Louis-Napoléon Bonaparte : « La pauvreté ne sera plus séditieuse, lorsque l'opulence ne sera plus oppressive. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Monarchie de Juillet

Les prophètes de malheur ont souvent raison, les nuages s’amoncellent.

À partir de 1846, la crise économique - à la fois agricole, industrielle et commerciale - exaspère le climat social. Les menaces se précisent à l’approche des élections : la misère ouvrière s’aggrave, les idées socialistes et communistes se répandent et l’écart grandit entre « pays légal » et « pays réel » (massivement exclu des votes par le cens électoral). Mais le pouvoir (incarné par le roi et son gouvernement) reste aussi aveugle qu’à la veille de la précédente révolution.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« La pauvreté ne sera plus séditieuse, lorsque l’opulence ne sera plus oppressive. »2118

Louis-Napoléon BONAPARTE (1808-1873), L’Extinction du paupérisme (1844)

Le prince qui gouvernera bientôt la France n’est encore qu’un évadé du fort de Ham. Il y a passé six ans, après sa tentative de coup d’État à Boulogne, et a réussi à fuir en Angleterre (…) Il a profité de sa captivité pour exposer ses théories économiques largement influencées par le socialisme utopique de Saint-Simon (…)

« Je hais celui qui jamais ne travaille
Et s’enrichit dans un honteux repos […]
C’est notr’ sueur qui gagn’ sa boustifaille,
Voilà pourquoi j’aim’ pas les aristos. »2119

Gustave LEROY (1818-1860), Les Aristos (1848), chanson

Auteur, compositeur, interprète, l’un des chansonniers les plus populaires du temps dont il capte les vibrations (…) Chez les ouvriers, la révolte gronde. Ce n’est pas encore la révolution, mais dans les années 1846-1847, c’est déjà la crise agricole, puis industrielle, commerciale, sociale et le commencement de la fin d’un régime politique qui ne tient que par le progrès économique et la satisfaction matérielle des bourgeois (…) eux-mêmes exposés aux faillites.

« Elle tomberait, cette royauté, soyez-en sûrs ! Elle tomberait non dans le sang, comme celle de 1789, mais elle tomberait dans son piège. Et, après avoir eu les révolutions de la liberté et les contre-révolutions de la gloire, vous auriez la révolte de la conscience publique et la révolution du mépris. »2120

Alphonse de LAMARTINE (1790-1869), Banquet politique tenu à Mâcon, 18 juillet 1847

Le grand orateur se refait prophète du malheur qui va de nouveau secouer la France. George Sand a elle aussi le cœur à gauche, influencée par Barbès et Arago, avec une inspiration humanitaire à la Rousseau. Choquée par le conservatisme politique du régime, elle met ses préoccupations humanistes dans ses romans, comme La Mare au diable (…)

« Quand les fruits sont pourris, ils n’attendent que le passage du vent pour se détacher de l’arbre. »2121

Louis BLANC (1811-1882), Banquet politique tenu à Dijon, fin décembre 1847. Histoire de la Révolution de 1848 (1870), Louis Blanc

Le militant républicain qui attaque la Monarchie de Juillet à coup de pamphlets prédit la prochaine révolution. La multiplication des banquets est une réplique astucieuse, et bien française, à l’interdiction des réunions. La campagne des Banquets commence le 9 juillet 1847, sur le thème républicain de la réforme électorale, avec abaissement du cens à 100 francs : seul moyen pour l’opposition de faire entendre la voix sinon du peuple, du moins de la petite bourgeoisie (…)

« Notre système financier est à la science économique ce que sont les rouets des ménages aux machines des filatures. »2122

Émile de GIRARDIN (1806-1881), La Presse, 25 juillet 1847. Histoire de la France : dynasties et révolutions, de 1348 à 1852 (1971), Georges Duby

Le quotidien d’Émile de Girardin est monarchiste, mais il garde toute sa liberté d’expression. Il dit donc la vérité : la crise industrielle et financière de 1846-1847 a révélé l’inadaptation des structures et des mentalités en matière de mécanismes du crédit.

« Le roi est arrivé à cet âge où l’on n’accepte plus les observations […] mais où les forces manquent pour prendre une résolution virile. »2123

Prince de JOINVILLE (1818-1900), Lettre au duc d’Aumale, 7 novembre 1847

François d’Orléans, prince de Joinville et troisième fils du roi, écrit à son frère, Henri d’Orléans, duc d’Aumale et quatrième fils. Louis-Philippe a 74 ans. Il semble ne faire confiance qu’à Guizot dont le conservatisme confine à l’immobilisme et déplaît même aux conservateurs.

« Naturellement, et par une de ces lois providentielles où le droit et le fait se confondent, le droit de suffrage n’appartient pas aux femmes. La Providence a voué les femmes à l’existence domestique. »2124

François GUIZOT (1787-1874), La Démocratie pacifique, 10 janvier 1847

Ce mot fera le bonheur des histoires du féminisme (…) Le replacer dans son contexte n’y change rien - à l’inverse du fameux « Enrichissez-vous ! » Il faut seulement le resituer dans son époque - le XIXe siècle est dur au sexe faible, avec son Code civil, sa mode du corset qui coupe le souffle aux femmes du monde (…) et le travail aux champs comme à l’usine qui épuise les femmes du peuple (et les enfants). La Seconde République ne sera pas plus favorable aux femmes (…)

Partager cet article

L'Histoire en citations - Gaule et Moyen Âge

L'Histoire en citations - Renaissance et guerres de Religion, Naissance de la monarchie absolue

L'Histoire en citations - Siècle de Louis XIV

L'Histoire en citations - Siècle des Lumières

L'Histoire en citations - Révolution

L'Histoire en citations - Directoire, Consulat et Empire

L'Histoire en citations - Restauration, Monarchie de Juillet, Deuxième République

L'Histoire en citations - Second Empire et Troisième République

L'Histoire en citations - Seconde Guerre mondiale et Quatrième République

L'Histoire en citations - Cinquième République

L'Histoire en citations - Dictionnaire