François Ier : « Tout est perdu, fors l’honneur. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

La Renaissance « de » François Ier (suite et fin).

Désastre de Pavie (1525), dix ans après la victoire de Marignan. Les problèmes s’accumulent. De nouvelles idées religieuses véhiculées par les livres de Luther (auteur le plus vendu, après la Bible) remettent en question l’Église catholique : la religion doit retrouver sa pureté originelle. Charles Quint (empereur de 1519 à 1556), maître de l’Allemagne et de l’Espagne, se joint aux adversaires de François Ier dans les guerres d’Italie.

Cependant, le règne reste brillant. Le français devient seule langue officielle : ordonnance de Villers-Cotterêts (1539). La bourgeoisie s’enrichit et se lance dans de lointaines expéditions maritimes encouragées par la royauté - Jacques Cartier au Canada. Les paysans sont plus heureux, mais le petit peuple des villes souffre de l’augmentation des prix mal suivis par les salaires.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Tout est perdu, fors l’honneur. »453

FRANÇOIS Ier (1494-1547), Lettre à Louise de Savoie après la bataille de Pavie, 25 février 1525

 (…) Après chaque bataille, le roi écrit à sa mère, présentement régente et toujours fière de son « César triomphant ». Cette fois, c’est une défaite, et même le pire désastre militaire du règne (…) La sixième guerre d’Italie tourne à la catastrophe : le Milanais est reperdu (…) le roi fait prisonnier à Pavie, où de grands capitaines sont tués, tels La Trémoille, La Palice.

« Hélas, La Palice est mort
Il est mort devant Pavie
Hélas ! s’il n’était pas mort
Il serait encore en vie. »454

La Mort de La Palice, chanson de 1525

À l’origine, on célèbre la vaillance du seigneur de La Palice, chambellan du roi, maréchal de France (…) « Un quart d’heure avant sa mort / Il faisait encore envie », ou bien, autre version : « Un quart d’heure avant sa mort / Il était encore en vie », c’est-à-dire plein de courage (…) Le XVIIIe siècle déformera le sens de ces vers, devenu « lapalissade » (…)

« Peut-être que l’heure du royaume de France est venue. »455

Martin LUTHER (1483-1546), à la nouvelle du désastre de Pavie, fin février 1525

Le père de la Réforme, allemand, manifeste sa haine de la France. Et à cette nouvelle, Henri VIII, le roi d’Angleterre, pleure de joie devant le corps diplomatique, cependant que Londres illumine.

« Pour mon honneur et celui de ma nation, je choisirai plutôt honnête prison que honteuse fuite. »456

FRANÇOIS Ier (1494-1547), Lettre aux Grands du Royaume et aux Compagnies souveraines, 1525

Après la défaite de Pavie, le roi reste prisonnier près d’un an à Madrid (Charles Quint est aussi roi d’Espagne). Louise de Savoie assure la régence. Et le peuple en mal de son roi chante : « Quand le roi partit de France / À la malheur il partit. »

« Je suis marri de quoi l’Empereur votre maître vous a donné la peine de venir en poste de si loin pour m’apporter articles si déraisonnables. Vous lui direz de ma part que j’aimerais mieux mourir prisonnier que d’accorder ses demandes […] Et s’il veut venir à traiter, il faut qu’il parle autre langage. »457

FRANÇOIS Ier (1494-1547), aux deux émissaires de Charles Quint, fin avril 1525

Charles de Lannoy (général flamand, commandant les armées impériales qui fit prisonnier François Ier à Pavie) et Charles de Bourbon (l’ex-connétable de France qui en passant à l’ennemi contribua à l’anéantissement des Français) sont venus apporter les conditions de Charles Quint : inacceptables en effet, mais le roi de France finit pourtant par y souscrire.

« Vaincu je fus et rendu prisonnier.
Parmi le camp en tous lieux fus mené.
Pour me montrer, ça et là promené. »458

FRANÇOIS Ier (1494-1547)

 Le roi se fait poète, après Pavie. Il est en prison à Madrid, quand ses conseillers viennent le voir. Il va falloir se décider à signer l’inacceptable traité imposé par l’empereur Charles Quint.

