Les fake news sous l’Ancien Régime | L’Histoire en citations
Édito de la semaine

fake news citations

Le mot est nouveau, mais la chose existe depuis toujours.

Impossible de donner une définition claire d’une notion aussi floue, au risque de simplifier un phénomène complexe et comme tel passionnant.

Pour preuve, tous les mots associables aux fake news. « Fausse rumeur » vaut quasiment synonyme, comme « infox », néologisme et mot-valise (information & intoxication). Restent d’innombrables corrélats : accusation, calomnie, diffamation, dénigrement, délation, médisance, mystification, propagande, désinformation, attaque, potin, ragot, insinuation, commérage, tromperie, contre-vérité, légende, cabale, pamphlet, conjuration, complot, complotisme et conspirationnisme (néologismes dans l’air du temps, avec la « théorie du complot »), etc…

Les auteurs de fake news abondent. Souvent anonymes ou inconnus, c’est aussi bien le peuple que le pouvoir (politique ou militaire), l’opposition (sous tous les régimes), un parti organisé, un frondeur isolé, un journaliste plus ou moins bien informé, une institution publique, un syndicat, un groupe de pression… et les nouveaux réseaux sociaux.

Une cinquantaine d’exemples vont nous aider à cerner le phénomène, en une mini-série à deux épisodes - sous l’Ancien Régime et de la Révolution à nos jours. C’est une lecture originale de notre Histoire en citations, revue (mais pas corrigée !) pour cet édito un brin provoc et parano, à l’image du thème.

Toutes les citations de cet édito sont à retrouver dans nos Chroniques de l’Histoire en citations : en 10 volumes, l’histoire de France de la Gaule à nos jours vous est contée, en 3 500 citations numérotées, sourcées, contextualisée, signées par près de 1 200 auteurs.

 

1. An Mil, rumeur millénariste sur la fin du monde, entre mythe, légende et réalité.

« C’était une croyance universelle au Moyen Âge, que le monde devait finir avec l’an mille de l’incarnation […] Cette fin d’un monde si triste était tout ensemble l’espoir et l’effroi du Moyen Âge. »140

Jules MICHELET (1798-1874), Histoire de France, tome III (1837)

Commençons notre mini-série avec l’historien très cher au cœur des Français.

Cette croyance en une fin du monde pour l’an mille aurait fortement marqué les esprits de cette époque. Elle se fonde sur le millénarisme, doctrine selon laquelle le Jugement dernier devait avoir lieu mille ans après la naissance du Christ, d’après une interprétation du chapitre XX de l’Apocalypse de saint Jean (Nouveau Testament). Certes, la foi est grande au Moyen Âge et les superstitions plus encore. Mais la majorité des contemporains, illettrés, ne sont pas sensibles aux dates. Reste la rumeur qui se diffuse d’autant plus que l’angoisse est bien réelle.

Les auteurs romantiques du XIXe siècle ont contribué à renforcer ce mythe de la Grande Peur de l’an mille, sur la foi de quelques textes douteux, mal interprétés et parfois postérieurs. L’an 2 000 déclenchera moins de fantasmes, mais leur diffusion se fera à la vitesse d’Internet et l’obsession des dates est une nouvelle religion au XXIe siècle.

« La millième année après la Passion du Seigneur […] les pluies, les nuées s’apaisèrent, obéissant à la bonté et la miséricorde divines […] Toute la surface de la terre se couvrit d’une aimable verdeur et d’une abondance de fruits. »141

RAOÛL le Glabre (985-avant 1050), Histoires

Ce moine historien décrit ainsi la fin des terreurs du tournant millénariste. Rien ne s’est passé, comme il en a toujours été pour ce genre de superstition.

Lui qui a craint le pire et contribué à la Grande Peur, il témoigne, en termes poétiques, d’un renouveau de civilisation : « Comme approchait la troisième année qui suivit l’an Mil, on vit dans presque toute la terre, mais surtout en Italie et en Gaule, rénover les basiliques des églises ; bien que la plupart, fort bien construites, n’en eussent nul besoin, une émulation poussait chaque communauté chrétienne à en avoir une plus somptueuse que celle des autres. C’était comme si le monde lui-même se fut secoué et, dépouillant sa vétusté, ait revêtu de toutes parts une blanche robe d’église. »

Georges Duby, grand médiéviste contemporain, appelle cela « le printemps du monde ».

2. Blanche de Castille, mère parfaite ou parfaitement abusive du futur Saint Louis ?

« Elle ne pouvait souffrir que son fils fût en la compagnie de sa femme, sinon le soir quand il allait coucher avec elle. »210

Jean de JOINVILLE (vers 1224-1317), Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis

Précieux et fidèle chroniqueur du règne de Louis IX, il donne maints exemples de cette fameuse jalousie d’une mère par ailleurs admirable. Blanche de Castille supporte mal Marguerite de Provence, cette épouse qu’elle a pourtant choisie pour son fils adoré - le mariage apporta la Provence à la France, en 1234.

« Hélas ! Vous ne me laisserez donc voir mon seigneur ni morte ni vive ! »211

MARGUERITE DE PROVENCE (1221-1295), à Blanche de Castille, 1240. Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis (posthume), Jean de Joinville

Cri du cœur de la reine, quand sa belle-mère veut arracher Louis de son chevet. Elle venait d’accoucher et « était en grand péril de mort ». La reine donnera douze enfants au roi, dont sept vivront.

La régence de Blanche de Castille s’est achevée à la majorité du jeune roi qui la laisse gouverner encore pendant huit ans. Elle sera de nouveau régente, quand son fil part à la croisade, en 1248. Marguerite accompagne son seigneur, sûre de pouvoir ainsi le voir et l’avoir bien à elle – une raison avancée par certains historiens. Quant à dire que le roi est parti en croisade pour pouvoir profiter librement de son épouse… Ce serait sans doute une pensée impie, donc une médisance.

