Mauriac : « Ils n'osent écrire qu'une police qui torture, si blâmable qu'elle soit, c'est une police qui fait son métier, une police sur laquelle on peut compter. » | L’Histoire en citations
Mauriac : « Ils n'osent écrire qu'une police qui torture, si blâmable qu'elle soit, c'est une police qui fait son métier, une police sur laquelle on peut compter. »
Citation du jour

citation ive républiqueContexte tragique de la guerre d’Algérie, retour du général de Gaulle et résurgence du gaullisme de Mauriac. Le chroniqueur voit de nouveau en lui l’homme du destin pour la France et s’engage à fond, en son âme et conscience de catholique. Son Bloc-notes politique est célèbre, souvent cité, commenté, très suivi, passant de la Table ronde (revue) au Figaro littéraire et à l’Express (hebdomadaires).

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« Ils n’osent écrire qu’une police qui torture, si blâmable qu’elle soit, c’est une police qui fait son métier, une police sur laquelle on peut compter. »2909

François MAURIAC (1885-1970), Bloc-notes, I, 1952-1957

« Ils ne l’écrivent pas noir sur blanc, mais cela court entre les lignes… » En 1952, Mauriac, écrivain catholique, reçoit le prix Nobel de littérature pour « la profonde imprégnation spirituelle et l’intensité artistique avec laquelle ses romans ont pénétré le drame de la vie humaine ». Il n’a pas pris position dans la guerre d’Indochine, mais il s’engage désormais en faveur de l’indépendance du Maroc, puis de l’Algérie, et condamne l’usage de la torture par l’armée française.

Dans une méditation douloureuse et brûlante intitulée Imitation des bourreaux de Jésus-Christ, il dénonce l’État tortionnaire et non plus seulement l’État policier, lors de l’allocution de clôture à la Semaine des intellectuels catholiques, à Florence (novembre 1954). Il s’investit de plus en plus dans le drame algérien, qu’il commentera jusqu’en 1958. Il est alors convaincu que seul de Gaulle peut dénouer la situation.

« Les soussignés […] somment les pouvoirs publics, au nom de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, de condamner sans équivoque l’usage de la torture qui déshonore la cause qu’elle prétend servir. »2917

Protestation solennelle adressée au président de la République, avril 1958. Signée André Malraux (1901-1976), Roger Martin du Gard (1881-1958), François Mauriac (1885-1970), Jean-Paul Sartre (1905-1980), parue dans la presse et appelant les Français à se joindre à eux

L’occasion est donnée par le livre d’Henri Alleg, La Question, récit d’un torturé, saisi par la police le 25 mars 1958. Tous les intellectuels engagés s’expriment sur cet insupportable et insoluble problème de la torture.

« Il ne faut pas beaucoup de mitraillettes pour disperser cent mille citoyens armés de grands principes. »2924

François MAURIAC (1885-1970), L’Express, 12 juin 1958, Bloc-notes, 1958-1960, II (1961)

Guerre d’Algérie, suite. Au cours des journées de mai 1958, l’idée s’est répandue d’un dénouement possible de la crise par l’établissement d’une dictature militaire en France. Des parachutistes venus d’Algérie pourraient débarquer, faire jonction avec les réseaux favorables à l’Algérie française en métropole, les putschistes bénéficiant même de complicités dans l’appareil de l’État. Le 28 mai, à Paris, une foule immense et pacifique va défiler de la Nation à la République, conspuant les paras et criant : « Le fascisme ne passera pas ! »

Mauriac qui en rend compte dénonce le danger fasciste dans L’Express, au fil de sa fameuse chronique hebdomadaire. Cette menace va précipiter la solution de Gaulle, recours à l’ultime sauveur. Pour Mauriac, c’est l’homme du destin, l’homme de la grâce, le garant de l’unité du pays. Dès lors, sa vision de la politique se confond avec celle du gaullisme. Ses prises de position passionnées le conduisent à quitter L’Express pour Le Figaro littéraire, trop heureux d’accueillir désormais son Bloc-notes, publié plus tard en quatre recueils.

« Le général de Gaulle se tient sous le regard du général de Gaulle qui l’observe, qui le juge, qui l’admire d’être si différent de tous les autres hommes. »2976

François MAURIAC (1885-1970), De Gaulle (1964)

Le romancier témoin de son temps est redevenu fervent gaulliste depuis 1958, mais jamais du style « godillot », ni dans le fond, ni dans la forme : « Que de Gaulle se voie lui-même comme un personnage de Shakespeare et comme le héros d’une grande histoire, cela se manifeste clairement chaque fois (et c’est souvent) qu’il parle de lui à la troisième personne. »

« Cas sans précédent de suicide en plein bonheur. »3087

François MAURIAC (1885-1970), à propos du référendum d’avril 1969. De Gaulle, volume III (1986), Jean Lacouture

Démission du président de la République qui a voulu et perdu son referendum (réforme du Sénat et réforme régionale). De Gaulle part en Irlande, pour ne pas être impliqué dans la campagne présidentielle – il votera par procuration. De retour à Colombey, il s’enfermer dans sa propriété de la Boisserie pour un dernier face à face avec l’histoire : rédaction quelque peu désenchantée, quoique sereine, de ses Mémoires d’espoir. Mauriac et de Gaulle meurent l’année suivante.

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