« Le traité qu’il lui faut ce jour signer au profit de l’Empereur, il l’a fait et le fait pour éviter les maux et inconvénients qui pourraient advenir à la chrétienté et à son royaume, et c’est par force et contrainte, détention et longueur de prison, que tout ce qui est convenu sera et demeurera nul et de nul effet. »459

FRANÇOIS Ier (1494-1547), à ses conseillers, avant de signer le traité de Madrid du 14 janvier 1526

Il renonce (sur le papier) à toute prétention sur l’Italie, la Flandre et l’Artois ; il s’engage à céder la Bourgogne à Charles Quint et à épouser sa sœur, Éléonore de Habsbourg (…) Il laisse en otage ses deux fils, François et Henri (futur Henri II) (…) Libre, il épouse Éléonore, mais ne respecte pas les autres clauses (…) Troisième guerre contre Charles Quint. (…)

« Lorsque Maillart, juge d’Enfer, menait
À Montfaucon Semblançay l’âme rendre… »460

Clément MAROT (1496-1544), Épigramme contre Maillart

(…) Semblançay fut l’un des principaux banquiers de Charles VIII, Louis XII et François Ier, surintendant des Finances en 1518. Accusé de malversations par Louise de Savoie, plus coupable que lui dans l’affaire, il est pendu au fameux gibet de Montfaucon, le 11 août 1527, en l’absence du roi (…) Marot dit l’indignation contre le sort fait à ce vieillard de 82 ans (…)

« Hérétiques séducteurs, imposteurs maudits, c’est ainsi que le monde et les méchants ont coutume d’appeler ceux qui, purement et sincèrement, s’efforcent d’insinuer l’Évangile dans l’âme des fidèles. »461

Nicolas COP (vers 1501-1540), Discours inaugural du recteur de l’Université de Paris, 1er novembre 1533

 Texte attribué au futur Calvin. S’il n’est pas de sa plume, il l’a influencé. Le discours fait du bruit : on parle beaucoup de la Réforme dans l’Église. L’humanisme a conduit à l’évangélisme (…) mais ce retour aux sources de l’Évangile risque de mener au schisme religieux. La très catholique Sorbonne, conservatrice, voit venir le danger (…) avec Luther (…)

« Plût à Dieu que dans notre siècle malheureux, nous établissions la paix dans l’Église sur le fondement de la parole, plutôt que sur celui du glaive. »462

Nicolas COP (vers 1501-1540), Discours inaugural du recteur de l’Université de Paris, 1er novembre 1533

C’est toujours Calvin qui s’exprime, ou sa pensée. Il vient d’adhérer à la Réforme et n’est que trop conscient du péril. La conclusion de ce beau texte résonne comme une prophétie.

« Nous sommes très marris et déplaisants de ce que en notre bonne ville de Paris, chef et capitale de notre royaume et où il y a Université principale de chrétienté, cette maudite secte hérétique pullule, où plusieurs pourront prendre exemple. »463

FRANÇOIS Ier (1494-1547), Lettre de novembre 1533 au Parlement de Paris

Tolérant envers les réformateurs, par tempérament et goût pour les idées nouvelles ; par diplomatie, ménageant les princes protestants allemands ; par affection pour sa sœur Marguerite de Navarre, favorable aux thèses d’Érasme (…) Mais le discours du recteur Cop (alias Calvin) est mal reçu (…) Vague de répression contre la « maudite secte hérétique » (…)

« Plût à « C’est débaucher les paysans de leur labeur duquel ils vivent et font vivre les autres. »que dans notre siècle malheureux, nous établissions la paix dans l’Église sur le fondement de la parole, plutôt que sur celui du glaive. »464

BRANTÔME (1540-1614), Œuvres du seigneur de Brantôme (posthume)

Homme de cour et de guerre sous les trois successeurs de François Ier, il juge un essai de service militaire obligatoire, dans le cadre d’une réforme de l’armée voulue par le roi en 1534. Pour ne pas dépendre des bandes de mercenaires, pillardes et indisciplinées, il crée sept légions provinciales (…) il prépare la prochaine guerre contre Charles Quint (…)

« Guerre faite sans bonne provision d’argent n’a qu’un soupirail de vigueur. Les nerfs des batailles sont les pécunes. »465

François RABELAIS (vers 1494-1553), Gargantua (1534)

Moine et médecin, Rabelais a créé le géant Pantagruel, et deux ans plus tard, Gargantua, son géant de père. Des cinq livres de son œuvre, c’est le plus polémique : il aborde des questions sérieuses, comme la guerre (…) On note l’origine de l’expression « nerf de la guerre » La métaphore va faire fortune dans l’histoire : guerres sans fin et ruineuses (…)

