Femmes historiques (Renaissance, guerres de Religion et naissance monarchie absolue) | L’Histoire en citations
Édito de la semaine

III. Renaissance, guerres de Religion et naissance monarchie absolue.

1. Anne de France, dame de Beaujeu (1461-1522), le goût et le sens du pouvoir hérité de son père Louis XI lui valent le surnom de Madame la Grande.

« C’est la moins folle femme du monde, car de sage il n’y en a guère. »413

LOUIS XI (1423-1483). Les Arts somptuaires : histoire du costume et de l’ameublement, volume II (1858), Charles Louandre

Tel est le jugement du roi mourant – et misogyne – sur sa fille aînée Anne, 22 ans, à qui il laisse la tutelle du royaume, le 30 août 1483. Charles VIII, fils de Louis XI, est tout juste majeur avec ses 13 ans et sans grande personnalité (il sera surnommé l’Affable).

Le jugement est sévère et le choix est bon. Anne de France, dame de Beaujeu – femme de Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu, confident de Louis XI – va en fait gouverner la France (avec son époux) jusqu’en 1492 et mériter son surnom de Madame la Grande : intelligence et force de caractère lui permettent de continuer l’œuvre paternelle et d’affermir le royaume en ces temps difficiles ainsi résumés par Michelet : « Telle était cette France : jouir ou tuer. »

« Si nous voulons avoir continuellement auprès de nous notre très chère et très aimée sœur la dame de Beaujeu et si nous prenons toute entière confiance en elle, personne ne s’en doit merveiller [étonner], vu que plus proche ne nous pourrait être par lignage ni plus fidèle par amitié. »418

CHARLES VIII l’Affable (1470-1498), Lettre à Louis d’Orléans, 30 janvier 1485. Essai sur le gouvernement de la Dame de Beaujeu : 1483-1491 (1970), Paul Pélicier

Cette réponse à son cousin lui est sans nul doute dictée par Anne et Pierre de Beaujeu. Louis d’Orléans prend alors la tête d’une révolte des nobles contre la régente. La « Guerre folle » commence, elle va durer trois ans (1485-1488).

Anne de Beaujeu gardera une influence profonde sur le gouvernement après la majorité du roi, proclamée en 1484. Mais cela explique cette rébellion des princes qui soutenaient les revendications du plus proche parent mâle du jeune roi, le duc d’Orléans (futur Louis XII).

Sa personnalité domine incontestablement le XVe siècle qui s’enfonce dans « les gloires et fumées d’Italie » (Commynes). Elle continue l’œuvre de son père Louis XI. L’ambassadeur vénitien lui reprochera « de faire tout pour de l’argent » et Brantôme est plus dur encore, lui reprochant en réalité d’être la fille de son père, pour le meilleur et plus encore le pire.

« Fine femme et delliée s’il en fust. Fort vindicative, et de l’humeur en cela du roy son père, voire en tout : car elle estoit fine, trinquate (fourbe), corrompue, pleine de dissimulation et grand hypocrite qui, pour son ambition, se masquoit et se desguisoit en toutes sortes… »

BRANTÔME (1540-1614), Œuvres du seigneur de Brantôme (posthume)

Abbé laïc et célèbre chroniqueur du XVIe siècle, il lui décerne d’une plume railleuse un brevet de maîtresse femme, « un petit pourtant brouillonne » ajoute-t-il. Tout cela la mènera loin. Comme pris de regret devant ce portrait à charge, il conclut : « Elle gouverna si sagement et vertueusement que ça été ung des grands roys de France. » Les femmes qui descendent de Louis XI ont de qui tenir.

« Tout mis en balance, ce fut un roy. »

Philippe de COMMYNES (1447-1511), Mémoires (posthumes, 1524-1528)

Chroniqueur et historien de ce temps, c’est aussi un homme politique, conseiller et chambellan de Louis XI (après avoir été au service de son ennemi Charles le Téméraire). Il portera le même jugement sur le roi de France et sur sa fille Anne de Beaujeu – c’est dire le compliment pour « Madame la Grande » ! Outre ses fonctions de régente, Anne supervise aussi l’éducation de nombreux enfants de l’aristocratie, dont Louise de Savoie et Diane de Poitiers– à venir.

2. Anne de Bretagne (1477-1514), deux fois reine de France et forte de son duché de Bretagne, femme de caractère morte à 36 ans et devenue légende.

« Malo mori quam fœdari » (en latin) « Kentoc’h mervel eget bezañ saotret » (en breton)
« Plutôt mourir que se déshonorer » ou « Je préfère la mort à la souillure »420

ANNE DE BRETAGNE (1476-1514), sa devise. Et elle prend pour symbole la blanche hermine

Fille de François II, dernier duc de Bretagne, elle lui succède le 9 septembre 1488 à la tête du duché de Bretagne. Elle a 13 ans et c’est le début d’une vie publique (et privée) mouvementée pour une femme de caractère qui deviendra (deux fois) reine de France – mariée à Louis XII puis Charles VIII.

Anne naît le 26 janvier 1477. N’ayant pas de frère, elle est déclarée héritière du duché par les États de Rennes à 9 ans et reconnue duchesse à 11 ans. Après avoir refusé d’épouser le sire d’Albret à 12 ans, elle est mariée par procuration au roi des Romains, Maximilien, d’où la reprise des hostilités entre la Bretagne et la France. Nantes est livrée aux Français et Rennes assiégée en 1491.

« Vit-on jamais en pays allemand Empereur tolérer une telle honte ! »422

Parole d’un chroniqueur autrichien. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Histoire de femmes toujours associée à des questions de successions – l’enjeu étant l’intégrité et l’unité du royaume de France ! En novembre 1491, le roi de France Charles VIII renvoie sa fille Marguerite à l’empereur Maximilien Ier - sa fiancée depuis 1482, âgée de 2 ans, dès lors élevée à la cour de France. Et il lui prend sa femme Anne de Bretagne - épousée par procuration en 1490. C’est la conséquence du traité du Verger : pour en obtenir l’application, La Trémoille va batailler en Bretagne et Anne capitule après le siège de Rennes (août-novembre 1491). Le 6 décembre, devant la pression des Français, elle consent à 14 ans au mariage avec le roi de France Charles VIII, obtenant en échange le maintien des privilèges de la Bretagne. Mariage discret et conclu sans l’accord du Pape, union personnelle entre Couronnes. Le contrat de mariage précise qu’il est conclu « pour assurer la paix entre le duché de Bretagne et le royaume de France ». Anne de Bretagne est désormais reine de France, couronnée le 8 février 1492 en la basilique de Saint-Denis.

Elle s’engage également à épouser l’héritier de son mari en cas de veuvage sans postérité. Ainsi son duché, la Bretagne, restera-t-il à la France. Elle passe beaucoup de temps en grossesses (huit filles). Elle devient reine de Naples et de Jérusalem lors de la conquête de Naples par Charles VIII. C’est aussi la première reine de France très attachée au mécénat, recherchée par les artistes et auteurs de son époque.

« Anne par la grâce de Dieu, reine des Français et duchesse des Bretons. »

ANNE DE BRETAGNE (1476-1514), gravure à son effigie sur les pièces d’or

À la mort de son mari Charles VIII en 1498, Anne fait frapper 10 000 monnaies d’or à son effigie. Elle s’y fait représenter en majesté sur un grand trône appelé cathèdre. Elle porte un long manteau royal arborant les fleurs de lys du royaume de France, avec les hermines du duché de Bretagne. En tant que reine de France elle porte la couronne. Dans sa main droite une épée en tant que chef des armées, dans la gauche un sceptre montrant son autorité de souveraine.

Elle regagne son duché de Bretagne et le principe du mariage avec Louis XII est acquis, à condition qu’il obtienne avant un an l’annulation de son (précédent) mariage (imposé par Louis XI avec sa fille Jeanne la Boiteuse). Ce troisième mariage est conclu dans des conditions bien différentes du précédent : l’enfant vaincue est désormais une jeune reine douairière, duchesse souveraine de l’État Breton dont l’époux est un ancien allié, ami et prétendant.

Seul problème, sa fille aînée Claude de France fiancée au futur François Ier : Anne sera toujours hostile à ce mariage. Mécontente, elle se donne toute à son duché. Elle commence son « tour de Bretagne » ou « le Tro Breizh » (en breton), visitant des lieux qu’elle n’avait pu fréquenter enfant.

Officiellement, il s’agit d’un pèlerinage aux sanctuaires bretons. En réalité, c’est un voyage politique et un acte d’indépendance qui vise à affirmer sa souveraineté. De juin à septembre 1505, ses vassaux la reçoivent fastueusement. Elle en profite pour s’assurer de la bonne collecte des impôts et se faire connaître du peuple à l’occasion de festivités, de pèlerinages et d’entrées triomphales dans les villes du duché.

« Les États généraux supplient très humblement le roi que […] il lui plût d’accorder le mariage de sa fille avec Monseigneur d’Angoulême, Monsieur François […] qui est tout François. »431

États généraux de Tours, 14 mai 1506. Histoire générale de la Champagne et de la Brie (1897), Maurice Poinsignon

Les États contestent avec raison le mariage projeté entre Claude de France (fille de Louis XII et d’Anne de Bretagne) et le petit-fils de Maximilien d’Autriche (futur Charles Quint). C’est le résultat du traité de Blois (1504), en échange de quoi Maximilien s’allie avec Louis XII pour servir ses ambitions italiennes (sur le Milanais). C’est aussi la conséquence de la haine entre deux femmes : la reine Anne qui n’a nulle envie de donner sa fille et sa Bretagne à François (futur François Ier), fils de son ennemie personnelle Louise de Savoie. La France de la Renaissance risque gros avec ces querelles de famille et cette conception patrimoniale encore très féodale du royaume.

