Voltaire : « Je sème un grain qui pourra produire un jour une moisson. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Siècle des Lumières. Règne personnel de Louis XV.

Religion et tolérance, combat de Voltaire - pouvoir et fermeté, « coup d’État royal ».  

L’« Affaire Calas » reste attachée au nom de Voltaire qui s’est battu pour d’autres justes causes, d’où sa panthéonisation à la Révolution. Dans le même temps, la guerre parlementaire (re)commence : épreuve de force où Louis XV fait preuve d’autorité, soutenant un temps la réforme du chancelier Maupeou qui aurait pu faire l’économie d’une Révolution.

La gazette se fait aussi l’écho de Sade le débauché, de Marie-Antoinette la dauphine adorée du peuple. L’opinion publique critique à plaisir. Le règne a pourtant du bon : prospérité de la bourgeoisie, éclat de la civilisation française, richesse de la vie artistique et littéraire dans les salons, clubs et cafés, éclosion des idées nouvelles. Tels sont les faits de société marquants.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Je sème un grain qui pourra produire un jour une moisson. »1176

VOLTAIRE (1694-1778), Traité sur la tolérance (1763)

Il écrit ce traité pour Calas, et pour que justice soit rendue. Il ajoute : « Attendons tout du temps, de la bonté du roi, de la sagesse de ses ministres, et de l’esprit de raison qui commence à répandre partout sa lumière. » Deux ans après, c’est la réhabilitation de Calas ! (…) L’auteur va continuer de s’engager dans les grandes affaires de son temps (…)

« Oh ! la belle statue ! oh ! le beau piédestal !
Les Vertus sont à pied et le Vice à cheval. »1177

Vers anonymes écrits sur le socle de la statue équestre de Louis XV (…)

La statue de Bouchardon, inaugurée à Paris le 2 juin 1765 sur la place Louis-XV (place de la Concorde) est entourée de quatre figures symbolisant les vertus. Le Bien-Aimé a perdu la Pompadour et pas encore trouvé la du Barry, mais entre deux favorites officielles, les dames ne manquent pas, surtout de très jeunes demoiselles, abritées dans le Parc-aux-Cerfs à Versailles. Le règne est celui de toutes les rumeurs (…)

« Une fermeté inébranlable est le seul moyen de conserver et vos jours et votre autorité : il est triste d’être forcé de se faire craindre, mais il l’est encore plus d’avoir à craindre. »1178

Dauphin LOUIS (1729-1765), Mémoire au roi (1765)

Le fils aîné de Louis XV meurt le 20 décembre 1765 (à 36 ans). Peu de temps avant sa mort, ce spécialiste de droit public a remis au roi un mémoire. Il veut le mettre en garde contre le danger des prétentions parlementaires, manifestées dans les arrêts et remontrances.

« C’est en ma personne seule que réside l’autorité souveraine ; c’est de moi seul que mes Cours tiennent leur justice et leur autorité ; la plénitude de cette autorité qu’elles n’exercent qu’en mon nom demeure toujours en moi et l’usage n’en peut jamais être tourné contre moi. »1179

LOUIS XV (1710-1774), Déclaration solennelle au Parlement de Paris, 3 mars 1766. Histoire des Français (1821-1844), Simonde de Sismondi

Stupeur à l’arrivée impromptue du roi et à l’audition du discours. Face à la fronde quasi féodale des magistrats soutenant l’un des leurs, La Chalotais, procureur général de Rennes, contre d’Aiguillon, gouverneur de Bretagne, le roi réaffirme son autorité de monarque absolu (…) La « guerre parlementaire » est rouverte, elle va provoquer à terme la fin de l’Ancien Régime.

« On dit que cet infortuné jeune homme est mort avec la fermeté de Socrate ; et Socrate a moins de mérite que lui : car ce n’est pas un grand effort, à soixante et dix ans, de boire tranquillement un gobelet de ciguë ; mais mourir dans les supplices horribles, à l’âge de vingt et un ans… »1180

VOLTAIRE (1694-1778), Lettre à M. le Comte d’Argental, 23 juillet 1766, Correspondance (posthume)

Il prend parti pour le chevalier de la Barre : accusé de blasphèmes, chansons infâmes et profanations, et de ne pas s’être découvert lors d’une procession de la Fête-Dieu, condamné à avoir la langue coupée, la tête tranchée, le corps réduit en cendres avec un exemplaire du Dictionnaire philosophique trouvé chez lui, le 1er juillet 1766. Voltaire, doublement concerné, va demander la révision du jugement (…)

« J’ai fait de grandes pertes ; mon fils le Dauphin, sa femme, la reine, mes filles aînées ; je vieillis et par mon âge, je serais le père de la moitié de mes sujets ; par mon affection, je le suis de tous. »1181

LOUIS XV (1710-1774), au roi de Danemark en visite à Paris. Souvenirs du marquis de Valfons (posthume, 1860)

Confidence du roi de France, âgé de 57 ans - la moyenne de vie passe en France de 21 ans en 1680 à 32 ans en 1774 (la mortalité infantile reste élevée, ce qui infléchit lourdement cette statistique).