« La femme que vous haïssiez le plus est morte et vous en menez un tel deuil !
— Ce n’est pas sur elle que je pleure, sénéchal, mais sur le roi, mon époux, pour le chagrin que lui cause la mort de sa mère. »215

MARGUERITE DE PROVENCE(1221-1295), répondant à Joinville, sénéchal de Champagne. Le Livre des saintes paroles et des bons faits de notre saint roi Louis (posthume), Jean de Joinville.

Blanche de Castille meurt le 27 novembre 1252, à 64 ans. La reine est délivrée de la monstrueuse jalousie de sa belle-mère, mais Louis IX fut profondément bouleversé, quand il apprit la nouvelle en Terre sainte, et sa femme en est témoin.

3. L’Affaire des Templiers, authentique feuilleton médiéval basé sur une calomnie royale.

« Boire comme un Templier. »
« Jurer comme un Templier. »249

Expressions populaires, au début du XIVe siècle. Le Livre des proverbes français, tome I (1842), Antoine-Jean-Victor Le Roux de Lincy

Dictons toujours en cours, même si l’on en oublie l’origine.

Ils donnent une faible idée des vices, crimes et péchés que la rumeur publique prête aux chevaliers. « Le Temple avait pour les imaginations un attrait de mystère et de vague terreur. Les réceptions avaient lieu, dans les églises de l’ordre, la nuit et portes fermées. On disait que si le roi de France lui-même y eût pénétré, il n’en serait pas sorti » (Jules Michelet, Histoire de France).

La rumeur est entretenue par le chancelier Nogaret (garde des Sceaux, autrement dit ministre de la Justice). Le roi a donc décidé d’éliminer cet « État dans l’État », les Templiers dépendant de la seule autorité du pape. Il veut aussi récupérer une part de leur fortune – le fameux « trésor ». L’opération secrète sera vite et bien menée.

« L’an 1307 le 22 septembre, le roi étant au monastère de Maubuisson, les sceaux furent confiés au seigneur Guillaume de Nogaret ; on traita ce jour-là de l’arrestation des Templiers. »250

Registre du Trésor des Chartres. Histoire de France depuis les origines jusqu’à la Révolution (1911), Ernest Lavisse, Paul Vidal de La Blache

La répression est décidée : plis scellés envoyés à l’adresse des baillis et sénéchaux des provinces. Chaque pli en contient un second également scellé, qui ne doit être ouvert que le 12 octobre. Ainsi le secret de l’opération contre les Templiers sera-t-il bien gardé, durant trois semaines.

Le 13 octobre 1307, les Templiers sont arrêtés dans l’enceinte du Temple à Paris et pareillement saisis dans leurs châteaux en province. Ils n’opposent aucune résistance : l’effet de surprise est total et la Règle des moines soldats leur interdit de lever l’épée contre un chrétien. Une douzaine a pu fuir ; les autres, environ 2 000, seront livrés à l’Inquisition.

« Cette engeance […] comparable aux bêtes privées de raison, que dis-je ? dépassant la brutalité des bêtes elles-mêmes […] commet les crimes les plus abominables […] Elle a abandonné son Créateur […] sacrifié aux démons. »251

PHILIPPE IV le Bel (1268-1314), parlant des Templiers. Les Templiers (1963), Georges Bordonove

On voit jusqu’où peut aller la duplicité de Philippe le Bel pour justifier une action injustifiable sur le plan de la pure équité. L’affaire des Templiers va durer sept ans !

« Comment les Frères ont-ils été reçus au Temple ? […]
— Les a-t-on, après la cérémonie, emmenés derrière l’autel ou ailleurs, contraints de renier le Christ par trois fois et de cracher sur la Croix ? […]
— Les a-t-on ensuite dévêtus et baisés en bout de l’échine, sous la ceinture, sur le nombril et en la bouche, puis invités à pratiquer la sodomie ? »252

Questions posées aux Templiers, Tribunal de l’Inquisition, 19 octobre-24 novembre 1307. Les Templiers (1963), Georges Bordonove

Sur demande du chancelier Nogaret, l’Inquisition mène les interrogatoires. Cette juridiction ecclésiastique d’exception, particulièrement redoutable, est compétente pour la répression des crimes d’hérésie et d’apostasie, les faits de sorcellerie et de magie.

138 Templiers comparaissent, accusés de mœurs obscènes, sodomie, hérésie, idolâtrie, pratique de messes noires.

« On n’entendait que cris, que gémissements de ceux qu’on travaillait, qu’on brisait, qu’on démembrait dans la torture. »253

Abbé René Aubert de VERTOT (1655-1735), Histoire des Chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (posthume, 1742)

Cet abbé fut le témoin des pratiques de l’Inquisition. Élongation, dislocation, brûlures, brodequins, chevalet, tels sont les moyens utilisés contre les accusés, en octobre et novembre 1307. L’inquisiteur de France, Guillaume de Paris, confesseur du roi, veille aux interrogatoires. 36 Templiers meurent sous la torture.

Face aux bourreaux, les Templiers avouent en masse, tout ce qu’on veut. Même le grand maître Jacques de Molay, vraisemblablement pas torturé. Ce qui donnera naissance au « mystère des Templiers » : étaient-ils si innocents ?

« Que le pape prenne garde […] On pourrait croire que c’est à prix d’or qu’il protège les Templiers, coupables et confès, contre le zèle catholique du roi de France. »254

Pierre DUBOIS (vers 1250-vers 1320), Pamphlet, 1308. La Magie et la sorcellerie en France (1974), Thomas de Cauzons

Avocat à Coutances, il écrit ces mots dans le dessein d’effrayer Clément V. Il conclut en clouant au pilori « les indécis [qui] sont les nerfs des testicules du Léviathan » ! Image propre à faire trembler un pape hésitant par nature, embarrassé par l’affaire, et par ailleurs malade.

Il s’était tardivement ému du destin des Templiers, leur redonnant quelque espoir en février 1308 : il suspend l’action des inquisiteurs et annule les procédures engagées par Philippe le Bel. Fureur du roi ! Et riposte. Pierre Dubois, avocat du roi, écrit donc à sa demande, tandis que le chancelier Nogaret manœuvre en coulisses.