« Nous fîmes faire une croix de trente pieds […] en la présence de plusieurs sauvages sur la pointe de l’entrée du port et nous mîmes au milieu un écusson relevé avec trois fleurs de lys ; et dessus était écrit : Vive le Roi de France. »466

Jacques CARTIER (1491-1557), Journal en date du 24 juillet 1534

Première des trois expéditions du malouin chargé de « découvrir certaines îles et pays où l’on dit qu’il doit se trouver grande quantité d’or et autres riches choses ». François Ier n’entend pas laisser le Nouveau Monde aux Espagnols et aux Portugais. Il encourage les marins français à « naviguer sur la mer commune » et conquérir de nouvelles terres (…)

« L’appétit vient en mangeant, disait Angest on Mans, la soif s’en va en buvant. »467

François RABELAIS (vers 1494-1553), Gargantua (1534)

Outre la guerre et l’éducation, la religion est l’une des graves questions traitées dans ce livre. Rabelais, moine cordelier, puis bénédictin, curieux de tout, passionné de grec et de latin, est pour la nouvelle doctrine évangélique, avec les humanistes du Collège royal et contre la Sorbonne – qui en 1523 lui confisqua ses livres (…)

« Articles véritables sur les horribles, grands et insupportables abus de la messe papale inventée contre la Sainte Cène. »468

Antoine MARCOURT (vers 1485-1561), titre des affiches apposées dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534 (…)

Mots sacrilèges, aux carrefours de Paris et des principales villes de France (…) L’affiche est le premier des mass media et pour l’immense majorité des Français, l’Église est sacrée. D’où l’indignation générale. Même les partisans de la Réforme s’insurgent. C’est « l’affaire des Placards » (…) Le roi laisse faire la répression : bûchers, exil (…)

« Quelle chose sera-ce qui nous pourra détourner et aliéner de ce saint Évangile ? Seront-ce injures, malédictions, opprobres, privation des honneurs mondains ? Seront-ce bannissements, proscriptions, privations des biens et richesses ? Mais nous savons bien que, quand nous serions bannis d’un pays, la terre est au Seigneur et, quand nous serions jetés hors de la terre, nous ne serons pas toutefois hors de son règne. »469

Jean CALVIN (1509-1564), Institution de la religion chrétienne (1536)

Ouvrage théologique rigoureux (…) publié en latin et dédié à François Ier. Traduit en français en 1541 et réédité, ce livre est le point de départ et le credo de la Réforme française, qui sera calviniste, et non pas luthérienne (…) Cette éthique pure et dure compte aujourd’hui encore 50 à 60 millions de fidèles dans le monde, soit un dixième de tous les protestants.

« Vous-même, vous pouvez être témoin Sire, par combien fausses calomnies [la doctrine réformée] est tous les jours diffamée envers vous […] Vous ne vous devez émouvoir de ces faux rapports par lesquels nos adversaires s’efforcent de vous jeter en quelque crainte et terreur […] Et il est bien vraisemblable que nous desquels jamais n’a été ouïe une seule parole séditieuse […] Sire, machinions de renverser les royaumes. »470

Jean CALVIN (1509-1564), Institution de la religion chrétienne (1536)

La Réforme a des effets politiques dangereux pour tous les États où elle se développe. En France, les réformés seront plus ou moins persécutés jusqu’aux guerres de Religion (1562-1598), tandis que Calvin, luttant inlassablement contre ses ennemis, ira jusqu’à faire brûler à Genève l’un de ses adversaires (en 1553), Michel Servet (…)

« Quatre grosses bêtes / Font un huguenot
Calvin fait la tête / Et Luther le dos
Marot fait les pattes / Et Bèze le trou du cul
Lanturlu ! »471

Quatre grosses bêtes (ou Contre les Huguenots), chanson satirique contre quatre protestants célèbres

Langage peu policé en réponse aux injures des protestants. Mais le texte met dans le même sac quatre personnages fort différents ! Calvin devient le « pape de Genève » (…) Théodore de Bèze lui succède à sa mort (…) Luther fut le grand initiateur de la Réforme (…) Marot, gentil poète et courtisan (…) s’exile, demande pardon (…) abjure le protestantisme (…)

« [Les actes judiciaires seront] prononcés, enregistrés et délivrés aux parties en langage maternel françois et non autrement. »472

Ordonnance de Villers-Cotterêts (1539)

François Ier abolit l’emploi du latin dans les tribunaux et inaugure une politique linguistique (…) « l’acte le plus important du gouvernement dans toute l’histoire de la langue » (…) La bataille du français n’est pas encore gagnée : les lettrés de la Renaissance fascinée par les Anciens (grecs et latins) et par l’Italie « pétrarquisent, latinisent et pindarisent » toujours à l’excès.

