Argenson : « Le roi ne songe pas assez à la sûreté de Paris, qui est souvent de grande conséquence pour son autorité. On a vu des barricades... » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Siècle des Lumières.
Avant le règne personnel de Louis XV.

Chronique à l’image du temps, des idées, des mœurs.

L’affaire des convulsionnaires du cimetière Saint-Médard, fait divers religieux incroyable, mais vrai - Un épisode du feuilleton fiscal qui mènera à la Révolution - Lettres philosophiques ou Lettres anglaises, premier livre sérieux de Voltaire - La vie privée toujours très publique du jeune Roi à la cour - Guerre de Succession d’Autriche, déclarée contre l’avis de Fleury en 1740 - Et l’esprit français qui ne respecte rien, ni la diplomatie du pays, ni l’agonie du chef de gouvernement.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Le roi ne songe pas assez à la sûreté de Paris, qui est souvent de grande conséquence pour son autorité. On a vu des barricades, c’est une invention qui a fait fortune depuis le duc de Guise, dont on s’est servi depuis, et que les Parisiens se rappellent à présent. Ils s’en serviront à la première occasion. »1102

Marquis d’ARGENSON (1694-1757), lieutenant général de police, texte écrit vers 1731

Journal et Mémoires du marquis d’Argenson (posthume, 1859).

L’agitation parlementaire est relayée par l’agitation populaire. Ce pourrait n’être qu’un fait divers. De prétendus miracles se produisent depuis 1730, sur la tombe du diacre Pâris, saint homme ayant vécu pour les pauvres (…) Tumultes et manifestations d’hystérie collective alternent. Les convulsionnaires attirent les badauds (…) La police ferme le cimetière, le 29 janvier 1732 (…)

« De par le Roi, défense à Dieu
De faire miracle en ce lieu. »1103

Épigramme (anonyme) à la porte du cimetière Saint-Médard, fin janvier 1732. Dictionnaire philosophique (1764), Voltaire

L’affaire des convulsionnaires du cimetière Saint-Médard, cas spectaculaire de transe collective, défraie la chronique durant cinq années, créant un trouble à l’ordre public du plus mauvais effet. Finalement, le Parlement approuvera l’ordonnance royale qui a ordonné la fermeture du cimetière. Et le jansénisme est discrédité (…)

« J’aime mieux leur [aux paysans] demander des bras qu’ils ont que de l’argent qu’ils n’ont pas. »1104

Philibert ORRY (1689-1747), contrôleur général des Finances de 1730 à 1745. Histoire politique de l’Europe, XVIe-XVIIIe siècles (1996), Bernard et Monique Cottret

Remarquable financier, Orry bénéficie à ce poste d’un record de longévité battu seulement par Colbert. Ils ont d’autres qualités en commun. Il défend ici, de manière pragmatique, le principe de la corvée royale, impôt en nature sous forme de travail obligatoire (six jours à un mois par an), qu’il destine à un grand chantier devenu indispensable au pays (…)

« Je ne sais pourtant lequel est le plus utile à un État, ou un seigneur bien poudré qui sait précisément à quelle heure le Roi se lève, à quelle heure il se couche et qui se donne des airs de grandeur en jouant le rôle d’esclave dans l’antichambre d’un ministre, ou un négociant qui enrichit son pays, donne de son cabinet des ordres à Surate et au Caire, et contribue au bonheur du monde. »1105

VOLTAIRE (1694-1778), Lettres philosophiques, ou Lettres anglaises (1734)

L’auteur admire le régime anglais et expose les leçons que la France peut en tirer. Il publie sans autorisation cette « première bombe lancée contre l’Ancien Régime » (selon Gustave Lanson). L’imprimeur est embastillé, le livre condamné par le Parlement à être brûlé, une lettre de cachet du 3 mai exile l’auteur (…)

