Séguéla : « Faire une élection, c'est raconter une histoire de telle façon que l'enfant qui sommeille en tout électeur croie que le candidat est le seul héros crédible de cette histoire. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Les années Chirac, Sarkozy et Hollande

La présidence Sarkozy

Le nouveau président occupe la scène, le petit écran, les médias, et « fait le buzz » sur la Toile par tous les moyens. Il expose sa vie privée, casse les codes, brouille tous les repères. Omniprésent et hyperactif, l’hyperprésident a choisi un Premier ministre relativement effacé, François Fillon. L’antisarkozysme va se révéler aussi violent que les propos et les provocations présidentielles.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Faire une élection, c’est raconter une histoire de telle façon que l’enfant qui sommeille en tout électeur croie que le candidat est le seul héros crédible de cette histoire. »3420

Jacques SÉGUÉLA (né en 1934), L’Événement du jeudi, 11 octobre 1990

Le « storytelling », avatar du « marketing », apparaît soudain comme une méthode de communication très à la mode en politique. Mais Louis XIV et Napoléon étaient déjà maîtres en la matière, servis et mythifiés par des artistes de génie, peintres, sculpteurs, architectes et autres créateurs. Séguéla, en tant que publicitaire, a participé aux deux campagnes réussies de Mitterrand : « La Force tranquille » (1981), « Génération Mitterrand » (…)

« Le ralliement, ça ne marche jamais, ce qui marche, c’est le rassemblement. Derrière le ralliement, il y a le désenchantement, et puis l’effacement. Derrière le rassemblement, il y a le courage et le succès. »3421

François BAYROU (né en 1951), campagne des législatives du Modem à Paris, 24 mai 2007

Sans atteindre le second tour des présidentielles, le « troisième homme » a réussi sa campagne, son score dépassant 18 %. Sur cette lancée, en vue des législatives de juin, il crée son parti, le Modem (Mouvement démocrate) qui remplace l’UDF explosée. Une partie des centristes a rallié la majorité présidentielle et fondé le Nouveau Centre, résultat, 21 députés, et trois ministres (André Santini, Hervé Morin, Valérie Létard). Bayrou refuse cette stratégie (…)

« Je ne suis pas un expert du 12e arrondissement, mais je l’ai traversé quand j’ai couru le marathon de Paris. »3422

Arno KLARSFELD (né en 1965), à la veille des élections législatives des 10 et 17 juin 2007

Pour cette déclaration qui ne vaut pas vraiment programme politique, le fringant avocat concourt au prix Press Club, humour et politique.

Après la victoire de Sarkozy à l’élection présidentielle le 6 mai, la commission d’investiture de l’UMP le désigne comme candidat aux élections législatives dans la huitième circonscription de Paris (…)

« Rien ne sera plus jamais comme avant au Parti socialiste ! Fini le temps des éléphants révolus, et place aux jeunes lions ! »3423

Arnaud MONTEBOURG (né en 1962), Libération, 18 juin 2007

Réélu député, il se pose en leader du pôle des rénovateurs au PS. Tous les partis ont leurs jeunes loups (ou lions) aux dents acérées. Voir Sarkozy, face aux caciques de la droite. En attendant, rien ne s’arrange, et rien ne change, dans un parti trop désuni pour être fort.

Le PS a fait campagne avec un mot d’ordre – ne pas laisser les « pleins pouvoirs » à Sarkozy –, et un slogan : voter pour « la gauche qui agit, la gauche qui protège ». Mais la gauche a perdu. Ségolène Royal, candidate malheureuse, n’avait jamais été soutenue par la majorité (…)

« Je ne pense pas que les Français veulent un président glacé et qui devient glaçant. Il faut mettre de la vie au plus haut niveau du pouvoir. »3424

Nicolas SARKOZY (né en 1955), TF1, 20 juin 2007. Journal du Dimanche, 21 juin 2007

Diagnostic évident. L’engouement pour la présidentielle s’est manifesté par une inscription massive des jeunes sur les listes électorales. Le duel des favoris a redonné goût à la politique, avec deux personnages relativement jeunes, atypiques, porteurs d’un espoir de changement, après les années Mitterrand et Chirac et ces doubles mandats qui n’en finissaient plus.

A présent, l’omniprésident prend des allures de Bonaparte sous le Consulat. Face a une opposition invisible, ou illisible, il va occuper le terrain et parler, parler parfois très bien, parfois très mal. Le divorce est fascinant, entre le dérapage verbal récurrent, plus ou moins contrôlé, et ses discours si bien écrits.