Clément V, français d’origine, se soumet bientôt à la volonté royale et abandonne les Templiers à leur sort, demandant seulement qu’on y mette les formes, d’un point de vue juridique. Il y aura donc un nouveau procès et quelques bulles.

« Jamais je n’ai avoué les erreurs imputées à l’ordre, ni ne les avouerai. Tout cela est faux. »255

Frère BERTRAND de SAINT-PAUL (fin XIIIe-début XIVe siècle), 7 février 1310. Histoire vivante de Paris (1969), Louis Saurel

Avec lui, 32 Templiers veulent à présent défendre l’ordre, au second procès. Leur attitude a changé du tout au tout.

« J’avouerais que j’ai tué Dieu, si on me le demandait ! »256

Frère AYMERI de VILLIERS-LE-DUC (fin XIIIe-début XIVe siècle), 13 mai 1310. Histoire vivante de Paris (1969), Louis Saurel

Les Templiers qui ont avoué en 1307 vont se rétracter, pour éviter le bûcher. « J’ai reconnu quelques-unes de ces erreurs, je l’avoue, mais c’était sous l’effet des tourments. J’ai trop peur de la mort », ajoute Aymeri.

« Vox clamantis. » « La voix qui crie. »257

CLÉMENT V (vers 1264-1314), Bulle pontificale qui dissout l’ordre des Templiers, 3 avril 1312. Les Templiers (1963), Georges Bordonove

Acte juridique lu à l’ouverture de la deuxième session, au concile de Vienne : l’ordre a fini d’exister.

Notons que l’expression « Vox clamantis (in deserto) » –« La voix qui crie (dans le désert) » – est la réponse de Jean-Baptiste aux envoyés des Juifs venus lui demander « Qui es-tu ? » (Bible, Nouveau Testament, Évangile de Jean, 1, 23).

Par la bulle Ad providam du 2 mai, les biens des Templiers sont transmis à l’ordre des Hospitaliers. Le roi, sous prétexte de dettes, en a déjà prélevé la plus forte part possible, mais le fameux « trésor » acquis bien ou mal (selon d’autres rumeurs) demeure introuvable. Encore un mystère source de bien des rumeurs.

« Les corps sont au roi de France, mais les âmes sont à Dieu ! »258

Cris des Templiers brûlés vifs dans l’îlot aux Juifs, 19 mars 1314. Les Templiers (2004), Stéphane Ingrand

Cet îlot, à la pointe de l’île de la Cité, doit son nom aux nombreux juifs qui ont subi le supplice du bûcher. Le peuple est friand de ce genre de spectacle et les Templiers attirent la foule des grands jours. Cette citation entre dans une catégorie peu fournie : « mot de la fin collectif ».

Une trentaine de Templiers va rejoindre dans le supplice les deux principaux dignitaires, Jacques de Molay, grand maître de l’Ordre, et Geoffroy de Charnay, le précepteur : après quatre ans de prison et de silence, ils ont proclamé leur innocence et dénoncé la calomnie, à la lecture publique de l’ultime sentence, sur le parvis de Notre-Dame, face à la foule amassée. C’est comme si le courage leur revenait soudain. Après sept ans d’« affaire des Templiers », le roi qui veut en finir a ordonné l’exécution groupée des plus « suspects », le soir même.

« Clément, juge inique et cruel bourreau, je t’ajourne à comparaître dans quarante jours devant le tribunal du souverain juge. »259

Jacques de MOLAY (vers 1244-1314), sur le bûcher dans l’îlot aux Juifs, île de la Cité à Paris, 19 mars 1314. Histoire de l’Église de France : composée sur les documents originaux et authentiques, tome VI (1856), abbé Guettée

Dernières paroles attribuées au grand maître des Templiers. Ce « mot de la fin » reste l’un des plus célèbres de l’histoire, pour diverses raisons bien réelles.

Quarante jours plus tard, le 20 avril, Clément V meurt d’étouffement, seul dans sa chambre à Avignon, comme aucun pape avant lui, ni après.

Autre version de la malédiction, tirée de la saga des Rois maudits de Maurice Druon et du feuilleton de télévision de Claude Barma, qui popularisa l’affaire des Templiers au XXe siècle : « Pape Clément ! Chevalier Guillaume ! Roi Philippe ! Avant un an, je vous cite à comparaître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste châtiment ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races ! »

Nogaret est déjà mort il y a un an et il peut s’agir d’un autre Guillaume. Mais le pape va mourir dans le délai imparti, comme Philippe le Bel, suite à une chute de cheval à la chasse (blessure infectée ou accident cérébral).

Plus troublant, le nombre de drames qui frapperont la descendance royale en quinze ans, au point d’ébranler la dynastie capétienne : assassinats, scandales, procès, morts subites, désastres militaires.

Quant à la treizième génération… cela tombe sur Louis XVI, le roi de France guillotiné sous la Révolution.

4. Pandémie de peste noire, dite la Grande Peste, source de superstitions, rumeurs mortifères et chasses aux sorcières.

« Le vulgaire, foule très pauvre, meurt d’une mort bien reçue, car pour lui vivre, c’est mourir. »289

SIMON de Couvin (??-1367). Étude historique sur les épidémies de peste en Haute-Auvergne, XIVe-XVIIIe siècles (1902), Marcellin Boudet, Roger Grand

Aux malheurs de la guerre de Cent Ans (1337-1453) s’ajoute une calamité plus terrible. Des vaisseaux génois venus de Crimée apportent la Grande Peste qui se développe en Sicile, en octobre 1347. À la fin de l’année, le fléau se répand sur l’Italie du Nord et la Provence. Marseille est la première ville touchée en France. En 1348, cette peste noire sévit sur une vaste partie de l’Europe. Les ravages sont tels, selon le chroniqueur belge, que « le nombre des personnes ensevelies est plus grand même que le nombre des vivants ; les villes sont dépeuplées, mille maisons sont fermées à clé, mille ont leurs portes ouvertes et sont vides d’habitants et remplies de pourriture. »

Selon Froissart et ses Chroniques, un homme sur trois mourut. Dans certaines régions de France, deux sur trois. Pour l’ensemble de l’Europe, les pertes atteignent entre le quart et la moitié de la population !

