Napoléon : « Ce n'est pas possible, m'écrivez-vous ; cela n'est pas français. » | L’Histoire en citations
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Premier Empire

Chronique

1813-1814. Impossible n’est pas français, mais …

Contre toute raison et tout espoir, cherchant même à mourir dans la dernière campagne de France, il s’obstine, quand 350 000 Alliés menacent Paris, alors qu’il ne dispose plus que de 50 000 hommes.
Déchu par le Sénat, convaincu que l’armée ne suivra plus, Napoléon abdique le 5 avril 1814, au château de Fontainebleau. Fin de l‘Empire. Mais…

Suite de l’Histoire.

Napoléon, l’exilé de l’île d’Elbe, va réaliser le plus incroyable come-back. Les Cent-Jours bouleversent la Restauration française et toute l’Europe. La défaite de Waterloo (1815) et l’exil à Sainte-Hélène feront entrer Napoléon dans la légende.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Ce n’est pas possible, m’écrivez-vous ; cela n’est pas français. »1876

NAPOLÉON Ier (1769-1821), au général Lemarois, commandant de Magdebourg, 9 juillet 1813

Dictionnaire des expressions nées de l’histoire (1992), Gilles Henry.

Le général écrit à l’empereur que face aux coalisés supérieurs en nombre, il ne peut plus tenir la place (…) Dans cette campagne d’Allemagne, Napoléon paie de sa personne avec un génie militaire salué même par Metternich ! L’histoire témoigne aussi qu’il obtint l’impossible de ses hommes. La postérité a retenu la formule : « Impossible n’est pas français. » Le général ne capitulera que le 20 mai 1814 – après l’abdication de Napoléon.

« S’attendre à une défaite partout où l’empereur donnera en personne. »1877

Général MOREAU (1763-1813), conseiller militaire du tsar de Russie, en 1813. L’Europe et la Révolution française (1885), Albert Sorel

Ce général français se retrouve dans l’état-major ennemi, au terme d’une carrière chaotique (…) Exilé aux Etats-Unis et appelé comme conseiller militaire par Alexandre Ier en 1813, il le met en garde contre le génie militaire de Napoléon qu’il connaît bien et qui permet des victoires « impossibles » : Lützen, Bautzen… et Dresde, contre les Russes, les Prussiens et les Autrichiens, le 27 août. Le général Moreau y sera mortellement blessé.

« La conscription est devenue pour toute la France un odieux fléau, parce que cette mesure a toujours été outrée dans son exécution. Depuis deux ans, on moissonne les hommes trois fois l’année. »1878

Vicomte LAINÉ (1767-1835), Corps législatif, 29 décembre 1813 (…)

Ce député se distingue par son indépendance d’esprit. En 1813, il prend position en faveur de la paix et de la liberté, accusé de ce fait par l’empereur d’être au service de l’Angleterre. Lainé poursuit devant l’Assemblée : « Une guerre barbare et sans but engloutit périodiquement une jeunesse arrachée à l’éducation, à l’agriculture, au commerce et aux arts. » Le décret du 21 septembre 1813 appela 300 000 jeunes gens sous les drapeaux.

« Messieurs, une partie du territoire de la France est envahie ; je vais me lancer à la tête de mon armée et, avec l’aide de Dieu et la valeur de mes troupes, j’espère repousser l’ennemi au-delà des frontières. »1879

NAPOLÉON Ier (1769-1821), devant 800 officiers de la garde nationale, Salle des Maréchaux, château des Tuileries, 23 janvier 1814 (…)

La campagne d’Allemagne finit par le désastre de Leipzig (16 au 18 octobre 1813) : « bataille des Nations » entre Napoléon (185 000 hommes) et les Alliés (300 000) : Autrichiens, Prussiens, Russes, plus les Suédois sous le commandement de leur roi Charles XIV, alias Bernadotte, maréchal de France que Napoléon mit sur le trône de Suède. Bilan : 60 000 Français perdus (morts ou prisonniers) et l’obligation de reculer en deçà du Rhin.