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. »3425

Nicolas SARKOZY (né en 1955), Discours de Dakar (Sénégal), 26 juillet 2007

Grand discours, écrit par Henri Guaino, gaulliste de gauche, la plume (le nègre) du président, désormais chargé de donner à sa pensée une forme présidentielle.

L’opinion ne retient que cette phrase, qui fait polémique : relent de racisme, sur fond d’ancienne colonisation, assorti d’une confusion entre civilisation et progrès technique (…)

« Au monde méditerranéen qui n’a pas cessé depuis des siècles d’être écartelé entre l’esprit des croisades et l’esprit du dialogue, qui n’a pas cessé d’être tiraillé entre la haine et la fraternité, qui n’a pas cessé d’hésiter finalement entre la civilisation et la barbarie, je veux dire que le temps n’est plus au dialogue puisqu’il est à l’action, qu’il n’est plus temps de parler parce qu’il est venu le temps d’agir. »3426

Nicolas SARKOZY (né en 1955), Discours de Tanger, 23 octobre 2007

On retrouve les accents à la Guaino du dernier discours de Dakar, et le projet euro-méditerranéen du discours de Toulon, le 7 février dernier. « Ce qui se joue là est absolument décisif pour l’équilibre du monde. Pas seulement décisif pour l’avenir des peuples riverains, décisif pour l’avenir de l’humanité. En Méditerranée, se décidera si oui ou non les civilisations et les religions se feront la plus terrible des guerres. » (…)

« Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contrôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession, d’abord par l’inflation, ensuite par la récession, jusqu’au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquise. »3427

Thomas JEFFERSON (1743-1826), président des États-Unis, Discours de 1802. L’Économie mondiale à bout de souffle : L’ultime crise du capitalisme ? (2011), Jean Baumgarten

L’auteur de la Constitution américaine signait, deux siècles plus tôt, un discours véritablement visionnaire sur l’origine de la tourmente, partie des États-Unis en 2007.

C’est d’abord une crise financière : dégonflement de la bulle immobilière américaine et pertes considérables des établissements financiers, suite a la crise des subprimes – prêts immobiliers a risque que les emprunteurs ne peuvent plus rembourser. D’où le premier krach : chute des cours boursiers, faillites bancaires.

Pour éviter une crise systémique, les États interviennent pour sauver les banques, d’où crise de la dette publique. Suit une récession, avec recul du produit intérieur brut mondial de 2,2 % en 2009.

En réaction, on prend des mesures pour réguler le système bancaire et financier. Malgré tout la crise perdure en 2010, l’afflux de liquidités fait craindre l’éclatement de nouvelles bulles dans l’immobilier chinois, les bourses, les emprunts d’États et les métaux. En Europe, la crise de la dette publique est un casse-tête non résolu en 2012.

« Il y a un gouffre entre les peuples et les gouvernements. »3428

Nicolas SARKOZY (né en 1955), devant le bureau du Parlement européen, 25 octobre 2007

L’Europe est en panne, depuis le printemps 2005 (…) Le Conseil européen (chefs d’État ou de gouvernement des 27 pays), réuni à Lisbonne en octobre 2007, a approuvé le nouveau traité réformateur, dit « Traité de Lisbonne », un compromis signé par les 27 États. Reste la ratification : par référendum populaire ou par voie parlementaire ?

Cette fois, le président français se méfie : « Un référendum aujourd’hui mettrait l’Europe en danger. Il n’y aura pas de traité si un référendum a lieu en France, qui serait suivi par un référendum au Royaume-Uni. La même chose se produirait dans tous les États membres, si un référendum y était organisé. Il y a un gouffre entre les peuples et les gouvernements. » Terrible aveu. Et diagnostic prémonitoire… (…)

« Tout est complexe entre un homme et une femme, mais quand tout est public, alors les petits événements de la vie quotidienne deviennent des monuments. »3429

Nicolas SARKOZY (né en 1955), Témoignage (2006)

Un an plus tôt, conscient du drame à venir, il témoignait de cette faiblesse d’homme fort. Il expose sa vie privée, les rumeurs courent, quand le couple élyséen explose… 18 octobre 2007, premier communiqué de l’Élysée : « Cécilia et Nicolas Sarkozy annoncent leur séparation par consentement mutuel. Ils ne feront aucun commentaire. » Un second communiqué, deux heures plus tard, précise que le couple a divorcé (…)

