Proudhon : « Il ne s'agit pas de tuer la liberté individuelle, mais de la socialiser. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Monarchie de Juillet.
Prologue (suite et fin)

La bataille des idées fait rage, jusqu’à la prochaine révolution.

Parallèlement au libéralisme de cette monarchie bourgeoise, le socialisme né utopique devient politique, voire chrétien, le communisme est une idée neuve en Europe, la pauvreté du peuple est d’autant plus choquante que la richesse des privilégiés est insolente et la bourgeoisie, classe montante et gagnante, est jalousée autant que critiquée.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Il ne s’agit pas de tuer la liberté individuelle, mais de la socialiser. »2046

Pierre Joseph PROUDHON (1809-1865), Système des contradictions économiques (1846)

Socialiste français numéro un de cette époque, célèbre pour sa question-réponse qui fit si peur aux bourgeois : « Qu’est-ce que la propriété ? C’est le vol. » Individualiste farouche, affirmant que « le gouvernement de l’homme par l’homme, sous quelque nom qu’il se déguise, est oppression », Proudhon est à la fois le père de l’anarchisme, le fondateur du système mutualiste et l’ancêtre du syndicalisme (…) autorisé seulement en 1884.

« On a si bien reconnu ce cercle vicieux de l’industrie que de toutes parts on commence à la suspecter, à s’étonner que la pauvreté naisse en civilisation de l’abondance même. »2047

Charles FOURIER (1772-1837), Le Nouveau monde industriel et sociétaire (1829)

Socialiste utopiste dans ses remèdes (organisation sociétaire en phalange ou phalanstère), mais réaliste dans ce constat devenu chaque jour plus vrai. La révolution industrielle, sous le régime du libéralisme, a pour effet d’enrichir les riches et d’appauvrir les pauvres. La misère du prolétariat ouvrier, sujet d’enquêtes et cause d’émeutes, est au cœur de la question sociale qui se pose pour la première fois de façon aiguë : la liberté ne suffit donc plus, il faut aussi l’égalité, la fraternité.

« Le cri du pauvre monte jusqu’à Dieu, mais il n’arrive pas à l’oreille de l’homme. »2048

Félicité Robert de LAMENNAIS (1782-1854), Paroles d’un croyant (1834)

Créateur du catholicisme social, soucieux d’appliquer un idéal de justice et de charité conforme à l’Évangile, Lamennais profite de la nouvelle liberté de la presse en 1830 et lance le journal L’Avenir avec ses amis Lacordaire et Montalembert. En exergue : « Dieu et la liberté ». Il est condamné par l’Encyclique Mirari vos (1832). Pour le pape, souverainetés du peuple et de Dieu sont incompatibles (…) Il rompt avec l’Église pour n’être plus que socialiste (…)

« Le communisme, qui est la révolution même, doit se garder des allures de l’utopie et ne se séparer jamais de la politique. »2049

Auguste BLANQUI (1805-1881). Encyclopédie socialiste, syndicale et coopérative de l’Internationale ouvrière (1912), Adéodat Constant Adolphe Compére-Morel

Théoricien socialiste, il a le sens de la formule : « L’économie politique est le code de l’usure » ; « Le capital est du travail volé » ; « L’Épargne, cette divinité du jour, prêchée dans toutes les chaires, l’Épargne est une peste » ; etc. C’est aussi un révolutionnaire pur et dur, qui organise des sociétés secrètes, multiplie les conspirations et passera trente ans de sa vie en prison.

« Vous n’avez, contre cette disposition révolutionnaire des classes pauvres, vous n’avez aujourd’hui, indépendamment de la force légale, qu’une seule garantie efficace, puissante, le travail, la nécessité incessante du travail. C’est là le côté admirable de notre société. »2050

François GUIZOT (1787-1874), Discours du 3 mai 1837. Archives parlementaires de 1787 à 1860 (1913), Assemblée nationale

Discours et homme politique très représentatif de l’époque. Guizot est longtemps au pouvoir, chef du parti de la Résistance (résistance au mouvement révolutionnaire), défendant les intérêts de la grande bourgeoisie d’affaires, contribuant à accroître la misère ouvrière et suscitant une opposition de plus en plus dure.

« On réprime une émeute avec des soldats, on fait une élection avec des paysans. Mais les soldats et les paysans ne suffisent pas pour gouverner. Il y faut le concours des classes supérieures qui sont naturellement gouvernantes. »2051

François GUIZOT (1787-1874), Lettre de 1852. Histoire de la France : les temps nouveaux, de 1852 à nos jours (1971), Georges Duby

Guizot est aussi l’historien de l’irrésistible ascension bourgeoise. Sous la Restauration, il a quitté le gouvernement quand les libéraux ont perdu le pouvoir, et a été suspendu de ses cours d’histoire moderne à la Sorbonne, en raison de son opposition au régime monarchiste. Le même homme tombera et entraînera dans sa chute la Monarchie de Juillet, pour cause de conservatisme excessif.

« On a voulu, à tort, faire de la bourgeoisie une classe. La bourgeoisie est tout simplement la portion contentée du peuple. Le bourgeois, c’est l’homme qui a maintenant le temps de s’asseoir. Une chaise n’est pas une caste. »2052

Victor HUGO (1802-1885), Les Misérables (1862)

D’abord réservé face à Louis-Philippe, Hugo est conquis par sa belle-fille, la jeune duchesse d’Orléans. Mais la mort accidentelle de son mari, prince héritier, ruine ses rêves de futur ministre. Nommé pair de France en 1845, il se bat contre la peine de mort, l’injustice sociale. Son parcours politique d’homme de gauche et de cœur ne fait que commencer.

« J’appelle bourgeois quiconque pense bassement. »2053

Gustave FLAUBERT (1821-1880), Correspondance (1842)

Définir la bourgeoisie pour la critiquer : exercice bien tentant pour les écrivains témoins de leur temps. Cette définition de la nouvelle classe régnante sous la monarchie de ce roi bourgeois est signée d’un fils de grand bourgeois (père médecin-chef de l’Hôtel-Dieu de Rouen), passionné de littérature et particulièrement inspiré par la sottise bourgeoise qui s’affiche, insolente.

« Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux.
D’un siècle sans espoir naît un siècle sans crainte. »2054

Alfred de MUSSET (1810-1857), Poésies nouvelles, Rolla (1833)

L’enfant terrible du romantisme triomphant incarne le mal de vivre de tous les enfants du siècle. Mais le désarroi de cette jeunesse dorée est plus moral que social.

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