Pasquier : « Cet État formé dans l'État est un prodige de la France. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Naissance de la monarchie absolue - Prologue (fin) et personnage d’Henri IV.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

Religion, société, lettres

« Cet État formé dans l’État est un prodige de la France. »591

Étienne PASQUIER (1529-1615), Les Recherches de la France (1633)

(…) La guerre religieuse est finie, mais le schisme est plus marqué que jamais, après l’édit de Nantes qui accorde d’importants privilèges aux protestants (…) Jusqu’à la reddition de La Rochelle et l’édit de grâce d’Alès (1629), ils auront leurs villes et leurs troupes, se réunissant en assemblées, promulguant des décrets (…) « un État dans l’État », germe de résistance et de futures rébellions.

« Le printemps de l’Église et l’été sont passés. »592

Agrippa d’AUBIGNÉ (1552-1630), Les Tragiques (1616)

Ce protestant pur et dur déplore la situation de l’Église réformée dont les fidèles se font de plus en plus rares. L’édit de Nantes n’est qu’un compromis provisoire pour l’Église catholique qui se veut toute-puissante et même les Politiques, parti modéré, voient dans cette coexistence de deux religions un mal, l’idéal demeurant « Un sceptre, une foi ».

« On ne doit pas croire toutes choses d’un homme, parce qu’un homme peut dire toutes choses. »593

Savinien de CYRANO de BERGERAC (1619-1655), Lettres diverses. Contre les sorciers

L’intolérance de la religion catholique se déchaîne contre les magiciens et les sorciers – ou prétendus tels (…) Cyrano de Bergerac – le vrai, philosophe sceptique et libertin en un temps où il ne faisait bon être ni l’un ni l’autre – refuse de croire aux incroyables aveux arrachés à des malheureux, par les exorcistes abusant de leur zèle. Une série d’affaires défraient la chronique (…)

« Incertain et dépravé, je ne me retiens pas assez du plaisir comme chrétien, je m’y laisse aller comme homme, mais je ne m’y laisse pas tromper comme bête. »594

Théophile de VIAU (1590-1626), Au lecteur (1641)

(…) Élevé dans la religion protestante, converti pour la forme (et pour sa tranquillité) au catholicisme (…) libertin d’esprit et de mœurs (…) banni dès 1619, rentré en grâce, célèbre par sa tragédie Pyrame et Thisbé en 1621, de nouveau poursuivi et condamné par contumace à être brûlé vif en 1623 ! Ses ennuis continueront jusqu’à sa mort prochaine et prématurée, à 36 ans (…)

« Toute la philosophie est comme un arbre dont les racines sont la métaphysique, le tronc la physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences. »595

René DESCARTES (1596-1650), Discours de la méthode (1637)

Dans un tout autre genre que le libertinage, le cartésianisme est aussi un succès mondain – en même temps que savant – et Descartes suscite, sans l’avoir voulu, d’immenses polémiques. Son « doute méthodique » va laïciser la pensée européenne et engager la recherche dans la conquête de la nature et de ses secrets. Mais l’œuvre sera condamnée par l’Église (…)

« On ne parlait que de saint Augustin dans les ruelles. Il n’y avait point de femme d’esprit qui ne se piquât de dire ses sentiments sur la grâce et sur la prédestination. »596

Père René RAPIN (1621-1687), Mémoires

(…) Le jansénisme se fait mode (…) puis opposition au pouvoir royal, cependant que la tentation de retrait du monde des « solitaires » de Port-Royal risque de faire des ravages, dans les milieux où se recrutent les serviteurs de l’État et de l’Église. Les persécutions commencent avec Richelieu et deviendront un drame national, sous Louis XIV (…)

« Les ouvrages communs durent quelques années ;
Ce que Malherbe écrit dure éternellement. »597

François de MALHERBE (1555-1628), Poésies. Au roi, sonnet

Paroles de poète officiel, fier et conscient de cette charge, largement pensionné par Henri IV depuis sa Prière pour le Roi Henri le Grand allant en Limousin (1605), et qui le restera sans éclipse jusque sous la régence de Marie de Médicis. Il célèbre les grands événements politiques, la gloire des souverains successifs et du cardinal de Richelieu.

