Lamartine : « L’instrument de cette passion actuelle du monde moral, c’est la presse, c’est l’outil de la civilisation. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Monarchie de Juillet

Les jeux politiciens de la Monarchie orléaniste opposent les partis de la résistance (pour la stabilité) et du mouvement (pour les réformes et plus de démocratie), mais les enjeux de l’avenir sont ailleurs.

Lamartine, poète et historien, entre en politique et prophétise l’importance de la presse par ailleurs critiquée par d’autres confrères - c’est de bonne guerre. Le progrès technique s’impose, malgré la méfiance des scientifiques et des politiciens. Guizot incarne cette monarchie bourgeoise, Hugo s’élève contre la peine de mort et Louis-Napoléon prend date pour l’avenir.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« La grande passion de ces temps-ci, c’est […] la passion de l’avenir, c’est la passion du perfectionnement social […] Eh bien : l’instrument de cette passion actuelle du monde moral, c’est la presse, c’est l’outil de la civilisation. »2088

Alphonse de LAMARTINE (1790-1869), Chambre des députés, 21 août 1835

Lamartine, battu en 1831, est élu député en 1833. Il refuse de se lier à un parti et prétend siéger « au plafond ». Il va se révéler l’un des meilleurs orateurs politiques, en un temps où les hommes politiques ont le don d’éloquence. Ce discours en faveur de la liberté de la presse, entre bien d’autres, reste célèbre.

« Les journaux qui devraient être les éducateurs du public, n’en sont que les courtisans, quand ils n’en sont pas les courtisanes. »2089

BARBEY d’AUREVILLY (1808-1889). L’Esprit de J. Barbey d’Aurevilly (1908), Jules Barbey d’Aurevilly, Léon Bordellet

Polémiste et critique, adversaire proclamé de son siècle, il accable ses contemporains de son mépris indigné, dénonce les progrès de la médiocrité dans les mœurs, les sentiments, les œuvres. Face aux bourgeois, il s’affiche dandy. Mais si la démocratisation de la presse va de pair avec vulgarisation, voire vulgarité, il y a sous la Monarchie de Juillet un incontestable progrès dans la communication des idées (…)

« Il nous semble que notre Paris, ce Paris dont on aime le mouvement, l’animation et le bruit, perdrait beaucoup de son charme, si les 50 000 voitures qui, tous les jours circulent à sa surface, n’en sillonnaient plus les rues, et se trouvaient en grande partie remplacées par des convois s’engouffrant dans les entrailles de la terre. »2090

Louis FIGUIER (1819-1894), L’Année scientifique et industrielle (1837)

(…) Le très sérieux vulgarisateur scientifique reconnaît que le projet de réseau de chemins de fer souterrain comporte d’admirables détails, mais (…) « Ce travail de taupe ne s’accomplirait point sans de graves inquiétudes pour les 40 000 maisons et le million d’habitants dont se compose Paris. » Il faut attendre la fin du siècle et les embouteillages monstres pour que le métropolitain soit reconnu d’utilité publique (loi de 1898) (…)

« Il faudra donner des chemins de fer aux Parisiens comme un jouet, mais jamais on ne transportera ni un voyageur ni un bagage. »2091

Adolphe THIERS (1797-1877), aux frères Péreire demandant une aide financière, 1836. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Ces banquiers juifs ont transformé la France, inventant le capitalisme populaire et lançant le chemin de fer, avec la ligne Paris-Saint-Germain. Inauguration le 24 août 1837, avec la première locomotive française (des usines Schneider). Le réseau ne sera vraiment organisé qu’en 1842, 1 930 km seront construits en 1848. Après la frayeur des premières années, c’est l’engouement du public et la modernisation indispensable à l’économie française, très en retard sur l’Angleterre (…)

« Soldats, ils sont six mille, vous êtes trois cents. La partie est donc égale. Regardez-les en face et tirez juste. »2092

Général CHANGARNIER (1798-1877), Première expédition de Constantine, 24 novembre 1836

Le général commande l’arrière-garde, lors de la retraite. Après la prise d’Alger en 1830, Louis-Philippe se contenta de l’occupation d’une frange côtière. Mais la résistance s’organise autour d’Abd el-Kader, devenu l’« émir des croyants », tandis que le bey de Constantine, Ahmad, contraint le maréchal Clausel, gouverneur de l’Algérie, à la retraite (… ) La trêve sera de courte durée.

« Ce qui a souvent perdu la démocratie, c’est qu’elle n’a su admettre aucune organisation hiérarchique de la société ; c’est que la liberté ne lui a pas suffi ; elle a voulu le nivellement. »2093

François GUIZOT (1787-1874), Chambre des députés, 5 mai 1837

Mais entre nivellement et fracture sociale, où est le juste milieu ? Guizot a quitté le ministère Molé (…) pour rejoindre Thiers dans un centre gauche hostile au gouvernement. Doctrinaire, chef du parti de la Résistance, il défend la grande bourgeoisie d’affaires, classe qui profite si bien de cette monarchie ambiguë. Le régime stabilisé, accepté par sympathie ou par lassitude, va vivre dix années d’ordre, sous le signe du progrès économique et du conservatisme politique.

