« Ce sont les femmes qui ont ramené le roi à Paris, et ce sont les hommes qui l'ont laissé échapper ! » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Révolution

Assemblée constituante (fin)

21 juin 1791, la fuite à Varennes… et rien ne sera jamais plus comme avant.

La famille royale qui fuit Paris est rattrapée à Varennes (21 juin), mais le peuple a perdu confiance en son « Père ». La Fayette, héros populaire, se déconsidère en faisant tirer la Garde nationale sur la foule (17 juillet). Scission entre le peuple et la bourgeoisie désormais irréversible : le mouvement républicain se durcit avec Danton.

L’Assemblée adopte définitivement la Constitution et, juste avant de se séparer, abolit les lois d’exception contre les juifs. Ayant finalement réalisé un remarquable travail, elle proclame que « le terme de la Révolution est arrivé », le 30 septembre 1791.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Ce sont les femmes qui ont ramené le roi à Paris, et ce sont les hommes qui l’ont laissé échapper ! »1387

Cri de protestation des femmes de Paris, 21 juin 1791

Les 50 mots clefs de la Révolution française (1983), Michel Péronnet.

Allusion faite ici aux journées révolutionnaires des 5 et 6 octobre 1789. Le 21 juin au matin, on constate la disparition de la famille royale, au palais des Tuileries. L’alerte est donnée, La Fayette, commandant de la garde nationale, envoie des courriers tous azimuts pour faire arrêter les fuyards. Paris est en émoi (…)

« Maman, est-ce qu’hier n’est pas fini ? »1388

Le dauphin LOUIS, futur « LOUIS XVII » (1785-1795), à Marie-Antoinette, fin juin 1791 (…)

Un joli mot de l’enfant qui mourra quatre ans plus tard, à la prison du Temple. L’épreuve de la fuite à Varennes blanchit – dit-on – les cheveux de la reine : de blond cendré, ils devinrent « comme ceux d’une vieille femme de soixante-dix ans ». Marie-Antoinette (…) dit un jour à Fersen : « Je porte malheur à tous ceux que j’aime. »

« Couple perfide, réservez vos larmes
Pour arroser le prix de vos forfaits […]
Un peuple libre reconnaît les charmes
De n’être plus au rang de vos sujets. »1389

Poursuite et retour de la famille ci-devant royale (juin 1791), chanson anonyme

Le peuple chante encore, mais il a perdu confiance en Louis XVI (…) Une foule terriblement silencieuse accueille le cortège à son retour, le 25 juin. La Constituante a suspendu Louis XVI de ses fonctions, dès le 21. Ces cinq jours de vacance du trône prouvent que la France peut vivre sans roi, la République devient un régime possible (…)

« Ô roi, montrez-vous digne d’une plus glorieuse destinée […] Vous pouvez encore vous placer au rang des bienfaiteurs de l’humanité […] Éteignez le flambeau de la guerre civile et étrangère qu’on allume en votre nom ! »1390

PÉTION de VILLENEUVE (1756-1794) et ROBESPIERRE (1758-1794), Suite et fin des observations à Louis XVI. Le Mercure universel, volume XIII (1792)

Observations rédigées après le retour de Varennes. Nombre de députés souhaitent le maintien de Louis XVI : la déchéance du roi entraînerait la coalition de toutes les monarchies européennes contre la France, et le pays est encore majoritairement monarchiste. Mais la division en deux clans est profonde. Le mouvement démocratique et républicain s’exaspère, avec Danton (…)

« Il faut une âme atroce pour verser le sang de ses sujets, pour opposer une résistance et amener une guerre civile en France […] Pour réussir, il me fallait le cœur de Néron et l’âme de Caligula. »1391

LOUIS XVI (1754-1793), Lettre à M. de Bouillé, 3 juillet 1791. Procès de Louis XVI (1814), Maurice Méjan

Il écrit à l’un des organisateurs de la fuite à Varennes, émigré à Coblenz, qui tente encore d’obtenir sa libération, auprès des cours européennes. Mais le roi est incapable de vouloir l’irréparable, le sang versé lui fait toujours horreur, il s’en excuse auprès du marquis et prend sur lui l’échec de toute l’opération manquée de Varennes (…)

« Au moment où la nation est libre, où tous les Français sont égaux, vouloir davantage, c’est vouloir commencer à cesser d’être libres et devenir coupables. »1392

Antoine BARNAVE (1761-1793), Constituante, 16 juillet 1791

(…) La Constituante n’est solide que si le roi est là. Il veut donc empêcher les républicains de le déposer (…) Louis XVI sera maintenu, mais suspendu jusqu’au vote de la nouvelle constitution. Les républicains refusent cette décision (…) Les Cordeliers (Danton en tête) appellent le peuple à manifester au Champ de Mars pour la République, le 17 juillet.

