Sieyès : « Le pouvoir vient d'en haut et la confiance vient d'en bas. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Consulat
Chronique (1799-1804)

Un début de règne sans faute.

La nouvelle Constitution de l’An VIII donne tout pouvoir au Premier Consul. Napoléon Bonaparte déclare que « la Révolution est finie ». La majorité du pays aspire à la paix intérieure et extérieure. La Constitution est largement plébiscitée.

Soucieux de réconcilier les Français, il pardonne leur rébellion aux chefs vendéens et la plupart des émigrés rentrent. Les opposants au régime sont l’exception : Mme de Staël, et des royalistes qui fomentent des attentats dont Bonaparte sortira indemne.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Le pouvoir vient d’en haut et la confiance vient d’en bas. »1687

Abbé SIEYÈS (1748-1836)

La Police religieuse dans l’ancienne France (2010), Gabriel Le Bras.

C’est la volonté de Sieyès : renforcer le pouvoir de l’exécutif, pour mettre fin aux débordements populaires qui ont entaché la Révolution et fragilisé le Directoire. Bonaparte lui a confié le soin de préparer la Constitution. L’idée est claire : que le peuple s’exprime par le suffrage, mais que le gouvernement n’en dépende pas. Cela va entraîner une démocratie de façade, dans un texte technique, lisible des seuls spécialistes de droit public (…)

« […] La décision du Premier Consul suffit. »1688

Constitution de l’an VIII, publiée le 13 décembre 1799 et promulguée le 25

(…) Ces six mots donnent tout pouvoir à Bonaparte. Le Premier Consul nomme aux principales fonctions publiques, il a l’initiative en matière législative, l’essentiel des pouvoirs sur la diplomatie et l’armée. À côté de cet exécutif fort, le législatif est émietté entre trois assemblées (…) Le suffrage universel est escamoté (…) C’est un « sur-mesure institutionnel » pour le nouveau maître du pays.

« La Révolution est finie. »1689

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), Déclaration consulaire (résumée), 25 décembre 1799

Ce n’est pas la première fois que ces mots furent prononcés, mais on peut considérer que c’est la dernière.  La vraie citation est un peu plus longue : « La Révolution est fixée aux principes qui l’ont commencée : elle est finie. »

« Rendre la République chère aux citoyens, respectable aux étrangers, formidable aux ennemis, telles sont les obligations que nous avons contractées en acceptant la première magistrature. »1690

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), Déclaration consulaire, 25 décembre 1799. Correspondance de Napoléon Ier, publiée par ordre de l’empereur Napoléon III (1858)

Après publication de la nouvelle Constitution (13 décembre), le Premier Consul annonce en ces termes aux Français le programme du Consulat, qui doit se démarquer en tout du Directoire.

« Venez à moi, mon gouvernement sera celui de la jeunesse et de l’esprit. »1691

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), aux jeunes chefs vendéens, fin décembre 1799. La Contre-révolution sous la Révolution, 1789-1815 (1935), Louis Madelin

Dès son arrivée au pouvoir, profitant de l’état de grâce, il veut avant tout réconcilier les Français, déchirés depuis dix ans. De Gaulle aurait dit de manière imagée qu’il a « ramassé la France à la petite cuillère ». S’il s’adresse d’abord aux jeunes chefs vendéens, c’est qu’il sait leur valeur, et combien cette guerre civile a fait de victimes sur le terrain, de dégâts dans les esprits et les cœurs.

« Gouverner par un parti, c’est se mettre tôt ou tard dans sa dépendance. On ne m’y prendra pas. Je suis national. »1692

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), au Conseil d’État, fin 1799. Histoire de France contemporaine depuis la Révolution jusqu’à la paix de 1919, volume III (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac

Qu’il l’ait dit à Cambacérès ou Thibaudeau, peu importe, et il l’a certainement répété à diverses occasions : c’est un autre principe de sa politique et un point fort de sa stratégie d’homme d’État. La logique des partis fut fatale aux révolutionnaires – au sens littéral, si on se rappelle tous ceux guillotinés pour être ou ne pas être de tel ou tel parti, courant, tendance, nuance, club et autre faction (…) Cela dit, les partis sont inhérents à la démocratie. De Gaulle la respectera, Bonaparte n’a pas ce genre de problème.

