Ronsard : « De là vient le discord sous lequel nous vivons, De là vient que le fils fait la guerre à son père, La femme à son mari, et le frère à son frère. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Guerres de Religon (suite). 1562, massacre de Wassy.

Début de la première des huit guerres de Religion – trente-six années de guerre civile, presque sans répit, jusqu’à l’édit de Nantes (1598). Ronsard, catholique ardent et poète engagé des « misères de ce temps », est préposé à l’éducation du jeune roi Charles IX. Catherine de Médicis a compris que la paix n’est plus possible entre les deux camps également fanatiques.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« De là vient le discord sous lequel nous vivons, De là vient que le fils fait la guerre à son père, La femme à son mari, et le frère à son frère. »503

Pierre de RONSARD (1524-1585), Discours des misères de ce temps, Remontrance au peuple de France (1562)

(…) Massacre de Wassy, acte I des grandes « misères de ce temps » qui inspirent les Discours et font de ce fervent catholique un auteur engagé. 1er mars 1562, François de Guise et ses gens (…) voient des protestants au prêche (…) Ils foncent dans la foule au son des trompettes. Bilan : 74 morts, une centaine de blessés. C’est la « première Saint-Barthélemy » (…)

« Quels fols sont ceux-ci, qui s’entr’aiment aujourd’hui et s’entre-tuent demain ! »268

Mot des reîtres au service du prince de Condé. Discours politiques et militaires (1587), François de la Noue

Ces cavaliers mercenaires d’origine le plus souvent allemande s’étonnent de voir les catholiques et les réformés de France un jour s’embrasser, le lendemain se battre avec fureur. Mais le chroniqueur qui rapporte ce fait reconnaît que « certes il est malaisé de voir ses parents et amis, et ne s’émouvoir point » (…)

« Sire, ce n’est pas tout que d’être Roi de France,
Il faut que la vertu honore votre enfance :
Un Roi sans la vertu porte le sceptre en vain,
Qui ne lui sert sinon d’un fardeau dans la main. »505

Pierre de RONSARD (1524-1585), L’Institution pour l’adolescence du Roi Très Chrétien (1562)

Il esquisse un plan d’éducation en alexandrins, puis passe à l’art de gouverner et aux devoirs d’un roi à peine âgé de 12 ans, dans une France déchirée par la guerre civile. L’auteur le plus célèbre de la Pléiade adopte un ton de généreuse gravité et de sollicitude inquiète (…) Charles IX, tombé sous le charme de Ronsard, lui aménage un appartement au palais (…)

« Mais ces nouveaux Chrétiens qui la France ont pillée,
Volée, assassinée, à force dépouillée,
Et de cent mille coups tout l’estomac battu,
Comme si brigandage était une vertu,
Vivent sans châtiment, et à les ouïr dire,
C’est Dieu qui les conduit, et ne s’en font que rire. »506

Pierre de RONSARD (1524-1585), Continuation du discours des misères de ce temps (1562)

Ardent catholique, il s’en prend dans ce nouveau Discours aux protestants, rebelles au pouvoir royal et selon lui responsables des troubles. Il pleure sur la France comme sur une « pauvre femme atteinte de la mort » qui lui apparaît en image (…) Le poète est ici prophète des malheurs de son pays (…)

« L’abondance d’or et d’argent a fait enchérir toutes choses dix fois plus qu’elles n’étaient il y a cent ans. »507

Jean BODIN (1530-1596), La Réponse de Maître Jean Bodin au paradoxe de M. de Malestroit, touchant l’enchérissement de toutes choses, et le moyen d’y remédier (1568)

L’inflation inquiète les contemporains et l’économie devient une science. Malestroit, conseiller du roi et maître des comptes, accuse la dépréciation de la monnaie. Bodin donne une autre raison, l’afflux de l’or et de l’argent, phénomène heureux pour l’économie du pays : théorie quantitative de la monnaie (fondement du mercantilisme), énoncée pour la première fois (…)

« Quand Paris boira le Rhin, toute la Gaule aura sa fin. »508

Jean LE BON (XVIe siècle), Le Rhin au Roy (1568) (…)

Pamphlet signé d’un Lorrain (…) Le Rhin au Roy rappelle les limites de l’ancienne Gaule et manifeste sa préférence pour une politique rhénane plutôt qu’italienne. Autrement dit, le Rhin est plus nécessaire que le Pô. On peut y voir une des premières expressions de la théorie des frontières naturelles de la France (…)

« Commençons à former ce monstre par le ventre. »509

Amiral Gaspard de COLIGNY (1519-1572), Choix de Chroniques et Mémoires sur l’histoire de France (1836), Jean Alexandre C. Buchon

Pour ce grand militaire, la fourniture des vivres est le premier souci d’un chef d’armée – autrement dit, l’intendance passe avant tout, quand il s’agit de mettre sur pied une armée. Catholique, Coligny est en faveur à la cour, avant de passer à la Réforme. C’est, avec Condé, l’un des chefs huguenots, mais de la tendance modérée (…)

« Doux est le péril pour Christ et le pays ! »510

Prince Louis de CONDÉ (1530-1569), mort à Jarnac, 13 mars 1569. Sa devise

Troisième guerre de Religion : Condé (le Prince) et Coligny (l’Amiral), deux chefs convertis au calvinisme, mais modérés. Catherine de Médicis veut les faire enlever, ils se réfugient à La Rochelle, place forte protestante (…) Coligny réussit à sauver 6 000 hommes, nouvelle armée protestante. Henri de Navarre (futur Henri IV) devient à 16 ans le chef des réformés.