« Le roi, notre souverain seigneur justement baptisé « le Père du peuple » […] donne satisfaction à votre requête, il veut que le mariage se fasse de Madame Claude, sa fille, et de Monseigneur de Valois [d’Angoulême]. »432

Cardinal d’AMBOISE (1460-1510), États généraux, 16 mai 1506. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Premier ministre de Louis XII, honnête administrateur et sage conseiller qui contribue à la popularité du roi, il prend la parole en son nom. Claude de France n’épousera pas le futur Charles Quint – ce qui aurait changé la suite de l’histoire de France. Le mariage de Mg de Valois, futur François Ier (héritier du trône, Louis XII étant sans fils) avec Claude de France assurera le maintien de la Bretagne dans la suzeraineté française.

Pour l’heure, on n’en est qu’aux fiançailles (ratifiées par les États généraux) des deux cousins, un (gros) garçon de 12 ans avec une petite fille de 7 ans. C’est quand même la victoire de Louis XII qui veut « n’allier ses souris qu’aux rats de son grenier » sur sa femme toujours opposée à cette union.

« La reine est morte ! la reine est morte ! la reine est morte ! »

Cri du héraut d’armes de Bretagne Pierre Choque, prononcé pour la première fois le 9 janvier 1514. Didier Le Fur, Anne de Bretagne (2000)

Usée par les maternités et les fausses couches, atteinte de la gravelle (maladie rénale), la reine meurt à 36 ans au château de Blois, après avoir dicté par testament la partition de son corps (cœur, entrailles et ossements) avec des sépultures multiples, privilège de la dynastie capétienne. D’où la multiplication des cérémonies (funérailles du corps, la plus importante et funérailles du cœur) et des lieux (tombeau de corps et de cœur).

Anne de Bretagne est inhumée dans la nécropole royale de la basilique de Saint-Denis : funérailles d’une ampleur exceptionnelle qui durent quarante jours et vont inspirer toutes les funérailles royales jusqu’au XVIIIe siècle. 

« Anne fut une femme d’un temps qui ne se souciait guère des femmes et dut être la fois femme dans sa vie privée et homme de pouvoir dans ses apanages.  Elle dut en même temps donner des héritiers à la couronne de France et ses faire obéir sur ses terres convoitées par de grands seigneurs. »

Claire LHOËR (née en 1969), Anne de Bretagne, duchesse et reine de France (2020)

Cette nouvelle biographie venant après les travaux de Didier Le Fur remet l’Histoire au cœur de la légende et replace le personnage dans son temps, à la charnière du Moyen Age et de la Renaissance.

Anne de Bretagne n’est plus la victime silencieuse de la diplomatie française qui lui impose ses mariages avec Charles VIII et Louis XII. Il faut aussi rectifier le cliché régionaliste de la noble paysanne fière de sa terre et de sa culture, « Dame Anne, la duchesse aux sabots » portant costume et coiffe bretonne, image vulgarisée à la fin du XIXe siècle pour animer les « banquets celtiques » de Paris et toujours vivante dans le cœur des régionalistes bretons.

Au final, une grande reine de France aimant le pouvoir, ses privilèges et ses atours, entêtée, voire cynique et calculatrice, capable de tenir tête à ses adversaires, une résistante qui évita aux Bretons des conflits interminables tout en leur assurant la prospérité, contribuant (post mortem et paradoxalement) au rattachement de la Bretagne à la France. Bref, une femme politique avant l’heure, à rapprocher d’Aliénor d’Aquitaine (plus scandaleuse) et Catherine de Médicis (plus sulfureuse).

3. Louise de Savoie (1476-1531), mère de François Ier son « César adoré », deux fois régente et tête politique.

« Les femmes, la guerre – la guerre pour plaire aux femmes. Il procède d’elles entièrement. Les femmes le firent tout ce qu’il fut, et le défirent aussi. ».

Jules MICHELET (1798-1874), faisant le portrait de François Ier dans son Histoire de France

Dans le cas de François Ier le « Roi chevalier » symbole de la Renaissance, la remarque est pertinente vu l’importance de sa mère Louise de Savoie et de sa sœur Marguerite d’Angoulême (à suivre), mais aussi de favorites influentes, telles la duchesse d’Étampes et les multiples maîtresses qui finirent par lui donner la vérole – le fameux « abcès » dont il mourra.

De manière plus générale, les femmes ont souvent fait l’Histoire par leur influence sur les hommes, pour le meilleur et parfois le pire. C’est ce pouvoir plus ou moins caché qu’il convient de préciser au cas par cas.

« Libris et liberis » « Pour des livres et pour des enfants »

LOUISE DE SAVOIE (1476-1531), sa devise

Fille du duc Philippe II de Savoie et de Marguerite de Bourbon, mariée à Charles d’Angoulême, cousin de Louis XII, elle a deux enfants qui marqueront l’Histoire : Marguerite (future reine de Navarre et poétesse) et François Ier.

Veuve à dix-neuf ans, elle se consacre à leur éducation, aidée par son confesseur, le cardinal Cristoforo Numai de Forlì. Elle fut elle-même à bonne école avec sa tante Anne de Beaujeu. Les livres de Christine de Pisan font aussi partie de sa fameuse bibliothèque.

Suivant sa devise, elle fait œuvre de mécène, passant commande de nombreux manuscrits destinés à leur éducation. Son unique objectif devient alors de bien préparer son fils, son « César bien-aimé » au métier de roi, Louis XII n’ayant pas de descendant mâle.

Lorsque François Ier hérite du trône de France en janvier 1515, Louise a trente-huit ans. Désormais titrée duchesse d’Angoulême, duchesse d’Anjou et comtesse du Maine, « encore belle de teint, très vive et enjouée » (selon Antonio de Beatis, chanoine et écrivain), elle ne vit que pour voir son fils auréolé de gloire, prête à l’assister dans tous ce qu’il entreprendra, qu’elle soit d’accord avec lui ou non. Mais son influence est jugée immense (elle nomme Duprat au rang de chancelier de France et joue un rôle dans la disgrâce du grand financier Semblançay et du connétable de Bourbon). Elle exercera personnellement le pouvoir, deux fois régente, quand son fils part en guerre, obsédé par le rêve italien.

« Et vous promets, Madame, que si bien accompagnés et si galants qu’ils soient, deux cents hommes d’armes que nous étions en défîmes bien quatre mille Suisses et les repoussâmes rudement, si gentils galants qu’ils soient, leur faisant jeter leurs piques et crier France. »439

FRANÇOIS Ier (1494-1547), Lettre à sa mère Louise de Savoie, au soir du 13 septembre 1515 à Marignan. Fin de la vieille France : François Ier, portraits et récits du seizième siècle (1885), C. Coignet

Son « César triomphant » lui conte par le menu la première partie de la bataille de Marignan. Les Suisses sont les alliés du duc de Milan : redoutables combattants, ils barrent l’accès de l’Italie en tenant les divers cols. Ces milices paysannes sont redoutées pour leurs charges en masses compactes, au son lugubre des trompes de berger. Cette victoire fait date dans l’histoire de France : 1515, Marignan.

« Tout est perdu, fors l’honneur. »453

FRANÇOIS Ier (1494-1547), Lettre à Louise de Savoie après la bataille de Pavie, 25 février 1525. Histoire de François Ier et de la Renaissance (1878), Eugène de la Gournerie

Dix ans après la plus belle victoire du règne, c’est la pire des défaites, suivie de la captivité du roi. Forte de de son expérience et des leçons d’Anne de Beaujeu, la régente organise la continuité du royaume, gouverne selon ses intérêts politiques et familiaux, menant une contre-offensive contre l’empereur Charles Quint. Elle s’illustre par ses succès diplomatiques, secondée par le chancelier Duprat. Les alliances avec l’Angleterre de Henri VIII et l’empire ottoman de Soliman le Magnifique permettent finalement la libération de François Ier le 19 février 1526 - contre la détention de ses fils aînés François et Henri laissés en otage. Elle négocie ensuite au nom de son fils avec Marie de Luxembourg et Marguerite d’Autriche (tante de Charles Quint) : la « paix des Dames », signée à Cambrai le 5 août 1529, permet la  libération de ses deux petits-enfants (contre la modeste somme de deux millions d’écus d’or).

Comme sa fille Marguerite d’Angoulême, elle protège les premiers Réformateurs dont Jacques Lefèvre d’Étaples et les membres du cénacle de Meaux : le protestantisme se répand rapidement dans leur entourage.

Nourrie par la lecture des ouvrages de Christine de Pisan qui affirmait la possibilité d’un pouvoir féminin fondé sur la sagesse et la prudence, elle impose sur la scène politique l’image d’une princesse humble, sage et pieuse, dévouée et liée au royaume par une véritable caritas (charité chrétienne).

Au final, cette reine mère et régente se révèle l’un des grands hommes d’État que la France ait connus, plus souple que Blanche de Castille et plus intelligente que Catherine de Médicis (attachée à l’esprit de clan dans la tradition italienne). N’en déplaise à Brantôme, bien mieux qu’Anne de Beaujeu, Louise de Savoie mérite le nom de roi.

« Car si jamais j’écrivis ou parlais  
Et au profit du commun entendente,
Constante, forte, souffrant adversité
À cette heure-ci, me sens tout incité
La préférer sur toutes autres femmes.
Las, la Princesse eut cœur chevalereux
Oncques la France ne fut mieux gouvernée. »

Jehan DU PRÉ (?- ?), « homme d’armes » et humaniste de la Renaissance, Palais des nobles dames (1534)

Pour défendre « la querelle des honnestes femmes », il composa cette œuvre adressé à Marguerite de Navarre. Ce livret féministe avant l’heure s’inscrit dans la tradition de ces recueils de femmes illustres ou vertueuses et l’humaniste loue Louise de Savoie, trois ans après sa mort - le 22 septembre 1531, alors qu’elle se rendait dans son château de Romorantin (Val de Loire) avec sa fille Marguerite, pour fuir la peste qui sévissait à Fontainebleau.