« Respectons éternellement le vice et ne frappons que la vertu. »1182

Marquis de SADE (1740-1814), L’Histoire de Juliette (1797)

1768 : Sade est emprisonné sept mois, ayant enlevé et torturé une passante. En 1763, les deux semaines au donjon de Vincennes pour « débauche outrée » n’étaient qu’un premier avertissement. Le divin marquis passera au total trente années de sa vie en prison (…) Son œuvre, interdite, circule sous le manteau tout au long du XIXe siècle, réhabilitée au XXe, avec les honneurs d’une édition dans la Pléiade (…)

« Les Parisiens sont aujourd’hui des sybarites, et crient qu’ils sont couchés sur des noyaux de pêche, parce que leur lit de roses n’est pas assez bien fait. »1183

VOLTAIRE (1694-1778), Lettre à Mme de Florian, 1er mars 1769, Correspondance (posthume)

L’épicurien qui chantait « le superflu, chose très nécessaire » juge à présent ses contemporains avec la sagesse d’un vieux philosophe (…) Le règne de Louis XV fut un temps de longue prospérité (…) raffinement des mœurs, luxe de la bonne société, éclat sans pareil du Paris des salons, des cafés, des clubs et des spectacles, rayonnement culturel de la France en Europe. Pour quelque 20 millions de paysans, un réel mieux-être (…) le seuil de subsistance est dépassé.

« Nous avons la propriété de notre honneur, de notre vie et de notre liberté, comme vous avez la propriété de votre couronne. Nous verserions notre sang pour conserver vos droits, mais conservez-nous les nôtres. »1184

Plaidoyer des États de Bretagne, 1769. Vie privée de Louis XV, ou principaux événements, particularités et anecdotes de son règne (1781), Mouffle d’Angerville

En 1768, les États de Bretagne ont demandé le rappel du Parlement de Rennes afin de rétablir le cours de la justice. Les magistrats ont repris leurs fonctions en juillet 1769 – sauf La Chalotais et ses complices, maintenus en exil. Ils réclament (…) le retour des exilés, concluant : « Sire, la province à vos genoux réclame votre justice. » Le mémoire fut renvoyé sans suite. Épreuve de force entre Parlement et pouvoir royal si grave que la Révolution aurait pu être datée de 1769.

« Eh ! la France, ton café fout le camp. »1185

Comtesse DU BARRY (1743-1793), s’adressant à Louis XV. Anecdotes sur la comtesse du Barry (1775), Pidansat de Mairobert

Nouvelle favorite depuis 1768, elle a trente-trois ans de moins que le roi vieillissant, toujours séducteur et encore séduisant, aussitôt charmé par sa joie de vivre et ses 25 ans (…) Elle traitait le roi en valet de comédie, l’appelant « la France » et le tutoyant. Occupée à se poser des mouches quand l’infusion en bouillant tomba sur le feu, elle aurait crié la fameuse phrase (…)

« Ne parlez point allemand, Monsieur ; à dater de ce jour, je n’entends plus d’autre langue que le français. »1186

MARIE-ANTOINETTE d’Autriche (1755-1793), à M. d’Antigny, chef de la Cité (Strasbourg), 7 mai 1770. Les Grands Procès de l’histoire (1924), Me Henri-Robert

Il lui adressait la bienvenue en allemand. La jeune « princesse accomplie » va à la rencontre de son fiancé le dauphin Louis (futur Louis XVI) et de toute la cour qui l’attend à Compiègne. Elle a déjà dû, selon l’étiquette, se dépouiller de tout ce qui pouvait la rattacher à son ancienne patrie, pour s’habiller à la mode française (…) L’alliance autrichienne renforce la position de la France, en cas de guerre avec l’Angleterre ou la Prusse.

« Nous ne tenons notre couronne que de Dieu. Le droit de faire les lois nous appartient à nous seul, sans dépendance et sans partage. »1187

René Nicolas de MAUPEOU (1714-1792), Préambule d’un édit en date du 27 novembre 1770. Chronique (1753-1789) du libraire Siméon Prosper Hardy

Réaffirmation de la monarchie absolue, face au Parlement et au nom du roi. Le Parlement répond au chancelier Maupeou par les remontrances habituelles. Louis XV recourt au lit de justice pour faire enregistrer l’édit. Protestations. Députations auprès du roi. Scénario classique. Cette fois, Louis XV a décidé d’être le plus fort (…) l’opposition aristocratique s’organise, certains magistrats parlant du devoir de désobéissance au roi : c’est la « révolution royale ».

« Toutes les têtes se tournèrent et l’on entendit jusque dans les rues crier à l’injustice, à la tyrannie. Les femmes se distinguèrent surtout. Selon elles, la monarchie allait s’écrouler, elles ne parlaient des Parlements que comme des victimes qu’on égorgeait sur l’autel du despotisme. »1188

Baron de BESENVAL (1721-1791), Mémoires de Besenval (posthume, 1805)

L’édit du 23 février 1771, lu le 25 au Conseil d’État par le chancelier Maupeou, fait l’effet d’une bombe. C’en est une : abolition de la vénalité des charges, établissement de la gratuité de la justice, transformation des juges en fonctionnaires appointés, nommés par le roi et révocables en cas de fautes graves ou d’insuffisances. Le « coup d’État Maupeou » est une réforme en profondeur de l’Ancien Régime (…)

« J’avais fait gagner au roi un procès qui durait depuis trois siècles. S’il veut le perdre encore, il est bien le maître. »1189

René Nicolas de MAUPEOU (1714-1792). La Fin de l’Ancien régime (1974), Henri Métivier

Son coup d’État a réussi : la nouvelle justice fonctionne, plus efficace et plus rapide. Le chancelier de France prépare un code unique et la simplification des procédures. Cette réforme bat en brèche les privilèges de la noblesse de robe et ouvre l’accès de la magistrature à tous (…) Mais Louis XVI rappelera les anciens Parlements, dès son arrivée au pouvoir en 1774.

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