« Et pour un même fait, de même intelligence,
L’un est justicié, l’autre aura récompense.
Car selon l’intérêt, le crédit ou l’appui
Le crime se condamne et s’absout aujourd’hui. »598

Mathurin RÉGNIER (1573-1613), Satire III, La Vie de la cour (1608-1612)

La satire est un genre à la mode, au début du XVIIe siècle. Régnier dénonce et ridiculise avec verve les vices et les travers de son temps, les mœurs de la cour, l’affectation des jeunes gens à la mode. Contre cette cour où règnent l’injustice, la versatilité, la superficialité, plus tard moquée par Boileau, La Fontaine, Molière et bien d’autres, Régnier s’en donne à cœur joie (…)

« Comme la connaissance des lettres est tout à fait nécessaire à une République, il est certain qu’elles ne doivent pas indifféremment être enseignées à tout le monde […] Le commerce des lettres remplirait la France de chicaneurs, plus propres à ruiner les familles et troubler le repos public qu’à procurer aucun bien aux États. »599

Cardinal de RICHELIEU (1585-1642), Testament politique

Les écrivains dont le cardinal ministre ne peut totalement diriger la pensée l’irritent fort, les plus doués étant souvent les plus rebelles ! (…) La monarchie absolue veut tous les arts et les lettres au service de sa gloire ou de son plaisir. Le  phénomène culturel ne concerne qu’une minorité : plus de la moitié des hommes ne savent ni lire ni écrire et la cour, avec ses pompes et ses œuvres, reste un milieu réservé à l’élite.

La guerre

« Nous voulons un Roi pour avoir la paix. »600

Pierre PITHOU (1539-1596), « Harangue de M. d’Aubray », La Satire Ménippée (1594)

Après plus de 80 ans de guerres civiles et étrangères, la France exprime sa lassitude et son rejet des fanatiques, catholiques ou protestants. Ce pamphlet politique, ouvrage collectif, revu et corrigé par le jurisconsulte Pierre Pithou, est destiné à soutenir Henri IV, à la veille des États généraux de 1593. Il circule sous le manteau, avant d’être édité et de rencontrer un vrai succès populaire (…)

« Rendre à la France les frontières que la nature lui a assignées, confondre la Gaule avec la France et, partout où fut la Gaule antique, la reconstituer. »601

Cardinal de RICHELIEU (1585-1642), Testament politique

Expression de la politique des frontières naturelles qui revient périodiquement dans l’histoire de France. Elle n’est pas systématique à l’époque, même si elle demeure à l’état latent dans les consciences. Au début du XVIIe siècle, les frontières de la France à l’est sont trop voisines de Paris, de sorte que la capitale est menacée en cas de conflit (…)

« Il n’y a pas de nation au monde si peu propre à la guerre que la nôtre. »602

Cardinal de RICHELIEU (1585-1642), Testament politique

Sans doute l’une des conséquences de cette « légèreté ordinaire des Français » qu’il déplore. C’est en tout cas la raison pour laquelle il va mener le plus longtemps possible une guerre « couverte », avant de se lancer dans la guerre « ouverte » contre l’Espagne.

« Comme il arrive beaucoup d’inconvénients au soldat qui ne porte pas toujours son épée, le Royaume qui n’est pas toujours sur ses gardes […] a beaucoup à craindre. »603

Cardinal de RICHELIEU (1585-1642), Testament politique

Les deux fins de règne de cette période sont placées sous le signe de l’effort de guerre : la guerre qui se prépare, imminente, en 1609, et celle qui se mène à partir de 1635 expliquent en partie l’assassinat d’Henri IV et l’extrême impopularité du cardinal.

Personnage d’Henri IV

« Le personnage du Béarnais grandit en Majesté débonnaire et naturelle au fur et à mesure que s’étend le rôle qui lui est dévolu par l’Histoire. »604

Emmanuel LE ROY LADURIE (né en 1929), L’État royal : de Louis XI à Henri IV, 1460-1610 (1987)

(…) Situation très particulière et difficile dans laquelle ce « roi de droit et fort peu de fait » prendra possession du royaume. Il lui faut le conquérir, ce qui lui demandera dix ans ! Indulgent et politique, généreux et sachant pardonner, mêlant l’humour à la bonhomie, mais autoritaire, versatile et capable des pires coups de tête, il a un évident charisme (…)