François ordonna pour sa mère des obsèques dignes du « roi ». Le poète Clément Marot la dépeint comme une sainte qui a réformé la cour de France et lui a enfin donné de bonnes mœurs, au  point que « son trépas laisse le pays et la nature sans vie, les nymphes et les dieux accourent et gémissent. » Cette unanimité historique impose quelques retouches.

Autre temps, autres mœurs, autre jugement…

« Louise de Savoie ne donna à son fils ni principes ni exemples moraux : pour lui, la royauté souveraine ; pour elle-même, le rang, l’influence, et la richesse de reine mère, et pour tous deux la grandeur servant à la satisfaction de leurs passions, c’étaient là toute la préoccupation et tout le travail de sa vie maternelle. »

François GUIZOT (1787-1874), L’Histoire de France : depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1789, racontée à mes petits-enfants (1872-1876)

L’historien protestant du XIXe siècle, conservateur libéral et doctrinaire, contredit l’humaniste de la Renaissance et la plupart des témoins, mais c’est de bonne guerre. Aucun homme politique ne fait l’unanimité, surtout si c’est une femme !

4. Marguerite de Navarre (1492-1549), sœur de François Ier, devenue reine de Navarre, diplomate en des temps difficiles, mécène et auteure très cotée.

« Place qui parlemente est à moitié gagnée. »;

Marguerite de NAVARRE (1492-1549), Heptaméron, 18e nouvelle

« J’ai vu autrefois assiéger des places et prendre par force, pource qu’il n’était possible de faire parler par argent ni par menaces ceux qui la gardaient, car on dit qu’une place qui parlemente est à moitié gagnée. »

Telle pourrait être sa devise, non pas en matière amoureuse devenue son thème d’écriture favori, mais au commencement de sa carrière politique, étant désignée pour négocier avec l’empereur Charles Quint la libération de son frère François Ier, prisonnier après la défaite de Pavie (1525). Mais ni l’empereur, ni son chancelier ne veulent de rançon. Ils exigent la rétrocession de la Bourgogne (dont Charles Quint est théoriquement héritier par sa grand-mère Marie de Bourgogne). La mission de Marguerite échoue donc, elle a quand même permis d’apporter à François Ier (malade) un précieux réconfort.

Devenue reine de Navarre à la mort de son second époux, Marguerite tente de récupérer ses territoires au sud des Pyrénées : les conférences se succèdent, les gestes de bonne volonté, les projets d’union de sa fille la petite Jeanne avec l’infant d’Espagne (futur Philippe II). Nouvel échec. Toute tentative de réconciliation vaine avec Charles Quint, empereur enivré de sa propre puissance – avant son abdication.

Elle prend ensuite le parti des « réformateurs » (futurs protestants) contre la politique royale de son frère, prêchant la tolérance et retardant les premières mesures répressives du clergé catholique, ce qui n’empêchera pas les guerres de Religion à venir (1562-1598) et la fin du « beau XVIe siècle ». Elle renonce finalement à la politique pour se consacrer tout entière au mécénat littéraire… et à l’écriture, sur le thème de l’amour aux multiples variations.

« Plus j’ai d’amour, plus j’ai de fâcherie [chagrin],
Car je n’en vois nulle autre réciproque ;
Plus je me tais et plus je suis marrie [désolée]… »

Marguerite de NAVARRE (1492-1549), Dizains

Marguerite marque la vie culturelle avec sa grande culture et son intarissable besoin d’apprendre. À treize ans, elle parlait l’italien et l’espagnol aussi couramment que le français, connaissait un peu de grec, de latin et d’hébreu. Plus tard, elle fait de sérieuses études philosophiques et théologiques.

À la cour de France comme à Nérac, elle fascine ceux qui l’approchent. Grande, élancée et le nez un peu long (comme son frère), un teint éblouissant, le charme de ses yeux pétillants et son sourire enjôleur y contribuent. Plus encore sa culture, son esprit, son intelligence et cet art du mécénat qui s’épanouit sous la Renaissance. Elle s’entoure d’érudits et d’artistes, se liant avec le grand Rabelais, Marot le gentil poète, Dolet, Briçonnet, Calvin, plus tard Maurice Scève et Louise Labé. Sa cour devient un foyer d’humanisme. Fervente chrétienne, elle s’intéresse aux idées de la Réforme, sans abjurer la foi de ses pères.

Surnommée la Marguerite des Marguerites, la Dixième des muses, la Perle des Valois et même la Perle des Perles, elle est enfin reconnue pour ses poèmes, « chansons spirituelles », fables et farces, restant surtout pour l’Heptaméron inspiré du Décaméron de Boccace. C’est un recueil de 72 nouvelles racontées en sept journées, la huitième restant incomplète.

« Ne pensez pas que ceux qui poursuivent les dames prennent tant de peines pour l’amour d’elles ; car c’est seulement pour l’amour d’eux et de leur plaisir. »

Marguerite de NAVARRE (1492-1549), Heptaméron, 14e nouvelle

L’amour est le thème majeur avec ses ruses et ses tromperies, une crudité dans les détails, la recherche et la définition du parfait amant, une moralité plutôt équivoque dans chaque épilogue et une forme de féminisme bien senti : sur la place faite aux femmes et l’image qu’on en donne, entré platonisme, évangélisme et opinion personnelle de l’auteure.

« Les choses où l’on a volonté, plus elles sont défendues et plus elles sont désirées. »

Marguerite de NAVARRE (1492-1549), Heptaméron, 15e nouvelle

La reine de Navarre diffère de Boccace avec son parti pris de « n’écrire nouvelle qui ne fût véritable histoire ». Mais la transposition est telle que l’origine réelle reste mystérieuse. Parmi les dix « devisants » qui racontent les nouvelles se trouvent cinq femmes : Parlamente, Oisille, Longarine, Emarsuite, Nomerfide, et cinq hommes : Hircan, Guebron, Simontault, Dagoucin, Saffredent. Anagrammes ou travestissements, ces noms désignent des personnages de la petite cour des châteaux de Pau ou de Nérac. Seule certitude, Parlamente, c’est Marguerite et Oisille, sa mère Louise de Savoie.

« Les sages philosophes tiennent que le moindre homme de tous vaut mieux que la plus grande et vertueuse femme qui soit. »

Marguerite de NAVARRE (1492-1549), Heptaméron, 40e nouvelle

Le prétexte de cette œuvre philosophique est anecdotique, voire folklorique. Des malades, des oisifs, des galants qui accompagnent les dames aimées se mettent en marche en septembre, après un séjour de cure aux eaux de Cauterets. Ils veulent regagner leurs demeures, mais le retour est impossible : le pays est inondé, les voyageurs dispersés sont emportés par les eaux, assaillis par des ours, attaqués par des bandits. La petite troupe décimée se retrouve au monastère de Notre Damne de Serrance et se consulte sur le parti à prendre. Le gave (torrent pyrénéen) n’est pas guéable, les ponts sont emportés et, pour en rétablir un, il faut dix ou douze jours, juste le temps de faire un Décaméron.

La parole est réglée autant que variée, sa liberté enchante comme son humour. Entre récit et dialogue, on raconte puis on devise, chacun commente ou conteste les récits, médite sur la différence des sexes, les désordres de la chair, le vice et la vertu, pour finalement lever le voile des apparences et mettre à nu le cœur humain. Un petit chef d’œuvre à (re)découvrir. Indiscutablement, Montaigne s’en est inspiré avec son génie propre dans ses Essais.

5. La Joconde (peinte entre 1503 et 1519), née du génie de Vinci qui vient avec elle en invité royal, star du Louvre et inestimable tableau, célèbre par son mystère et son sourire.

« La simplicité est la sophistication suprême. »,

Léonard de VINCI (1452-1519), Les Carnets (rédigés tout au long de sa vie)

Cette maxime s’applique parfaitement à sa Joconde, tableau de petit format (77 x 53 cm), portrait mi-corps sur fond de vague paysage (en « perspective atmosphérique », passant du brun verdâtre au vert bleuté pour finir en ciel). Il ne peut se séparer de cette œuvre qu’il retouchera jusqu’à la fin de sa vie, quand il répond à l’invitation de François Ier. Il mourra subitement à 67 ans au manoir du Cloux – aujourd’hui Château du Clos Lucé, à Amboise.

Peintre italien tout à la fois scientifique, ingénieur, inventeur, anatomiste, sculpteur, architecte, urbaniste, botaniste, musicien, philosophe, écrivain mais aussi organisateur de spectacles et de fêtes, ce fils naturel d’une paysanne et d’un notaire incarne le Génie tel qu’on le conçoit à la Renaissance, universel, inspiré mais en même temps laborieux. Ainsi le peintre multipliait les esquisses préparatoires et/ou les retouches à l’infini, d’où sa réputation de ne jamais achever ses œuvres : « Les détails font la perfection, et la perfection n’est pas un détail. » Son ambition artistique est aussi une explication : « Faites que votre tableau soit toujours une ouverture au monde. » Mission accomplie, vu la destinée de la Joconde et sa réputation universelle. « Ce qui fait la noblesse d’une chose, c’est son éternité. » Là encore, sa Joconde est l’œuvre exemplaire !

Autrement dit, en quatre citations, l’artiste explique le mystère et la célébrité de cette jeune femme, Florentine nommée Lisa del Giocondo, épouse d’un riche commerçant de soie qui passe commande du tableau. Mais la réalité est trop simple. Également nommée Mona (ou Monna) Lisa, cette femme peut avoir d’autres identités (ressemblance avec deux Dames connues), représenter la mère adorée de Léonard (obsédé par le visage de la morte)… ou même être un homme, le modèle cher à l’artiste homosexuel, un androgyne prêtant également ses traits à son Saint Jean Baptiste ! 