« Qu’il se souvienne qu’il est périlleux de heurter contre la fureur française ! »511

HENRI III (1551-1589) (encore duc d’Anjou) parlant de Coligny, Moncontour, le 3 octobre 1569 (…)

Coligny (…) a engagé le combat. Son armée est taillée en pièces (…) Il obtient pourtant la paix de Saint-Germain (paix de la Reine), 8 août 1570 : protestants amnistiés, liberté de conscience et du culte, accès à tous les emplois publics, quatre places de sûreté accordées (dont La Rochelle). Concessions tactique (…) mais clauses reprises dans l’édit de Nantes, en 1598.

« L’argent est le nerf de la guerre. »512

CATHERINE DE MÉDICIS (1519-1589), Lettre à l’ambassadeur d’Espagne, août 1570

La « petite phrase » de Rabelais dans Gargantua (selon qui « les nerfs des batailles sont les pécunes ») va faire fortune. Au XVIe siècle, tous les souverains d’Europe ont d’énormes besoins d’argent pour leurs guerres qu’il faut sans cesse faire, ou préparer (record historique de quatre-vingt cinq années de guerre en ce siècle) (…)

« Comme corbeaux acharnez,
Sur ce corps mort vous venez. »513

Jacques YVER (vers 1548-vers 1572), Complainte sur les misères de la guerre civile (1570)

L’anarchie intérieure permet aux étrangers de s’immiscer dans les affaires de la France. Ainsi, en 1562, les réformés français ont fait alliance avec Élisabeth Ire et Le Havre a été livré aux Anglais (…) Les Guise étant soutenus par les Espagnols à partir de 1584, Henri IV devra faire appel à l’Angleterre, aux Provinces-Unies et aux princes allemands (…)

« De demeurer pour jamais en l’état où l’on est, personne, de si mauvais jugement soit-il, ne le peut ni le doit espérer. »514

Maréchal de TAVANNES (1509-1573), en 1571. Mémoires du maréchal de Tavannes (écrites par son troisième fils, Jean de Saulx)

(…) Conseiller du roi, il livre sa pensée à Charles IX, concernant la paix de Saint-Germain en 1570. Le culte réformé est pour la première fois autorisé sans restriction en France, ce que ne peut accepter Tavannes, férocement catholique (…) Il exprime une triple hantise : défaite militaire devant l’Espagne, sédition populaire et banqueroute de l’État (…)

« Ce ne sont pas des choses qu’on négocie avec des femmes ni avec des clercs. »515

Amiral Gaspard de COLIGNY (1519-1572), au roi Charles IX. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Le roi veut prendre l’avis de Catherine de Médicis et du cardinal de Lorraine, avant d’entreprendre la guerre contre l’Espagne que Coligny lui conseille (…) Modéré parmi les huguenots, il pousse à une politique de compromis et un renversement d’alliances mettant la France aux côtés de l’Angleterre et des Pays-Bas (pays protestants) (…) Il va bientôt le payer de sa vie.

« Ce ne sont pas les hommes ici qui prient [courtisent] les femmes, ce sont les femmes qui prient les hommes. »516

JEANNE III D’ALBRET (1528-1572). Revue des deux mondes, tome LXV (1884)

Reine de Navarre, elle vient en février 1572 préparer le mariage de son fils Henri (futur Henri IV) avec Marguerite de Valois, sœur de Charles IX. Elle quitte une cour à l’austérité toute protestante, pour tomber sur la cour de France où l’italianisme fait fureur, et où le luxe s’étale. Plus que tout, le dévergondage des mœurs la choque (…)

« Je puis donner la mort,
Toi l’immortalité. »517

CHARLES IX (1550-1574), à Ronsard : Ton esprit est, Ronsard…

Le poème royal commence ainsi : « Ton esprit est, Ronsard, plus gaillard que le mien ; / Mais mon corps est plus jeune et plus fort que le tien… » Hommage au poète engagé et enflammé des Discours (…) Le jeune roi se sait malade, et mourra à 24 ans de la tuberculose. Ronsard lui survit, et connaîtra une demi-disgrâce.

« La mauvaise femme est morte. »518

Antonio Maria SALVIATI (1537-1602), nonce apostolique au pape Grégoire XIII (…)

Telle est l’oraison funèbre de Jeanne d’Albret, morte à Paris le 9 juin 1572. Femme de tête et de conviction protestante, cette reine de Navarre sut préserver l’indépendance de son royaume. Mais en professant publiquement le calvinisme, puis en imposant cette religion à la Navarre, elle est devenue la mortelle ennemie des papes de Rome.

Partager cet article

L'Histoire en citations - Gaule et Moyen Âge

L'Histoire en citations - Renaissance et guerres de Religion, Naissance de la monarchie absolue

L'Histoire en citations - Siècle de Louis XIV

L'Histoire en citations - Siècle des Lumières

L'Histoire en citations - Révolution

L'Histoire en citations - Directoire, Consulat et Empire

L'Histoire en citations - Restauration, Monarchie de Juillet, Deuxième République

L'Histoire en citations - Second Empire et Troisième République

L'Histoire en citations - Seconde Guerre mondiale et Quatrième République

L'Histoire en citations - Cinquième République

L'Histoire en citations - Dictionnaire