Michelet : « L'Encyclopédie fut bien plus qu'un livre. Ce fut une faction... » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Siècle des Lumières. Règne personnel de Louis XV.

Les philosophes vont jouer le premier rôle au siècle des Lumières.

Ils traitent de (presque) tous les sujets dans l’Encyclopédie… et dans l’actualité. Voltaire est le plus actif - voire hyperactif et réactif jusqu’à la fin de sa longue vie. Mandrin le bandit entre dans la légende et le supplice de Damiens le fou régicide reste dans l’histoire. La « seconde guerre de cent ans » oppose encore la France à l’Angleterre et la question religieuse récurrente prend un tour comique avec le 245e pape.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« L’Encyclopédie fut bien plus qu’un livre. Ce fut une faction. À travers les persécutions, elle alla grossissant. L’Europe entière s’y mit. Belle conspiration générale qui devint celle de tout le monde. Troie entière s’embarqua elle-même dans le cheval de Troie. »1132

Jules MICHELET (1798-1874), Histoire de France au dix-huitième siècle, Louis XV (1866)

L’affaire de l’Encyclopédie commence : le scepticisme de l’article « Certitude » alerte les jésuites, et les jansénistes se mettent pour une fois dans leur camp. Le 7 février 1752, un arrêt du Conseil d’État interdit la vente et la détention des deux premiers tomes (…)

« Je vois bien qu’on a pressé l’orange, il faut penser à sauver l’écorce. »1133

VOLTAIRE (1694-1778), Lettre à Mme Denis, 18 décembre 1752. Correspondance (posthume)

Allusion spirituelle au mot du roi Frédéric II de Prusse qui lui fut rapporté : « J’aurai besoin de lui encore un an, tout au plus ; on presse l’orange et on jette l’écorce » (2 septembre 1751). Invité fastueusement à Berlin, alors que la cour de France le boude, Voltaire sera déçu par le despote éclairé qui fait de lui son otage (…)

« Ils finiront par perdre l’État. C’est une assemblée de républicains ! »1134

LOUIS XV (1710-1774), à Mme de Pompadour et au duc de Gontaut (son frère), janvier 1753. Précis du siècle de Louis XV (1763), Voltaire

« Républicains », c’est un grand mot, presque un gros mot, en tout cas un mot qui fait peur au roi. Il parle ici du Parlement de Paris et de son opposition qui s’exerce à toute occasion, avec une violence qui ne cessera de grandir jusqu’à la Révolution (…) Le roi, en raison de sa piété, a plus d’égard pour le clergé, qui agit exactement de la même manière (…)

« Les Anglais ont été de tout temps les ennemis constants et implacables de notre sang et de notre maison ; nous n’en avons jamais eu de plus dangereux. »1135

LOUIS XV (1710-1774), Lettre à Ferdinand VI d’Espagne, 1754. Correspondance de Louis XV et du maréchal de Noailles, tome II (1865)

Il écrit au roi d’Espagne, comme lui arrière-petit-fils de Louis XIV et qui pour autant ne fera pas alliance avec la France (d’où le prochain renversement des alliances). De 1688 à 1815, soit en cent vingt-sept ans, la France soutient contre l’Angleterre sept grandes guerres, qui durent en tout soixante ans : on parlera de la « seconde guerre de Cent Ans ».

« Il y a trois mois, ce n’était qu’un voleur ; c’est à présent un conquérant. »1136

VOLTAIRE (1694-1778), Lettre à la duchesse de Saxe-Gotha, 14 janvier 1755, Correspondance (posthume)

Et quatre mois après, Mandrin entrera dans la légende. Bandit de grand chemin, prenant la tête de contrebandiers et de faux saulniers (faisant le trafic du sel), il forme une troupe disciplinée qui s’attaque aux fermes générales et aux greniers à sel avec une incroyable audace (…) Mandrin sera finalement pris, sitôt jugé, roué vif, le 26 mai 1755 – il meurt à 30 ans.

« Nous étions vingt ou trente
Brigands dans une bande,
Tous habillés de blanc,
À la mode des…
Vous m’entendez ?
Tous habillés de blanc
À la mode des marchands. »1137

La Complainte de Mandrin (1755), chanson

L’auteur est anonyme, mais le texte semble bien daté de l’année de sa mort. Tout est fait pour rendre le bandit sympathique, humain, proche du peuple. « La première volerie / Que je fis dans ma vie / C’est d’avoir goupillé, / La bourse d’un… / Vous m’entendez ? / C’est d’avoir goupillé / La bourse d’un curé… » (…)

« J’ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain […] On n’a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre bêtes. Il prend envie de marcher à quatre pattes, quand on lit votre ouvrage. »1138

VOLTAIRE (1694-1778), Lettre à Jean-Jacques Rousseau, 30 août 1755, Correspondance (posthume)

Ce jugement vise le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, point de départ de la philosophie politique de Rousseau qui annonce déjà le Contrat social. Il y a incompatibilité d’esprit entre les deux personnages, et Rousseau écrit à son ami M. Moulton : « Je le haïrais davantage, si je le méprisais moins. » (…)

« Toutes les affaires qui peuvent agiter le Parlement, et surtout celles qui tiennent à la religion, doivent être étouffées dès leur naissance et détruites dans leur germe. »1139

Cardinal de BERNIS (1715-1794), Mémoires (posthume)

En 1756, le roi sent son pouvoir absolu menacé. L’agitation parlementaire recommence de plus belle avec la « théorie des classes » – selon laquelle tous les Parlements forment un corps unique – et la création d’un deuxième vingtième. L’agitation se communique au pays. Et le clergé (…) va relancer une guerre d’un autre temps.