« À trop vouloir expliquer l’inexplicable, on finit par excuser l’inexcusable. »3430

Nicolas SARKOZY (né en 1955), « Journal de 20 heures », TF1 - France 2 - France 3, 25 novembre 2007

Le président, solennel, s’exprime sur les violences répétées dans les banlieues et la situation devenue critique. L’opinion s’émeut, les journaux français titrent à la une, même la presse internationale commente. Les banlieues vont-elles revivre les émeutes de 2005, ponctuées d’affrontements entre jeunes et forces de police ? (…)

« L’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en rapproche. »3431

Nicolas SARKOZY (né en 1955), Discours à Saint-Jean-de-Latran, 20 décembre 2007

Petite phrase sortie, comme souvent, de son contexte : face à l’effacement des repères, aux bouleversements de nos sociétés, il en appelle à l’Église catholique, comme aux autres courants religieux et spirituels, pour nous guider : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en rapproche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. » (…)

« Le président a dû consacrer un peu de temps à régler ses soucis, et donc les Français ont eu le sentiment qu’il ne leur appartenait plus complètement. »3432

Claude GUÉANT (né en 1945), secrétaire général de l’Élysée, Le Figaro, 12 février 2008

Surprenante déclaration ! C’est le bras droit du président depuis huit ans, l’homme indispensable qui le rassure et connaît tout des arcanes politiques.

En huit mois, la chute de popularité paraît d’autant plus inquiétante que le Premier ministre, Fillon, se maintient a un bon niveau : 52 % d’opinions favorables, face à 39 % pour Sarkozy (barometre Ipsos-Le Point du 14 février).

Et Guéant donne son interprétation : les Français approuvent la politique menée, mais les problèmes personnels parasitent la relation entre le peuple et son président (…)

« Casse-toi, pauv’ con ! »3433

Nicolas SARKOZY (né en 1955), au Salon de l’Agriculture, 23 février 2008

Le président répond à un visiteur refusant sa poignée de main, et lui ayant déclaré : « Ah non, touchemoi pas ! Tu me salis ! »

Petite phrase popularisée par la diffusion sur Internet, et surmédiatisée par la captation vidéo. Mise en situation, la réaction peut s’expliquer, mais ce genre de mot casse l’image présidentielle. Il regrettera l’incident, sa perte de sang-froid, et reconnaîtra son erreur en 2012, l’année du mea culpa (…)

« Désormais, quand il y a une grève, plus personne ne s’en aperçoit. »3434

Nicolas SARKOZY (né en 1955), au siège de l’UMP, 6 juillet 2008

Il va présider le Conseil européen et représenter l’Union pendant six mois, l’Europe est donc au programme du parti majoritaire. Mais pour mobiliser un parti de droite et chauffer une salle militante, s’en prendre aux syndicats et aux socialistes est plus payant. Il conclut alors sur ce qu’il va pouvoir dire a nos partenaires européens, que « la France change beaucoup plus vite et beaucoup plus profondément qu’on ne le croit », la preuve en est que, « désormais… » (…)

« L’Europe m’a changé. Lorsqu’on a la chance pendant six mois de connaître et d’avoir à trancher des problèmes de vingt-sept pays, on gagne en tolérance, on gagne en ouverture d’esprit. »3435

Nicolas SARKOZY (né en 1955), au Parlement européen, L’Express, 16 décembre 2008

Au terme des six mois passés à la présidence de l’Union européenne, la thématique du changement chère à Sarkozy se renouvelle, pour reconquérir l’opinion ou parce que, de fait, le pouvoir change un homme, en bien ou en mal.

(…) La médiation européenne dans le conflit russo-géorgien a évité un scénario « balkanique » en Europe. L’action du président français pour convaincre les Irlandais d’organiser un second référendum sur le Traité de Lisbonne (en 2009) peut être critiquée, mais il fallait à tout prix sortir de l’impasse qui bloquait l’Europe. Face à la crise mondiale, le plan européen pour stabiliser les marchés financiers a au moins rassuré les investisseurs, évitant un effondrement systémique. Enfin, le couple franco allemand, moteur indispensable à l’Union européenne, s’est renforcé à terme, parce que Sarkozy l’a voulu très fort. Cela commençait mal, il malmenait la chancelière Angela Merkel, brusquait un tempérament à l’opposé du sien, mais au final, le couple s’est soudé (…)

« Si à cinquante ans, on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie. »3436

Jacques SÉGUÉLA (né en 1934), émission « Les 4 vérités », France 2, 13 février 2009

