et libéral arbitre, en vous ôtant hors du pouvoir d’autrui, ce de quoi vous supplie si très humblement que je puis. »417

Louis d’ORLÉANS (1462-1515), Lettre au roi Charles VIII, 14 janvier 1485 (…)

 Le futur Louis XII s’adresse au roi de 15 ans. Les Valois gouvernent en Val de Loire, loin des agitations de Paris. Louis d’Orléans voudrait que le roi échappe à l’influence de ses deux conseillers, les Beaujeu « Monsieur et Madame » (…) coupables, entre autres, de lever plus d’impôts que la somme octroyée par les États généraux (…)

« Si nous voulons avoir continuellement auprès de nous notre très chère et très aimée sœur la dame de Beaujeu et si nous prenons toute entière confiance en elle, personne ne s’en doit merveiller [étonner], vu que plus proche ne nous pourrait être par lignage ni plus fidèle par amitié. »418

CHARLES VIII l’Affable (1470-1498), Lettre à Louis d’Orléans, 30 janvier 1485

 Cette réponse à son cousin lui est sans nul doute dictée par Anne et Pierre de Beaujeu. Louis d’Orléans prend alors la tête d’une révolte des nobles contre la régente. La Guerre folle commence, elle va durer trois ans.

« Il plairait au duc que cette guerre se terminât.
— Soit, mais ne manquez pas de lui rappeler qu’il m’a déplu, à moi, qu’elle commençât. »419

CHARLES VIII l’Affable (1470-1498), réponse du roi aux envoyés du duc François II de Bretagne, juillet 1488

Le duc de Bretagne s’est allié dans la Guerre folle à Louis d’Orléans (futur Louis XII). Cette révolte des nobles contre la régente dure trois ans, soutenue par Henri VIII d’Angleterre et Maximilien d’Autriche fiancé à Anne de Bretagne, héritière du duché (…) Dernier acte de la lutte des grands féodaux contre le royaume de France, qui a tant marqué le Moyen Âge.

« Malo mori quam fœdari. » / « Plutôt mourir que se déshonorer. »420

ANNE DE BRETAGNE (1476-1514), sa devise

Ou encore « Je préfère la mort à la souillure », et elle prend pour symbole la blanche hermine. Fille de François II, dernier duc de Bretagne auquel elle succède le 9 septembre 1488 (âgée de 13 ans) à la tête du duché de Bretagne. Début d’une vie publique (et privée) fort mouvementée, pour une femme de grand caractère qui deviendra (deux fois) reine de France.

« Je ne pensais pas qu’elle fût si laide ! »421

Louis d’ORLÉANS (1462-1515). Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Cri du cœur à la vue de sa femme entrant dans son cachot : Jeanne de France, fille de Louis XI que ce dernier l’a contraint d’épouser (…) Elle est difforme, débile, sans doute stérile. Louis XI pensait ainsi éteindre la branche d’Orléans, toujours menaçante pour les Valois (…) Devenu roi (1498), il épousera Anne de Bretagne après avoir répudié Jeanne de France (…)

« Vit-on jamais en pays allemand Empereur tolérer une telle honte ! »422

Parole d’un chroniqueur autrichien (…)

Encore une histoire de femmes, associée à des questions de successions – l’enjeu étant l’intégrité et l’unité du royaume de France. Fin 1491, Charles VIII renvoie à l’empereur Maximilien Ier sa fille Marguerite, qui est sa fiancée depuis 1482 – elle avait 2 ans – (…) et il lui prend sa femme Anne de Bretagne. C’est la conséquence du traité du Verger (…)

« Je suis certain que soit de corps, soit d’esprit, [le roi Charles VIII] vaut peu. »423

Ambassadeur de Venise (1492). Histoire de France depuis les origines jusqu’à la Révolution (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache

Jugement confirmé par l’ambassadeur de Florence (…) Charles dit l’Affable connaît cependant le latin, aime les arts et les lettres, la chasse et la joute. Il souffre de la comparaison avec son père Louis XI et sa sœur Anne de Beaujeu (…) Pour l’heure, il a la tête tournée par l’Italie : irrésistible fascination pour sa Renaissance précoce et superbe (…)

« Voluntas Dei. Missus a Deo. » / « Volonté de Dieu. Envoyé de Dieu. »424

Charles VIII l’Affable (1470-1498), devise sur ses étendards entrant dans Rome, fin 1494

De 1492 à 1559, la France va se lancer dans 11 guerres d’Italie. Charles VIII est le premier de nos rois qui succombe au mirage italien. Affichant sa fière devise, le roi de France se prend pour un nouveau croisé, d’ailleurs appelé par l’Italie en plein chaos politique, avec ses cinq États qui se déchirent entre eux, et une poussière de principautés (…)

« Telle peur que toutes les nuits, il ne cessait de crier qu’il entendait les Français, que les arbres et les pierres criaient France. »425

Philippe de COMMYNES (1447-1511), Mémoires (posthume, 1524)

Commynes témoigne ici en historien, mais aussi en envoyé diplomatique du roi de France. Le roi de Naples Alphonse II eut si peur des Français qu’il s’enfuit en Sicile et abdique en faveur de son fils Ferdinand II. Charles VIII, vêtu en empereur romain, fait son entrée à Naples, le 22 février 1495. Heure de gloire et main basse sur la ville (…)

« Les Français ne se plaisent qu’au péché et aux actes vénériens. »426

Jean BRAGADIN (seconde moitié du XVe siècle), fin février 1495 (…)

Ce patricien fait son rapport devant la seigneurie de Venise, et les griefs sont nombreux (…) Michelet explique, avec le recul de l’historien : « Telle armée et tel roi, sensuel, emporté… La découverte de l’Italie avait tourné la tête aux nôtres ; ils n’étaient pas assez forts pour résister au charme (…) » Le drame, c’est la syphilis, qui va bientôt se déclarer.