« Toujours coucher, toujours grosse, toujours accoucher. »1106

Marie LECZINSKA (1703-1768), en 1737. Les Rois qui ont fait la France, Louis XV le Bien-Aimé (1982), Georges Bordonove

(…) En dix ans de mariage, elle donne dix enfants au roi (…) La dernière grossesse est difficile, sa santé s’en ressent, elle doit se refuser à son époux sans lui dire la raison, il s’en offusque et s’éloigne d’elle. Elle perd toute séduction, la frileuse se couvre de fichus, châles et mantelets (…) Toujours amoureuse, elle sera malheureuse, et l’une des reines les plus ouvertement trompées (…)

« Notre monarque, enfin,
Se distingue à Cythère.
De son galant destin
On ne fait plus mystère.
Mailly, dont on babille,
La première éprouva
La royale béquille
Du père Barnabas. »1107

Notre monarque enfin, chanson. Journal historique et anecdotique du règne de Louis XV (posthume, 1866), Edmond Jean-François Barbier

Le peuple respire : son roi n’est plus sans divertissement. La liaison date de cinq ans, quand elle devient publique, vers 1740. Les quatre sœurs de Nesle seront successivement ses maîtresses, avant l’arrivée de la Pompadour. Le Bien-Aimé est l’un des rois les plus riches en favorites dont l’influence politique ne sera pas aussi excessive qu’on l’a dit (…)

« À mon mari je suis fidèle,
Mais je tremble pour mon honneur,
J’ai jour et nuit dans la cervelle
Les trois queues de l’ambassadeur. »1108

À mon mari je suis fidèle, chanson. Journal historique et anecdotique du règne de Louis XV (posthume, 1866), Edmond Jean-François Barbier

La visite du nouvel ambassadeur turc Zaïd Effendi met le tout-Paris de l’époque en émoi : son costume à trois queues éveille la gaillardise bien française. Plus sérieusement, le sultan renouvelle en 1740 (et à perpétuité) le régime des Capitulations à la France, « protectrice des Lieux saints » (…)

« Eh quoi, laisserons-nous passer ce grand événement de la mort de l’Empereur sans y gagner ? »1109

Marquis d’ARGENSON (1694-1757), Journal et mémoires du marquis d’Argenson (posthume, 1859)

Le parti anti-autrichien est puissant en France : pendant plus de deux siècles, l’abaissement des Habsbourg fut au cœur de notre politique extérieure. Toute la noblesse du pays a gagné gloire et fortune sur les champs de bataille autrichiens (…) La guerre de Succession d’Autriche aura donc lieu : de 1740 à 1748 (…)

« Mes amis, vous êtes tous braves ; mais aujourd’hui, il me faut un brave à trois poils. »1110

Colonel CHEVERT (1695-1769), à ses sergents, siège de Prague, décembre 1742. Petite histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours (1883), Victor Duruy

C’est un épisode de la guerre de Succession d’Autriche. Le colonel prit la ville, puis la défendit contre une plus forte armée autrichienne, avant une reddition honorable. L’expression « brave à trois poils » (donnant plus tard « poilu ») désigne d’après le dictionnaire de Furetière un homme des plus braves, selon une métaphore textile (…)

« M. le cardinal de Fleury mourut enfin hier à midi. On n’avait jamais vu d’agonie si comique, par toutes les chansons, épigrammes et démonstrations. »1111

Marquis d’ARGENSON (1694-1757), 30 janvier 1743. Journal et Mémoires du marquis d’Argenson (posthume, 1859)

Le vieux cardinal, mort à 90 ans, ne fut jamais populaire. Sa politique prudente passait pour sans grandeur et la guerre voulue par le pays fut déclarée contre son avis. Mais le roi rend hommage à son précepteur : il lui a laissé tout pouvoir depuis 1726 et lui est resté tendrement attaché. Louis XV va désormais gouverner seul. Il n’est malheureusement pas préparé à cette tâche (…)

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