Vraie gaffe de com, impardonnable à un homme de pub. Et c’était pour « défendre » Sarkozy, qualifié de bling-bling ! « Comment peut-on reprocher à un président d’avoir une Rolex ? Tout le monde a une Rolex. Si à 50 ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie ! »

Séguéla tentera de se rattraper quelques jours plus tard. Il a plus de 50 ans, et il n’a même pas de montre ! Pour finir, il avoue : « J’ai dit une immense connerie. »

Quant a Sarkozy, la Rolex n’est pas seule en cause, ni les Ray Ban, ni la soirée au Fouquet’s, ni le yacht de Boloré… C’est l’accumulation de tous ces signes extérieurs qui accréditent la version du président des riches. Le bouclier fiscal, disposition qui plafonne l’imposition globale du contribuable, profite surtout aux très privilégiés (…)

« La crise que nous vivons n’est pas que bancaire, économique et sociale ; c’est une crise de civilisation, de la civilisation de la surconsommation qui a poussé le bouchon trop loin. C’est ce qu’ont vécu Rome et la Grèce : le déclin d’une civilisation qui en a trop fait. Il faut réinventer un autre monde : c’est un problème de valeurs, passer du paraître à l’être. On en a beaucoup profité et, fatalement, la bulle éclate un jour. Ici, c’est une bulle sociétale. »3437

Jacques SÉGUÉLA (né en 1934), Le Soir (quotidien belge), 22 février 2009

Séguéla dit souvent des choses intelligentes. Il a fait fortune en les vendant, plus souvent à la gauche qu’à la droite, profitant de la publicité politique et de l’inflation des budgets de campagne. Il profite également de cette surconsommation qu’il a promue, et qu’il dénonce comme un mal de civilisation. L’homme n’est pas à un paradoxe près (…)

« Le parti est tombé dans le formol depuis sept ans. Dernière station-service avant le désert. »3438

Arnaud MONTEBOURG (né en 1962), à son arrivée rue de Solférino, au siège du Parti socialiste, 9 juin 2009

Deux jours après la défaite des socialistes aux élections européennes, le 7 juin. Partout en Europe, la droite conservatrice conserve le pouvoir ou l’emporte. C’est miracle si les députés Verts (majoritairement a gauche) parviennent à trouver leur place au Parlement européen. Daniel Cohn-Bendit, éloquent et populaire « libéral-libertaire », a pris la tête de liste des Verts en France.

Quant au PS, qui n’arrête pas de perdre les élections depuis le séisme de 2002 et son absence au second tour, il lave son linge sale en famille, lors d’un conseil national tenu à huis clos (…)

« Le vrai changement au PS, ce serait de gagner. »3439

Bertrand DELANOË (né en 1950), maire de Paris, et socialiste, a remporté le prix Press Club, humour et politique, en 2009, avec cette vanne. Quand les politiques se lâchent ! : bons mots, lapsus et vachardises (2011), Olivier Clodong

L’homme fait bande à part, au PS : élu maire de Paris en 2001 (avec l’appui des Verts), réélu en 2008, assuré de son poste jusqu’en 2015, il mène sa politique de la ville : contestée par les uns, populaire auprès des autres, les piétons de Paris qui retrouvent leur espace, les « vélolibistes » qui roulent tranquille et pas cher, les « plagistes sur Seine » qui profitent de l’été, les fans de la Nuit blanche annuelle (…)

« Il est temps de reprendre le rêve français. »3440

François HOLLANDE (né en 1954), Discours de Lorient, 27 juin 2009

Par cette phrase, il annonce sa volonté de poursuivre son engagement au service de la France, en se déclarant candidat à l’élection présidentielle.

Il passera aux primaires du PS, après la défection de DSK. Il entre peu à peu dans le rôle. Il possédait le fond, il acquiert la forme (…)

« Voilà la France qu’on aime ! »3441

Martine AUBRY (née en 1950), Première secrétaire du PS, Discours de Rennes, 2 décembre 2009

C’est une réponse à la parole de Sarkozy, quelque peu résumée : « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ! », mais une longue réponse, très argumentée.

C’est aussi le discours d’une candidate aux primaires socialistes, en vue de la présidentielle.

