« La royauté est abolie en France. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Révolution.

3. Convention nationale (21 septembre 1792, première réunion de la Convention - 26 octobre 1795, séparation de la Convention)

LREM, an I. La Première République en marche : le grand mot fait loi, la monarchie est abolie à l’unanimité.

La Convention, unanime à voter le premier jour l’abolition de la monarchie millénaire, va bientôt se déchirer entre Montagnards à gauche et Girondins à droite, la masse des centristes formant la Plaine.

La « Convention girondine », où les députés modérés venus de la province l’emportent sur les Montagnards en majorité parisiens, engage dés fin 1792 une politique de conquête : 700 000 volontaires veulent aider les peuples frères à se libérer.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

Chronique (1792-1795)

« La royauté est abolie en France. »1439

Convention, Décret du 21 septembre 1792. Archives parlementaires de 1787 à 1860 (1900), Assemblée nationale

Fin de la monarchie millénaire, votée à l’unanimité des 749 députés (…) Les Girondins prennent place à droite, les Montagnards à gauche (…) Une extrême gauche minoritaire et une masse de centristes qui forment la Plaine (ou Marais) se rallieront à la Montagne. Mais la Convention est majoritairement girondine – jusqu’au 2 juin 1793.

« Nous ne pouvons plus compter les années où les rois nous opprimaient comme un temps où nous avons vécu. 1440

FABRE d’ÉGLANTINE (1750-1794), défendant l’idée du calendrier révolutionnaire. Dictionnaire critique de la Révolution française (1992), François Furet, Mona Ozouf

Le 22 septembre 1792 devient le premier jour de l’an I de la République. C’est l’équinoxe d’automne, heureux présage : « L’égalité des jours et des nuits était marquée dans le ciel [le même jour où] l’égalité civile et morale était proclamée par les représentants du peuple », note Gilbert Romme, député montagnard. Fait curieux, rien n’est daté de l’an I, tout commence en l’an II (…) quand le calendrier révolutionnaire est adopté par la Convention (…)

« La nature elle-même, dans la langue charmante de ses fruits, de ses fleurs, dans les bienfaisantes révélations de ses dons maternels, nomme les phases de l’année. »1441

Jules MICHELET (1798-1874), Histoire de la Révolution française (1847-1853)

Le calendrier agricole de Fabre d’Églantine, député montagnard (et auteur de la romance « Il pleut, il pleut bergère ») l’emporte sur d’autres propositions. Première victoire d’une écologie qui ne dit pas encore son nom  et qui inspire le lyrisme bucolique de notre historien le plus romantique (…)

« La République française est une et indivisible. »1442

Convention, Déclaration du 25 septembre 1792. Constitution de la République française (1799), Imprimerie nationale

À l’instigation des Montagnards, la nouvelle formule remplace celle du « royaume un et indivisible » qui aura vécu un an, le temps de la brève Législative. Cette Première République ne vivra que cinq ans, mais l’idée-force s’inscrit dans toutes les Constitutions à venir.

« Il faut que Paris soit réduit à un quatre-vingt-troisième d’influence comme chacun des autres départements. »1443

Marie David Albin LASOURCE (1762-1793), député du Tarn, Convention, 25 septembre 1792 (…)

L’orateur parle au nom des Girondins, et c’est une riposte aux Montagnards. Députés venus assez nombreux de la Gironde et en majorité de la province, les Girondins sont partisans d’un régime fédéraliste. Ils s’opposent aux tendances centralisatrices des Montagnards : les chefs de ce parti mettent leurs espoirs sur les révolutionnaires qu’on trouve naturellement à Paris (…)

« Nous avons le droit de dire aux peuples : vous n’aurez plus de rois. »1444

DANTON (1759-1794), Convention, 28 septembre 1792 (…)

Belle phrase « à la Danton », superbe idée révolutionnaire (…) Sitôt la République proclamée, la guerre de défense se transforme en guerre d’idéologie et bientôt de conquête. D’où la riposte des rois et empereurs voisins, coalisés contre la France (…) La Révolution invente la « guerre totale », visant la destruction complète de l’ennemi avec recours à la mobilisation en masse, entraînant le peuple dans une spirale infernale.

