« La Terreur est à l'ordre du jour. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Révolution

Convention nationale (suite)

La Terreur est décrétée (5 septembre 1793). Tous les Carrier, Fouché, Fouquier-Tinville font des excès de zèle révolutionnaires et la « Veuve Capet » est jugée sommairement.

« La Terreur est à l’ordre du jour », par décret du 5 septembre 1793 : politique de salut public et dictature pure et dure permettent à la Convention montagnarde de triompher de ses ennemis intérieurs et extérieurs. La révolte est écrasée dans le sang en Vendée.

Marie-Antoinette, Veuve Capet, indignement accusée d’inceste, jugée sommairement, est guillotinée le 16 octobre 1793. Les députés girondins emprisonnés savent qu’ils auront bientôt le même sort.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« La Terreur est à l’ordre du jour. »1532

Convention, Décret du 5 septembre 1793

Mouvement populaire et gouvernement révolutionnaire en l’An II, 1793-1794 (1973), Albert Soboul.

La pression populaire est impressionnante. Une députation du club des Jacobins soutient les sans-culottes à l’Assemblée. Pour éviter d’être débordée, la Convention cède en se plaçant sur le plan du droit. Une Première Terreur (six semaines) avait succédé au 10 août 1792. Cette fois, elle va prendre une autre ampleur et mériter le nom de Grande Terreur.

« Le pays a été divisé en deux classes : celle qui fait peur et celle qui a peur. »1533

Jean-Lambert TALLIEN (1767-1820) définissant le régime de la Terreur. La Peur au XVIIIe siècle : discours, représentations, pratiques (1994), Jacques Berchthold, Michel Porret

Ce Montagnard est du côté de la classe qui fait peur : membre du Comité de sûreté générale (…) Tallien est envoyé comme représentant en mission à Bordeaux, pour y organiser la Terreur. La rencontre de la future Mme Tallien (au nombre de ses prisonniers) rend l’homme plus modéré, bientôt opportuniste (…) Le couple fera bientôt les beaux jours du Directoire.

« Ainsi se répandit sur la France cet inexplicable vertige qu’on a nommé le règne de la Terreur. »1534

Benjamin CONSTANT (1767-1830), De l’esprit de conquête et de l’usurpation dans leurs rapports avec la civilisation européenne (1814)

Suisse d’origine, futur amant de Mme de Staël et futur grand écrivain, il regarde la Révolution de France des quatre coins de l’Europe où il mène « une vie errante et décousue ».

« Les hommes sensés n’imputeront jamais à la philosophie les horreurs commises en son nom sous le régime de la Terreur. »1535

Abbé GRÉGOIRE (1750-1831), Écrits sur les Noirs (1789-1808)

Député, révolutionnaire et républicain, l’abbé tient toujours le langage de la raison et de l’humanité. Il faut d’ailleurs quelques nuances dans le tableau de cette France vivant sous la Terreur. Seule une minorité fait la Révolution ou en sera victime (…) De septembre 1793 à juillet 1794, la Révolution va décapiter presque tous ses « enfants » célèbres.

« Le citoyen Jésus-Christ a été le premier sans-culotte du monde. »1536

François CHABOT (1756-1794), Discours, 7 septembre 1793. Dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugement (1998), Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière

Capucin défroqué, il a écrit le Catéchisme des Sans-culotte. La métaphore christique sera reprise, notamment par Camille Desmoulins, à l’heure prochaine de sa mort.

« Nous aurons le temps d’être humains lorsque nous serons vainqueurs. »1537

Marie Jean HÉRAULT de SÉCHELLES (1759-1794), Circulaire du Comité de salut public. « À Carrier », 29 septembre 1793. Histoire de la Révolution française (1853), Jules Michelet

Jean-Baptiste Carrier, envoyé en mission en Normandie et en Bretagne, y fait régner la terreur de façon exemplaire. C’est l’un des plus sinistres personnages de l’histoire de France. Dans cette circulaire, c’est la ville de Nantes qui est visée, avec ses habitants (…) Robespierre ne lui laissera pas le temps de redevenir humain. Il comparaîtra devant le Tribunal révolutionnaire avec Danton et ses amis, et sera guillotiné comme eux, en avril 1794.