« Vive Henri IV
Vive ce roi vaillant !
Ce diable à quatre
A le triple talent
De boire et de se battre
Et d’être un Vert Galant ! »605

Vive Henri IV, chanson anonyme. Chansons populaires du pays de France (1903), Jean-Baptiste Weckerlin

Seul ce premier couplet est contemporain. Au fil du temps, d’autres s’ajoutent, à mesure qu’Henri IV devient l’un des mythes de l’histoire (…) Le caractère public des amours royales dépasse la médiatisation qu’en fait aujourd’hui la presse people (…) L’amour des femmes est le point faible du roi qui mettra en danger la paix du royaume pour courir après sa dernière maîtresse (…) elle a 15 ans et lui 56.

« Je croyais que c’était un roi, mais ce n’est qu’un carabin. »606

Alexandre FARNÈSE, duc de Parme (1545-1592). Histoire de France au seizième siècle, La Ligue et Henri IV (1856), Jules Michelet

(…) Héritier d’une grande maison princière italienne, il affiche son mépris pour l’allure si peu royale du nouveau souverain (…) Précisons que « carabin » signifie ici porteur de carabine (…) Le roi et ses compagnons d’armes choquent les Grands, habitués à une étiquette de cour très stricte depuis Henri III et au raffinement italien de mise sous Catherine de Médicis.

« Capitaine Bon Vouloir, il n’est pas grand abatteur de bois. »607

TALLEMANT DES RÉAUX (1619-1692), Historiettes (posthume)

Faut-il revoir la légende d’Henri IV, retoucher le portrait du Vert Galant ? Grand coureur de jupons, n’est-il pas si bon amant sur le terrain ? Une chose est sûre : sceptique envers les hommes, il s’est tourné passionnément vers les femmes, laissant parfois de belles intrigantes se mêler un peu trop de sa politique.

« Charmante Gabrielle,
Percé de mille dards
Quand la gloire m’appelle
Sous les drapeaux de Mars
Cruelle départie
Malheureux jour
Que ne suis-je sans vie
Ou sans amour ! »608

HENRI IV (1553-1610), Chanson. Leçons et modèles de littérature française (1836), P.-F. Tissot

Cette chanson royale n’est pas une leçon ni un modèle de littérature - Henri IV ne se pose pas en grand rimeur et le mécénat artistique sous son règne est plutôt le fait de la reine, Marie de Médicis. La charmante Gabrielle (d’Estrées) est la préférée de ses maîtresses. Il lui fait trois enfants (légitimés) et songe même à l’épouser, quand elle meurt subitement (…)

« Voici le preux Henry, le monarque françois,
À qui Mars a cédé tout l’honneur de la guerre,
Rien n’importe qu’ici tu n’entendes sa voix
Quand le bruit de ses faits remplit toute la terre. »609

Quatrain sous une gravure d’Henri IV (1599) (…)

Le roi est souvent représenté comme un chevalier de la Renaissance, galopant, épée pointée sur l’ennemi. On le voit aussi en imperator romain couronné de lauriers, quand ce n’est pas en Hercule gaulois ou en Atlas portant la Terre.

« Si j’avais deux vies, j’en donnerais volontiers une pour satisfaire Sa Sainteté. N’en ayant qu’une, je dois la garder pour son service et l’intérêt de mes sujets. »610

HENRI IV (1553-1610), au pape Paul V. Histoire de France au dix-septième siècle, Henri IV et Richelieu (1874), Jules Michelet

Henri IV est sans convictions religieuses bien marquées, faisant passer avant tout la pacification du royaume et la restauration de l’autorité royale.

« Les rois tenaient à déshonneur de savoir combien valait un écu, et moi, je voudrais savoir ce que vaut un liard, combien de peine ont ces pauvres gens pour l’acquérir, afin qu’ils ne fussent chargés que selon leur portée. »611

HENRI IV (1553-1610). Histoire de France au dix-septième siècle, Henri IV et Richelieu (1874), Jules Michelet

Cet intérêt pour les petites gens est à coup sûr une originalité royale, plus que le nombre de femmes prêtées à ce riche tempérament, ou le folklore guerrier associé à son image (…) La légende du bon roi Henri a sa part de vérité, même si la misère du paysan est telle qu’il ne doit pas manger chaque dimanche sa poule au pot (…)

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