« La Joconde ! Sphinx de beauté qui sourit si mystérieusement dans le cadre de Léonard de Vinci et semble  proposer à l’admiration des siècles une énigme qu’ils n’ont pas encore résolue, un attrait invincible ramène toujours vers toi ! »

Théophile GAUTIER (1811-1872 ), « Salon Carré », Guide de l’amateur au Musée du Louvre (1882)

Les romantiques du XIXe siècle furent littéralement fascinés par les yeux et le sourire de la Joconde – au point d’en perdre parfois la raison. Romancier, auteur de contes fantastiques et critique d’art, Théophile Gautier est sous le charme : « Quelle fixité inquiétante et quel sardonisme surhumain dans ces prunelles sombres, dans ces lèvres onduleuses comme l’arc de l’Amour après qu’il a décoché le trait ! Ne dirait-on pas que la Joconde est l’Isis d’une religion cryptique qui, se croyant seule, entr’ouvre les plis de son voile, dût l’imprudent qui la surprendrait devenir fou et mourir ! Jamais l’idéal féminin n’a revêtu de formes plus inéluctablement séduisantes. »

« La Joconde sourit parce que tous ceux qui lui ont dessiné des moustaches sont morts. »

André MALRAUX (1901-1976), La Tête d’obsidienne (1974)

Ce passionné d’art fut souvent plus lyrique au point d’en devenir hermétique, mais l’humour s’impose parfois, face au mystère existentiel d’un chef d’œuvre devenu le tableau le plus célèbre au monde, inestimable en terme de prix.

« La Joconde a une tête de femme de ménage, je ne comprends pas pourquoi on fait tant de chichis pour cette bonne femme. »

Albert COHEN (1895-1981), Cahiers d’Albert Cohen n°27, Jérôme Cabot

L’auteur de Belle du seigneur (roman d’amour passion entre Solal et Ariane) reste visiblement insensible au charme de Mona Lisa, qui demeure naturellement inexplicable. Les critiques et historiens d’art ont quand même trouvé une raison au phénomène Joconde : c’est le « sfumato » (enfumé, en italien), une technique picturale de la Renaissance qui donne au sujet des contours imprécis au moyen de glacis d’une texture lisse et transparente. En terme scientifique, le flou artistique pourrait expliquer le mystère qui se dégage du tableau.

6. Diane de Poitiers (1500-1566), maîtresse de François Ier et favorite de son fils Henri II, inaltérable beauté immortalisée par les peintres de la première école de Fontainebleau.

« Je lis les histoires de ce royaume, et j’y trouve que de tous les temps, les putains ont dirigé les affaires des rois ! »479

CATHERINE DE MÉDICIS (1519-1589) à Diane de Poitiers. Le Royaume de Catherine de Médicis (1922), Lucien Romier

La reine qui épousa le futur Henri II en 1533 et faillit être répudiée pour cause de stérilité pendant onze ans (avant de lui donner 10 enfants) fut éclipsée par Diane de Poitiers, surnommée « la plus que reine ». Elle pose l’éternelle question de l’influence politique des favorites. Le cas est ici particulier à plus d’un titre et passionnant.

Éblouissante à 15 ans, Diane de Poitiers (native de cette ville) est mariée à Louis de Brézé, grand sénéchal de Normandie âgé de 55 ans. Dame d’honneur de la reine Éléonore de Habsbourg, elle devient assez naturellement la maîtresse du roi François Ier. Quand son fils le futur Henri II rentre à 11 ans, après quatre années passées comme otage en Espagne (ayant pris la place du père vaincu à Pavie en 1525), c’est le roi qui charge Diane de l’initier à la galanterie – là encore, rien de plus naturel, sous la Renaissance. Mais Diane fait mieux encore, elle entoure l’adolescent perturbé de toutes les attentions, tous les soins qui lui permettront de s’affirmer comme roi.

Son avènement au trône en 1547 marque le triomphe de Diane, 48 ans et toujours aussi jeune d’apparence. Cette éternelle jeunesse frappera les contemporains, plus encore que sa beauté, qualité commune aux maîtresses royales. Intelligente, mais implacable dans ses haines, influente et intrigante à l’époque des clans et des complots de cour, « conseillère du prince » plaçant ses proches et ses protégés, intervenant personnellement au plan politique et culturel, cultivée mais plus que tout soucieuse de ses intérêts et sa fortune, elle reste sa favorite jusqu’à la mort du roi à 40 ans, suite à un accident de tournoi – blessure à l’œil suite au coup de lance donné par le comte de Montgoméry, capitaine des gardes et régicide involontaire. Fidèle jusqu’au bout, le roi portait les couleurs de sa Dame, le blanc et le noir, mariant le monogramme royal (H) à celui de sa maîtresse, un croissant, symbole de Diane, déesse grecque de la chasse, partout affiché, sur ses portraits, ses bâtiments, dans la pierre, en vitrail, sur les carreaux de céramique pour le revêtement du sol et sur les livrées de ses gardes au palais !

« Je vous supplie d’avoir souvenir de celui que n’a jamais connu qu’un Dieu et une amie, et je vous assure que vous n’aurez point de honte de m’avoir donné le nom de serviteur, lequel je vous supplie de conserver pour jamais… »

HENRI II (1519-1559), Lettre datée de 1552. Les Mœurs polies et la littérature de cour sous Henri II (1967), Édouard Bourciez

À trente ans passés, le roi tenait ce rôle courtois de chevalier servant plutôt que d’amant. Il aime toujours la belle Diane et ne cesse de lui donner des preuves de son attachement en la comblant de somptueux présents : les bijoux de la couronne, des parures mettant en valeur sa beauté, un hôtel parisien, la propriété royale de Chenonceau (en 1547) et divers cadeaux en argent, dont le produit de l’impôt sur les charges qui lui procure une somme extraordinaire de 100 000 écus (en 1553). Elle se voit confirmée dans la propriété de ses terres de Nogent, d’Anet et de Breval. Pour asseoir sa position à la cour, elle est titrée duchesse de Valentinois (en 1548), les duchesses ayant le privilège d’avoir une place assise dans la chambre de la reine – qui tolère cette rivale.

Mais contrairement à son père François Ier, Henri n’est pas homme à se vanter de ses amours. D’où les débats sans fin et finalement sans importance, au regard du rôle de Diane à la cour. Il n’empêche que la belle parle d’Amour à sa manière très « fleurie » et versifie comme les poètes de cour : « Voicy vraisment qu’Amour un beau matin / S’en vint m’offrir fleurette très gentille ; / Là se prit-il à orner votre teint / Et vistement marjolaine et jonquille… »

« Madame, contentez-vous d’avoir infecté la France de votre infamie et de votre ordure, sans toucher aux choses de Dieu. »482

Un domestique du tailleur d’Henri II, s’adressant à Diane de Poitiers (1550). Histoire de France au seizième siècle, Guerres de religion (1856), Jules Michelet

Le ton dit la violence des haines qui couvent. L’homme est interrogé sur son éventuelle conversion au calvinisme par la maîtresse du roi, qui encourage la répression du protestantisme et s’appuie sur le clan des Montmorency et des Guise ultra catholiques. L’insolent paiera cette phrase de sa vie, sitôt condamné à être brûlé vif devant Henri II, spectateur du supplice. Envers et contre tout, l’Église réformée de France va pourtant se constituer sous ce règne, avant de déboucher sur les guerres de Religion (1562-1598).

« Lorsque, maîtresse en titre et reine, elle était moquée par les jeunes qui ne l’appelaient que la vieille, elle fit cette réponse cynique de leur montrer ce qu’on cache en se faisant peindre nue. »

Jules MICHELET (1798-1874), Histoire de France au seizième siècle (1856)

Les artistes peintres et sculpteurs rendirent un juste hommage à leur adorable leur mécène. Le Primatice et François Clouet l’ont volontiers représentée sous les traits de la déesse chasseresse comme sur le tableau « Diane de Poitiers en Diane » (École de Fontainebleau - Musée de Senlis). Sa contribution à l’architecture est également connue, avec les œuvres de Philibert de l’Orme qu’elle fit nommer surintendant des bâtiments royaux. Elle protégea aussi différents hommes de lettres, entre autres Ronsard, prince des poètes et poète des princes.

Mais que n’a-t-on pas dit et écrit sur la beauté de Diane qui paraît « vingt ans plus jeune qu’elle n’est » !? Les dames de Brantôme ont tenté d’imiter ses recettes et son hygiène de vie parfaite. Encore faut-il être motivée ! Couchée à huit heures du soir, levée à six heures du matin, elle prend un bain glacé, un sirop à base d’or, puis se met à cheval pour deux ou trois heures de chasse au fond des bois. Après une sieste au retour, elle prend une collation et pratique des exercices physiques. La recette de son « eau de pigeon » fait merveille, dit-on : jus de liseron, concombre, melon, nénuphar, fleurs de lys et fèves. Dans cette mixture, on fait macérer des pigeons hachés, on ajoute beurre, sucre en poudre, camphre et mie de pain, le tout versé dans du vin blanc. Il ne reste plus qu’à laisser reposer, puis distiller. Pour la blancheur des mains, il faut masser avec des décoctions de feuilles de bouleau et de millet. Son parfum est irrésistible : musc, benjoin, girofle, muscade et gomme arabique ? Et pour dormir ? Musc, benjoin, girofle… Résultats miraculeux.

