Louis-Napoléon Bonaparte : « L'élu de six millions de suffrages exécute les volontés du peuple, il ne les trahit pas. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Deuxième République

L’irrésistible ascension du second Bonparte de l’histoire : une course au pouvoir sous surveillance.

La République survit tant bien que mal dans un climat de crise et de peur entraînant des lois réactionnaires (sur le droit d’association, le système électoral, la presse). Victor Hugo, auteur célèbre en rupture de théâtre, député devenu déjà le grand homme de la gauche, tonne à l’Assemblée. Thiers est également vigilant et la presse aussi clairvoyante que possible.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« L’élu de six millions de suffrages exécute les volontés du peuple, il ne les trahit pas. »2208

Louis-Napoléon BONAPARTE (1808-1873), Discours de Lyon, 15 août 1850

Le Prince, le peuple et le droit : autour des plébiscites de 1851 et 1852 (2000), Frédéric Bluche.

Étape d’un voyage triomphal de six mois à travers la France. Fort des 75 % de Français qui l’ont élu président de la République au suffrage universel le 10 décembre 1848, il réussit à se poser en défenseur dudit suffrage et donc de la vraie démocratie, contre la Chambre et ses conservateurs, avec lesquels il prend ses distances. Bien joué, pour celui qu’on qualifiait d’imbécile et d’impuissant. Il apprend son métier et la propagande est parfaitement organisée (…)

« L’an passé, ils adoraient le sabre. Les voilà maintenant qui adorent le gourdin. »2209

Victor HUGO (1802-1885), mots prémonitoires, datés de novembre 1849. Actes et Paroles. Avant l’exil (1875), Victor Hugo

Hugo constate les progrès de l’autorité et l’irrésistible ascension du prince Louis-Napoléon. Le premier Bonaparte a eu sa campagne d’Italie, le second s’offre une campagne de France. La « folie impériale » redoutée par Mme Thiers se précise.

« Si l’Assemblée cède, il n’y aura plus qu’un pouvoir […] Le mot viendra plus tard : l’Empire est fait. »2210

Adolphe THIERS (1797-1877), Assemblée législative, 3 janvier 1851

Louis-Napoléon Bonaparte voit venir le jour où, la Constitution lui interdisant de se faire réélire (art. 45), il devra quitter le pouvoir. Changarnier, député, commandant de l’armée de Paris et de la garde nationale, craint le coup de force et le dénonce à la Chambre, dans un discours provocant. Thiers, conservateur, mais républicain, soutient Changarnier. Avec son intelligence politicienne, il encourage la Chambre à résister : elle vote un ordre du jour de défiance.

« Ce gouvernement, je le caractérise d’un mot : la police partout, la justice nulle part. »2211

Victor HUGO (1802-1885), Assemblée législative, avril 1851

Le parti de l’Ordre est devenu impopulaire, par ses lois trop réactionnaires ; les monarchistes sont divisés sur le nom d’un candidat, après la mort de Louis-Philippe (26 août 1850). Louis-Napoléon Bonaparte se pose en homme providentiel (…) Hugo est désormais son principal opposant. Le libéral en lui est révolté : le président de la République manipule l’opinion et exploite à son profit la peur. Des troubles dans le pays affolent le bourgeois.

« Quels que soient les devoirs que le pays m’impose, il me trouvera décidé à suivre sa volonté. »2212

Louis-Napoléon BONAPARTE (1808-1873), Discours de Dijon, 12 juin 1851

Coup classique, mais bien mis en scène et qui aurait pu réussir. Le président veut obtenir la révision de la Constitution, seule voie légale pour lui, seule solution, assure-t-il, pour le pays. Campagne de pétitions, propagande efficace : 1 123 000 signatures parviennent à l’Assemblée.

« Belle dame, voulez-vous accepter mon bras ?
— Votre passion est trop subite pour que je puisse y croire ! »2213

Honoré DAUMIER (1808-1879), légende d’une caricature (1851)

Ratapoil (Louis-Napoléon Bonaparte) offre son bras à la République, pour des noces reconduites.

« La Révolution et la République sont indivisibles. L’une est la mère, l’autre est la fille. L’une est le mouvement humain qui se manifeste, l’autre est le mouvement humain qui se fixe. La République, c’est la Révolution fondée […] On ne sépare pas l’aube du soleil. »2214

Victor HUGO (1802-1885), Assemblée législative, Discours du 17 juillet 1851

Discours violent et célèbre, prononcé devant une assemblée houleuse. Hugo est contre la révision de la Constitution qui est débattue. Le 19 juillet, elle ne réunit que 446 voix contre 270. Il fallait la majorité des trois quarts (543 voix). L’article 45 interdisant la rééligibilité est donc maintenu. Cette fois, les députés n’ont pas été dupes, la manœuvre a échoué. Louis-Napoléon Bonaparte n’a plus le choix. Il prépare son coup d’État (…)

« Le propre de la démocratie est de s’incarner dans un homme. »2215

Louis-Napoléon BONAPARTE (1808-1873), à la veille du coup d’État

2 décembre 1851, le jour est choisi : c’est l’anniversaire d’Austerlitz. Louis-Napoléon Bonaparte a voulu personnellement et ardemment ce coup d’État, mais il en ressentira plus tard une réelle culpabilité : c’est sa « tunique de Nessus », dira l’impératrice Eugénie.

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