« Les hommes et les femmes qui restaient se marièrent à l’envi. »290

Jean de VENETTE (vers 1307-vers 1370), La Peste de 1348, chronique

Chroniqueur français du XIVe siècle et supérieur de l’ordre du Carmel à Paris, ses Chroniques latines couvrent les années 1340 à 1368. Témoin direct de la peste de 1348 en France, il décrit de manière précise les aspects de la maladie dont on ignore les causes – on incrimine les juifs déjà victimes d’antisémitisme au cours du Moyen Âge très chrétien, mais aussi les sorcières, les chats noirs… Ces rumeurs jettent la panique et entraînent des massacres en série.

Quant aux remèdes de la médecine, ils font plus de mal que de bien, en affaiblissant les corps (saignées, laxatifs). Mais l’épidémie, devenue pandémie, se termine en quelques mois.

La vie reprend ses droits, avec une vigueur nouvelle. Avant la peste, le curé de Givry (en Bourgogne) célébrait une quinzaine de mariages par an. En 1349, il en bénit 86, alors que la peste a tué la moitié de ses ouailles.

« On vit des pères tuer leurs enfants, des enfants tuer leur père ; on vit des malheureux détacher les corps suspendus aux gibets, pour se procurer une exécrable nourriture. Des hameaux disparurent jusqu’au dernier homme. »291

Chronique du temps. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Après la peste de 1348, voici la famine de 1349. Suite à l’épidémie, dans la plupart des provinces, il n’y a eu ni moissons, ni labours, ni semailles. Le peuple, appauvri et affaibli, meurt littéralement de faim.

La mort est à ce point présente que les églises s’ornent de danses macabres. La Mort symbolique (squelette armé d’une faux) entraîne tous les hommes, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, innocents ou coupables. Au total, la guerre de Cent Ans fera beaucoup moins de victimes que ces deux années terribles !

Peste noire et famine ont vidé le Trésor public. Les impôts ne rentrent plus : situation financière si grave que le roi doit abaisser la teneur en métal précieux des monnaies qu’il fait frapper. On va recourir au faux-monnayage à grande échelle, comme sous Philippe le Bel, le roi diffamateur des Templiers.

5. Le mystère de Jeanne d’Arc, une page d’histoire médiévale qui nourrit tous les fantasmes, les rumeurs et sa légende.

« Une enfant de douze ans, une toute jeune fille, confondant la voix du cœur et la voix du ciel, conçoit l’idée étrange, improbable, absurde si l’on veut, d’exécuter la chose que les hommes ne peuvent plus faire, de sauver son pays. »334

Jules MICHELET (1798-1874), Jeanne d’Arc (1853)

Le personnage inspire ses plus belles pages à l’historien du XIXe siècle : « Née sous les murs mêmes de l’église, bercée du son des cloches et nourrie de légendes, elle fut une légende elle-même, rapide et pure, de la naissance à la mort. »

D’autres historiens sérieux font de Jeanne une bâtarde de sang royal, peut-être même la fille d’Isabeau de Bavière (reine détestée, ambitieuse, notoirement débauchée) et de son beau-frère Louis d’Orléans, ce qui ferait de Jeanne la demi-sœur de Charles VII. Cette hypothèse plus ou moins fondée expliquerait en partie l’incroyable épopée.

Mais princesse ou bergère, c’est un personnage providentiel qui va galvaniser les énergies et rendre l’espoir à tout un peuple –à commencer par son roi.

« En nom Dieu, je ne crains pas les gens d’armes, car ma voie est ouverte ! Et s’il y en a sur ma route, Dieu Messire me fraiera la voix jusqu’au gentil Dauphin. Car c’est pour cela que je suis née. »335

JEANNE D’ARC (1412-1431), quittant Vaucouleurs, fin février 1429. Études religieuses, historiques et littéraires (1866), Par des Pères de la Compagnie de Jésus

Elle répond à ceux qui s’effraient en pensant qu’elle va devoir traverser la France infestée d’Anglais et de Bourguignons. À peine âgée de 17 ans, elle parvient à persuader le sire de Baudricourt, capitaine royal de Vaucouleurs, de lui donner une escorte - c’est déjà un « miracle ». Et elle se met en route pour Chinon où se trouve le dauphin.

Charles VII, bien que son père fût mort il y a sept ans, n’a pas encore été sacré roi comme le veut la coutume et garde donc le titre de dauphin. Ce qui n’empêchera pas Jeanne de faire alterner les deux titres, roi et dauphin.

« Je viens de la part du roi des Cieux pour faire lever le siège d’Orléans et pour conduire le roi à Reims pour son couronnement et son sacre. »336

JEANNE D’ARC (1412-1431), Château de Chinon, 7 mars 1429. Jeanne d’Arc (1860), Henri Wallon

Réponse aux conseillers de Charles VII qui lui demandent pourquoi elle est venue. Curieusement, sa réponse ne semble pas surprendre les conseillers - est-elle vraiment une inconnue pour eux ?… Le lendemain, on la conduit dans la salle du trône, au château de Chinon.

« Gentil Dauphin, j’ai nom Jeanne la Pucelle […] Mettez-moi en besogne et le pays sera bientôt soulagé. Vous recouvrerez votre royaume avec l’aide de Dieu et par mon labeur. »337

JEANNE D’ARC (1412-1431), château de Chinon, 8 mars 1429. Jeanne d’Arc, la Pucelle (1988), marquis de la Franquerie

Le dauphin, qui croit d’abord à une farce, est caché parmi ses partisans, et le comte de Clermont placé près du trône. Au lieu de se diriger vers le comte, Jeanne va directement vers Charles et lui parle ainsi, à la stupeur des témoins !

Leur entretien dure une heure et restera secret, hormis la dernière phrase.