« Liberté, égalité, fraternité, laïcité, changer les mots en actes, voila le grand défi. Je le dis avec la force puisée dans les rencontres avec ces milliers d’hommes et de femmes d’Angoulême à La Seyne-sur-Mer, de Tourcoing à Auch, de Grenoble à Nancy en passant par Cachan et aujourd’hui Rennes. Voila la France qu’on aime, celle que j’aime et dont je veux vous parler. La France qui ne doute pas de son identité. La France qui s’inquiète du recul de sa démocratie, de son modèle social et de son vivre ensemble. La France qu’on aime, c’est celle qui dit : La France, tu l’aimes, donc tu la construis avec nous. » (…)

« Qu’ils s’en aillent tous ! Vite, la Révolution citoyenne. »3442

Jean-Luc MÉLENCHON (né en 1951), titre et sous-titre de son essai (Flammarion, 2010)

Le nouveau tribun de la gauche fourbit ses arguments, pour la prochaine présidentielle. Il sait que l’écrit deviendra parole, c’est clair, à la lecture : « La consigne, “Qu’ils s’en aillent tous”, ne visera pas seulement ce président, roi des accointances, et ses ministres, ce conseil d’administration gouvernemental de la clique du Fouquet’s ! Elle concernera toute l’oligarchie bénéficiaire du gâchis actuel. “Qu’ils s’en aillent tous !” : les patrons hors de prix, les sorciers du fric qui transforment tout ce qui est humain en marchandise, les émigrés fiscaux, les financiers dont les exigences cancérisent les entreprises. Qu’ils s’en aillent aussi, les griots du prétendu “déclin de la France” avec leurs sales refrains qui injectent le poison de la résignation. Et pendant que j’y suis, “Qu’ils s’en aillent tous” aussi ces antihéros du sport, gorgés d’argent, planqués du fisc, blindés d’ingratitude. Du balai ! Ouste ! De l’air ! »

En 2008, Mélenchon, ex-trotskiste, a quitté le PS, pour fonder le PG, Parti de Gauche (…)

« Indignez-vous ! »3443

Stéphane HESSEL (1917-2013), titre de son essai (Indigène éditions, 2010)

Parole d’un jeune homme en colère de 92 ans. « Quand je cesserai de m’indigner, j’aurai commencé ma vieillesse », écrivait André Gide (Nouveaux Prétextes).

Ce livre de 32 pages, publié par un petit éditeur de Montpellier, vendu 3 euros, sans promotion médiatique, tourne au phénomène d’édition : 950 000 exemplaires en 10 semaines. Traduit en 34 langues, le livre se vendra à 4 millions d’exemplaires (…)

« S’il veut être candidat, il faudra quand même qu’il se batte un peu. Il n’y a pas de raison que l’on gratte la terre avec nos ongles et que lui arrive en voiturette de golf à l’Élysée. »3444

Henri EMMANUELLI (1945-2017), parlant de Dominique Strauss-Kahn, Le Parisien, 25 novembre 2010

Député des Landes, mitterrandien depuis toujours, il se situe résolument et parfois bruyamment a l’aile gauche du PS. Donc, contre l’Europe (au référendum) et contre la tendance sociolibérale, incarnée par DSK, actuel patron du FMI (Fonds monétaire international), candidat non encore déclaré, porté par l’opinion publique et soutenu par les « éléphants » du parti.

Mais la tactique du « j’y vais ou j’y vais pas » du présumé candidat finit par irriter (…)

« Strauss-Kahn, je le connais bien, je l’ai mis en examen. »3445

Eva JOLY (née en 1943), interrogée en août 2010 sur les possibles candidats socialistes à la présidentielle. Maquillages : les politiques sans fard (2012), Christophe Barbier

Députée européenne (Europe Écologie), son engagement politique est récent. La femme est surtout connue comme magistrate. Sa ténacité de juge d’instruction au Pôle financier du Tribunal de grande instance de Paris l’a rendue célèbre, dans des affaires très médiatisées : les frégates de Taiwan, Tapie et Adidas, Dumas et Deviers-Joncour… et l’affaire Elf, où elle a mis DSK en examen, avant de lui accorder un non-lieu (…)

« Il n’y a pas de pagaille ; la preuve, le préfet a pu venir en trois minutes. »3446

Brice HORTEFEUX (né en 1958), ministre de l’Intérieur, le 8 décembre 2010

Il s’exprime juste après la tempête de neige sur l’Île-de-France. Cette inconscience lui vaut sa sélection pour le prix Press Club, humour et politique, 2011. Cet humour involontaire est rare, et plutôt malheureux pour l’image de son auteur, régulièrement ciblé par les médias (…)

« Quand on m’appelle Monsieur le ministre, j’ai toujours l’impression que Jack Lang va surgir derrière moi. »3447