« Le boulet qui doit me tuer n’est pas encore fondu. »1880

NAPOLÉON Ier (1769-1821), à ses soldats effrayés, quand son cheval passe sur un boulet fumant, bataille de Montereau, 18 février 1814 (…)

Napoléon est reparti en guerre pour renverser la situation : la campagne de France commence, avec 50 000 hommes contre 350 000 Alliés ! À Brienne, il repousse les Prussiens qui occupent la ville, mais doit se retirer le 2 février.

« Napoléon a tout fait pour la France, la France fera tout pour Napoléon. »1881

Comte LYNCH (1749-1835), maire de Bordeaux, février 1814 (…)

Mais le 12 mars, le même homme offre sa ville au duc d’Angoulême, neveu de Louis XVIII, et aux Anglais. (…) L’essentiel de la campagne de France se joue pourtant aux environs de Paris : la capitale est directement menacée par les Alliés.

« Ma bonne Louise, victoire ! J’ai détruit douze régiments russes, fait six mille prisonniers, quarante pièces de canon, deux cents caissons, pris le général en chef et tous les généraux, plusieurs colonels. Je n’ai pas perdu deux cents hommes. Fais tirer le canon des Invalides et publier cette nouvelle à tous les spectacles. »1882

NAPOLÉON Ier (1769-1821), Lettre à Marie-Louise au soir de la bataille de Champaubert (commune de la Marne), 10 février 1814. La Chute ou l’Empire de la solitude (2008), Dominique de Villepin

C’est une victoire sur les Russes et les Prussiens, cinq fois supérieurs en nombre. Napoléon va encore faire des prouesses à Montmirail, Château-Thierry, Nangis. Et à Montereau où il attaque, toujours en tête des troupes, sur son cheval… Mais l’empereur sait que voilà le commencement de la fin.

« J’ai tout fait pour mourir à Arcis. »1883

NAPOLÉON Ier (1769-1821), à Caulaincourt, évoquant la bataille du 19 mars 1814. Mémoires du général de Caulaincourt, duc de Vicence, grand écuyer de l’empereur (posthume, 1933)

L’aveu est postérieur à la bataille. Plusieurs fois, Napoléon a tenté de se suicider, notamment à l’opium. Et chaque fois, il évoquait ce nom et regrettait cette mort qui se refusait à lui. Le 19 mars 1814, l’épée à la main, il s’est jeté dans la mêlée à Arcis-sur-Aube, bientôt rejoint par sa Garde. La bataille est restée indécise face à Schwarzenberg, ex-ambassadeur d’Autriche à Paris, ex-allié de Napoléon pendant la campagne de Russie (…)

« Les guerres de Napoléon ont divulgué un fatal secret : c’est qu’on peut arriver en quelques journées de marche à Paris après une affaire heureuse ; c’est que Paris ne se défend pas ; c’est que ce même Paris est beaucoup trop près de la frontière. »1884

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

Le 30 mars 1814, c’est la bataille de Paris. Blücher occupe Montmartre et de ses hauteurs, bombarde la capitale. Moncey résiste héroïquement à la barrière de Clichy. Mais Marmont doit signer la capitulation en fin d’après-midi. Les Alliés entrent dans Paris le lendemain. Il y a quelques cris pour acclamer le roi de Prusse et le tsar de Russie. Napoléon s’est replié sur Fontainebleau.

« Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes. »1885

Général DAUMESNIL (1776-1832), aux Alliés assiégeant Vincennes, début avril 1814 (…)

Volontaire sous la Révolution française, général et baron d’Empire multipliant les actions d’éclat, surnommé Jambe de bois, il a perdu une jambe à Wagram (1809). Gouverneur du fort de Vincennes depuis 1812, il résiste au siège des troupes coalisées, alors que la capitale est aux mains des Alliés (…) Ils lui proposent une forte somme pour sa reddition. D’où la réplique. Il négociera la capitulation avec Louis XVIII, après l’exil de Napoléon (…)

« 1. Napoléon Bonaparte est déchu du trône et le droit d’hérédité établi dans sa famille est aboli. 2. Le peuple français et l’armée sont déliés du serment de fidélité envers Napoléon Bonaparte. »1886

Sénat, Sénatus-consulte du 2 avril 1814 (…)

Le Corps législatif adhère à l’acte du Sénat le 3 avril, alors qu’à l’Hôtel de Ville, dès le 1er, une majorité de conseillers voulaient le rétablissement de la monarchie en la personne de Louis XVIII. Mais le tsar n’aimait pas Louis XVIII. Talleyrand réunit 64 Sénateurs pour qu’ils nomment un gouvernement provisoire - il en fait naturellement partie.

« Dans la position où je suis [en 1814], je ne trouve de noblesse que dans la canaille que j’ai négligée, et de canaille que dans la noblesse que j’ai faite. »1887

NAPOLÉON Ier (1769-1821). Napoléon (1921), Élie Faure

L’empereur déchu par des sénateurs qui lui devaient honneurs, titres, fortune, hésite encore à abdiquer, au château de Fontainebleau. Un dicton court dans Paris : « Bientôt, il n’y aura en France qu’un Français de moins. » L’expression va resservir.

« Les Alliés ! Je vais les écraser dans Paris. Il faut marcher sur la capitale sans tarder ! »1888

NAPOLÉON Ier (1769-1821), au château de Fontainebleau, 4 avril 1814. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Il lui reste des soldats qui défilent devant lui, chantant la Marseillaise et criant : « À Paris ! À Paris ! » Prêt à donner l’ordre de l’offensive, le général expose son plan devant les maréchaux, qui espèrent seulement sauver l’Empire, avec le roi de Rome, et sont las de la guerre.

« L’armée ne marchera pas ! dit Ney.
— L’armée m’obéira, dit Napoléon.
— Sire, l’armée obéit à ses généraux. »1889

Maréchal NEY (1769-1815), Fontainebleau, 4 avril 1814. Le Procès du maréchal Ney (1955), Me René Floriot

Le même osera (avec le maréchal Oudinot) prononcer le mot tabou d’« abdication » devant l’empereur. Le 5 avril, Napoléon est informé de la défection de Marmont qui défendait Fontainebleau. Le lendemain, Ney lui apprend que d’autres maréchaux s’apprêtent à passer à l’ennemi.

« Vous voulez du repos ? Ayez-en donc ! »1890

NAPOLÉON Ier (1769-1821), à ses maréchaux, 5 avril 1814. Napoléon Bonaparte, ou trente ans de l’histoire de France, drame en 6 actes (1831), Alexandre Dumas père

Beau sujet de drame pour le théâtre romantique, signé Dumas, fidèle à l’esprit et à la lettre de cette histoire. Le fait est assez rare pour qu’on le souligne. Devant ses maréchaux restés muets face à ses derniers projets de bataille d’avance perdue, Napoléon abandonne enfin. L’empereur va se résoudre à signer une abdication sans plus de condition.

« Les puissances ayant déclaré que l’Empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’Empereur Napoléon, fidèle à ses serments, déclare qu’il renonce, pour lui et pour ses enfants, aux trônes de France et d’Italie, et qu’il n’est aucun sacrifice, même celui de la vie, qu’il ne soit prêt à faire dans l’intérêt de la France. »1891

NAPOLÉON Ier (1769-1821), Abdication du 6 avril 1814, écrite de sa main sur le célèbre guéridon d’acajou de Fontainebleau. Le Fils de l’empereur (1962), André Castelot

Par le traité de Fontainebleau du 11 avril, il garde son titre d’empereur avec la souveraineté (dérisoire) de l’île d’Elbe, 223 km², la plus grande des petites îles italiennes de l’archipel toscan. Reste encore à faire ses adieux à la Vieille Garde, avant de s’embarquer.

Suite et fin de la saga napoléonienne sous la Restauration, avec les Cent-Jours.

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