Delors : « Il y a deux styles possibles en France. Il y a celui qui consiste à ramener les déclarations près des réalités : c'est celui que je préconise […] » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Les années Pompidou, Giscard d’Estaing et Mitterrand

La dévaluation de 1982 sème les premiers doutes sur la politique économique socialiste

La gauche est battue lors des élections cantonales de 1982, alors même que ces élections étaient devenues importantes avec la décentralisation qui a renforcé les pouvoirs des élus locaux. Plus grave encore : le franc est dévalué, du fait des déficits croissants. La France s’offre un socialisme social et une relance économique très au-dessus de ses moyens financiers, et la politique menée par le gouvernement inspire désormais la méfiance.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Il y a deux styles possibles en France. Il y a celui qui consiste à ramener les déclarations près des réalités : c’est celui que je préconise. Et il y a l’autre style […] Il consiste à parler à trois kilomètres des réalités. »3225

Jacques DELORS (né en 1925), ministre de l’Économie et des Finances, Grand jury RTL - Le Monde, 29 novembre 1981

Six mois après la victoire, le doute s’installe, même au cœur du PS.

(…) Mal à l’aise dans ce gouvernement, Delors prêche une « pause des imaginations », alors que fusent propositions et idées de réformes. Le lendemain, le Premier ministre Pierre Mauroy confirme que les réformes se feront. Une politique résolument volontariste, mais irréaliste.

« La décentralisation sera au cœur de l’expérience du gouvernement de la gauche. La République se sera enfin libérée de la monarchie. »3226

Pierre MAUROY (1928-2013), Héritiers de l’avenir (1977)

Autre grande idée de la gauche, et réforme de structure non remise en question plus tard. Selon Mitterrand : « C’est la centralisation qui a contribué à l’unité française ; c’est la décentralisation qui empêchera que cette unité se défasse. »

Les lois Defferre (du nom du ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation) seront prises de mars 1982 à juillet 1983 (…)

« Au fond, le gouvernement “vend mal” sa politique. »3227

Jean-Marie COLOMBANI (né en 1948), Le Monde, 19 mars 1982

Rédacteur au service politique du journal, et récemment chargé du PS, il résume la pensée des socialistes, entre les 14 et 21 mars, en pleine période d’élections cantonales. Un scrutin exceptionnellement politisé à double titre : première consultation d’ampleur nationale depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir, élections devenues importantes avec la décentralisation qui à renforcé les pouvoirs des élus locaux.

Et l’opposition l’emporte, à la stupeur des socialistes ! D’où l’idée que si la politique est bonne, ce dont ils ne veulent pas encore douter, c’est que le message au pays passe mal (…)

« La brillante paille des mots de François Mitterrand a occulté mercredi le grain des choses. Pour combien de temps ? »3228

Maurice ROY (1929-2012), Le Point, 14 juin 1982

(…) Les sondages sont toujours excellents pour le président, mais les indices économiques sont mauvais. Il met tout son talent à cacher la dure vérité économique : elle va éclater trois jours après, le 12 juin.

« À terme, une monnaie finit toujours par être le reflet de la productivité de l’économie qui l’émet. »3229

Michel ROCARD (1930-2016). interviewé dans Le Nouvel Observateur, 12 juin 1982

Ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire (et ex-inspecteur des finances), il annonce que « paraît venue l’heure de la rigueur socialiste, c’est-à-dire de l’équilibre entre la lucidité économique et la lucidité sociale. » Ce texte sort le jour même de la dévaluation du franc ! (…)

Entre 1980 et 1982, le déficit budgétaire passe de 30 à 99 milliards de francs (…)

« Une semaine après les fastes du sommet de Versailles, cette dévaluation improvisée a un goût amer pour le prestige de la France. »3230

Valéry GISCARD D’ESTAING (né en 1926). Dictionnaire des citations de l’histoire de France (1990), Michèle Ressi

Le huitième sommet des grands pays industrialisés (Groupe des 8, plus souvent nommé G8) s’est tenu à Versailles (5-6 juin).

Après l’illusion lyrique, l’état de grâce, le budget fou et l’imagination au pouvoir, voici venue la saison des comptes, de la gestion des réformes. Juin 1982 marque un vrai tournant de l’ère socialiste. En attendant la rigueur décrétée au printemps prochain.

Faites de la musique, Fête de la Musique.3231

Slogan et mot d’ordre festif, né le 21 juin 1982

(…) L’enquête sur les pratiques culturelles des Français (1982) révèle que cinq millions de personnes, dont un jeune sur deux, jouent d’un instrument de musique. Voila un bon thème : « la musique partout et le concert nulle part ». Et quelle belle idée, de faire descendre les gens dans la rue ! En quelques semaines, Jack Lang lance l’opération et fixe la date du 21 juin, jour du solstice d’été, nuit païenne se référant à la tradition des fêtes de la Saint-Jean. (…)

« Premièrement, peut-on rire de tout ? À la première question, je répondrai oui sans hésiter […] Deuxièmement, peut-on rire avec tout le monde ? C’est dur. »3232

Pierre DESPROGES (1939-1988), réquisitoire contre Jean-Marie Le Pen, 28 septembre 1982. Les Réquisitoires du Tribunal des Flagrants Délires, tome I, Seuil-France-Inter (2003)

(…) Pierre Desproges, se lance dans un réquisitoire qui tourne souvent au morceau de bravoure. Face à Le Pen présent sur le plateau (et filmé), Desproges s’est surpassé (…) Il aligne tous les clichés les plus bêtes et méchants qu’il a pu entendre ou imaginer contre les arabes et les juifs. Tous les réseaux sociaux s’en font aujourd’hui encore l’écho, images et sons. Le plus étonnant, c’est qu’à cette date, Le Pen est au tout début de sa carrière : très jeune député (élu a 27 ans), décoré de la Croix de la valeur militaire, il préside le Front national depuis 1972, mais le score aux élections est quasi nul (jusqu’en 1983), les dérapages verbaux sont rares et peu remarqués. Et pourtant, Desproges a flairé le péril frontiste ! (…)

« Je suis un con. J’ai voté Mitterrand. »3233

Pancartes dans les défilés. Contre moi de la tyrannie : souvenirs 1913-1990 (1992), Heinz Weil

Automne 1982 : cadres et membres des professions libérales manifestent, déçus du socialisme qu’ils ont contribué à porter au pouvoir, par « ras-le-bol » de Giscard, de Barre, des impôts et des tracasseries administratives. Ils sont les premières victimes de la fiscalité alourdie et les perdants (en pouvoir d’achat) au milieu des années 1980.

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