« Je vous dis, de la part de Messire, que vous êtes vrai héritier de France et fils du roi. »338

JEANNE D’ARC (1412-1431), 8 mars 1429. Jeanne d’Arc (1870), Frédéric Lock

Tels sont les derniers mots qu’elle prononce lors de l’entretien avec le dauphin et dont elle fera état à son confesseur.

Jeanne a rendu doublement confiance à Charles : il est bien le roi légitime de France et le fils également légitime de son père, lui qu’on traite toujours de bâtard - vu l’inconduite notoire de sa mère, Isabeau de Bavière.

« Dieu premier servi. »339

JEANNE D’ARC (1412-1431), devise. Jeanne d’Arc : le pouvoir et l’innocence (1988), Pierre Moinot

Ni l’Église, ni le roi, ni la France, ni rien ni personne d’autre ne passe avant Lui, « Messire Dieu », le « roi du Ciel », le « roi des Cieux », obsessionnellement invoqué ou évoqué par Jeanne, aux moments les plus glorieux ou les plus sombres de sa vie. C’est la raison même de sa passion, cette foi forte et fragile, à l’image du personnage.

Ce pourrait être la « clé du mystère » de Jeanne d’Arc, mais ça renvoie à un autre mystère d’ordre divin. N’oublions jamais que cette histoire se passe au Moyen Âge, le temps des cathédrales et de croisades.

« Vous, hommes d’Angleterre, qui n’avez aucun droit en ce royaume, le roi des Cieux vous mande et ordonne par moi, Jehanne la Pucelle, que vous quittiez vos bastilles et retourniez en votre pays, ou sinon, je ferai de vous un tel hahu [dommage] qu’il y en aura éternelle mémoire. »341

JEANNE D’ARC (1412-1431), Lettre du 5 mai 1429. Présence de Jeanne d’Arc (1956), Renée Grisell

Le 4 mai, à la tête de l’armée de secours envoyée par le roi et commandée par le Bâtard d’Orléans (jeune capitaine séduit par sa vaillance et fils naturel de Louis d’Orléans, assassiné), Jeanne attaque la bastille Saint-Loup et l’emporte. Le 5 mai, fête de l’Ascension, on ne se bat pas, mais elle envoie par flèche cette nouvelle lettre.

Le 7 mai, elle attaque la bastille des Tournelles. Après une rude journée de combat, Orléans est libérée. Le lendemain, les Anglais lèvent le siège. Toute l’armée française, à genoux, assiste à une messe d’action de grâce - oui, nous sommes toujours au Moyen Âge très chrétien et Dieu est omniprésent.

« Gentil roi, or est exécuté le plaisir de Dieu qui voulait que vous vinssiez à Reims recevoir votre saint sacre, en montrant que vous êtes vrai roi et celui auquel le royaume de France doit appartenir. »343

JEANNE D’ARC (1412-1431). Jeanne d’Arc (1860), Henri Wallon

Jeanne a tenu parole, Charles est sacré à Reims le 17 juillet 1429 par l’évêque Regnault de Chartres. Alors seulement, Charles VII peut porter son titre de roi. Plusieurs villes font allégeance : c’est « la moisson du sacre ». En riposte, le duc de Bedford fait couronner à Paris Henri VI de Lancastre « roi de France ».

Les victoires ont permis de reconquérir une part de la « France anglaise », mais Jeanne, blessée, échoue devant Paris en septembre. Après la trêve hivernale (de rigueur à l’époque), elle décide de « bouter définitivement les Anglais hors de France », contre l’avis du roi qui a signé une trêve avec les Bourguignons.

23 mai 1430. Capturée devant Compiègne, elle est vendue aux Anglais pour 10 000 livres et emprisonnée à Rouen le 14 décembre. Les Anglais veulent sa mort. Les juges français veulent y mettre les formes.

« Jeanne, croyez-vous être en état de grâce ?
— Si je n’y suis, Dieu veuille m’y mettre ; si j’y suis, Dieu veuille m’y tenir. »344

JEANNE D’ARC (1412-1431), Rouen, procès de Jeanne d’Arc, 24 février 1431. Jeanne d’Arc (1888), Jules Michelet, Émile Bourgeois

Jeanne va subir une suite d’interrogatoires minutieux et répétitifs, en deux procès.

Le premier procès d’« inquisition en matière de foi » commence le 9 janvier 1431, sous la présidence de Pierre Cauchon, évêque de Beauvais (diocèse où elle a été faite prisonnière). Ce n’est pas sa personne que l’Église veut détruire, mais le symbole, déjà très populaire.

Qu’est-ce que l’Église lui reproche ? Le port de vêtements d’homme, sacrilège à l’époque (d’où la rumeur sur son identité sexuelle), une tentative de suicide dans sa prison et ses visions, considérées comme une imposture ou un signe de sorcellerie.

Jeanne est seule, face à ses juges. Charles VII, qui lui doit tant et d’abord son sacre, l’a abandonnée. Il ne lui reste que sa foi, son Dieu. Elle va résister, jusqu’au 24 mai.

« Nous sommes perdus, nous avons brûlé une sainte. »348

Secrétaire du roi d’Angleterre, après l’exécution de Jeanne, Rouen, 30 mai 1431. Histoire de France, tome V (1841), Jules Michelet

Mot également attribué à l’évêque de Beauvais, Pierre Cauchon.

En fin de procès, le 24 mai, dans un moment de faiblesse, Jeanne abjure ses erreurs et accepte de faire pénitence : elle est condamnée au cachot. Mais elle se ressaisit et, en signe de fidélité envers ses voix et son Dieu, reprend ses habits d’homme, le 27 mai. D’où le second procès, vite expédié : condamnée au bûcher comme hérétique et relapse (retombée dans l’hérésie), brûlée vive sur la place du Vieux-Marché à Rouen, ses cendres sont jetées dans la Seine. Il fallait éviter tout culte posthume de la Pucelle, autour des reliques.

