Constitution de 1793 : « [...] l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Révolution

Convention nationale (suite)

La Constitution de l’An I crée le droit à l’insurrection. Marat, assassiné par Charlotte Corday, est remplacé par Hébert à la tête des Enragés, prêchant la Terreur.

La Convention accouche d’une Constitution (remarquable et inapplicable) à l’image de cette Révolution… et Danton reparaît pour un discours magnifique sur l’éducation (une leçon pour la IIIe République).

Mais la Première République, autrement dit la Révolution, continue de dévorer ses enfants.

Charlotte Corday tue Marat - pleuré par le peuple de Paris et panthéonisé. Sitôt guillotinée, l’ « Ange de l’assassinat » devient une héroïne, mais Marat est remplacé par Hébert, plus extrémiste encore. Les Hébertistes, appelés aussi Enragés, accuseront bientôt les Robespierristes d’être des « endormeurs » !

Telle est la logique révolutionnaire qui s’emballe chaque jour un peu plus, en attendant la Terreur.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »1514

Constitution du 24 juin 1793, article 35

Constitution de l’an I, jamais appliquée du fait de la Terreur qui instaure un régime révolutionnaire. Texte mémorable à divers titres, approuvée par référendum, démocratique et décentralisatrice, proclamant de nouveaux droits économiques et sociaux (…) et le droit à l’insurrection, considéré comme un devoir. Cet article est inapplicable (…)

« Après le pain, l’éducation est le premier besoin d’un peuple. »1515

DANTON (1759-1794), Discours sur l’Éducation, 13 août 1793

Ces mots s’appliquent parfaitement à l’article 22 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, préface à la Constitution adoptée par la Convention, le 24 juin : « L’instruction est le besoin de tous. La société doit favoriser de tout son pouvoir le progrès de la raison publique et mettre l’instruction à la portée de tous les citoyens. » Ce sera l’œuvre de la Troisième République.

« Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort. »1516

Devise sur les flammes des drapeaux. Cahier noir (1944), François Mauriac

Elle apparaît fin juin 1793, alors que les armées de la République font face à la coalition des armées impériales et royales de l’Europe. Un peu plus tard, la devise sera gravée sur les bagues et remplacera la trilogie passée de mode : « La Nation, le Roi, la Loi ». Elle apparaît aussi sur les murs de la capitale (…)

« La liberté n’est qu’un vain fantôme quand une classe d’hommes peut affamer l’autre impunément ; l’égalité n’est qu’un vain fantôme quand le riche exerce le droit de vie et de mort sur ses semblables. »1517

Jacques ROUX (1752-1794), Manifeste des Enragés, Convention, 25 juin 1793

Vicaire ultra-révolutionnaire aux premières heures de 1789, le Curé rouge mène son combat en marge du parlementarisme, cherchant à dresser le pays réel contre le pays légal (…) Son manifeste – dont le constat est en partie exact – soulève contre lui tous les députés, même son ami Marat qui le traite de « patriote de circonstance » ! De plus en plus isolé, arrêté en septembre, il se poignarde, plutôt que d’être jugé par le Tribunal révolutionnaire.

« Les tyrans peuvent me persécuter : mais m’avilir ? Jamais, jamais ! »1518

Mme ROLAND (1754-1793), Lettre à Buzot (…)

Écrite dans sa prison de l’Abbaye, au début de l’été 1793. « Derrière les grilles et les verrous […] je suis plus paisible avec ma conscience que mes oppresseurs ne le sont avec leur domination. » Le cœur de Manon parle plus encore que sa raison : libérée de la présence de son mari, elle ressent son arrestation comme un soulagement et laisse libre cours à sa passion (platonique) pour Buzot (…)

« Les factions éclatent de toutes parts : la Montagne triomphe par le crime et par l’oppression ; quelques monstres abreuvés de notre sang conduisent ces détestables complots […] Si je ne réussis pas dans mon entreprise, Français, je vous ai montré le chemin : vous connaissez vos ennemis. Levez-vous, marchez et frappez. »1519

Charlotte CORDAY (1768-1793), Adresse aux Français, amis des lois et de la paix. Les Grands Procès de l’histoire (1924), Me Henri-Robert

Cette jeune normande de 25 ans, montée à Paris pour tuer Marat, écrit le 12 juillet 1793 un long texte dans le style de l’époque – descendante de Corneille, elle a aussi beaucoup lu Plutarque, Tacite, et Rousseau. On le trouvera sur elle le lendemain, lors de son arrestation près de la baignoire où elle vient de poignarder Marat (…)

« Ici repose Marat, l’Ami du Peuple, assassiné par les ennemis du peuple, le 13 juillet 1793. »1520

Épitaphe sur la tombe de Marat. Marat, l’ami du peuple (1865), Alfred Bougeart

Rappelons que son journal s’intitulait L’Ami du peuple et que l’homme haï (et redouté) de ses confrères était idolâtré des sans-culottes. Une chanson en fait foi.

« De l’aristocratie,
Marat fut la terreur,
De la démocratie,
Il fut le défenseur.
Du peuple, il fut le père,
L’ami le plus ardent,
Marat fut sur la terre
L’appui de l’indigent. »1521

H. d’HAUSSONVILLE (fin du XVIIIe siècle), citoyen de la section Luxembourg, La Mort de Marat, chanson, 1793 (…)

Lamartine explique cette popularité de l’homme, dans son Histoire des Girondins : « Marat personnifiait en lui ces rêves vagues et fiévreux de la multitude qui souffre. Il introduisait sur la scène politique cette multitude jusque-là reléguée dans son impuissance. » (…) Il incarne le révolutionnaire type jusqu’à la caricature. Hébert l’Enragé va prendre le relais.

« Marat pervertissait la France. J’ai tué un homme pour en sauver cent mille, un scélérat pour sauver des innocents, une bête féroce pour donner le repos à mon pays. J’étais républicaine bien avant la Révolution. »1522

Charlotte CORDAY (1768-1793), à son procès devant le Tribunal révolutionnaire, 17 juillet 1793 (…)

En un jour, la jeune fille devient une héroïne, et reste l’une des figures de la Révolution. Le poète André Chénier la salue par ces mots : « Seule, tu fus un homme », ce qui contribuera à le perdre (…) Lamartine la baptise l’Ange de l’assassinat et Michelet retrouve les accents qu’il eut pour Jeanne d’Arc (…)

« Mettre à la gueule du canon tous les accapareurs, les financiers, les avocats, les calotins, et tous les bougres qui n’ont vécu jusqu’à présent que pour le malheur public. »1523

Jacques HÉBERT (1757-1794), Le Père Duchesne, fin juillet 1793 (…)

Hébert a pris le relais de Marat, en plus extrême. Dans son journal, il élargit la notion de suspect, multiplie les appels aux meurtres et adopte le programme des Enragés. Le Père Duchesne, seul grand journal populaire après L’Ami du peuple, a jusqu’à 200 000 lecteurs (…) Le 17 septembre, la loi des Suspects permet d’arrêter « tous ceux qui doivent être considérés comme défavorables au régime nouveau ». La Terreur sera alors légalisée.

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