Frédéric MITTERRAND (né en 1947), ministre de la Culture et de la Communication. Lauréat du prix des internautes en 2010, Press Club, humour et politique

Nommé le 23 juin 2009, il rejoint le gouvernement Fillon II, remanié (…) Ministre plutôt discret pour un homme très médiatique, fasciné par de Gaulle, neveu du président Mitterrand et politiquement inclassable, il ne marque pas vraiment son ministère, à l’inverse de l’hypermédiatique Jack Lang (…)

« Le Printemps arabe, c’est “un immense mur de Berlin qui tombe”. »3448

Tahar BEN JELLOUN (né en 1944), entretien à l’AFP, 24 mai 2011

Écrivain franco-marocain, il rend hommage au premier martyr - le jeune tunisien Mohamed Bouazizi qui s’est immolé -, publiant deux essais sur cette révolution en marche : Par le feu et L’Étincelle. Révolte dans les pays arabes (Gallimard, 2011).

Le « Printemps arabe » est une série de contestations populaires, de forme et d’ampleur variables, touchant divers pays du monde arabe, à partir du 17 décembre 2010. La révolution, commencée en Tunisie, oblige Ben Ali à quitter le pouvoir, puis Moubarak, en Égypte.

D’autres peuples reprennent le slogan « Dégage ! » (« Erhal ! » en arabe). Outre le départ des dictateurs et l’instauration d’une démocratie, les manifestants exigent le partage des richesses, des emplois, et la dignité (« karama »).

L’expression « Printemps arabe » renvoie au « Printemps des peuples » de 1848, quand des révolutions éclatent simultanément dans plusieurs pays d’Europe, Italie, Allemagne, Autriche, au nom d’aspirations libérales, nationales et démocratiques (…)

« Les peuples arabes ont décidé de se délivrer de la servitude […] En Libye, une population pacifique se trouve en danger de mort. L’avenir de la Libye appartient aux Libyens. Nous ne voulons pas décider à leur place […] Si nous intervenons, c’est au nom de la conscience universelle qui ne peut tolérer de tels crimes. »3449

Nicolas SARKOZY (né en 1955), Déclaration au Sommet de Paris pour le soutien au peuple lybien, 19 mars 2011

Par ces mots, le président annonce le début des opérations militaires. La guerre est un mot tabou, même si l’armée française est engagée en Libye.

Face au Printemps arabe, la France s’est mal conduite. Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères, visitait la Tunisie en jet privé, invitée par un ami du régime, et déplorait les violences populaires, proposant même son aide à Ben Ali (…)

Sarkozy va se rattraper, avec la Libye en révolte contre Kadhafi. On oublie les ventes d’armes au dictateur, et la visite de l’ami qui a planté sa grande tente de Bédouin dans la cour de l’Élysée (décembre 2007).

Le 11 mars, lors d’un sommet européen, Sarkozy exige le départ de Kadhafi. Le 17, l’ONU autorise des frappes aériennes. Deux jours après, au sommet de Paris, Sarkozy se voit en George W. Bush (…)

« Rassembler les centristes, c’est comme conduire une brouette pleine de grenouilles : elles sautent dans tous les sens. »3450

François BAYROU (né en 1951), mars 2011, avant de déclarer sa candidature à la présidentielle. Le Santini (2011), André Santini

L’image est évocatrice d’une réalité bien connue par Bayrou ! Président de l’ex-UDF (Union pour la démocratie française), il a créé le Modem (Mouvement démocrate) face à l’UMP, au lendemain de la présidentielle de 2007, cependant qu’il rame depuis 2002 pour rassembler, entre les deux pôles solidement ancrés d’une France plus que jamais bipolarisée. Vocation de troisième homme, ou malédiction ? (…)

« L’Europe a fait preuve depuis plusieurs années d’une extraordinaire capacité d’adaptation face à une succession de crises. À chaque fois, nous avons démontré, avec les États membres, avec le Parlement européen, avec la Commission que nous étions plus forts ensemble. »3451

François FILLON (né en 1954), Bruxelles, 14 avril 2011

Déni de réalité, langue de bois, prudence d’opportuniste ?

Avant de critiquer, pensons que la crise internationale, sans l’Europe de Bruxelles, pourrait être pire. Rappelons la crise de 1929, qui a marqué l’entre-deux-guerres, provoqué inflation, dépression, ruines en série, vagues de suicides, et mené au second conflit mondial. Cela nous est épargné (…)

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