Charles VII, qui n’a rien tenté pour sauver Jeanne, fait procéder à une enquête quand il reprend Rouen sur les Anglais. Le 7 juillet 1456, on fait le procès du procès, d’où annulation, réhabilitation. Jeanne sera finalement béatifiée en 1909 et canonisée en 1920.

« Souvenons-nous toujours, Français, que la patrie, chez nous, est née du cœur d’une femme, de sa tendresse, de ses larmes, du sang qu’elle a donné pour nous. »349

Jules MICHELET (1798-1874), Jeanne d’Arc (1853)

Princesse (bâtarde de sang royal) ou simple bergère de Domrémy, petit village de la Lorraine, le mystère nourrit la légende et la fulgurance de cette épopée rend le sujet toujours fascinant, six siècles plus tard. La récupération politique (de droite comme de gauche) est une forme d’exploitation du personnage, plus ou moins fidèle au modèle.

L’histoire de Jeanne va inspirer d’innombrables œuvres littéraires, cinématographiques et artistiques, signées Bernard Shaw, Anatole France, Charles Péguy, Méliès, Karl Dreyer, Otto Preminger, Roberto Rossellini, Robert Bresson, Luc Besson, Jacques Rivette, Bruno Dumont (en 2019), Jacques Audiberti, Arthur Honegger, etc. Et L’Alouette de Jean Anouilh : « Quand une fille dit deux mots de bon sens et qu’on l’écoute, c’est que Dieu est là. […] Dieu ne demande rien d’extraordinaire aux hommes. Seulement d’avoir confiance en cette petite part d’eux-mêmes qui est Lui. Seulement de prendre un peu de hauteur. Après Il se charge du reste. »

Signalons pour finir les dernières fake news dénoncées par un historien sérieux : quelques fausses Jeanne se sont présentées après sa mort, d’où la rumeur d’une résurrection (comme Jésus). Autre version, Jeanne n’a pas été brûlée, une autre jeune fille ayant pris sa place. Il existe aussi une hypothèse récurrente, celle d’un (jeune) homme, chevauchant très naturellement et se conduisant de même en preux chevalier.

« Mais où sont les neiges d’antan ? […]
Et Jeanne la bonne Lorraine
Qu’Anglais brûlèrent à Rouen ? »350

François villon (vers 1431-1463), Le Grand Testament, Ballade des dames du temps jadis (1462)

Un des premiers poètes à lui rendre hommage est Villon, né (vraisemblablement) l’année de sa mort.

6. « Mal de Naples » ou « mal français », c’est de bonne guerre entre adversaires.

« Les Français ne se plaisent qu’au péché et aux actes vénériens. »426

Jean BRAGADIN (seconde moitié du XVe siècle), fin février 1495. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Ce patricien fait son rapport devant la seigneurie de Venise et les griefs sont nombreux, contre les Français : « Ils prennent les femmes de force sans nulle considération, les volent ensuite et leur enlèvent leurs bagues ; et celles qui résistent, ils leur coupent les doigts. Il faut aussi pour eux que la table soit toujours ouverte, ils n’ôtent jamais leur manteau et restent couverts, prennent les meilleures chambres aux propriétaires, se jettent sur le vin et le blé. »

Michelet explique, avec le recul de l’historien : « Telle armée et tel roi, sensuel, emporté… La découverte de l’Italie avait tourné la tête aux nôtres ; ils n’étaient pas assez forts pour résister au charme. Le contraste était si fort avec la barbarie du Nord que les conquérants étaient éblouis, presque intimidés, de la nouveauté des objets. »

Rappelons que la France a vécu rien moins que 11 guerres d’Italie, de 1492 à 1559. Dès le début, ce pays tourna la tête aux jeunes conquérants : « La conduite des Français était contradictoire. Ils voulaient tout, arrachaient tout, emplois et fiefs, et, d’autre part, ils ne voulaient pas rester ; ils n’aspiraient qu’à retourner chez eux ; ils redemandaient la pluie, la boue du Nord sous le ciel de Naples » (Jules Michelet, Histoire de France).

« Partout, [le mal] éclate et comme la corruption des mœurs était générale, l’infection syphilitique se produisit presque partout simultanément. »428

HESNAUT (pseudonyme d’un auteur inconnu qui rassemble des documents d’époque), Le Mal français à l’époque de l’expédition de Charles VIII en Italie (1886)

La syphilis – appelée « mal de Naples » par les Français, alors que les Italiens parlent du « mal français » – existait déjà en France, mais au mois d’octobre 1495, elle décime les rangs des soldats du roi Charles VIII de retour vers la France : partout ils agonisent, au milieu de la route, à l’entrée des villages.

Cette maladie, dite aussi la (grande) vérole, serait originaire d’Amérique, passée en Europe au retour des marins de Christophe Colomb et touchant d’abord l’Italie - d’où le premier nom de « mal de Naples ».

Maladie vénérienne extrêmement contagieuse, traitée par le mercure et le cyanure (hautement toxiques), elle fait des ravages, jusqu’à la découverte des antibiotiques, vers 1940. Parmi les victimes célèbres, François Ier et Charles Quint, Shakespeare, Schubert, Baudelaire, Flaubert, Dostoïevski et Tolstoï, Édouard Manet, Gauguin, Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Verlaine, Feydeau, James Joyce…

7. La mauvaise réputation des « mignons » d’Henri III corrigée par Brantôme, contre la propagande de l’opposition ultra-catholique.

« Ce sont eux [les mignons] qui à la guerre ont été les premiers aux assauts, aux batailles et aux escarmouches, et s’il y avait deux coups à recevoir ou à donner, ils en voulaient avoir un pour eux, et mettaient la poussière ou la fange à ces vieux capitaines qui causaient [raillaient] tant. »559

BRANTÔME (1540-1614). Lexique des œuvres de Brantôme (1880), Ludovic Lalanne

Homme de cour autant que de guerre, il défend ici, en témoin, la réputation des mignons du roi, comme le fera l’autre chroniqueur bien connu, Pierre de l’Estoile, dans ses Mémoires relatifs à l’histoire de France, Journal de Henri III (posthume). Le roi couvrait ses favoris de biens et d’honneurs, les appelant « mes enfants » et pleurant d’abondance leur trépas. Ils furent en retour très fidèles au roi et vaillants au combat.

