Louvois : « Je vous prie de ne point vous lasser d'être méchant et de pousser les choses à cet égard avec toute la vigueur imaginable. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Siècle de Louis XIV.
La révocation de l’édit de Nantes (1685).

La Révocation s’inscrit dans une politique religieuse aussi intolérante pour les protestants que pour les jansénistes. Condamnée unanimement par les historiens, à commencer par Voltaire au siècle suivant, la persécution des protestants est menée par Louvois et voulue par le roi, plus ou moins influencé par la très catholique Mme de Maintenon et soutenue par Bossuet. La majorité des Français y est favorable, y compris les plus grands noms littéraires.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Je vous prie de ne point vous lasser d’être méchant et de pousser les choses à cet égard avec toute la vigueur imaginable. »897

Marquis de LOUVOIS (1641-1691), secrétaire d’État de la guerre (équivalent de ministre de la Défense)

Histoire de Louvois (1879), Camille Rousset.

(…) Il veut épuiser l’adversaire économiquement, mais aussi détruire le plus possible en bombardant les villes. Partout, il montre la même brutalité : 10 000 bombes incendiaires vont détruire la moitié de la ville de Gênes (19 mai 1684), en même temps que les dragonnades se déchaînent contre les protestants (…)

« Les troupes furent envoyées dans toutes les villes où il y avait le plus de protestants ; et comme les dragons, assez mal disciplinés dans ce temps-là, furent ceux qui commirent le plus d’excès, on appela cette exécution la « dragonnade ». »898

VOLTAIRE (1694-1778), Le Siècle de Louis XIV (1751)

(…) Dès 1680, on fit loger des dragons chez les protestants, en leur permettant toutes sortes de sévices. Les « missionnaires bottés » obtinrent 30 000 conversions en quelques mois. Fort de ce bilan, Louvois fit étendre la mesure à toute la France. On présenta au roi de longues listes de convertis (…) Crut-il que la révocation de l’édit de Nantes ne serait plus qu’une simple formalité ? (…)

« Dieu se sert de tous les moyens. »899

Mme de MAINTENON (1635-1719). Histoire de Madame de Maintenon et des principaux événements du règne de Louis XIV (1849), duc Paul de Noailles

(…) Ainsi et au nom de la foi, elle se résigne à la brutalité des dragonnades, et notamment les enfants systématiquement enlevés à leurs parents (…) Un casuiste (cité par Michelet dans son Histoire de France), à propos des dragonnades, aura un autre mot pour faire passer la chose : « Un petit mal pour un grand bien ».

« La plaie de la révocation de l’édit de Nantes saigne encore en France. »900

VOLTAIRE (1694-1778), Correspondance (Lettre au comte de Schouvalof, 30 septembre 1767)

Grand avocat de la tolérance religieuse, c’est aussi l’historien du Siècle de Louis XIV. L’édit de Fontainebleau du 18 octobre 1685 (enregistré le 22) révoque l’édit de Nantes (pris par Henri IV en 1598) : pasteurs bannis, écoles protestantes fermées, temples détruits, enfants des « nouveaux convertis » baptisés, interdiction de quitter la France sous peine de galères.

« Calvin, outré des arrêts qu’on publie,
La larme à l’œil, a dit à Lucifer :
— Ah ! c’en est fait, ma secte est convertie,
Il faut songer à rétrécir l’Enfer. »901

Révocation de l’Édit de Nantes (1685), chanson (…)

Malgré la propagande officielle, on doute de la conversion si rapide de tant de protestants soumis aux dragonnades. D’où la suite de la chanson (…) L’interdiction de fuir n’empêche pas quelque 300 000 protestants de quitter la France (…) techniciens et chefs d’entreprise accueillis à Genève, en Hollande, à Berlin, « refuges » devenus foyers d’hostilité à la France et à son roi.

« Il faut, ou que l’État périsse, ou que la liberté de conscience soit rétablie. »902

Claude BROUSSON (1647-1698). Vie et ministère de Claude Brousson (1878), Léopold Nègre

Ce « ministre » (pasteur) protestant languedocien fait partie des opposants violents à la révocation de l’édit de Nantes. Mais dans leur majorité, les Français – et les plus éclairés d’entre eux – approuvent la mesure, Mme de Sévigné, La Bruyère, La Fontaine en tête. Et Bossuet qui parle au nom de l’Église de France.

« Le propre de l’hérétique, c’est-à-dire de celui qui a une opinion particulière, est de s’attacher à ses propres pensées. »903

BOSSUET (1627-1704), Histoire des variations des Églises protestantes (1688)

(…) L’histoire juge avec sévérité la révocation, aux conséquences désastreuses. Louis XIV, mal conseillé, mal informé, ne les a pas prévues (…) Ses motivations sont religieuses et politiques : en éliminant l’hérésie, il veut se poser en champion de la chrétienté en Europe, affermir son autorité de Roi Très Chrétien et de droit divin, dans une France catholique.

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