« Une femme, la honte de l’humanité et de son sexe, la veuve Capet, doit enfin expier ses forfaits sur l’échafaud. »1538

Jean-Nicolas BILLAUD-VARENNE (1756-1819), Convention, 3 octobre 1793

Un parmi d’autres conventionnels à réclamer la mise en jugement de la « Panthère autrichienne ». Marie-Antoinette, en prison depuis près d’un an, attendait son sort au Temple, avant son transfert à la Conciergerie, le 1er août 1793. Le 3 octobre, au moment où la Convention vient de décréter que les Girondins seront traduits devant le Tribunal révolutionnaire, Billaud-Varenne accuse (…)

« Ils peuvent être mes bourreaux, mais ils ne seront jamais mes juges. »1539

MARIE-ANTOINETTE (1755-1793), apprenant qu’elle va être jugée par le Tribunal révolutionnaire, début octobre 1793. Les Grands Procès de l’histoire (1924), Me Henri-Robert

Elle est sans illusion, prisonnière à la Conciergerie, dite l’antichambre de la mort. Deux chefs d’accusation sont retenus contre elle : manœuvres en faveur des ennemis extérieurs de la République et complot pour allumer la guerre civile. Mais le dossier est vide et le tribunal veut respecter les apparences. D’où l’idée d’interroger son fils, 8 ans, pour lui faire reconnaître des relations incestueuses avec sa mère ! (…)

« Il est impossible que les lois révolutionnaires soient exécutées, si le gouvernement lui-même n’est constitué révolutionnairement. »1540

SAINT-JUST (1767-1794), Convention, 10 octobre 1793

L’ami, le frère en Révolution de Robespierre fait décréter le même jour : « Le gouvernement provisoire de la France est révolutionnaire jusqu’à la paix. » En vertu de quoi la Constitution de 1793 (dite de l’an I) est suspendue. La notion de loi a perdu son sens, remplacée par la nécessité d’une violence arbitraire contre les ennemis de la liberté et de la nation (…) Le procès de Marie-Antoinette va mobiliser quelques jours les esprits.

« Immorale sous tous les rapports et nouvelle Agrippine, elle est si perverse et si familière avec tous les crimes qu’oubliant sa qualité de mère, la veuve Capet n’a pas craint de se livrer à des indécences dont l’idée et le nom seul font frémir d’horreur. »1541

FOUQUIER-TINVILLE (1746-1795), Acte d’accusation de Marie-Antoinette, Tribunal révolutionnaire, 14 octobre 1793

(…) Elle a répondu le 12 octobre à un interrogatoire (secret) portant sur des questions politiques (…) Elle nie toute responsabilité. Au procès, devant la foule, sa dignité impressionne, quand l’accusateur public aborde ce sujet intime des relations avec son fils. Il ne fait que reprendre les rumeurs courant à la fin de l’Ancien Régime (…) L’inceste (avec un enfant âgé alors de moins de 4 ans) fut l’une des plus monstrueuses.

« Si je n’ai pas répondu, c’est que la nature se refuse à répondre à pareille inculpation faite à une mère : j’en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici. »1542

MARIE-ANTOINETTE (1755-1793), réplique à un juré s’étonnant de son silence au sujet de l’accusation d’inceste, Tribunal révolutionnaire, 14 octobre 1793

La reine déchue n’est plus qu’une femme et une mère humiliée, à qui l’on a enlevé son enfant devenu témoin à charge, évidemment manipulé. L’accusée retourne le peuple en sa faveur. Le président menace de faire évacuer la salle. La suite du procès est un simulacre de justice, et l’issue ne fait aucun doute (…)

« La plus grande joie du Père Duchesne après avoir vu de ses propres yeux la tête du Veto femelle séparée de son col de grue et sa grande colère contre les deux avocats du diable qui ont osé plaider la cause de cette guenon. »1543

Jacques HÉBERT (1757-1794), Le Père Duchesne, n° 299, titre du journal au lendemain du 16 octobre 1793

Voici l’oraison funèbre consacrée par le pamphlétaire jacobin à la reine sacrifiée. Le titre est un peu long. Et la chronique qui suit, ce n’est pas du Bossuet, mais la littérature révolutionnaire déploie volontiers cette démagogie populaire (…)

« Citoyen président, je suis ici pour être raccourci et non pour être allongé. »1544