« On ne tombe jamais que du côté où l’on penche. »2094

François GUIZOT (1787-1874), Chambre des députés, 5 mai 1837

Il faut replacer cette phrase dans son contexte historique et personnel (…) Mais ces mots, prémonitoires de la fin d’un régime qui pécha par excès d’ordre, s’appliquent à bien d’autres situations politiques et humaines.

« Peuple à la lymphatique fibre,
Entends Molé te supplier.
Tu disais : Je veux être libre.
Molé te répond : Sois caissier.
Peuple à jamais digne d’estime,
Payer fut toujours ton régime. »2095

Agénor ALTAROCHE (1811-1884), La Parisienne de 1837, chanson

Le comte Molé est chef du gouvernement de 1836 à 1839. Peuple et petite bourgeoisie paient de plus en plus d’impôts, alors que le suffrage censitaire les écarte du pouvoir. Par ailleurs, l’expansion économique rend les riches plus riches (une minorité) et les pauvres plus pauvres (la masse du pays). Un régime ne peut vivre durablement sous le signe de cette injustice.

« Enfin il est mort en homme qui sait vivre. »2096

Mot d’une dame de la vieille cour à la mort de Talleyrand (17 mai 1838). Monsieur de Talleyrand (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve

Charles Maurice de Talleyrand-Périgord mourut à 84 ans, en désavouant ses irrégularités religieuses. Comme dira de lui le diplomate Jules Cambon mort en 1935 à 90 ans et ayant lui aussi traversé quelques régimes et nombre de crises dans l’histoire de France : « S’il a, au cours de sa vie, souvent changé de parti, [il] n’a jamais changé d’opinion. » On peut aussi lui reconnaître une forme de fidélité à la France (…)

« Le bourgeois de Paris est un roi qui a, chaque matin à son lever, un complaisant, un flatteur qui lui conte vingt histoires. Il n’est point obligé de lui offrir à déjeuner, il le fait taire quand il veut et lui rend la parole à son gré ; cet ami docile lui plaît d’autant plus qu’il est le miroir de son âme et lui dit tous les jours son opinion en termes un peu meilleurs qu’il ne l’eût exprimée lui-même ; ôtez-lui cet ami, il lui semblera que le monde s’arrête ; cet ami, ce miroir, cet oracle, ce parasite peu dispendieux, c’est son journal. »2097

Alfred de VIGNY (1797-1863), Journal d’un poète (1839)

Encore un déçu de la politique et de ses contemporains ! Le désenchantement semble inhérent au romantisme. Celui de Vigny est sincère plus que tout autre. Il date de la Restauration - la vie de garnison lassa vite le jeune militaire élevé dans le culte des armes et de l’honneur - et s’aggrave avec la révolution de 1830, qui amène au pouvoir un bourgeois si peu roi, aux yeux de la vieille aristocratie dont Vigny est le délicat et sensible rejeton.

« La France est une nation qui s’ennuie. »2098

Alphonse de LAMARTINE (1790-1869), Discours à la Chambre, 10 janvier 1839. Dictionnaire de français Larousse, au mot « ennui »

Député qui passera du « juste milieu » gouvernemental à la gauche (en 1843), il s’adresse ici au roi et trouve une raison au mal de la France : « Vous avez laissé le pays manquer d’action. » L’ennui est le mal du siècle (…) La génération romantique vibre au souvenir exalté de la Révolution et de l’Empire, rejetant cette monarchie bourgeoise, soutenue par une classe moyenne, satisfaite d’elle-même et conservatrice (…) Mot repris par Viansson-Ponté (Le Monde), deux mois avant les événements de Mai 68.

« Grâce encore une fois ! Grâce au nom de la tombe,
Grâce au nom du berceau. »2099

Victor HUGO (1802-1885), « Au roi Louis-Philippe, après l’arrêt de mort prononcé le 12 juillet 1839. » Les Rayons et les ombres (1840), Victor Hugo

(…) 12 mai, un coup d’État est organisé (fort mal) par la société secrète des Saisons (…) Barbès, Blanqui et Bernard sont les trois meneurs (…) Barbès est condamné à mort, le 12 juillet. Hugo intervient le jour même et Paris manifeste le lendemain en sa faveur. Le 14 juillet, la peine est commuée en travaux forcés à perpétuité grâce à ces interventions et à un heureux événement : la duchesse d’Orléans, femme du fils aîné et très aimé du roi, vient de lui donner un petit-fils (…)

« L’idée napoléonienne n’est point une idée de guerre, mais une idée sociale, industrielle, commerciale, humanitaire. »2100

Louis-Napoléon BONAPARTE (1808-1873), Idées napoléoniennes (1839)

Sous l’influence des saint-simoniens et des séjours qu’il fit en Angleterre, le futur Napoléon III, entre deux coups de force (Strasbourg en 1836 et Boulogne en 1840), porte un réel intérêt aux problèmes économiques et sociaux qui agitent et divisent la France.

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