Louis XV : « C'est mon ouvrage. Je le crois bon. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Siècle des Lumières. Règne personnel de Louis XV.

L’incompétence guerrière de la France, remarquable et remarquée.

Elle étonne dans une Europe toujours en conflit, mais se démarque aussi dans l’Histoire nationale, entre le siècle de Louis XIV très belliqueux et la suite de la chronique - Révolution patriote, Consulat et Empire conquérants.
Dénoncée sur tous les tons, elle n’affecte guère, pas plus le peuple que les penseurs. C’est dire à quel point l’opinion publique est changeante à cet égard !

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« C’est mon ouvrage. Je le crois bon. »1146

LOUIS XV (1710-1774), Lettre au comte de Broglie, 22 janvier 1757

Les Guerres sous Louis XV (1881), comte Charles Pierre Victor Pajol.

Il s’agit du renversement des alliances : rapprochement de la France et de l’Autriche (traité de Versailles). Le parti anti-autrichien, trop longtemps influent, ne peut plus avoir raison contre les réalités : neutralité malveillante de l’Espagne, trahison du roi de Prusse signant avec l’Angleterre le traité de Westminster (…) Il nous faut un allié continental dans la guerre (de Sept Ans) contre l’Angleterre.

« On a défini l’ambassadeur ou le ministre un homme rusé, instruit et faux, envoyé aux nations étrangères pour mentir en faveur de la chose publique. »1147

DIDEROT (1713-1784), Entretiens. Diderot et Catherine II (1899), Maurice Tourneux

La définition peut s’appliquer à de Bernis, partisan de l’alliance autrichienne dès 1752 et exécutant du renversement des alliances, comme à Choiseul qui lui succédera aux Affaires étrangères. Le « Secret du Roi » ou « cabinet noir », service de renseignements et de correspondance avec l’étranger, joue aussi un rôle dans la diplomatie française (…)

« Soubise dit, la lanterne à la main,
J’ai beau chercher ! où diable est mon armée ?
Elle était là pourtant hier matin.
Me l’a-t-on prise, ou l’aurais-je égarée ?
Ah ! je perds tout, je suis un étourdi !
Mais attendons au grand jour, à midi.
Que vois-je ! Ô ciel ! que mon âme est ravie !
Prodige heureux ! La voilà, la voilà !
Ah ! ventrebleu, qu’est-ce donc que cela ?
Ma foi, c’est l’armée ennemie. »1148

Épigramme au lendemain de la défaite de Rossbach, 5 novembre 1757 (…)

Paris célèbre les défaites avec un humour qui n’appartient vraiment qu’à ce temps ! On ridiculise le prince de Soubise, protégé de la Pompadour et favori du roi. C’est le moins talentueux des amis de la marquise. Et c’est un triste épisode de la guerre de Sept Ans (1756-1763) : après les premières victoires, nombreux revers, sur terre comme sur mer.

« C’est le ton de la nation ; si les Français perdent une bataille, une épigramme les console ; si un nouvel impôt les charge, un vaudeville les dédommage. »1149

Carlo GOLDONI (1707-1793), Mémoires (1787)

Cet Italien de Paris connaît bien notre pays et notre littérature (…) Il écrit en français pour la Comédie-Italienne (rivale de la Comédie-Française), devient professeur d’italien à la cour. Pensionné sous Louis XVI, il rédige ses Mémoires (…) pauvre, malade, presque aveugle, exprimant toujours sa gratitude pour la France, même si la Révolution supprime sa pension à l’octogénaire.

« Il a travaillé, il a travaillé, pour le roi de Prusse. »1150

Refrain, devenu proverbe, et signifiant travailler pour rien. Chanson sur la défaite de Soubise à Rossbach (en Prusse) (1757) (…)

Frédéric II, roi de Prusse, allié à l’Angleterre, a infligé avec ses 20 000 hommes une défaite honteuse à l’armée franco-autrichienne trois fois plus nombreuse : il devient Frédéric le Grand pour l’histoire. C’est un « despote éclairé », mais la Prusse a mauvaise presse, après ses deux trahisons (…) Trois explications au proverbe (…) qui a une origine historique et un humour bien daté de ce siècle.

« Après nous, le déluge. »1151

Marquise de POMPADOUR (1721-1764), à Louis XV, fin 1757. Dictionnaire des citations françaises et étrangères, Larousse

La marquise tente de réconforter le roi, de nature mélancolique, de surcroît fort affecté par la défaite de son favori et de son armée à Rossbach, le 5 novembre. « Il ne faut point vous affliger : vous tomberiez malade. Après nous, le déluge. » Le mot fut attribué à la favorite pour illustrer l’indifférence et l’égoïsme qu’on lui prêtait (…) Deux autres origines existent (…)

« Des généraux de cabinet, avides d’argent, inexpérimentés et présomptueux, des ministres ignorants, jaloux ou mal intentionnés, des subalternes prodigues de leur sang sur un champ de bataille et rampants à la cour devant les distributeurs de grâces ; voilà les instruments que nous avions employés. »1152

Charles Pinot DUCLOS (1704-1772). Œuvres complètes de Duclos, volume VII (posthume, 1821)

L’historiographe du roi est sévère, et avec raison, sur la conduite de cette guerre. Sa liberté de parole est saluée par Rousseau, La Harpe. Depuis la mort du maréchal de Saxe, Louis XV manque de chefs militaires. La roture ou la petite noblesse n’atteint pas les hauts commandements que se réserve la noblesse de cour, « énervée » et corrompue par la vie à Versailles (…)

