Saint-Just : « Dix mille hommes sont nu-pieds dans l'armée. Il faut que vous déchaussiez tous les aristocrates de Strasbourg... » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Révolution

Convention nationale (suite)

Les soldats de l’An II défendent la patrie en danger, Bonaparte entre dans l’histoire au siège de Toulon, l’esclavage est aboli dans les colonies, mais la Terreur se systématise.

Fin 1793. La Terreur est toujours à l’ordre du jour et la patrie toujours en danger, mais un jeune chef d’artillerie entre dans l’histoire au siège de Toulon, en reprenant la ville occupée par les Anglais (11 décembre 1793). C’est le capitaine Bonaparte.

Chouannerie et guerre de Vendée relèvent aussi de la « grande terreur », Carrier s’illustre à Nantes en missionnaire zélé, les juifs sont menacés d’une « régénération guillotinière ». Mais les esclaves noirs des colonies ont droit à la liberté, après un grand discours de Danton, de retour à la tribune, début 1794.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Dix mille hommes sont nu-pieds dans l’armée. Il faut que vous déchaussiez tous les aristocrates de Strasbourg dans le jour et que demain à dix heures du matin, les dix mille paires de souliers soient en marche pour le quartier général. »1559

Proclamation signée Louis Antoine SAINT-JUST (1767-1794) et Philippe François Joseph LEBAS (1764-1794), 15 novembre 1793

La Montagne (1834), Jean-Barthélemy Hauréau.

Ces deux conventionnels s’expriment ici en tant que « représentants du peuple, envoyés extraordinairement à l’armée du Rhin, à la municipalité de Strasbourg ». Bel exemple de la façon expéditive dont la République règle les problèmes d’intendance aux armées.

« Pour la première fois depuis l’Antiquité, une armée vraiment nationale marche au combat, pour la première fois aussi une nation parvient à armer et à nourrir pareil nombre de soldats, tels sont les caractères originaux de l’armée de l’an II. »1560

Georges LEFEBVRE (1874-1959), La Révolution française (1951)

La patrie est en danger, la France est en guerre. Une Lettre du Comité de salut public (8 octobre) dicte la politique militaire : « Il est temps de frapper des coups décisifs et pour cela, il faut agir en masse. » Or, l’adoption de la tactique de masse va de pair avec la levée en masse. Les soldats de l’an II sont à présent 750 000.

« Il n’y a que deux espèces de plans de campagne, les bons et les mauvais. Les bons échouent presque toujours par des circonstances imprévues qui font souvent réussir les mauvais. »1561

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), Correspondance (posthume)

Le capitaine Bonaparte, chef d’artillerie, entre à 24 ans dans l’histoire au siège de Toulon : les Anglais occupaient la ville, reprise à l’ennemi le 18 décembre 1793.

« Bien, je n’aurai pas besoin de sable. »1562

Andoche JUNOT (1771-1813), au siège de Toulon, décembre 1793 (…)

Bonaparte, debout sur le parapet, encourage lui-même les artilleurs et dirige leur tir. Il remarque le sang-froid du jeune sergent engagé comme secrétaire (rappelons qu’à l’époque, on séchait l’encre avec du sable) et va en faire son aide de camp, en 1794. L’intrépide « Junot la Tempête » le suivra dans la campagne d’Égypte, en attendant l’Empire et d’autres campagnes, heureuses et malheureuses.

« Les brigands sont foutus ! »1563

Nouvelles des armées réunies, titre d’une affiche, fin décembre 1793

Ainsi salue-t-on officiellement la défaite des Chouans à Savenay et aux Herbiers, les 22 et 23 décembre 1793. Kléber et Marceau ont mis fin à la « grande guerre » de Vendée. Mais le parti vendéen n’était pas anéanti : Charette et Stofflet reprendront les armes (…)

« La révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis, la constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible. »1564

ROBESPIERRE (1758-1794), Rapport sur les principes du gouvernement révolutionnaire, fait au nom du Comité de salut public, Convention, 25 décembre 1793

L’idée est de nouveau affirmée, tandis que la Constitution de 1793 est toujours suspendue en attendant des temps meilleurs. Ce discours de Robespierre sur les principes du gouvernement révolutionnaire doit être destiné aux modérés d’une Assemblée divisée à propos de la Terreur (…)

« Les monstres ! Ils voudraient briser les échafauds ; mais, citoyens, ne l’oublions jamais, ceux-là ne veulent point de guillotine qui sentent qu’ils sont dignes de la guillotine. »1565

Jean-Baptiste CARRIER (1756-1794), fin 1793. La Justice révolutionnaire (1870), Charles Berriat-Saint-Prix

Député à la Convention, membre particulièrement actif aux Cordeliers et aux Jacobins, il parle sans les nommer des modérés : Danton et Camille Desmoulins souhaitent que cesse le régime de la Terreur et que vienne le temps de l’indulgence. C’est le moment où Carrier va mériter son surnom de « missionnaire de la Terreur » (…) Au total et en fin de mission, on lui reprochera 10 000 morts : fusillés, guillotinés, noyés, victimes du typhus.

« Nantes, dans une paix profonde
Jouissait de la liberté
Lorsque Carrier, cette âme immonde,
Trouble cette heureuse cité.
Depuis que tu parus à Nantes,
Le fleuve autrefois si vanté,
N’a roulé que des eaux sanglantes
À l’océan épouvanté. »1566

Tout est lugubre dans l’histoire, début de l’année 1794, chanson. Histoire de France par les chansons (1982), France Vernillat, Pierre Barbier

Sous-titré : « Complainte sur les horreurs de la guerre commises à Nantes par Carrier ». Ce sont les fameuses noyades. Carrier, en zélé missionnaire de la Terreur, parle de « déportation verticale » et la Loire, sous sa plume, mérite le nom de « fleuve républicain » et « baignoire nationale ». Les prêtres réfractaires sont les premiers visés par ces noyades collectives (…)

« Partout ils mettent la cupidité à la place de l’amour de la patrie et leurs ridicules superstitions à la place de la raison : aussi je me demande s’il ne conviendrait pas de s’occuper d’une régénération guillotinière à leur égard. »1567

Marc Antoine BAUDOT (1765-1836). Les Cahiers bourbonnais (1989)

Les juifs ne sont pas épargnés sous la Terreur, malgré le décret d’émancipation qui en fit des citoyens semblables aux autres, dans les derniers jours de la Constituante.

« Nous travaillons pour les générations futures, lançons la liberté dans les colonies ! »1568

DANTON (1759-1794), Convention, 4 février 1794. Mémoires de Levasseur de la Sarthe (1830), René Levasseur, Roche

Danton va faire l’unanimité – fait rarissime, surtout dans cette Assemblée nationale à l’image de la France, divisée, bouleversée. Il a l’habileté d’associer la liberté des esclaves avec la volonté de ruiner l’Angleterre. Il salue aussi l’entrée, la veille, de deux nouveaux députés de couleur (venus de Saint-Domingue), et place l’abolition sous le signe philosophique du « flambeau de la raison » et du « compas des principes » (…)

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