« Je vis cette Dame, six mois avant qu’elle mourût, si belle encore, que je ne sache cœur de rocher qui ne s’en fût ému, encore qu’auparavant elle s’était rompu une jambe sur le pavé d’Orléans […] Et surtout, elle avait une très grande blancheur et sans se farder aucunement ; mais on dit bien que tous les matins elle usait de quelques bouillons composés d’or potable et autres drogues. Je crois que si cette dame eût encore vécu cent ans, elle n’eût jamais vieilli. »

BRANTÔME (1540-1614), Recueil des dames, Dames illustres et Dames Galantes

Comme souvent, l’abbé militaire et écrivain propose un mélange d’erreur factuelle (Diane de Poitiers meurt à 66 ans, il n’a donc pas pu la voir âgée de 70 ans), de petits faits véridiques (une jambe cassée consécutive à une chute de cheval un an avant sa mort) et de précisions utiles pour l’Histoire : or « potable » suspecté comme drogue, poison aujourd’hui avéré.

En 2008, une équipe scientifique multidisciplinaire retrouve le squelette de la favorite (identification fondée, notamment sur une fracture de jambe) et découvre dans les os une concentration en or 500 fois supérieure à la normale ! Son élixir de longue vie et d’éternelle beauté, cette solution « d’or potable » explique aussi son teint extrêmement pâle. Le Dr Philippe Charlier, du service de médecine légale de l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches, et ses collègues qui ont aussi analysé les cheveux et des résidus tissulaires de la favorite, ont publié leurs travaux dans le British Medical Journal.

Outre les médecins, cette dame à la fois illustre et galante ne va cesser d’intéresser les historiens et d’inspirer les auteurs.

« Vous, François de Valois, le soir du même jour,
Sans crainte, sans pitié, sans pudeur, sans amour,
Dans votre lit, tombeau de la vertu des femmes,
Vous avez froidement, sous vos baisers infâmes,
Terni, flétri, souillé, déshonoré, brisé
Diane de Poitiers, comtesse de Brézé !
Quoi ! lorsque j’attendais l’arrêt qui me condamne
Tu courais donc au Louvre, ô ma chaste Diane ! »

Victor HUGO (1802-1885), Le Roi s’amuse (1832)

« Le Roi qui s’amuse », François de Valois, c’est François Ier à la vie amoureuse plus ou moins scandaleuse. La « chaste Diane », présentement dame d’honneur de la reine, obtient du roi la vie sauve de son père, compromis en 1523 dans une grave affaire de trahison – mettant en cause le chef des armées, le connétable de Bourbon. Ce fait divers authentique, repris dans ce drame très romantique et quelque peu daté, inspirera un chef d’œuvre lyrique à Verdi, Rigoletto (le bouffon du roi qui prend le rôle-titre).

Diane de Poitiers paraît aussi dans la Princesse de Clèves (1678), premier roman « d’analyse » (psychologique) de la littérature française, signé Madame de La Fayette. L’action se situe à la fin du règne d’Henri II. Diane, élevée à la dignité de duchesse de Valentinois, tient son rôle de maîtresse royale, déteste soudain le clan des Guise et n’apprécie guère la future héroïne créée pour les besoins d’une intrigue amoureuse et complexe.

Elle inspirera bien d’autres œuvres : dernière en date, Diane de Poitiers (2022), téléfilm historique de Josée Dayan, scénario de Didier Decoin avec Isabelle Adjani dans le rôle-titre. Après La Reine Margot, cela promet.

7. Catherine de Médicis (1519-1589), reine et régente à l’heure tragique des guerres de Religion, mère de trois jeunes rois tuberculeux et femme politique à réhabiliter.

« Divide ut regnes. » « Divise, afin de régner. »498

CATHERINE DE MÉDICIS (1519-1589), maxime politique

Autre formulation et même signification : « Divide et Impera. » Maxime du Sénat romain, énoncée par Machiavel, adoptée par Louis XI et reprise en 1560 par la nouvelle régente qui n’est pas Florentine pour rien ! Unique héritière de la considérable fortune des Médicis, elle prit le titre de duchesse d’Urbino qui lui valut son premier  surnom donné par les Florentins : duchessina (la petite duchesse).

En France, c’est l’Italienne plus ou moins bien accueillie qui apporte le raffinement extrême d’un pays où la Renaissance a un siècle d’avance. Pour les courtisans toujours jaloux, c’est « la Banquière » ou « la Fille des marchands », riche d’une dot de 100 000 écus d’argent et 28 000 écus de bijoux. Le mariage avec le dauphin (futur Henri II) fut « arrangé » entre François Ier et le pape, mais la dette ne sera jamais payée.

Malgré la « légende noire » qui récrit toujours l’histoire à sa façon, Catherine de Médicis est une femme intelligente et cultivée, devenue reine de France à la mort de François Ier (31 mars 1547). Après presque trente années d’effacement derrière le roi Henri II, la belle favorite Diane de Poitiers et les conseillers en titre, Catherine de Médicis se retrouvera  veuve, suite à la mort accidentelle du roi (blessure à l’œil d’un coup de lance, donné par le comte de Montgomery, capitaine des gardes). Nostradamus avait prédit le drame et gagne sa place d’astronome à la cour en même temps que Diane de Poitiers est priée de partir. Elle va gouverner la France pendant près de trente autres années, tragiquement marquées par les guerres de Religion (1562-1598). Ce contexte explique bien des drames, même s’il n’excuse pas tout.

« Je lis les histoires de ce royaume, et j’y trouve que de tous les temps, les putains ont dirigé les affaires des rois ! »479

CATHERINE DE MÉDICIS (1519-1589) à Diane de Poitiers. Le Royaume de Catherine de Médicis (1922), Lucien Romier

Fille de Laurent II de Médicis, elle épousa le futur Henri II en 1533 et faillit être répudiée pour cause de stérilité pendant onze ans, avant de lui donner 10 enfants. Depuis 1538 et durant les douze années de règne d’Henri II, la reine est éclipsée par Diane de Poitiers. Elle prend sa revanche à la mort du roi, sans accabler sa rivale. Diane de Poitiers doit restituer le château royal de Chenonceau, mais la reine lui donne Chaumont en échange et la laisse profiter de tous ses autres biens.

« Dieu m’a laissée avec trois enfants petits et un royaume tout divisé, n’y ayant aucun à qui je puisse entièrement me fier. »499

CATHERINE DE MÉDICIS (1519-1589), Lettre à sa fille Élisabeth, janvier 1561. Le Siècle de la Renaissance (1909), Louis Batiffol

La reine n’a plus qu’une ambition : assurer le règne de ses fils dont la santé, minée par la tuberculose, justifiera de sombres prédictions. Elle va manœuvrer entre les partis, intriguer avec les intrigants contre d’autres intrigants : « Divide ut regnes. »

Elle commence par renvoyer les Guise (catholiques ultra). Antoine de Navarre (protestant, mais sans vraie conviction comme son fils, le futur Henri IV) devient lieutenant général du royaume et catholique opportuniste. Michel de L’Hospital, promu chancelier, sera son principal ministre. La première religion de ce grand juriste est la tolérance. Rêve impossible, comme le prouvera le massacre de la Saint-Barthélemy, ses prémisses et ses conséquences.

« L’argent est le nerf de la guerre. »512

CATHERINE DE MÉDICIS (1519-1589), Lettre à l’ambassadeur d’Espagne, août 1570. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

La « petite phrase » de Rabelais dans Gargantua (selon qui « les nerfs des batailles sont les pécunes ») va faire fortune dans l’histoire. Au XVIe siècle, tous les souverains d’Europe ont d’énormes besoins d’argent pour leurs guerres qu’il faut sans cesse faire, ou préparer (record historique de 85 années de guerre en ce siècle !). Elles coûtent de plus en plus cher, avec le développement des armes à feu, l’entretien d’armées permanentes, des effectifs croissants – le temps n’est plus des « grandes batailles » du Moyen Âge qui se livraient entre quelques milliers d’hommes (Crécy, Azincourt). Mais l’on n’atteint pas encore les 400 000 soldats de Louis XIV. Il faut que la France soit très riche et pleine de ressources pour s’être si longtemps battue, et retrouver en dix ans une prospérité certaine, au début du XVIIe siècle.

« Il valait mieux que cela tombât sur eux que sur nous. »529

CATHERINE DE MÉDICIS (1519-1589), Lettre à l’ambassadeur de Toscane à propos du massacre de la Saint-Barthélemy. Lettres de Catherine de Médicis (1891), Collection de documents inédits sur l’histoire de France, Imprimerie nationale

La reine mère est sans doute responsable des massacres, - Charles IX déclare avoir décidé seul au Parlement de Paris, mais c’est un jeune roi totalement « sous influence ». Au point de haine où catholiques et protestants sont arrivés, le choc était inévitable et la balance pouvait pencher de l’un ou l’autre côté. On peut penser aussi que cette forte femme fut  dépassée par la force des événements ! Effet non prévu, la Saint-Barthélemy renforcera le parti protestant qui s’organise pendant cette quatrième guerre de Religion.

« Vous devez louer Dieu, si prenez cette ville, de vous avoir fait la grâce d’être le restaurateur et conservateur du royaume et qu’à l’âge de vingt et un ans vous avez plus fait qu’homme, pour grand capitaine qu’il ait été, ait jamais fait. »536

CATHERINE DE MÉDICIS (1519-1589), à son fils Henri duc d’Anjou, lettre du 15 avril 1573. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Le futur Henri III, fils préféré de Catherine et brillant vainqueur de Jarnac et de Moncontour contre les protestants, n’aura pas la même chance devant La Rochelle dont il fait le siège avec les troupes royales, en mars 1573. Six mois ne feront pas céder le grand port tenu par les protestants et la paix de La Rochelle (1er juillet 1573) leur donne quelques satisfactions.

