Grand Condé : « J’ai assez de la guerre des pots de chambre. » | L’Histoire en citations

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Chronique du jour

 

Avant le règne personnel de Louis XIV.
Fin de la Fronde et victoire de Mazarin.

Le Grand Condé prend la tête des rebelles, semant la terreur à Paris - massacre, incendie, journée des Pailles (4 juillet 1652). Le pays est lassé de toutes ces agitations et la révolution anglaise de Cromwell fait peur. Retournement de l’opinion en faveur de Mazarin qui rétablit l’ordre. Il réussit également le mariage espagnol de Louis XIV qui obéit à la raison d’État… et à son Premier ministre. Mazarin meurt, détesté de sa famille qui a pourtant bien profité de lui.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« J’ai assez de la guerre des pots de chambre. »791

Louis II de Bourbon-Condé, dit le Grand CONDÉ (1621-1686), été 1651. Histoire de France au dix-septième siècle, Richelieu et la Fronde (1858), Jules Michelet

 « L’intrigue de Paris, l’ennui du Parlement, ses duels ridicules avec le petit prêtre (de Retz), tout cela l’avait rendu malade. Il était réellement un sauvage officier de la guerre de Trente Ans, et il se fut déprincisé pour s’en aller […] avec une bonne bande de voleurs aguerris, batailler en Allemagne. » (…) Il va mener sa propre Fronde. L’anarchie dépasse l’imaginable ! (…)

« Les Rois ne gardent leurs promesses que jusqu’à ce qu’ils trouvent opportunité et force pour leur avantage de les rompre. Ces bêtes de proie doivent-elles être assistées et nourries et chéries par les amis de justice et de liberté ? »792

Manifeste de révolutionnaires bordelais (1651). Mazarin (1972), Paul Guth

La révolution anglaise terrifie les bourgeois de Paris, qui craignent la contagion en France, mais fait des émules à Bordeaux où un parti – l’Ormée – s’en inspire, réclame une assemblée élue au suffrage universel, hisse des drapeaux rouges sur les clochers de la ville et proclame son mépris des rois (…) Bordeaux sera le dernier îlot de la Fronde (…)

« Faut sonner le tocsin, din-din
Pour pendre Mazarin. »793

La Chasse donnée à Mazarin, chanson (…)

« Prendre » est devenu « pendre » ! Le Parlement de Paris met sa tête à prix en décembre 1651 (…) Le cardinal a de nouveau pris la fuite et rejoint le jeune roi à Poitiers (…) Condé se réfugie dans Paris (avril 1652), ses partisans y font régner la terreur. La Grande Mademoiselle (fille du Grand Monsieur, Gaston d’Orléans) se lance dans la Fronde (…)

« Ce sont des Mazarins, faites-en ce que vous voudrez ! »794

Louis II de Bourbon-Condé, dit le Grand CONDÉ (1621-1686) à ses soldats, 4 juillet 1652 (…)

(…) Parlement et bourgeois de Paris sont réticents, mais les partisans de Condé manœuvrent les milieux populaires, exploitent leur haine (…) Le 4 juillet, Condé laisse massacrer les « Mazarins » (magistrats et bourgeois de Paris), l’incendie dévaste l’Hôtel de Ville et le palais Mazarin. C’est la « journée des Pailles ». Mazarin fuit à Cologne. D’où il dirige la France, par lettres à la reine.

« Tel qui disait : « Faut qu’on l’assomme ! »
Dit à présent : « Qu’il est bon homme ! »
Tel qui disait : « Le Mascarin !
Le Mazarin ! Le Nazarin ! »
Avec un ton de révérence
Dit désormais : « Son Éminence ! » »795

Pamphlet pour Mazarin (1652). Histoire de la Bibliothèque Mazarine depuis sa fondation jusqu’à nos jours (1860), Alfred Franklin

(…) La France à bout de souffle et Paris lassé de tant d’excès (…) Les bourgeois deviennent hostiles à Condé, qui fuit aux Pays-Bas espagnols – Belgique actuelle. Les marchands de Paris et les officiers de la garde rappellent le jeune roi qui rentre – définitivement et triomphalement ! 21 octobre 1652, Louis XIV s’installe au Louvre. Mazarin, rappelé par le roi, rentre à son tour (…)

« Louis XIV le reçut comme un père et le peuple comme un maître. »796

VOLTAIRE (1694-1778) évoquant le retour de Mazarin, 3 février 1653. Le Siècle de Louis XIV (1751), Voltaire

C’est la fin de la Fronde. Le roi, majeur depuis deux ans, va laisser le cardinal gouverner la France jusqu’à sa mort, en 1661. Il va apprendre son royal métier auprès de son Premier ministre et tuteur. Mais la Fronde lui servira de leçon.

« Ces agitations terribles avant et après ma majorité, une guerre étrangère où les troubles domestiques firent perdre à la France mille et mille avantages, un prince de mon sang et d’un très grand nom [Condé] à la tête de mes ennemis. »797

LOUIS XIV (1638-1715), Mémoires pour l’instruction du Dauphin (1662)

Jamais le roi n’oubliera l’humiliation et l’insécurité de sa jeunesse. Le souvenir de la Fronde commande et explique bien des aspects de sa politique intérieure. La France n’oublie pas non plus le bilan désastreux de cette guerre civile (…) tout plutôt que cette anarchie. Le pays est prêt pour une monarchie absolue (…)

« C’est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d’opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité et ne servent qu’à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l’irriter encore plus. »798

Blaise PASCAL (1623-1662), Les Provinciales (1656-1657)

L’œuvre est mise à l’Index et Pascal doit sans cesse changer de nom et de domicile pour échapper aux poursuites (…) Il attaque les jésuites sur leur interprétation de la grâce, prend le parti des jansénistes (…) Mazarin fait disperser les « solitaires » de Port-Royal (…) La « secte janséniste » continuera d’être persécutée sous le règne de Louis XIV.