« Le soleil chauffe pour moi comme pour les autres et je désire fort voir le testament d’Adam pour savoir comment celui-ci avait partagé le monde. »473

FRANÇOIS Ier (1494-1547), Déclaration à Charles Quint en 1540. Histoire de la France : dynasties et révolutions, de 1348 à 1852 (1971), Georges Duby

En Europe, les rivaux font trêve. Charles Quint, perpétuel voyageur à travers ses États, se vante d’avoir un empire sur lequel « le soleil ne se couche jamais » et rêve de restaurer l’empire de Charlemagne (…) François Ier veut profiter des richesses de l’Amérique découverte par Christophe Colomb (…) et encourage les marins à se lancer dans de lointaines expéditions.

« Faux comme diamant du Canada. »474

Proverbe né dans les années 1540 (…)

L’expression traduit la déception de la France et de Jacques Cartier, découvreur du Canada, à la vue de ce qu’il rapporte de sa troisième expédition (1541) : ni or ni diamants, mais de la pyrite et du mica (…) Dans cette conquête outre-Atlantique, la France va se heurter à un nouveau rival : l’Angleterre, prête à devenir l’autre grande puissance en Europe.

« Je suis fort marri de ce qui vous est advenu, toutefois […] je vous ai pardonné de bon cœur et pense avoir gagné tous vos cœurs et vous assure, foi de gentilhomme, que vous avez le mien. »475

FRANÇOIS Ier (1494-1547), aux Rochellois

La Rochelle s’est révoltée en 1542 contre la lourdeur de la gabelle (avec les îles de Ré et d’Oléron), et soulevée contre son gouverneur. De cette année datent aussi les premières arrestations de protestants. Après avoir forcé la ville rebelle le 31 décembre, le roi lui pardonne en ce style charmant, mais réduit ses libertés.

« Le beau prince d’Orange / Est mort et enterré,
J’l’ai vu porter en terre / Par quatre cordeliers. »476

Le Prince d’Orange, chanson anonyme

(…) René de Nassau, prince d’Orange et capitaine de Charles Quint, meurt devant Saint-Dizier qui résiste aux Impériaux, en 1544. Cet épisode de la cinquième guerre entre François Ier et Charles Quint est l’occasion de couplets célébrant la mort d’un ennemi. Au XVIIIe siècle en naîtra l’un des plus populaires refrains : Malbrough s’en-va-t-en guerre.

« Le roi se retira à Saint-Germain où il reçut les nouvelles du trépas du roi Henri d’Angleterre. Duquel trépas, le roi porta grand ennui, parce qu’ils étaient presque d’un même âge et de même complexion, et eut doute qu’il fût bientôt pour aller après. »477

Joachim du BELLAY (1522-1560), Histoire générale de la France depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours (1843), Abel Hugo

Henri VIII meurt le 25 janvier 1547. François Ier le 31 mars de la même année. Selon Michelet dans son Histoire de France, le roi n’était plus que l’ombre de lui-même, par suite d’« une horrible maladie dont la médecine ne le sauva qu’en l’exterminant. Ces derniers portraits font frémir […] Tout le règne de François Ier fut « avant l’abcès, après l’abcès ». »

« Dans le château de Rambouillet,
Le roi François s’y trépassait […]
Par quoi chantons à haute voix
Vive Henri, roi des François ! »478

Chanson nouvelle composée sur les regrets du trépassement du Très Chrétien Roi de France, 1547

Prématurément vieilli à 52 ans, après trente-deux ans de règne, François Ier, dit le Roi chevalier ou le Roi guerrier, meurt : d’une fistule tuberculeuse ou du « mal de Naples » ? Les historiens en débattent encore. La duchesse d’Étampes, très influente ces dernières années, doit partir et laisser seule en la place Diane de Poitiers, favorite du nouveau roi, Henri II.

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