« Gardez-vous de livrer bataille et souvenez-vous des conseils de Louis XI : la paix signée est toujours plus avantageuse avant la défaite. »543

CATHERINE DE MÉDICIS (1519-1589), à son fils Henri III, 1576. Dictionnaire des citations de l’histoire de France (1990), Michèle Ressi

La reine mère est bonne conseillère en ce début d’année, mais la cinquième guerre de Religion commence. La coalition regroupe Condé, Turenne et Henri de Navarre, échappé de la cour où il était retenu depuis la Saint-Barthélemy. Il abjure la religion catholique et reprend la tête des armées huguenotes. François d’Alençon, propre frère du roi, se joint à eux, prenant la tête du parti des Malcontents avec quelques princes catholiques. Cependant que le roi qui a lutté contre les protestants du temps où il était duc d’Anjou se range aux côtés des Politiques (modérés des deux camps).

« Vous pouvez penser comme je suis malheureuse de tant vivre et de voir tout mourir devant moi, encore que je sache bien qu’il faut se conformer à la volonté de Dieu. »552

CATHERINE DE MÉDICIS (1519-1589), Lettre à Bellièvre, 10 juin 1584. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Cette mère de dix enfants n’en finit plus de porter leur deuil ! François d’Anjou meurt le 10 juin 1584, âgé de 30 ans. Éternel frustré de la famille, ambitieux et rebelle, très impopulaire, il a comploté à la tête du parti des Malcontents et ce n’est pas une grande perte pour le roi.

Mais Henri III n’ayant pas fait d’enfant à sa femme pourtant bien-aimée, à sa mort, la couronne de France doit revenir à Henri de Navarre, chef du parti protestant. Nostradamus l’a prédit il y a longtemps : « Il aura tout l’héritage. » La perspective qui se précise d’un Henri IV protestant, roi de France, affole les Français catholiques et insupporte aux Guise. La Sainte Ligue en sommeil se réveille.

« C’est bien taillé mon fils ; maintenant il faut recoudre. »567

CATHERINE DE MÉDICIS (1519-1589) à Henri III, château de Blois, 23 décembre 1588. Dictionnaire des citations françaises et étrangères (1982), Robert Carlier

Le roi courut annoncer à sa mère l’assassinat de son pire ennemi, le duc de Guise. Cette façon d’éliminer ceux qui font obstacle au pouvoir de ses fils est bien dans ses mœurs – et dans celles de l’époque. Mais à 70 ans et à quelques jours de sa mort (5 janvier 1589), la reine mère ne doit pas se faire beaucoup d’illusions sur l’avenir de son dernier fils. De fait, il  sera assassiné le 1er août par Jacques Clément, moine dominicain de 22 ans, ligueur fanatique. Il préparait son geste : le complot est connu, approuvé de nombreux catholiques et béni par le pape Sixte Quint. La scène se rejouera avec Ravaillac et Henri IV. Ces assassinats, comme tous les complots et attentats contre les rois de l’époque, s’inspirent de la théorie du tyrannicide, dont Jean Gerson fut l’un des prophètes : « Nulle victime n’est plus agréable à Dieu qu’un tyran. »

8. Marie Tudor (1516-1558), première reine d’Angleterre dite Marie la Sanglante, demi-sœur d’Élisabeth.

« C’était une jalouse reine, vraie fille d’Henri VIII, dont l’alcôve, comme celle de son père, s’ouvrait de plain-pied sur l’échafaud. »:

Victor HUGO (1802-1885), Marie Tudor (1833)

Drame historique situé à Londres en 1553, mettant en scène Marie Tudor, première reine d’Angleterre amoureuse de Fabiano Fabiani, séduisant aventurier, favori de la reine honni de la cour et du peuple.

Passée à la postérité sous le nom de Bloody Mary ou Marie la Sanglante, Marie Tudor fait figure de reine mal-aimée. De son règne bref (1553-1558), on retient surtout l’intolérance religieuse et la rudesse de cette souveraine catholique, les bûchers de Londres (quelque trois cents protestants brûlés vifs pour leur foi), l’alliance avec l’Espagne pour ramener par la force le pays dans le giron catholique… (et la prise de Calais par les Français en 1558).

Cette légende noire est née sous le règne de sa jeune sœur Élisabeth Ière et de l’historiographie protestante officielle en Angleterre. Le reste du monde a suivi, par haine de l’Angleterre et par une forme d’indulgence qui pardonne tout aux hérétiques et aux schismatiques et rien aux fidèles de l’Église catholique.

« Si l’on ouvrait mon cœur, on y trouverait gravé le nom de Calais. »488

MARIE TUDOR (1516-1558), son mot de la fin. Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1789, tome IX (1844), Henri Martin

Ainsi s’exprime la reine d’Angleterre, mourante dit-on du chagrin que lui a causé la perte de cette ville, seule place restée anglaise en France, à la fin de la guerre de Cent Ans. Sauvée du massacre il y a deux siècles par les bourgeois de Calais, la ville fut quelque peu oubliée par les rois de France, davantage intéressés par la riche et fascinante Italie.

C’est d’ailleurs parce que la France commence la onzième – et dernière – guerre d’Italie en attaquant le royaume de Naples, que le roi d’Espagne Philippe II (fils de Charles Quint et mari de la reine d’Angleterre) attaque en Picardie, par les Pays-Bas. Henri II, redoutant plus que tout une invasion espagnole, rappelle François de Guise dit le Balafré, en route vers l’Italie, et le nomme lieutenant général du royaume. Il reprend Calais aux Anglais le 13 janvier 1558, après un siège très bref de six jours et malgré les renforts envoyés par Marie Tudor.

La perte de cette ville rendra encore plus impopulaire dans son pays Marie la Sanglante. Elle meurt au terme d’une longue agonie, le cœur brisé d’avoir perdu Calais, mais dit-on aussi Philippe qui s’est éloigné d’elle pour retourner en Espagne après un an de mariage. Bref, un destin tragique, un règne bref et malheureux qui contraste avec celui d’Élisabeth Iere, assurément plus chanceuse selon les historiens.

9. Marie Stuart (1542-1587), reine d’Écosse et de France, catholique et finalement prisonnière d’Élisabeth qui fait exécuter cette possible rivale au trône.

« Marie est la plus charmante enfant que j’aie jamais vue ! »

HENRI II (1519-1559), rencontrant pour la première fois la petite reine d’Écosse âgée de six ans. Marie Stuart : l’histoire de la reine trahie par les siens, Ça m’intéresse, 17/11/2019

Fille du roi Jacques V d’Écosse et de Marie de Guise (française et catholique), elle est couronnée à la mort de son père (atteint du choléra) le 14 décembre 1542. Elle a 6 jours. Sa mère assure la régence, puis son cousin.

En 1548, elle est envoyée en France pour échapper aux invasions anglaises en Écosse, cependant qu’un traité (la fameuse Auld Alliance) place ce pays sous la protection de la France depuis la Guerre de Cent Ans.

Henri II rencontre la petite reine d’Écosse âgée de 6 ans. Il est sous le charme. Elle passera son enfance dans les châteaux royaux, de Blois à Chambord en passant par Fontainebleau. « Reine de grands salons et d’apparence » selon Hortense Dufour, la jeune fille s’épanouit à travers l’éducation reçue et excelle en arts, chant, musique et danse. Mais vit un conte de fées (surtout comparé à la cour en Écosse), mais elle n’est pas formée pour gouverner ni affronter les drames à venir.

Le 19 avril 1558, Marie, 15 ans, épouse François de France, fils d’Henri II, dans la cathédrale de Notre-Dame de Paris. Cette même année, la mort d’Édouard VI d’Angleterre lui donne le droit de prétendre à une troisième couronne et Henri II la proclame reine d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, mais les Anglais ne veulent pas d’une reine qui gouverne aussi la France et Élisabeth Ire s’empare du trône avec sa force de caractère habituelle.

Henri II meurt accidentellement au cours d’un tournoi et Marie devient reine de France. Mais François II meurt un an après d’un abcès au cerveau. Devenue veuve, elle décide de revenir en Écosse en 1560.

« Adieu, charmant pays de France,
Que je dois tant chérir ;
Berceau de mon heureuse enfance,
Adieu ! Te quitter, c’est mourir. »497

BÉRANGER (1780-1857), Chansons, Adieux de Marie Stuart

Poète et chansonnier le plus populaire du XIXe siècle, il évoque l’infortunée reine devenue l’héroïne d’un drame en vers de Schiller, en 1800. C’est l’un des destins les plus tragiques d’une histoire complexe et chaotique entre trois pays déchirés par les guerres de pouvoir et de religion.

« Sa beauté, son élégance, la finesse de son esprit : tout contribuait à la faire aimer. »

George BUCHANAN (1506-1582), Histoire des affaires d’Écosse (1583)

Encore un homme sous le charme de Marie Ire qui arrive pourtant avec un lourd handicap : elle est catholique, alors que son royaume d’Écosse a adopté le protestantisme comme religion d’État. Voulant imposer à la fois sa religion et son autorité, elle affronte les révoltes presbytériennes et prône la tolérance religieuse. En 1565, elle épouse Henry Stuart, petit-neveu du roi d’Angleterre Henri VIII. Mal accepté par l’entourage de la reine, jaloux de ses liaisons plus ou moins avérées, multipliant maladresses et provocations, il meurt dans une explosion, le scandale éclate. Et les drames vont s’enchaîner.

24 avril 1567, c’est le Grand Enlèvement : Jacques Hepburn, 4e comte de Bothwell, lord-grand-amiral d’Écosse à titre héréditaire et ami de la reine (impliqué dans la mort d’Henry Stuart) l’emmène en son château de Dunbar pour la protéger et l’épouser. Inconscience féminine ? Passion dévorante ? Manipulation politique ? Son (troisième) mariage avec l’homme le plus haï d’Écosse précipite sa perte. Les lords écossais se soulèvent. La reine emprisonnée au château de Loch Leven doit abdiquer. Son fils Jacques VI devient roi d’Écosse à un an. Marie s’évade, rassemble une armée de 6 000 partisans. 13 mai 1568, près de Glasgow, elle est défaite et décide de fuir… en Angleterre ! Sa cousine qu’elle appelle dans ses lettres « Madame ma bonne sœur » dit croire en son innocence.

