Heinrich von Treitschke : « Nous, Allemands, savons mieux ce qui est bon pour les Alsaciens que ces malheureux eux-mêmes. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Troisième République

Chronique

Une paix amère

La paix avec l’Allemagne et la fin du Second Empire ne clarifient pas la situation de la France, hantée par plusieurs questions décisives : le destin de l’Alsace bien sûr, qui nourrit le patriotisme revanchard et l’amertume, mais aussi les lourdes réparations à payer au vainqueur. Reste aussi à définir la nature du régime, car paradoxalement les monarchistes sont majoritaires à l’Assemblée. Dans ce contexte de tâtonnements et d’hésitations, Adolphe Thiers s’impose peu à peu comme le personnage central de cette République balbutiante.

 Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Nous, Allemands, savons mieux ce qui est bon pour les Alsaciens que ces malheureux eux-mêmes. »2412

Heinrich von TREITSCHKE (1834-1896). Comment la France jugeait l’Allemagne : histoire d’une illusion d’optique (s.d.), Henri Hauser

Cet historien allemand a soutenu la politique de Bismarck, écrivant en 1870 : « Que réclamons-nous de la France ? L’Alsace. » Le traité de Francfort du 10 mai 1871 a donné l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne. Mais un dixième des habitants des deux provinces refusent d’être allemands – ils sont accueillis en France (et en Algérie alors française) (…)

« Va, passe ton chemin, ma mamelle est française,
N’entre pas sous mon toit, emporte ton enfant,
Mes garçons chanteront plus tard La Marseillaise,
Je ne vends pas mon lait au fils d’un Allemand. »2413

Gaston VILLEMER (1840-1892), paroles, et Lucien DELORMEL (1847-1899), musique, Le Fils de l’Allemand, chanson. Les Chansons d’Alsace-Lorraine (1885), Gaston Villemer et Lucien Delormel

« Vrais frères siamois de la littérature des beuglants », ce couple auteur-compositeur exploite systématiquement la veine patriotique et revancharde (…)

Les refrains patriotico-sentimentaux se multiplient après la guerre et l’amputation du territoire. Toute une littérature et une imagerie populaires se développent naturellement, sur ce thème douloureux.

« Avez-vous une monarchie à me proposer ? »2414

Adolphe THIERS (1797-1877), Chambre des députés, juin 1871. Histoire de la France : les temps nouveaux, de 1852 à nos jours (1971), Georges Duby

Le « chef du pouvoir exécutif de la République » (régime toujours provisoire) s’adresse aux monarchistes, majoritaires à l’Assemblée, mais divisés entre légitimistes (pour le comte de Chambord, petit-fils de Charles X) et orléanistes (pour le comte de Paris, petit-fils de Louis Philippe).

Fort de son prestige qui lui vient de l’écrasement de la Commune, Thiers veut imposer la République au pays, et s’imposer lui-même en Président.

« Nous sommes gueux comme des rats d’église. »2415

Adolphe THIERS (1797-1877), au gouverneur de la Banque de France, faisant allusion aux finances de l’État, 24 mars 1871. Les Convulsions de Paris (1899), Maxime Du Camp

Le coût total de la guerre est évalué à 15,6 milliards de francs. Une rançon de 5 milliards est la condition de la libération du territoire. Le 27 juin 1871, Thiers lance un premier emprunt d’État de 4,9 milliards à 6,6 % d’intérêt. Les souscriptions massives seront considérées comme autant de plébiscites en sa faveur. Thiers travaille au redressement du pays, sans pourtant le doter de finances modernes : par conservatisme, il écarte le projet d’un impôt sur le revenu.

« La France est-elle réduite à n’être que le dernier boulevard de la politique des jésuites ? »2416

Léon GAMBETTA (1838-1882), Chambre des députés, été 1871. La Troisième République (1968), Maurice Baumont

Réélu député le 2 juillet 1871 après des élections complémentaires, plus que jamais ardent républicain, il apostrophe les monarchistes qui gardent la majorité à l’Assemblée, et veulent aller rétablir le pouvoir temporel du pape à Rome.