Michelet confirme, dans son Histoire de France : « Puisque ce mot de mignon est arrivé sous ma plume, je dois dire pourtant que je ne crois ni certain ni vraisemblable le sens que tous les partis, acharnés contre Henri III, s’acharnèrent à lui donner […] Plusieurs des prétendus mignons furent les premières épées de France. »

Un poème de Ronsard brocarde pourtant le roi et ses mignons : « Le roi comme l’on dit, accole, baise et lèche / De ses poupins mignons le teint frais, nuit et jour ; / Eux pour avoir argent, lui prêtent tour à tour / Leurs fessiers rebondis et endurent la brèche. » Mais le roi des poètes se fait volontiers libertin et même érotique, à ses heures.

Cependant que la propagande des Ligueurs ultra-catholiques s’acharne à discréditer le roi « sodomite » avec ses « mignons de couchette ». Henri III finira assassiné par un moine ligueur, Jacques Clément, son successeur étant également victime d’un catholique fanatique - Henri IV ayant une solide réputation de Vert-Galant avec les femmes.

Reste le contexte, la mode italienne (à l’image de la reine mère, Catherine de Médicis) et les mœurs du temps qui peuvent prêter à confusion, si l’on se fie aux apparences restituées par les tableaux. Costumes raffinés à l’extrême, bijoux portés par des hommes prompts à sortir leurs pendentifs endiamantés aussi bien que leurs dagues, travestissement mettant en valeur une minceur efféminée. La complexité du personnage d’Henri III prête aussi à confusion.

Finalement, qu’importe sa liberté de mœurs et sa sexualité réelle ou supposée ! Seule certitude, ses Mignons surent se battre et mourir comme les plus vaillants guerriers du temps.

8. Marie de Médicis, complice du régicide contre Henri IV ?

« Priez Dieu, Madame, que je vive longtemps, car mon fils vous maltraitera quand je n’y serai plus. »657

HENRI IV (1553-1610), à Marie de Médicis. Les Rois qui ont fait la France, Henri IV (1981), Georges Bordonove

Sait-il que sa femme (née Florentine) n’est pas étrangère à certains complots tramés autour de lui ? Cette phrase est en tout cas prémonitoire des relations entre la mère et le fils : une véritable guerre, au terme de laquelle Marie de Médicis perdra son pouvoir, ses amis, sa liberté, pour finir en exil.

« Je mourrai un de ces jours et, quand vous m’aurez perdu, vous connaîtrez lors ce que je valais et la différence qu’il y a de moi aux autres hommes. »661

HENRI IV (1553-1610), à ses compagnons, au matin du 14 mai 1610. Mémoires (posthume, 1822), Maximilien de Béthune Sully

Ce jour-là, de très bonne heure, le roi est assailli de pressentiments. Aucune paranoïa, il se sait toujours menacé, après 12 tentatives en dix ans – 18, selon d’autres calculs et 25 durant son règne !

Outre la théorie du tyrannicide à l’origine de la mort du roi, d’autres motifs existent : la fiscalité qui s’alourdit pour préparer la guerre, le mécontentement croissant du peuple, les nobles jaloux des honneurs qu’ils n’ont pas, une affaire de cœur avec une très jeune maîtresse mariée au prince de Condé et qui se complique, une conspiration avec l’Espagne, née dans l’entourage de la reine et que le roi ne peut ignorer.

On en revient à la complicité de la très catholique Marie de Médicis.

« Ce n’est rien. »662

HENRI IV (1553-1610), mot de la fin, 14 mai 1610. Histoire du règne de Henri IV (1862), Auguste Poirson

Il vient d’être poignardé par Ravaillac : l’homme a sauté dans le carrosse bloqué par un encombrement, rue de la Ferronnerie, alors que le roi se rendait à l’Arsenal, chez Sully son ministre et ami, souffrant. Le blessé a tressailli sous le coup et redit « Ce n’est rien », avant de mourir.

Le régicide sera écartelé, après avoir été torturé : il affirma avoir agi seul. Sully, dans ses Mémoires, n’y croit pas. Le mystère demeure, sur la mort d’Henri IV le Grand. C’est l’une des principales énigmes de l’histoire de France.

« Je voudrais n’être point roi et que mon frère le fût plutôt : car j’ai peur qu’on me tue, comme on a fait du roi mon père. »663

LOUIS XIII (1601-1643), le soir du 14 mai 1610. Journal pour le règne de Henri IV et le début du règne de Louis XIII (posthume, 1960), Pierre de L’Estoile

L’enfant restera traumatisé à jamais par ce drame où sa mère est sans doute compromise. Que peut-il ressentir à neuf ans ? La personnalité de Louis XIII demeure un mystère, pour ses proches comme pour les historiens.

« Votre Majesté m’excusera. Les rois ne meurent point en France. »664

Nicolas Brulart de SILLERY (1544-1624), 14 mai 1610. Le Mercure français (1611), Jean Richier

Ainsi parle le chancelier devant le petit Louis XIII, cependant que la reine Marie de Médicis se lamente bien fort sur le corps du roi ramené au Louvre et que les conseillers la prient instamment d’agir « en homme et en roi ».

En bon juriste, Sillery rappelle un très ancien précepte de la monarchie française : « Le Roi de France ne meurt jamais », de sorte que le trône ne soit jamais vacant, d’où l’expression : « Le Roi est mort. Vive le roi ! »

L’assassinat frappe la France de stupeur et fait du roi un martyr. Ce drame fait taire toute critique et donne au personnage une immense popularité. La légende fera le reste. D’autant plus que la régente qui lui succède manque totalement de ces vertus politiques qui font les grands règnes.