Arrivée en Angleterre, Marie est assignée à résidence. Élisabeth l’accuse de l’assassinat d’Henry Stuart, son deuxième mari. Les preuves ? Des lettres échangées avec Bothwell pour mettre au point le meurtre. Marie jure que ce sont des faux,  elle a été victime d’une conspiration. La reine retient Marie prisonnière pendant dix-huit ans sous la garde de Lord Talbot. En 1586, Marie apprend qu’un noble anglais prépare un plan pour assassiner la reine. Elle prend contact. C’était un espion à la solde d’Élisabeth. Marie est condamnée à mort. Son fils Jacques VI ne tente rien pour la sauver.

« En ma fin est mon commencement. »

Marie STUART (1542-1587), broderie sur l’un de ses habits. Cité par Hortense Dufour, Marie Stuart (2007)

Enfin consciente de son terrible destin et décidée à entrer dans la légende, elle demande une exécution publique. Elle montera sur l’échafaud au château de Fotheringhay, le 8 février 1587. Tête haute, elle interrompt les pleurs de ses courtisanes et déclare pardonner à tout le monde. La mort ne l’effraie pas. Le rapport d’exécution en témoigne : « Depuis son arrivée dans la salle jusqu’au coup de la hache, il n’apparut aucun changement en son visage. » Marie la catholique prie ardemment, baisant son crucifix - le bourreau le lui arrache des mains. Pour trancher la tête, il doit s’y reprendre à trois fois. La foule clame en chœur « God save the queen », la tête de Marie roule à terre. Témoin du spectacle, le docteur Fletcher, doyen protestant de Peterborough s’exclame : « Amen, amen ! Ainsi périssent les ennemis de la reine ! » En 1612, son corps sera transféré à l’abbaye de Westminster.

Son destin tragique fit sa renommée, inspirant écrivains, compositeurs et cinéastes. En Europe, elle fait partie des rares reines régnantes d’un État donné (l’Écosse) à avoir été en même temps reine d’un autre État (la France), à l’instar de Marie Tudor devenue Marie Ire d’Angleterre et reine consort d’Espagne par son époux Philippe II. Marie Stuart était par ailleurs prétendante au trône d’un troisième État (l’Angleterre) par sa grand-mère Marguerite Tudor, sœur d’Henri VIII. En France, la loi salique (« sexiste » avant l’heure et d’ailleurs mal interprétée à l’origine) a du moins écarté les candidates  de cette course au trône.

10. Marguerite de Valois ou de France (1553-1615), « reine Margot » et femme d’Henri IV, puis reine de Navarre créditée du pire et du meilleur par les contemporains et les historiens.

« S’il y eut jamais une au monde parfaite en beauté, c’est la reine de Navarre. Toutes celles qui sont, qui seront et jamais ont été, près de la sienne sont laides et ne sont point beautés. »520

BRANTÔME (1540-1614), Mémoires de Pierre de Bourdeille, abbé et seigneur de Brantôme

Homme de guerre et de cour, il se découvre une vocation de mémorialiste, suite à une chute de cheval qui l’immobilise sur ses terres du Périgord. Et voici l’abbé et seigneur de Brantôme sous le charme de Marguerite de Valois, aussi intelligente et cultivée que belle – même si la plupart de ses portraits ne sont pas très flatteurs. Après diverses liaisons amoureuses et quelques prétendants princiers de divers pays, elle consent plus ou moins forcée à ce mariage pour raison d’État voulu par sa mère Catherine de Médicis : la princesse catholique devient reine le jour de ses noces avec Henri III de Navarre, ce 16 août 1572. Les protestants sont venus en foule à Paris en l’honneur de l’événement.

« La fortune, qui ne laisse jamais une félicité entière aux humains, changea bientôt cet heureux état de triomphe et de noces en un tout contraire, par cette blessure de l’Amiral, qui offensa tellement tous ceux de la religion que cela les mit comme en un désespoir. »521

MARGUERITE DE VALOIS (1553-1615), Mémoires

Son mariage arrangé avec le roi le futur Henri IV devait sceller la réconciliation entre catholiques et protestants. Mais les chefs catholiques ne peuvent admettre qu’un protestant entre dans la famille royale. Et l’amiral de Coligny, artisan de ce mariage, est le premier visé. Il sera victime du second attentat contre sa personne.

« Mon Dieu, ma sœur n’y allez pas ! »522

Claude de FRANCE (1547-1575) à sa sœur Marguerite, 23 août 1572. Mémoires, Marguerite de Valois

La mariée s’apprête à aller rejoindre au lit son mari Henri de Navarre, le chef des huguenots. Mais sa « sœur de Lorraine » (marié au duc de Lorraine) craint pour sa vie, sachant le sinistre projet ourdi par la reine Catherine de Médicis et accepté par son fils, le trop jeune et faible Charles IX - le massacre prévu pour cette nuit même.

Dans la nuit du 23 au 24 août, le tocsin de Saint-Germain-l’Auxerrois appelle les milices bourgeoises et ameute la populace parisienne. Le massacre de la Saint-Barthélemy (quelque 4 000 morts à Paris) restera à jamais dans les mémoires, symbole des guerres de Religion (1562-1598) qui marquent la fin du « beau XVIe siècle ». C’est mal commencer sa vie de couple, pour la future reine de France. La suite ne va rien arranger, les époux n’étant vraiment pas nés pour s’entendre.

« Il y a bien de la besogne  / À regarder ce petit roi
Car il a mis en désarroi  / Toutes les filles de sa femme
Mais on sait que la bonne dame  / S’en venge bien de son côté ! »547

Chanson populaire sur Henri de Navarre et la reine Margot (1579). Mémoires relatifs à l’histoire de France, Journal de Henri III (posthume), Pierre de l’Estoile

Après sept ans de mariage, tout ne va pas pour le mieux dans le couple. Henri IV restera aussi célèbre par sa galanterie que Margot par sa nymphomanie. Elle a été chassée de la cour de France par son frère Henri III – accusée d’intrigue avec leur frère François, le très ambitieux duc d’Anjou (ex-duc d’Alençon), allié contre la couronne à son mari Henri de Navarre, dans la cinquième guerre de Religion.

Le couple s’est installé à Nérac, capitale de l’Albret qui faisait partie du royaume de France et où ne s’appliquait pas la réglementation religieuse intolérante en vigueur au Béarn.

« La reine de Navarre eut bientôt dérouillé les esprits et verrouillé les armes. »

Agrippa d’AUBIGNE (1552-1630), Mémoires (posthumes)

Marguerite de France joue un rôle de pacificatrice à la cour de Nérac, mais elle reste toujours tiraillée entre sa loyauté envers son mari et sa fidélité à ses frères. Situation inconfortable, voire intenable, où elle risque tout – sa liberté, parfois sa vie. Les haines sont extrêmes, en cette époque violente.

Elle réussit mieux dans le rôle de mécène. Il se forme autour d’elle une véritable académie littéraire. Outre Agrippa, compagnon d’armes du roi de Navarre et « ultra » protestant, le plus illustre invité est Montaigne, l’auteur des Essais avec qui Marguerite eut de nombreux échanges. La cour de Nérac devient surtout célèbre pour les aventures amoureuses qui s’y seraient multipliées, au point d’inspirer à Shakespeare ses Peines d’amour perdues. En bon protestant, d’Aubigné finit par dénoncer les excès de cette cour : « L’aise y amena les vices, comme la chaleur les serpents » finit par écrire Agrippa d’Aubigné, de retour à la cour de Navarre en 1579 et fâché contre Marguerite, mais cet homme ombrageux ne cessera de ferrailler contre ses contemporains, au propre comme au figuré. D’autres sont moins sévères.

« La cour y fut un temps douce et plaisante ; car on n’y parlait que d’amour, et des plaisirs et passe-temps qui en dépendent. »

Duc de SULLY (1560-1641), Mémoires (posthumes)

Le « compagnon de route » et futur « principal ministre » d’Henri IV est un protestant beaucoup plus conciliant que d’Aubigné – c’est qui qui conseillera au roi de se convertir au catholicisme, car « la couronne vaut bien une mess ». Il s’émerveille de ce que les relations amoureuses à Nérac passent bien avant les principes moraux et les convictions politiques. On prête à Marguerite une liaison avec l’un des plus illustres compagnons de son mari, le vicomte de Turenne. Henri de Navarre s’emploie de son côté à conquérir l’ensemble des filles d’honneur qui ont accompagné son épouse. Mais cette belle vie n’a qu’un temps.

À la mort de son frère Charles IX, la bataille fait rage pour prendre le pouvoir. D’un côté François, duc d’Alençon, frère cadet du roi défunt qui forme une alliance avec Henri de Navarre, de l’autre Henri de Valois. Marguerite se range du côté de son époux, mais il faudra encore bien des années pour qu’il monte sur le trône de France. Le 27 février 1594, il est sacré roi de France en la cathédrale de Chartres et Marguerite devient reine de France.

Le couple n’en est plus un depuis longtemps et la stérilité de la reine scelle définitivement son avenir. Le mariage entre Marguerite de France et Henri IV est officiellement annulé par le pape Clément VIII en 1599. Le roi se remarie rapidement (pour le pire plus que meilleur) avec Marie de Médicis qui lui donnera six enfants, dont le roi Louis XIII, mais beaucoup plus de soucis que Marguerite, jusqu’au dernier complot dont il mourra.