Gambetta va siéger à l’extrême gauche, à la tête de l’Union républicaine, animer la Chambre par ses talents d’orateur et scandaliser les conservateurs, tout en soutenant la politique de Thiers.

« J’ai reçu le drapeau blanc comme un dépôt sacré, du vieux roi mon aïeul. Il a flotté sur mon berceau, je veux qu’il ombrage ma tombe ! »2417

Comte de CHAMBORD (1820-1883), Manifeste du 5 juillet 1871, à Chambord. La Droite en France, de la première Restauration à la Ve République (1963), René Rémond

Henri de Bourbon, comte de Charmbord, se fait appeler Henri V et se voit déjà roi de France (…)

Dans ce discours, il renie le drapeau tricolore. Certains de ses partisans, scandalisés, en deviennent républicains ! L’« Affaire du drapeau » sert la stratégie politicienne de Thiers qui pavoise devant tant de maladresse. Il dit même que le prétendant mérite d’être « appelé le Washington français, car il a fondé la république ! »

Cette attitude s’explique : le comte de Chambord a vécu quarante ans en exil, dont trente dans un château coupé du monde, entouré d’une petite cour d’émigrés aristocrates, assurément plus royalistes que le roi, comme tant de courtisans.

« Chef, c’est un qualificatif de cuisinier ! »2418

Adolphe THIERS (1797-1877). Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Le petit homme, qu’on surnommait Foutriquet pour sa houppe de cheveux et son mètre cinquante cinq, troque son titre de chef du pouvoir exécutif pour celui, plus prestigieux, de président de la République, le 31 août 1871, et l’Assemblée se proclame Constituante : c’est la loi Rivet (député de centre gauche, ami de Thiers). La tâche institutionnelle avait sagement été remise à plus tard, en février 1871 : année terrible, avec la guerre contre la Prusse si mal finie, et la guerre civile débouchant sur la Commune de Paris et ses suites sanglantes (…)

« Pensons-y toujours, n’en parlons jamais. »2419

Léon GAMBETTA (1838-1882), Discours de Saint-Quentin, 16 novembre 1871. Pages d’histoire, 1914-1918, Le Retour de l’Alsace-Lorraine à la France (1917), Henri Welschinger

Silence forcé de la France ; silence, encore plus forcé, de l’Alsace.

Gambetta, comme tous les Français, pense aux deux provinces sœurs et devenues étrangères, l’Alsace et la Lorraine. Charles Maurras traduira à sa façon l’unanimité nationale autour du culte de l’Alsace-Lorraine en parlant de « la Revanche reine de France ». Et Paul Déroulède, créant la Ligue des patriotes en 1882, incarnera un patriotisme nationaliste et revanchard qui fera beaucoup de bruit et déchaîne pas mal de fureurs, jusqu’à la prochaine guerre (…)

« La patrouille allemande passe,
Baissez la voix, mes chers petits,
Parler français n’est plus permis
Aux petits enfants de l’Alsace. »2420

Gaston VILLEMER (1840-1892), paroles, et Lucien DELORMEL (1847-1899), musique, Le Maître d’école alsacien, chanson. Les Chansons d’Alsace-Lorraine (1885), Gaston Villemer et Lucien Delormel

On retrouve les deux confrères et compères du chant patriotique, cependant que s’impose, dans l’imagerie populaire, ce personnage émouvant du maître alsacien donnant sa dernière leçon de français (…)

« Le soldat n’habitue pas son âme à un métier qu’il va quitter. »2421

Adolphe THIERS (1797-1877). Discours parlementaires de M. Thiers : 1872-1877 (posthume, 1883)

Il préconisait un service militaire de huit ans ! Il obtiendra « seulement » cinq ans, le 25 juillet 1872. La loi sur le recrutement instaure un service personnel et universel : elle devra fournir à la France des effectifs comparables à ceux de l’Allemagne, en cas de conflit – c’est sans compter avec la supériorité démographique de l’ennemi.

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