« La royauté est anéantie, la noblesse et le clergé ont disparu, le règne de l’égalité commence. »1445

ROBESPIERRE (1758-1794), premier numéro des Lettres à ses commettants, à tous les Français, 30 septembre 1792

Avocat peu éloquent, député discret sous la Constituante, absent de la Législative, Maximilien (de) Robespierre se révèle à la Convention en meneur de la Révolution. Il n’improvise jamais, contrairement à Danton : il lit, ses discours sont parfois interminables, emphatiques et rhétoriques (…) Robespierre et les Montagnards se déclarent partisans de mesures sociales que l’on pourrait qualifier de socialistes, voire communistes (…)

« Les maximes actuelles ne tendent qu’à détruire. Elles ont déjà ruiné les riches, sans enrichir les pauvres ; et au lieu de l’égalité des biens, nous n’avons encore que l’égalité des misères et des maux. »1446

RIVAROL (1753-1801), Journal politique national

C’est à présent un exilé qui s’exprime, au nom de nombreux émigrés (…) Au sein même de la Convention, les Girondins, représentant et surtout défendant les intérêts de la grande bourgeoisie d’affaires, s’opposent eux aussi aux projets de réforme économique et sociale des Montagnards.

« Que la pique du peuple brise le sceptre des rois ! »1447

DANTON (1759-1794), Convention, 4 octobre 1792. Les Grands orateurs de la Révolution (1914), François-Alphonse Aulard

La pique a beaucoup servi, sous la Révolution, et pas seulement de façon métaphorique. Le peuple y a planté des têtes coupées, dès la prise de la Bastille. Quant à l’avocat révolutionnaire, agitateur dans l’âme, il ne recule devant aucune violence, ni physique, ni verbale (…) La Convention va donc décider de mettre Louis XVI en jugement (…)

« Je vous dénonce un homme qui ne cesse de tapisser les murs de ses productions incendiaires […] Un homme “en état de démence”. »1448

Michel Mathieu LECOINTE-PUYRAVEAU (1764-1827), 4 octobre 1792 (…)

(…) Ce conventionnel girondin rappelle la responsabilité de Marat, élu de Paris, dans les massacres de septembre 1792, et la menace pesant sur les Girondins (ou Brissotins) (…) Marat va se faire détester de ses confrères, jusqu’à être mis en état d’arrestation par la Convention en avril 1793 (…)

« Citoyens, vouliez-vous une révolution sans révolution ? […] Qui peut marquer, après coup, le point précis où devraient se briser les flots de l’insurrection populaire ? »1449

ROBESPIERRE (1758-1794), Convention, 5 novembre 1792

(…) Il répond aux Girondins qui s’indignent encore des massacres de septembre : « La sensibilité qui gémit presque exclusivement pour les ennemis de la liberté m’est suspecte. » Même discours de Saint-Just : « Tout doit être permis à ceux qui vont dans la direction de la Révolution. » C’est déjà annoncer, et justifier, toutes les violences qui suivront.

« Cette journée à jamais mémorable couvre la nation française d’une gloire immortelle. Il n’est pas un bataillon, ni un escadron, il n’est pas un individu dans l’armée qui ne se soit battu et de très près. »1450

DUMOURIEZ (1739-1823), Lettre à Pache, ministre de la Guerre, 7 novembre 1792

Il avait renoncé au poste de ministre (Affaires étrangères, puis Guerre) pour aller se battre, général victorieux à Valmy (20 septembre) et à Jemappes (6 novembre). Aux environs de Mons (…) les troupes se sont lancées contre les Autrichiens au chant de La Marseillaise. Les Français ont l’avantage du nombre et l’enthousiasme des patriotes. Les Impériaux ont fui et au prix de quelque 2 000 morts (au total), la route de la Belgique est ouverte.

« La Convention nationale déclare au nom de la nation française qu’elle accordera fraternité et secours à tous les peuples qui voudront recouvrer leur liberté. »1451

Convention, Décret du 19 novembre 1792. Archives parlementaires de 1787 à 1860 (1899), Assemblée nationale

C’est dans la logique du discours de Danton, en date du 28 septembre. Cette promesse solennelle va pousser la France à se lancer dans une suite de guerres que les historiens se demandent encore comment justifier : annexion au nom de la théorie des frontières naturelles, création d’un glacis de républiques sœurs ou véritable croisade pour la liberté ? (…)

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