« Souvenez-vous de Guinegatte ! »427

Cri des Français à la bataille de Fornoue, 5 juillet 1495. Mémoires, Philippe de Commynes

C’est rappeler qu’il ne faut pas revivre à Fornoue l’humiliation de Guinegatte (…) : Louis XI, en 1479, y perdit la guerre contre Maximilien d’Autriche, les francs-archers s’étant mis à piller les bagages de l’archiduc ennemi avant d’avoir remporté la victoire ! (…) Charles VIII doit battre en retraite (…) La retraite se transforme en victoire (…) : c’est la « furia francese  ».

« Partout, [le mal] éclate et comme la corruption des mœurs était générale, l’infection syphilitique se produisit presque partout simultanément. »428

HESNAUT (pseudonyme d’un auteur inconnu qui rassemble des documents d’époque), Le Mal français à l’époque de l’expédition de Charles VIII en Italie (1886)

La syphilis – appelée « mal de Naples » par les Français alors que les Italiens parlent du « mal français » – existait déjà en France, mais en octobre 1495, elle décime les rangs des soldats du roi Charles VIII de retour vers la France : partout ils agonisent, au milieu de la route, à l’entrée des villages.

« Il ne serait pas décent et à honneur à un roi de France de venger les querelles d’un duc d’Orléans. »429

LOUIS XII (1462-1515). Chronique (posthume), Humbert Vellay

Il succède à Charles VIII, son beau-frère, dernier Valois direct, mort à 28 ans, accidentellement et sans descendance, le 7 avril 1498. Louis d’Orléans, prince frondeur, fait sitôt place au roi de France et rassure ses adversaires d’hier (…) Il fait ici preuve d’un vrai sens de l’État. Louis XII, très populaire, sera nommé « le Père du peuple ».

À Louis XII lui demandant ce qu’il fallait pour faire la guerre avec succès : « Trois choses sont absolument nécessaires : premièrement de l’argent, secondement de l’argent, troisièmement de l’argent. »430

Maréchal Jean-Jacques de TRIVULCE (vers 1441-1518). Nouveau dictionnaire historique (1804), L.M. Chaudon et F.A. Delandine

À peine devenu roi, Louis XII succombe à son tour la tentation de l’Italie. Il invoque un lointain héritage – par sa grand-mère Valentine Visconti – pour faire valoir ses droits sur le Milanais : conquis en vingt jours par Trivulce (juillet 1499) (…) et grâce à une alliance avec Venise, le duché sera perdu, puis repris (…) Marché de dupes pour la France (…)

« Les États généraux supplient très humblement le roi que […] il lui plût d’accorder le mariage de sa fille avec Monseigneur d’Angoulême, Monsieur François […] qui est tout François. »431

États généraux de Tours, 14 mai 1506

Les États contestent avec raison le mariage projeté entre Claude de France (fille de Louis XII et d’Anne de Bretagne) et le petit-fils de Maximilien d’Autriche (futur Charles Quint) (…) La France risque gros avec ces querelles de famille et cette conception patrimoniale – encore très féodale – du royaume.

« Le roi, notre souverain seigneur […] justement baptisé « le Père du peuple » […] donne satisfaction à votre requête, il veut que le mariage se fasse de Madame Claude, sa fille, et de Monseigneur de Valois [d’Angoulême]. »432

Cardinal d’AMBOISE (1460-1510), États généraux, 16 mai 1506

(…) Claude de France n’épousera pas le futur Charles Quint – ce qui aurait changé la suite de l’histoire de France. Et le mariage de François (héritier du trône…) avec Claude de France assurera le maintien de la Bretagne dans la suzeraineté française. Pour l’heure, on en aux fiançailles des deux cousins, un garçon de 12 ans avec une petite fille de 7 ans (…)

« Les Français veulent faire de moi le chapelain de leur roi, mais j’entends être pape et le leur montrerai par des actes. »433

JULES II (1443-1513), en 1510. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Le 214e pape, dit le Terrible, est également machiavélique, et les rois de France seront jusqu’à la fin les cocus de cette comédie italienne (…) Pas assez fort pour chasser d’Italie les « barbares », Jules II les a utilisés. II s’est allié à Louis XII contre Venise, puis s’allie avec Venise contre Louis XII : c’est la Sainte Ligue. En fait, toute l’Europe contre la France.

« Le Turc qu’il veut attaquer, c’est moi ! »434

LOUIS XII (1462-1515). Histoire de France depuis les origines jusqu’à la Révolution (1901), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache

Il note avec humour qu’il est devenu la « tête de Turc » du pape, les Ottomans étant une menace virtuelle (…) Jules II, qui déteste le roi de France, va l’excommunier en 1511. Cette quatrième guerre d’Italie se termine après la mort du « Terrible » (…) Seul avantage des guerres d’Italie, importer la Renaissance italienne, pour le plus grand bien de nos beaux-arts.

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