Duc de Reichstadt : « Ma tombe et mon berceau seront bien rapprochés l’un de l’autre ! Ma naissance et ma mort, voilà donc toute mon histoire. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Monarchie de Juillet

Faits divers ou faits historiques ?

L’Aiglon est mort, Hugo en fait un poème - et Louis-Napoléon Bonaparte devient l’héritier présomptif du trône impérial… Le féminisme a enfin une tribune pour s’exprimer - mais tout le siècle sera viscéralement misogyne… Le prêtre Lamennais entre en politique et se voue au socialisme chrétien - mais ces deux mots sont encore inconciliables. Le roi survit à un attentat et à son impopularité croissante - mais c’est la fin de la politique libérale et le tournant du régime, renforcé par trois lois répressives en septembre 1835.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Ma tombe et mon berceau seront bien rapprochés l’un de l’autre ! Ma naissance et ma mort, voilà donc toute mon histoire. »2078

Duc de REICHSTADT (1811-1832), mourant à 21 ans de tuberculose, 22 juillet 1832

L’Aiglon (héros de théâtre pour Rostand), fils de l’Aigle (Napoléon), ex-roi de Rome, promu Napoléon II (quelques jours, après les deux abdications en 1814 et 1815) n’aura pas le destin rêvé pour lui par son père, ni même aucun rôle politique (…) Louis-Napoléon Bonaparte se considère désormais comme le chef du parti bonapartiste, en tant que neveu de Napoléon Ier (…)

« Tous deux sont morts. Seigneur, votre droite est terrible. »2079

Victor HUGO (1802-1885), Poème d’août 1832 (Napoléon II, Les Chants du crépuscule)

Rappelons que le père de l’Aiglon, Napoléon, est mort à 51 ans, le 5 mai 1821, après cinq ans de captivité à Sainte-Hélène. La légende napoléonienne doit beaucoup au génie d’Hugo, et à la comparaison inévitable avec le prochain maître de la France, Napoléon III, le Petit.

« Si M. de Robespierre vient, vous lui direz que je n’y suis pas. »2080

Abbé SIEYÈS (1748-1836), à son valet de chambre. Le Crapouillot (1926)

En 1832, alors qu’une mauvaise grippe tient au lit le vieil homme de 84 ans. « Et le valet de chambre, dans sa simplicité, avait transmis le message à un autre domestique. » Robespierre était son cauchemar et son délire, dans ses dernières années, on l’entendait répéter : « Éloignez de moi cet infâme ! » Quarante ans après, Sieyès est encore marqué par la Révolution : « J’ai vécu », disait-il à qui lui demandait ce qu’il avait fait sous la Terreur (…)

« Une femme qui voterait les lois, discuterait le budget, administrerait les deniers publics, ne pourrait être qu’un homme. »2081

Charles NODIER (1780-1844), L’Europe littéraire (mars 1832)

Pionnier du mouvement romantique en France, héritier des Lumières et amoureux des auteurs de la Renaissance, Nodier ne peut être classé comme un réactionnaire. C’est seulement un homme de son temps - considéré aujourd’hui comme très misogyne, ou phallocrate. Le préjugé vient de loin, remontant aux philosophes grecs de l’Antiquité (…) Les féministes devront déployer beaucoup de talent, d’éloquence et de courage, pour faire évoluer l’opinion et les mœurs.

« Ne formons plus deux clans : celui des femmes du peuple et celui des privilégiées. Que notre intérêt nous lie ! »2082

La Tribune des femmes (1832), premier article du premier numéro, août 1832

Dans ce journal des saint-simoniennes s’exprime un courant féministe dont Flora Tristan est la plus illustre représentante : fille d’un noble péruvien, femme du graveur André Chazal (et grand-mère du peintre Gauguin), elle lutte pour le divorce, l’amour libre, les droits de la femme, l’union des ouvriers de tous métiers et de tous pays. Séparée de son mari, voyageuse et militante infatigable, sa vie est un roman.

« La liberté est le pain que les peuples doivent gagner à la sueur de leur front. »2083

Félicité Robert de LAMENNAIS (1782-1854), Paroles d’un croyant (1834)

Prêtre devenu libéral, fondateur en 1830 du journal L’Avenir avec pour épigraphe « Dieu et la liberté », créateur (sans autorisation) d’une école libre, condamné en 1832 par le pape (…) Après une grave crise de conscience et un long silence, Lamennais écrit ce livre rédigé sous forme de versets comme la Bible, et prêche le socialisme chrétien : Dieu veut l’égalité, la liberté et la fraternité des hommes. On parlera plus tard de catholicisme social et de gauche chrétienne.

« Il n’est point parvenu, il est arrivé. »2084

TALLEYRAND (1754-1838), parlant de Thiers, 1834. Monsieur de Talleyrand (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve

Talleyrand a volontiers joué le rôle de parrain politique auprès de Thiers, personnage ambitieux, arriviste et comparable à lui, par certains côtés. Selon les sources, le mot de « parvenu » (marseillais) fait référence à la fortune de Thiers, à sa carrière politique rapide, voire à sa réception à l’Académie française, où il est donc « arrivé », en 1834 (…)

« Est-il bien vrai, mes chers amis
Qu’on ait détrôné Charles Dix ?
Dites-moi donc où nous en sommes ?
Dans les emplois les plus marquants,
Je vois toujours les mêmes hommes,
J’ai donc dormi pendant cinq ans ? »2085

Le Béotien de Paris (1835), chanson. Histoire de France par les chansons (1982), France Vernillat, Pierre Barbier

La censure est rétablie, l’Église toujours aussi puissante et présente, décidément, rien ne change, même pas la fiscalité, éternel sujet de mécontentement du Français sous tous les régimes : « Mes impôts sont toujours les mêmes / Mon journal est toujours timbré. » À quoi bon avoir fait une révolution en 1830, se demandent les mécontents ?

« Quel dommage que je n’aie pas été blessé, j’aurais pu faire grâce ! »2086

LOUIS-PHILIPPE (1773-1850), après l’attentat de Fieschi, 28 juillet 1835

(…) Le jour où il se rend à la Bastille pour fêter sa révolution (les Trois Glorieuses de juillet 1830), la machine infernale éclate et fait 18 morts (dont le maréchal Mortier), mais le roi et sa famille ne sont pas touchés. Le parti de la Résistance, sous l’impulsion de Thiers, ne va pas rater l’occasion : lois répressives de septembre 1835 contre les délits de presse et la propagande anticonstitutionnelle. C’est la fin de la politique libérale, et le véritable tournant du régime.

« L’Pèr’ Lapoir’, ce grand citoyen,
Dit qu’il ne veut que notre bien […]
L’Pèr’ Lapoir’ se dit libéral,
C’est une farce de carnaval.
Ah ! ah ! ah ! oui vraiment
L’pèr’ Lapoir est bon enfant. »2087

Le Père Lapoire, chanson

L’opposition se traduisant par des attentats, les répressions suivent, souvent brutales, d’où l’impopularité croissante du pouvoir. Après le massacre de la rue Transnonain en avril 1834 et l’attentat Fieschi de juillet 1835, il y aura encore l’attentat de Louis Alibaud, républicain qui tire et rate le roi sortant des Tuileries, le 26 juin 1836 (il sera exécuté) ; le premier complot de Louis-Napoléon Bonaparte qui soulève un régiment d’artillerie à Strasbourg (…)

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