Chirac : « Un chef, c'est fait pour cheffer. » | L’Histoire en citations
Chirac : « Un chef, c'est fait pour cheffer. »
Citation du jour

 

Suite du duel entre Chirac et Sarkozy.

Fatalement relancé quand Chirac va être réélu président - contre Le Pen. Les rapports de force ont changé. La haine reste la même.

« Un chef, c’est fait pour cheffer. »3317

Jacques CHIRAC (né en 1932), Le Figaro Magazine, 20 juin 1992

L’autorité est une vertu première, il le fera savoir, et de quelle manière ! Le mot (public) le plus dur visera Sarkozy, le 14 juillet 2004. Il n’oubliera jamais la trahison de 1995 - soutien à Balladur, l’autre candidat de droite à la présidentielle.

Bernadette Chirac confirme : « Je suis mariée à un homme qui n’est pas corrézien pour rien. Il a un sens de l’autorité bien affirmé […] Sa femme doit l’accompagner, le suivre, et ne pas prendre position à tout bout de champ » (Paris Match, juillet 2005). Mais le chef autoproclamé complète son autoportrait en montrant, non sans modestie, qu’il sait déléguer : « Si on a pris le soin de bien s’entourer, le collaborateur responsable prend 99 fois sur 100 la décision que vous auriez souhaitée, voire, de temps à autre, une décision meilleure » (Les Mille Sources).

« Je décide, il exécute. »3382

Jacques CHIRAC (né en 1932) parlant de son ministre des Finances, Nicolas Sarkozy, 14 juillet 2004

Cet été 2004, les deux hommes s’affrontent en Conseil de défense, sur les crédits militaires. Faute impardonnable aux yeux du président qui le tacle sèchement à la télé, lors de la traditionnelle interview d’après défilé militaire. Sarkozy est le ministre le plus populaire du gouvernement Raffarin et Chirac a été obligé de le mettre au poste le plus important -  ministre d’État, ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, en mars 2004.

Pour contrer la trop visible ambition de Sarkozy à lui succéder, il a fixé une règle ad hoc, l’interdiction du cumul d’un portefeuille ministériel et de la présidence de l’UMP, créée en 2002 pour soutenir sa candidature à sa réélection. Interrogé sur la candidature de Sarkozy à la présidence de l’UMP : « Il démissionnera immédiatement, ou je le démissionnerai »

Sarkozy choisit l’UMP, conquis au nez des chiraquiens, indispensable machine de guerre pour gagner la présidentielle. Première revanche sur son échec de 1995 et sa traversée du désert de dix ans (maire de Neuilly de 1983 à 2002). Il est bientôt rappelé au gouvernement, le duel continue jusqu’en 2007. Fin 2008, il reprend la formule de Chirac, à peine modifiée : « Je décide et ils exécutent. » L’omniprésident gouverne et tous les ministres n’ont qu’à suivre.

« Quand on a le sentiment que le temps est compté, on agit plus et plus vite. »3327

Nicolas Sarkozy (né en 1955), ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, interview dans Le Monde, 17 juillet 2004

Ministre de l’Intérieur, il agissait de même et plus rien ne pourra freiner l’hyperactif, toujours en projet et en parole : « Impétueux », mot de Chirac pour le définir, repris par Catherine Nay titrant sa biographie de Sarkozy, en 2012.

L’impétueux assume, et comment ! « On dit « omniprésident » ! Je préfère qu’on me dise ça, plutôt que « roi fainéant »… Ça au moins, à force d’écrire que j’en fais trop, on ne se pose pas la question de savoir ce que je fais. C’est arrivé dans l’histoire de notre pays. » Lors de ses vœux parlementaires en 2009, nul n’ignore que le « roi fainéant » vise Chirac, autre hyperactif, mais plus maîtrisé, plus âgé aussi. En mai 2008, Sarkozy osa l’insolence, devant les députés de la majorité : « Chirac a mis vingt et un ans à se faire élire. Moi, je l’ai été du premier coup… Il a fait une réforme et demie, son premier septennat s’est arrêté en décembre 1995 sur un recul sur la réforme des régimes spéciaux. »

« La croissance, j’irai la chercher avec les dents. »3415

Nicolas Sarkozy (né en 1955), en campagne présidentielle, mars 2007

Le Spectacle du monde, nos 536 à 540 (2007)

Expression carnassière du candidat, plusieurs fois répétée avec de menues variantes, inspirée par Chirac, son père en politique : « Dans une campagne, il faut aller chercher les électeurs avec les dents. »

« Nerveux, impétueux, ne doutant de rien et surtout pas de lui-même… »3325

Jacques CHIRAC (né en 1932), Mémoires, tome II, Le Temps présidentiel (2011)

Testament politique où il juge son ex dauphin. L’antagonisme est de notoriété publique. Ce thème théâtral, digne de Shakespeare ou Hugo, inspire journalistes et biographes. Dans La Tragédie du Président (2006), Franz-Olivier Giesbert décrit une scène, lors du retour au pouvoir de Sarkozy, ministre de l’Intérieur en 2002, à défaut de Premier ministre, poste confié à Raffarin. « Je n’ai pas confiance. Il est fou », dit Chirac à Jérôme Monod, son conseiller, qui réplique : « Non, il n’est pas fou, juste maniaco-dépressif. » Après l’échec de la majorité aux régionales en 2004, Sarkozy souhaitait remplacer Raffarin. Chirac lui préfère Villepin, car « si Matignon et l’Élysée ne s’entendent pas, c’est l’implosion […] C’est ce qui se passerait inévitablement avec Sarkozy », affirme-t-il dans ses Mémoires.

Hubert Coudurier enquête sur les coulisses du pouvoir, la fin du chiraquisme, l’irrésistible ascension de Sarkozy, dans une chronique bien titrée : Amours, Ruptures et Trahisons (2008). « Pauvre homme, je n’allais pas lui dire qu’il n’a fait que des conneries », dit Sarkozy, ministre, en 2005. Et Chirac avouera : « Il m’a pourri mon quinquennat. » Oui. « Le monde politique est une jungle », selon Chirac, et Sarko, enfant terrible de la chiraquie, a retenu la leçon du maître.

Cinquième République

 

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