« J’ai juré de mourir libre, la liberté est perdue, je meurs. »1393

PROVANT (??-1791), après le massacre du Champ de Mars, 17 juillet 1791. Histoire de la Révolution française (1847-1853), Jules Michelet

Garde national, il écrit ces mots et se brûle la cervelle (…) Paris est en ébullition, entre les pétitions pour décider du sort du roi et l’anniversaire de la Fédération. Le drapeau rouge de la loi martiale est déployé sur ordre de La Fayette, commandant de la garde nationale (…) qui fait tirer sur la foule (…) Pour la première fois, la milice bourgeoise fait feu contre le peuple. Du jour au lendemain, La Fayette le héros est détesté. Le drapeau rouge entre dans l’histoire à contretemps (…)

« La bourgeoisie et le peuple réunis ont fait la Révolution. Leur réunion seule peut la conserver. Leur intérêt est indivisible, leur bonheur est commun. »1394

Jérôme PÉTION de VILLENEUVE (1756-1794). Encyclopédie nouvelle, ou dictionnaire philosophique, scientifique, littéraire et industriel (1841), P. Leroux, J. Reynaud

(…) Il succède à Bailly, suite à l’affaire du Champ de Mars, comme maire de la Commune – gouvernement révolutionnaire de Paris, installé à l’Hôtel de Ville au lendemain de la prise de la Bastille. Malgré la mise en garde de Pétion (…) la scission entre la bourgeoisie et le peuple fut consommée sur le Champ de Mars, ce 17 juillet 1791.

« Je suis de la couleur de ceux qu’on persécute. »1395

TOUSSAINT LOUVERTURE (1743-1803). Toussaint Louverture (1850), Alphonse de Lamartine

Ainsi parle le héros de ce poème dramatique en cinq actes et en vers. La nuit du 22 au 23 août 1791, François Toussaint prend la tête de la révolte des Noirs à Saint-Domingue, colonie des Antilles (île d’Haïti). Restés esclaves après le timide décret du 13 mai, ils veulent les mêmes droits que les citoyens blancs (…) Son courage lui vaudra le surnom de Louverture, celui qui ouvre et enfonce les brèches dans les troupes adverses ! (…)

« Le Royaume est un et indivisible. »1396

Constitution de septembre 1791, article 1er

La Constitution, votée le 3 septembre, crée une monarchie constitutionnelle (…) Le 14 septembre, Louis XVI doit prêter serment d’être fidèle à la nation et de maintenir la Constitution : roi de France de droit divin, il est devenu roi héréditaire des Français. « Le terme de la Révolution est arrivé », dit-il. Phrase souvent prononcée, c’est un vœu qui n’est pas près d’être exaucé !

« La femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune. »1397

Olympe de GOUGES (1755-1793), Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, septembre 1791

Le préambule du texte est dédié à la reine. Cette féministe, l’une des premières de l’histoire, mourra guillotinée en 1793, après bien d’autres provocations. Elle plaide pour l’égalité entre les sexes, ce qui inclut le droit de vote et l’éligibilité (permettant de monter à la tribune en tant que député). Mais c’est impossible aussi longtemps que la femme est considérée comme juridiquement mineure (…)

« Il faut tout refuser aux Juifs comme nation, il faut tout leur accorder comme individus. »1398

CLERMONT-TONNERRE (1757-1792), Constituante, 27 septembre 1791

Les Juifs (et les « nègres ») sont considérés comme des sous-hommes. Faut-il, au nom de l’égalité des droits, leur accorder la citoyenneté française ? Le cas des juifs fut longuement débattu, fin décembre 1789 (…) Deux jours avant de se dissoudre, la Constituante abolit dans toute l’étendue du royaume les lois d’exception frappant les juifs.

« Sire… Votre Majesté a fini la Révolution. »1399

Jacques-Guillaume THOURET (1746-1794), Proclamation du 30 septembre 1791 à la Constituante (…)

(…) En fait, le roi n’a signé le texte que dans l’espoir de s’en affranchir bientôt et l’affaiblissement du pouvoir royal est tel que Thouret, sans le vouloir, prépare l’avènement de la République. La Révolution n’est donc pas finie !

« Que la nation reprenne son heureux caractère. »1400

LOUIS XVI (1754-1793), à la Constituante, 30 septembre 1791. Histoire politique de la Révolution française (1913), François-Alphonse Aulard

Tel est le vœu royal, et sans doute sincère, en cette dernière séance de l’Assemblée. Le roi, présent, est acclamé. Mais qui peut vraiment croire à ce mot, dans une France plus que jamais révolutionnaire et divisée ?

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