Robespierre : « Le gouvernement de la Révolution est le despotisme de la liberté contre la tyrannie. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Révolution

Convention nationale (suite)

Robespierre est maître de la France et Saint-Just théorise sa dictature révolutionnaire, tout en lançant l’idée du bonheur en Europe.

Robespierre s’impose désormais en dictateur, pour le salut de la patrie, enchaînant discours sur discours, avec Saint-Just, son frère en Révolution qui lui fait inlassablement écho. La Marseillaise résonne à l’unisson : contre la tyrannie, l’étendard sanglant est levé. La guillotine est un spectacle quotidien.

Faut-il s’étonner que le bonheur soit une idée neuve ?

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Le gouvernement de la Révolution est le despotisme de la liberté contre la tyrannie. »1569

Maximilien ROBESPIERRE (1758-1794), Discours « Sur les principes de morale politique qui doivent guider la Convention », Convention, 5 février 1794

Histoire parlementaire de la Révolution française ou Journal des Assemblées nationales (1834-1838), P.J.B. Buchez, P.C. Roux.

Et le quasi-dictateur définit la démocratie : « La démocratie est un État où le Peuple souverain, guidé par des lois qui sont son ouvrage, fait par lui-même tout ce qu’il peut bien faire, et par des délégués tout ce qu’il ne peut pas faire lui-même. » Pour le fond, c’est Montesquieu et Rousseau. Pour la forme, c’est un exposé doctrinal, lu comme un prêche plus que parlé comme un discours. Et pourtant, quelle efficacité dans ce magistère de la parole ! (…)

« Quand il s’agit du salut de la patrie […], la lenteur des jugements équivaut à l’impunité. »1570

ROBESPIERRE (1758-1794), Discours « Sur les principes de morale politique qui doivent guider la Convention », Convention, 5 février 1794 (…)

Il veut simplifier la procédure du Tribunal révolutionnaire (…) : « C’est avec la lenteur des anciens Parlements qu’il procède […] Il s’est entortillé de chicanes pour juger des crimes dont le germe doit être étouffé en vingt-quatre heures. » Rappelons que ce tribunal fut créé dans le contexte d’une patrie en danger : coalition européenne contre la France, revers des armées aggravés par la trahison de Dumouriez, guerre civile en Vendée.

« Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement en révolution est à la fois la vertu et la terreur : la vertu sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur sans laquelle la vertu est impuissante. »1571

ROBESPIERRE (1758-1794), Discours « Sur les principes de morale politique qui doivent guider la Convention », Convention, 5 février 1794

Et dans un autre discours, deux jours plus tard, inlassable théoricien, il précise que cette vertu, de nature publique, « n’est autre chose que l’amour de la Patrie et de ses lois ». Et la Terreur continue.

« Y a-t-il guillotine aujourd’hui ?
— Oui, lui répliqua un franc patriote, car il y a toujours trahison. »1572

Reflet de l’état d’esprit du sans-culotte et du terrorisme légal. Dictionnaire critique de la Révolution française (1992), François Furet, Mona Ozouf

La guillotine est un spectacle, les tricoteuses s’installent au pied des bois de justice, les patriotes voient les ennemis du peuple bel et bien punis, et Robespierre multiplie les discours à la Convention, justifiant inlassablement la Terreur.

« Les Conventionnels […] faisaient couper le cou à leurs voisins avec une extrême sensibilité, pour le plus grand bonheur de l’espèce humaine. »1573

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

Rappelons qu’il a pris ses distances avec la Révolution à la vue de la « première tête portée au bout d’une pique », en juillet 1789.

« Les Français sont le premier Peuple du monde qui ait établi la véritable démocratie, en appelant tous les hommes à l’égalité et à la plénitude des droits du citoyen ; et c’est là, à mon avis, la véritable raison pour laquelle tous les tyrans ligués contre la République seront vaincus. »1574

ROBESPIERRE (1758-1794), Discours « Sur les principes de morale politique qui doivent guider la Convention », Convention, 7 février 1794

On retrouve la leçon démocratique du premier philosophe des Lumières, Montesquieu. Quant à la forme, c’est tout le contraire des grands tribuns révolutionnaires : rabâchage éternel dénoncé par ses adversaires, le rythme incantatoire allant de pair avec la rigueur du raisonnement.

« Contre nous de la tyrannie
L’étendard sanglant est levé ! »1575

ROUGET de l’ISLE (1760-1836), Chant de guerre pour l’armée du Rhin (1792), devenu La Marseillaise

Le chant le plus populaire de l’époque révolutionnaire, né en 1792, repris par toutes les armées de la République, semble faire écho aux mots de Robespierre. Notons à nouveau le sang, présent sur l’étendard, donnant sa noblesse au drapeau. Le plus étonnant, c’est que ces mots résonnent toujours, inchangés : la Marseillaise un « monument national », littéralement intouchable.

« Ce qui constitue une République, c’est la destruction totale de ce qui lui est opposé. »1576

SAINT-JUST (1767-1794), Convention, Rapport du 26 février 1794 (premier décret de ventôse). Histoire socialiste, 1789-1900, volume 4, La Convention (1908), Jean Jaurès

Encore et toujours le froid langage de la Terreur. Edgar Quinet, l’un des (rares) historiens fascinés par le personnage (…) écrit dans La Révolution : « Et Saint-Just, que n’était-il pas ? Accusateur, inquisiteur, écrivain, administrateur, financier, utopiste, tête froide, tête de feu, orateur, général, soldat ! Cela ne s’était pas vu depuis les Romains. »

« Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau. »1577

SAINT-JUST (1767-1794), Convention, Rapport du 26 février 1794 (premier décret de ventôse)

(Mot repris en slogan et graffiti, par les étudiants de Mai 68). Mot lourd de menaces, pour les enfants de la Patrie, en 1794. Particulièrement visés par Saint-Just, les opposants à son ami Robespierre qui s’apprête à frapper sur sa gauche, puis sur sa droite.

« Le bonheur est une idée neuve en Europe. »1578

SAINT-JUST (1767-1794), Convention, Rapport du 3 mars 1794 (second décret de ventôse, le 13)

(…) Citation devenue célèbre. Le « bonheur de tous » est inscrit comme un but dans la Déclaration des droits de 1789. La Déclaration d’Indépendance des États-Unis de 1776, encore plus explicite, fait de la recherche du bonheur un droit inaliénable des hommes, au même titre que la vie et la liberté. Reste le paradoxe de cette phrase : datée de la Terreur, elle associe la notion de bonheur à personnage qui n’en est pas le vivant symbole.

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