« Faites vous-même le pape ! »1140

BENOÎT XIV (1675-1758), au duc de Choiseul, ambassadeur de France à Rome, 31 août 1756. Collection des mémoires relatifs à la Révolution française (1827), Saint-Albin Berville, François Barrière

« Fa el Papa ! » Le 245e pape perd patience, malgré son esprit conciliant et ses 80 ans. La France, fille aînée de l’Église, se conduit de manière bien déraisonnable, au siècle de la raison ! Le clergé ranime la querelle janséniste et l’affaire de la bulle Unigenitus (…) Cette agitation plaît au Parlement, mais inquiète le roi, par ailleurs très croyant. On demande donc au pape une lettre encyclique, pour ramener la paix dans les esprits (…)

« Le pape est une idole à qui on lie les mains et dont on baise les pieds »1141

VOLTAIRE (1694-1778), Le Sottisier (posthume, 1880)

Il s’en amuse et se réjouit pour une autre raison, dans une lettre à d’Alembert (13 novembre 1756) : « Pendant la guerre des Parlements et des évêques, les gens raisonnables ont beau jeu et vous aurez le loisir de farcir l’Encyclopédie de vérités qu’on n’eût pas osé dire, il y a vingt ans. » Mais ces querelles franco-françaises, partisanes et mesquines, sont du plus mauvais effet (…) aux yeux de l’opinion.

« Les braves insulaires
Qui font, qui font sur mer
Les corsaires
Ailleurs ne tiennent guère.
Le Port-Mahon est pris, il est pris, il est pris
Ils en sont tout surpris,
Ces forbans d’Angleterre
Ces fou, fou, ces foudres de guerre. »1142

Charles COLLÉ (1709-1783), La Prise de Port-Mahon (1756), chanson

(…) Après une « guerre froide » née de la rivalité coloniale avec l’Angleterre, elle ouvre les hostilités en 1755, se saisissant de 300 navires de commerce français. Prélude à la guerre de Sept Ans (1756-1763), conflit européen majeur qui va bouleverser pour un siècle l’équilibre des forces au bénéfice de l’Angleterre (…) Pour l’heure, le pays célèbre en chanson la prise de Port-Mahon (…)

« Sire, je suis bien fâché d’avoir eu le malheur de vous approcher ; mais si vous ne prenez pas le parti de votre peuple, avant qu’il soit quelques années d’ici, vous et Monsieur le Dauphin et quelques autres périront. »1143

Robert François DAMIENS (1715-1757), premiers mots de sa lettre au roi écrite dans son cachot, après l’attentat du 5 janvier 1757. Siècles de Louis XIV et de Louis XV (posthume, 1820), Voltaire

Louis XV légèrement blessé (…) mais profondément choqué : il redoute effroyablement l’enfer (…) et comprend soudain qu’il n’est plus le bien-aimé de ses sujets. L’émoi est grand chez la marquise de Pompadour, huée par le peuple, craignant sa disgrâce (…) Cet attentat manqué accrut la mélancolie et la méfiance de Louis XV, isolant davantage encore le roi de son entourage, et de son peuple.

« Le monstre est un chien qui aura entendu aboyer quelques chiens […] et qui aura pris la rage. »1144

VOLTAIRE (1694-1778), Lettre à Mme de Lutzelbourg, 20 janvier 1757, Correspondance (posthume)

Damiens a servi comme domestique chez plusieurs magistrats du Parlement de Paris, dont certains très virulents contre le roi (…) Louis XV voulut d’abord pardonner et le fit savoir (…) Mais chaque conseiller donne un avis différent et finalement, Damiens sera jugé pour crime de lèse-majesté, devant la grande chambre du Parlement. Plus fou que régicide (…) son exécution se fera devant la foule, en place de Grève. Toutes les fenêtres sont louées à prix d’or (…)

« La journée sera rude ! »1145

Robert François DAMIENS (1715-1757), à qui sa condamnation est lue, 28 mars 1757 (…)

Sur l’échafaud dressé, il sera donc « tenaillé aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes, sa main droite tenant en icelle le couteau dont il a commis le dit parricide, brûlée au feu de soufre, et sur les endroits où il sera tenaillé, jeté du plomb fondu, de l’huile bouillante, de la poix résine brûlante, de la cire et souffre fondus et ensuite son corps tiré et démembré à quatre chevaux et ses membres et corps consumés au feu, réduits en cendres et ses cendres jetées au vent » (…)

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