Alphonse Louis Dieudonné MARTAINVILLE (1777-1830) au Tribunal révolutionnaire, automne 1793. Dictionnaire de français Larousse, au mot « allongé » (le jour du procès varie selon les sources)

Réponse du jeune journaliste (17 ans) au président du Tribunal, persuadé d’être face à un aristocrate dissimulant ses origines et affirmant que son nom était « de Martainville ». « Eh bien, qu’on l’élargisse ! » dit un assistant. Ce Dieudonné est un miraculé de la Terreur : son humour désarme Fouquier-Tinville en personne et Martainville vivra jusqu’à la Monarchie de Juillet, affichant ses convictions royalistes et faisant carrière dans le vaudeville.

« Tout homme portant un nom emprunté aux tyrans et à la féodalité, tel que Roi, Lempereur, Lecomte, Baron, Chevalier, ou même un nom modéré, tel que Bon, Ledoux, Gentil, doit le quitter immédiatement, s’il ne veut pas passer pour suspect. »1545

Arrêté municipal (1793). Histoire des Français des divers états (1844), cité par Alexis Monteil

Après deux siècles dont la France peut être fière, le siècle de la raison (le XVIIe avec Descartes) et celui des Lumières (les philosophes du XVIIIe), il est difficile d’imaginer qu’un texte administratif de cette nature ait pu être pensé, écrit, appliqué. Et pourtant…

À qui lui demandait bien plus tard ce qu’il avait fait sous la Terreur :
« J’ai vécu. »1546

Abbé SIEYÈS (1748-1836). Encyclopédie Larousse, article « Emmanuel Joseph Sieyès »

La vie ne tenait qu’à un fil (…) Sieyès, âgé, s’en souvient encore. Rédacteur du serment du Jeu de paume et de la Constitution, monarchiste constitutionnel (…) l’abbé se fait oublier, quand la Convention devient montagnarde (…) Robespierre le déteste et l’appelle « la taupe de la révolution ». Pendant la Terreur, la taupe se terre dans son trou, et survit. On retrouvera l’abbé Sieyès très actif, sous le Directoire, le Consulat, l’Empire.

« La mort est un sommeil éternel. »1547

Joseph FOUCHÉ (1759-1820), octobre 1793. Base de données des députés français depuis 1789 [en ligne], Assemblée nationale

Édifiante inscription, qu’il impose sur les portes des cimetières (…) Ancien élève des Oratoriens, ministre de la police sous le Directoire et l’Empire, il s’est rallié aux idées révolutionnaires en 1789. Élu à la Convention, il va réprimer l’insurrection fédéraliste et royaliste en novembre 1793 à Lyon. Son ardeur lui vaut le surnom de Mitrailleur de Lyon, le canon remplaçant la guillotine trop lente pour exécuter les condamnés par centaines.

« Abolissons l’or et l’argent, traînons dans la boue ces dieux de la monarchie, si nous voulons faire adorer les dieux de la République, et établir le culte des vertus austères de la liberté. »1548

Joseph FOUCHÉ (1759-1820). Base de données des députés français depuis 1789 [en ligne], Assemblée nationale

(…) Toujours très actif contre le culte établi, il vient de rafler d’autorité les métaux de la Nièvre arrachés aux églises. Il écrit ces mots à la Convention, affectant un superbe dédain pour la richesse (…) Selon la rumeur, une partie des trésors ainsi réquisitionnés fut détournée, servant de début à son immense fortune. Dénué de tout scrupule, il se révèle d’une intelligence et d’une habileté hors pair, d’où sa carrière politique.

« Eh ! qui suis-je pour me plaindre, quand des milliers de Français meurent aux frontières pour la défense de la patrie ? On tuera mon corps, on ne tuera pas ma mémoire. »1549

Pierre Victurnien VERGNIAUD (1753-1793), guillotiné le 31 octobre 1793. Son mot de la fin. Histoire socialiste, 1789-1900, volume IV, La Convention (1908), Jean Jaurès

L’homme si élégant, séducteur au physique romantique, avocat brillant sous l’Ancien Régime, devenu l’un des orateurs les plus doués de la Législative et de la Convention, a perdu toute flamme, usé par cinq mois de prison, résigné au pire. Il aurait sans doute pu fuir comme quelques autres, mais il renonce (…) Il fait donc partie du groupe des 21 Girondins exécutés.

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