« La guerre qui depuis huit ans ravage les quatre parties du monde doit-elle être éternelle ? […] Comment les deux nations les plus éclairées de l’Europe […] ne sentent-elles pas que la paix est le premier des besoins comme la première des gloires ? »1693

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), Message du Premier Consul au roi d’Angleterre Georges III, 25 décembre 1799 (…)

Lettre manuscrite, et un message dans le même esprit est adressé le même jour à l’empereur d’Autriche. Bonaparte veut-il vraiment la paix, ou le temps pour préparer la guerre ? En tout cas, l’armée doit se reposer.

« L’Angleterre ne négociera qu’avec les Bourbons restaurés. »1694

Lord GRENVILLE (1759-1834), Réponse du chef du Foreign Office à Napoléon Bonaparte qui demande la paix, 4 janvier 1800. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Et à la même question, la réponse de l’Autriche fut aussi décevante que celle de l’Angleterre, ce qui semble logique.

« On ne fait de grandes choses en France qu’en s’appuyant sur les masses ; d’ailleurs un gouvernement doit aller chercher son point d’appui là où il est. »1695

Napoléon BONAPARTE (1769-1821). Manuel du Chef : maximes napoléoniennes (1919), Napoléon Ier, Jules Bertaut

Aphorisme souvent cité. Le nouveau maître de la France a besoin de légitimer son coup d’État de brumaire. La Constitution de l’an VIII sera adoptée par plébiscite, le 18 février 1800 : près de 4 millions de votants et seulement 1 562 non ! Elle était déjà appliquée, depuis le 25 décembre. Avec quelques amendements, dont le Consulat à vie, elle aboutira à l’Empire.

« Qu’y a-t-il dans la Constitution ?
— Il y a Bonaparte. »1696

Le mot circule dans Paris en 1800. Histoire socialiste, 1789-1900, volume VI, Consulat et Empire, Paul Brousse et Henri Turot, sous la direction de Jean Jaurès (1908)

On a compris que Bonaparte a l’essentiel du pouvoir : « La décision du Premier Consul suffit. » Les deux autres consuls, Cambacérès et Lebrun, n’ont qu’une voix consultative. Irresponsable devant les assemblées, il nomme ministres et fonctionnaires, a l’initiative des lois. Le législatif est émietté en trois assemblées qui se neutralisent (Sénat, Tribunat, Corps législatif) et le suffrage universel escamoté (…)

« Une nation n’a de caractère que lorsqu’elle est libre. »1697

Mme de STAËL (1766-1817), De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800)

Fille du banquier suisse Necker (ministre de Louis XVI), c’est l’une des rares voix qui s’élève cette année-là pour oser dénoncer le pouvoir de plus en plus absolu du futur empereur (…) Le coup d’État du 18 Brumaire et la Constitution de l’an VIII lui ôtent toutes ses illusions. Elle le dit, elle l’écrit, elle se fait détester par le grand homme, par ailleurs misogyne, supportant mal l’intelligence et la libre expression d’une femme (…)

« Nous pouvons assurer le repos de la France. Je dis nous, parce que j’ai besoin de Bonaparte pour cela et qu’il ne le pourrait sans moi. Général, l’Europe vous observe, la gloire vous attend et je suis impatient de rendre la paix à mon peuple. »1698

Comte de PROVENCE (1755-1824), Lettre au Premier Consul, 20 février 1800. La Vérité sur les Cent-Jours (1835), Lucien Bonaparte

(…) Le comte de Provence (futur Louis XVIII) qui se donna le titre de régent à la mort de Louis XVI, puis de roi à la mort (présumée) du dauphin à la prison du Temple, en 1795, travaille inlassablement à rétablir la monarchie en France (…) De ses lieux d’exil successifs, il cherche l’appui des puissances européennes contre Bonaparte et bientôt Napoléon Ier. Il forme un réseau d’agents royalistes (…) et va soutenir divers complots.

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