« Sire, voici une demoiselle qui est bien fâchée d’avoir été méchante. Elle sera bien sage à l’avenir. »799

ANNE d’AUTRICHE (1601-1666), présentant au roi la Grande Mademoiselle (1658). Mémoires de Mlle de Montpensier

Bon sang ne saurait mentir. Mlle de Montpensier, fille du Grand Monsieur (Gaston d’Orléans) s’est lancée dans la Fronde à cœur perdu, jusqu’à faire donner le canon de la Bastille contre les troupes royales (et Turenne), pour sauver Condé ! De retour d’exil, la voilà pardonnée. Mais elle ne sera pas « bien sage à l’avenir ». Son extravagante conduite lui coûta un mariage avec Louis XIV (…)

« Monseigneur, avez-vous jamais vu livrer une bataille ?
— Non, prince.
— Eh bien, vous allez en voir perdre une. »800

Louis II de Bourbon-Condé, dit le Grand CONDÉ (1621-1686) au jeune Henri, duc de Gloucester, avant la bataille des Dunes, 14 juin 1658 (…)

Condé se bat aux côtés des Espagnols, avec le jeune Gloucester, fils de Charles Ier, avide à 18 ans de venger son père, contre les soldats de Cromwell qui a pris le pouvoir. Face à lui, Turenne se bat avec les Anglais, nouveaux alliés des Français (…) Condé a voulu éviter cette bataille qu’il sait perdue d’avance (…) Victoire décisive de la France (…) 

« Si une fois vous prenez en main le gouvernail, vous ferez plus en un jour qu’un plus habile que moi en six mois, car c’est d’un autre poids, ce qu’un roi fait de droit fil, que ce que fait un ministre, quelque autorisé qu’il puisse être. »801

MAZARIN (1602-1661), Lettre à Louis XIV, 29 juin 1659 (…)

Ainsi le conseille-t-il peu avant sa mort (…) En attendant, le cardinal qui a tiré les leçons de la Fronde tient fermement le gouvernail (…) L’un des principaux acquis du « règne » de Mazarin : la paix avec l’Espagne, au traité des Pyrénées : le 7 novembre 1659, dans l’île des Faisans, sur la Bidassoa qui sert de frontière aux deux pays, il signe, pour Louis XIV.

« Vous êtes roi, vous pleurez et je pars. »802

Marie MANCINI (1640-vers 1715), à Louis XIV, le 22 juin 1659. Annales dramatiques, ou Dictionnaire général des théâtres (1809), Babault ed

Une des scènes d’amour contrarié les plus célèbres de l’Histoire (…) Situation classique : deux amants sacrifiés à la raison d’État. L’identité des héros et les coulisses rendent la scène fascinante (…) Sur ordre de son oncle (qui prépare le mariage espagnol), la mazarinette de 20 ans, éloignée de la cour, doit dire adieu à son amoureux, très affecté (…)

« Vive tout ce qui vient d’Espagne
Hors la fille de leur Roi ! »803

Ils sont gens de parole, chanson (1660) (…)

La chanson, bien avant les sondages, reflète l’opinion publique : on aime les Espagnols, leurs bons vins et leurs pistoles, mais pas les reines qu’ils donnent à la France. La reine mère Anne d’Autriche fut impopulaire (sauf au début de la régence) et l’on voit venir avec crainte la nouvelle Espagnole, l’infante Marie-Thérèse, fille de Philippe IV (…)

« Elle est digne de lui comme il est digne d’elle.
Des Reines et des Rois, chacun est le plus grand.
Et jamais conquête si belle
Ne mérita les vœux d’un si grand conquérant. »804

Jean RACINE (1639-1699), La Nymphe de la Seine (1660)

Le mariage entre Louis XIV et Marie-Thérèse est célébré le 6 juin 1660, avant l’entrée triomphale à Paris le 26 août. Poète très courtisan, quand il écrit ainsi, Racine n’exprime pas moins l’admiration et même la vénération des Français pour leur roi, image de Dieu sur Terre, par ailleurs fort bel homme et attendu comme un nouveau héros de leur histoire.

« Sire, je vous dois tout, mais je m’acquitte envers Votre Majesté en lui donnant Colbert. »805

MAZARIN (1602-1661) à Louis XIV, le 9 mars 1661. C’est son « mot de la fin » politique (…)

(…) Gardé par Louis XIV à sa majorité, se donnant tout entier à son métier de « principal ministre », il a eu la totalité du pouvoir. Il a collectionné les charges et acquis (…) la plus grande fortune privée de tout l’Ancien Régime ! Ce fut aussi un grand mécène (…) Il recommande au roi le financier Jean-Baptiste Colbert qui gérait avec succès sa fortune (…)

« Dieu merci, il est crevé. »806

Hortense MANCINI (1646-1699), Mémoires (posthume)

Cri du cœur de la famille (…) à la nouvelle de la mort du cardinal Mazarin. La belle mazarinette ajoute : « À vrai dire, je n’en fus guère plus affligée ; et c’est une chose remarquable qu’un homme de ce mérite, après avoir travaillé toute sa vie pour élever et enrichir sa famille, n’en ait reçu que des marques d’aversion, même après sa mort. »

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