Après vingt ans passés en Auvergne où elle fut exilée pour avoir pris le parti de la Ligue catholique, Marguerite regagne Paris en 1605. Elle vit alors entourée d’écrivains et d’artistes et retrouve son rôle dans la vie culturelle de la cour, jouant également la conseillère auprès de Marie de Médicis lorsque celle-ci assure la régence après l’assassinat d’Henri IV. Marguerite de Valois meurt le 26 mars 1615 à l’âge de 61 ans.

Mise en lumière par les romantiques, c’est au XIXe siècle que naît le mythe de la Reine Margot. Parmi les auteurs qui ont le plus contribué à faire de Marguerite un personnage de fiction, Alexandre Dumas avec son roman La Reine Margot (1845) relatant ses intrigues encore plus mouvementées et compliquées que nature ! L’historien Michelet l’utilisa aussi pour dénoncer les « turpitudes » de l’Ancien régime. D’autres historiens, dépassant les scandales de la vie privée,  plaident la réhabilitation d’une femme de tête et de courage, bravant les turbulences de la guerre civile entre catholiques et protestants, opérant finalement un remarquable rétablissement.

11. Marie de Médicis (1575-1642), seconde femme d’Henri IV et mère de Louis XIII, détestée à juste titre.

« Vous faites tout ce que je veux ; c’est le vrai moyen de me gouverner : aussi ne veux-je jamais être gouverné que de vous. »652

HENRI IV (1553-1610), Lettre à Marie de Médicis, 27 janvier 1601. Henri IV écrivain (1855), Eugène Yung

Marie de Médicis (1575-1642), sitôt épousée, lui fait le fils qui devait lui succéder : le dauphin Louis naît à Fontainebleau le 27 septembre 1601. Louis XIII n’héritera pas de la santé du père. Mais la joie du roi et du royaume est grande : on attendait un héritier depuis quarante ans !
Henriette d’Entragues, maîtresse en titre du Vert Galant, se fâche et traite Marie de « grosse banquière » – fine allusion à la dot de la reine, 600 000 écus d’or, la plus grosse dot de l’Histoire. Elle va surtout comploter contre le roi, déjà au lit d’autres femmes. Car la reine lui donne peu de plaisir.

« Je ne trouve ni agréable compagnie, ni réjouissance, ni satisfaction chez ma femme […] faisant une mine si froide et si dédaigneuse lorsqu’arrivant du dehors, je viens pour la baiser, caresser et rire avec elle, que je suis contraint de dépit de la quitter là et de m’en aller chercher quelque récréation ailleurs. »653

HENRI IV (1553-1610), Lettre à Sully. Lettres intimes de Henri IV (1876), Louis Dussieux

Marie de Médicis n’a pas le tempérament de la reine Margot, sa première femme ! Ce mariage florentin fut un sacrifice à la raison d’État – les rois ne se marient pas par amour, pour cela, ils ont les maîtresses. La belle-famille est très riche et très catholique : deux raisons qui auraient dû faire de ce mariage une bonne affaire pour le roi de France. Il n’en fut rien.

Marie de Médicis laisse un mauvais souvenir, dans l’Histoire. À l’inverse de Catherine de Médicis dont elle n’est qu’une très lointaine cousine, ce fut une épouse, une reine, une mère, une régente détestable et détestée, perpétuelle intrigante au siècle de tous les complots. L’ex-reine parcourt l’Europe et finit dans le ridicule… et dans le dénuement. Exilée, réfugiée dans une maison prêtée par son ami Rubens à Cologne, la Grosse banquière meurt ruinée (mais toujours grosse d’après son dernier portrait). À son crédit pourtant, une politique de mécénat artistique héritée des Médicis – d’où l’amitié de Rubens, peintre fécond et diplomate actif en Europe.

« Vous ne traiteriez pas ainsi vos bâtards !
— Mes bâtards peuvent être à tout moment corrigés par le Dauphin, s’ils sont méchants, mais qui corrigera le Dauphin si je ne le fais moi-même ? »656

HENRI IV (1553-1610), répondant à Marie DE MÉDICIS (1575-1642). Les Rois qui ont fait la France, Henri IV (1981), Georges Bordonove

Les scènes sont fréquentes entre les deux époux. Marie est jalouse des maîtresses du roi fort généreux et galant avec toutes ces dames, alors qu’il a peu d’égard pour la reine. Elle lui reproche ici de frapper avec sa canne le petit Dauphin (futur Louis XIII). Il est vrai que le bon roi n’hésite pas à jouer les pères Fouettard, « sachant bien qu’il n’y a rien au monde qui lui fasse plus de profit ; car étant de son âge, j’ai été fort fouetté ».

« Priez Dieu, Madame, que je vive longtemps, car mon fils vous maltraitera quand je n’y serai plus. »657

HENRI IV (1553-1610), à Marie de Médicis. Les Rois qui ont fait la France, Henri IV (1981), Georges Bordonove

Sait-il que sa femme n’est pas étrangère à certains complots tramés autour de lui ? Cette phrase est en tout cas prémonitoire des relations entre la mère et le fils : une véritable guerre au terme de laquelle Marie de Médicis perdra son pouvoir, ses amis, sa liberté, pour finir en exil.

« Que vivre au siècle de Marie,
Sans mensonge et sans flatterie,
Sera vivre au siècle doré. »666

François de MALHERBE (1555-1628), Ode à la Reine mère du Roi sur les heureux succès de sa régence (1610)

Poète officiel, il s’empresse de saluer l’âge d’or et ses nouveaux maîtres. En fait, la régence de Marie de Médicis sera catastrophique. Cette femme lymphatique va soudain prendre goût au pouvoir, se mêler de tout et accumuler les erreurs.

Elle renvoie Sully et tous les ministres d’Henri IV, s’entourant de conseillers qui discréditent son gouvernement, à commencer par Concini et sa femme Léonora Galigaï, deux intrigants originaires comme elle de Florence. Elle suit le « parti des dévots » (ultra-catholique) et se montre d’une faiblesse coupable avec les Condé, Guise, Nevers, Bouillon qu’elle comble de dons, espérant acheter leur docilité, alors que leurs ambitions redoublent ! « Le temps des rois est passé, celui des Grands et des Princes est revenu », clament-ils partout.

Le Conseil du roi redevient Conseil féodal et de famille, champ clos où s’affrontent Guise et Condé. La situation est si embrouillée, le Trésor public si vide qu’il faut convoquer les États généraux, le 27 octobre 1614. C’est la dernière fois avant ceux de 1789, prélude à la Révolution.

« Mon Dieu, que vous êtes grandi ! »678

MARIE DE MÉDICIS (1575-1642), à Louis XIII, rappelée d’exil, 5 septembre 1619. L’Ancienne France : Henri IV et Louis XIII (1886), Paul Lacroix (dit Sébastien Jacob)

Terme provisoire à la première « guerre de la mère et du fils » : la reine mère reconnaît d’une certaine manière que le roi est bien Roi. Le 22 février, elle s’est échappée de sa prison au château de Blois d’une manière rocambolesque, pour prendre la tête d’un soulèvement contre son fils. Le traité d’Angoulême, négocié par Richelieu, apaise le conflit. Mais quelques mois plus tard, la mère repartira en guerre contre le fils en ralliant les Grands du royaume.

Le roi n’aime pas sa mère et il a quelques raisons, mais il est assez intelligent pour comprendre que, tenue de force éloignée de la cour, elle ne cessera de comploter contre lui. Cette réconciliation est négociée par le très habile Richelieu qui se rapproche ainsi du pouvoir. Après la mort de Luynes (favori du roi et hostile à tout nouvel ambitieux), la reine mère le fera nommer cardinal et entrer au Conseil du roi en 1624, espérant avoir un allié en la place – avant de se retourner contre lui.

« C’est le plus grand serviteur que jamais la France ait eu. »706

LOUIS XIII (1601-1643), défendant le cardinal contre sa mère Marie de Médicis suite à la journée des Dupes, 11 novembre 1630. Richelieu et le roi Louis XIII (1934), Louis Batiffol

Marie de Médicis a tenté de perdre Richelieu. Elle l’avait introduit auprès du roi, espérant son soutien au parti dévot et à l’Espagne catholique. Mais il s’allie aux protestants allemands pour contrer la puissante maison des Habsbourg qui règne en Autriche et en Espagne. Avec la reine Anne d’Autriche, elle a profité d’une grave maladie du roi (tuberculeux et de santé fragile) pour l’éloigner de son ministre et obtenir sa future disgrâce, en septembre 1630, à Lyon.

Le 10 novembre, en son palais du Luxembourg, elle presse son fils de tenir parole. Trompant la vigilance des huissiers, Richelieu entre par une porte dérobée. Elle l’accable de sa colère. Le roi se retire sans un mot. La cour croit à une arrestation imminente, les courtisans s’empressent autour de la reine mère. « C’est la journée des Dupes » – le mot de Bautru, conseiller d’État et protégé du cardinal, fait le tour de Paris. Le lendemain, le roi est à Versailles. Richelieu, convoqué, se croit perdu et se jette à ses genoux. Louis XIII le relève, le prie de rester, exile Marie de Médicis à Compiègne. C’est la déroute du parti dévot. Richelieu a gagné.

« Comme les femmes n’ont pas de voix en l’Église, je suis de l’opinion des anciens et modernes qui croient qu’elles n’en doivent point avoir en l’État. »707

Cardinal de RICHELIEU (1585-1642). Vie de Louis XIII (1936), Louis Vaunois

Propos misogyne, mais avis fondé, si l’on songe au rôle de Marie de Médicis et d’Anne d’Autriche, adversaires du cardinal et le plus souvent nuisibles à la France, au temps de leur règne comme de leur régence.

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