« Le manteau de la liberté sert à couvrir nombre de petites chaînes. »1153

Président de BROSSES (1709-1777), Lettre à Voltaire, septembre 1758 (…)

Du siècle des Lumières, on ne retient que la pensée des philosophes qui « éclairent » leur siècle (…) Mais des voix s’élèvent contre la « secte » philosophique (…) De Brosses, magistrat frondeur (…) met en garde Voltaire : « Je n’ai pas vu une république qui fût de mon goût. On y est désolé de piqûres d’épingles ; au lieu que chez nous, on en est quitte pour un coup d’épée au travers du corps, et tout est dit. »

« Les ministres passent en revue comme dans une lanterne magique. Par ma foi, notre siècle est un pauvre siècle, après le siècle de Louis XIV. »1154

VOLTAIRE (1694-1778), Lettre à Mme du Deffand, novembre 1758, Correspondance (posthume)

Choiseul succède à de Bernis pour préparer la revanche contre l’Angleterre, dans la guerre qui tourne au désastre. Il cumule bientôt les portefeuilles de la Guerre et de la Marine. À l’inverse de Louis XIV, le roi Louis XV et plus tard Louis XVI auront eu une fâcheuse tendance à laisser tomber les hommes choisis pour les servir.

« Vous savez que ces deux nations sont en guerre pour quelques arpents de neige vers le Canada, et qu’elles dépensent pour cette belle guerre beaucoup plus que tout le Canada ne vaut. »1155

VOLTAIRE (1694-1778), Candide (1759)

Dans ce conte ironique et dans sa Correspondance, il traite bien légèrement le problème du Canada (…) La nation anglaise (…) aura finalement ces « arpents de neige » et toutes les richesses de la Nouvelle-France, au traité de paix de Paris (1763). La guerre de Sept Ans sera qualifiée (…) de première guerre mondiale de l’histoire : l’Europe n’est plus le seul théâtre des opérations. Il y a aussi l’Amérique du Nord et l’Inde.

« Plus d’Anglais dans la péninsule ! »1156

LALLY-TOTTENDAL (1702-1766), devise du commandant du corps expéditionnaire envoyé en Inde (1760) (…)

Brave soldat, il tente de sauver les comptoirs français menacés par les Anglais (…) Mais borné, ignorant tout de la politique indigène, autoritaire et mal conseillé, il capitulera après un an de résistance à Pondichéry (17 février 1761). Et l’Inde sera perdue comme le Canada, dans cette désastreuse guerre de Sept Ans.

« Pour nous autres Français, nous sommes écrasés sur terre, anéantis sur mer, sans vaisselle, sans espérance ; mais nous dansons fort joliment. »1157

VOLTAIRE (1694-1778), Lettre à M. Bettinelli, 24 mars 1760, Correspondance (posthume)

La guerre ne se joue pas sur le sol de France et ne menace pas tragiquement ses frontières, comme au siècle dernier ou au siècle suivant. Mais elle coûte de plus en plus cher au pays et la fiscalité s’alourdit (…) L’armée n’a pas de chefs militaires dignes de ce nom et les hommes de gouvernement se révèlent incapables de gérer la situation.

« J’ai appris que nous avons perdu Montréal et par conséquent tout le Canada. Si vous comptez sur nous pour les fourrures de cet hiver, je vous avertis que c’est en Angleterre qu’il faut vous adresser. »1158

Duc de CHOISEUL (1719-1785), Lettre à Voltaire du 12 octobre 1760. Les Origines religieuses du Canada (1924), Georges Goyau

Le ministre ironise lui aussi, en disciple et ami des philosophes, mais ce grand diplomate, devenu secrétaire d’État aux Affaires étrangères en 1758 pour venger la défaite de Rossbach, déplore assurément la perte des « arpents de neige » du Canada (…) Choiseul tentera de réorganiser l’armée, déconsidérée dans cette désastreuse guerre de Sept Ans.

« Je vous avoue que je n’aime pas les remontrances dans ce temps-ci, et que je trouve très impertinent, très lâche et très absurde qu’on veuille empêcher le gouvernement de se défendre contre les Anglais. »1159

VOLTAIRE (1694-1778), Lettre à Mme du Deffand, 6 août 1760, Correspondance (posthume)

Les remontrances du Parlement entravent sans cesse l’établissement et la levée d’impôts, le pacifiste Voltaire lui-même en est indigné. Les emprunts ne peuvent plus se faire qu’à des conditions très onéreuses. Quand plus aucun financier ne veut faire l’avance des impôts, pour payer les troupes, le roi doit envoyer faire fondre sa vaisselle d’or et d’argent à la Monnaie.

« À moi Auvergne, ce sont les ennemis. »1160

Chevalier d’ASSAS (1733-1760), septembre 1760. Précis du siècle de Louis XV (1763), Voltaire

Capitaine au régiment d’Auvergne, surpris par l’ennemi au cours d’une reconnaissance près de Clostercamp (en Allemagne), il avertit ainsi ses compagnons et meurt sous les coups de baïonnettes. Voltaire rapporte ce trait d’héroïsme du chevalier, confirmé par l’Encyclopédie Larousse (…)

« Ni chiens, ni filles, ni laquais, ni soldats. »1161

Écriteau à la porte des jardins et autres lieux publics (…)

C’est dire la piètre estime de l’époque pour l’armée, dont le recrutement est organisé de telle manière qu’on enrôle les plus pauvres, avec tous les « déchets de la société », maraudeurs et vauriens, misérables et autres laissés pour compte. La notion de patrie est dévaluée, la philosophie antimilitariste et l’opinion souvent défaitiste (…)

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