9. Louis XIII et Richelieu : le temps de tous les complots crée naturellement le complotisme.

« Les rois doivent être sévères et exacts à faire punir ceux qui troublent la police et violent les lois de leur royaume, mais il ne faut y prendre plaisir. »692

Cardinal de RICHELIEU (1585-1642). Le Cardinal de Richelieu : étude biographique (1886), Louis Dussieux

Ces mots du cardinal ministre peuvent s’appliquer à tous les ennemis du pouvoir royal et d’abord, les Grands : la haute noblesse est la première responsable de l’anarchie qui prévaut depuis la mort d’Henri IV. Richelieu tente de la mater, mais la Fronde qui éclatera après sa mort prouve que ce fut en vain.

Été 1626. Une conspiration unit beaucoup de beau monde : Gaston d’Orléans (frère du roi, race gênante et turbulente, mais lui le sera tout particulièrement), le comte d’Ornano (surintendant général de la maison d’Orléans), les Vendôme (fils bâtards d’Henri IV), le duc de Longueville, la duchesse de Chevreuse (autre habituée des complots du temps) qui entraîne la reine Anne d’Autriche et son amant, le comte de Chalais.

Les conjurés préparent l’assassinat de Richelieu. Ils sont dénoncés, Chalais est abandonné par ses complices princiers. Intercessions et prières auprès du roi et du cardinal n’y font rien : le comte de Chalais est exécuté le 19 août 1626.

« Ne craignez rien. Je serai votre second contre tout le monde, sans en excepter mon frère. Mon honneur y est engagé. »708

LOUIS XIII (1601-1643), à Richelieu. Histoire de la vie de Louis XIII roi de France et de Navarre (1768), Richard de Bury

Suite à la journée des Dupes (où Marie de Médicis a manœuvré pour discréditer Richelieu auprès du roi, son fils), Gaston d’Orléans (Monsieur, frère du roi) a fait irruption dans l’hôtel du cardinal, rue Saint-Honoré, et l’a violemment menacé.

Il doit quitter le royaume, le 30 janvier 1631. « Le mal que l’on vous fera, je le regarderai comme fait à moi-même et je saurai vous venger », promet le roi à son principal ministre d’État.

« Je m’aperçois assez que l’on s’en prend au cardinal et qu’on ne s’ose plaindre de ma personne. Plus je verrai qu’on l’attaquera, cela sera cause que je l’aimerai davantage et porterai son parti. »709

LOUIS XIII (1601-1643), au sieur de La Barre Le Sec, 25 juillet 1631. Vie de Louis XIII (1936), Louis Vaunois

De la Barre était venu lui parler de la reine mère, Marie de Médicis. Prisonnière, évadée, la voilà exilée hors de France. Elle le restera jusqu’à sa mort à Cologne, en 1642.

Le « parti des bons Français », celui des partisans de Richelieu, refusant l’immixtion de la religion dans les affaires de l’État et considérant la maison de Habsbourg comme le principal danger, a définitivement gagné contre le parti dévot. Le couple formé par Louis XIII et Richelieu est uni plus que jamais après l’épreuve et ce « ministériat » demeure la grande force du règne. Pourtant, les comploteurs ne désarment pas.

Alexandre Dumas sera très inspiré par cette période de notre histoire, mais si originale que soit son œuvre romanesque, elle ne dépasse pas la réalité.

« Il entra dans toutes les affaires, parce qu’il n’avait pas la force de résister à ceux qui l’y entraînaient pour leurs intérêts ; il n’en sortit jamais qu’avec honte, parce qu’il n’avait pas le courage de les soutenir. »713

Cardinal de RETZ (1613-1679), Mémoires (1671-1675)

Retz, qui entrera bientôt dans la grande « affaire » de la Fronde, fait ici le portrait de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, décrit sans indulgence. Il n’en mérite guère.

Pourvu d’une grande culture, mais dépourvu de caractère, il est de tous les complots contre le roi ou Richelieu, lâchant ses complices au dernier moment et fort de son impunité, tant qu’il est l’héritier de la couronne – Louis XIII étant sans enfant.

De retour en France en juin 1632, il obtient l’aide d’Henri, quatrième et dernier duc de Montmorency. Avec 3 000 cavaliers allemands, ils soulèvent une partie du Midi, mais sont battus par les troupes royales, le 1er septembre, à Castelnaudary.

« Je ne sais pas chicaner ma vie ! »714

Duc Henri de MONTMORENCY (1595-1632), à son procès, Toulouse, octobre 1632. Madame de Montmorency : mœurs et caractères au XVIIe siècle (1858), Amédée Renée

L’accusé refuse tout simplement de se défendre et déchire le mémoire justificatif que lui fait parvenir la princesse de Condé.

C’est l’un des plus grands seigneurs du temps : filleul d’Henri IV, gouverneur du Languedoc, amiral de France à 17 ans, recevant le bâton de maréchal de France des mains du roi en 1630. Ne lui manque vraiment que le titre de connétable, qu’il pense mériter autant que ses ancêtres. Sa chute et sa mort marquent symboliquement la fin de la féodalité.

Le duc a tenté d’exploiter le mécontentement né d’une réforme de la fiscalité. Les révoltes nobiliaires s’appuient souvent sur des doléances populaires, dont tel ou tel Grand se fait l’avocat intéressé.

Il aggrave son cas, écoutant la reine mère et s’alliant avec le frère du roi qui tente d’organiser un soulèvement général du royaume. Vaincu et gravement blessé devant Castelnaudary, jugé par le Parlement de Toulouse pour crime de lèse-majesté, condamné à mort, il demande seulement pardon au roi et rend son bâton de maréchal.

« En matière de crime d’État, il faut fermer la porte à la pitié et mépriser les plaintes des personnes intéressées et les discours d’une populace ignorante, qui blâme quelquefois ce qui lui est plus utile. »715

Cardinal de RICHELIEU (1585-1642), Lettre à Louis XIII à propos du duc de Montmorency. Vie de Louis XIII (1936), Louis Vaunois

Le petit peuple dont le duc est aimé, de nombreux nobles et des ecclésiastiques priaient le roi de faire grâce. Le pape lui-même, la reine mère et le roi d’Angleterre le sollicitent aussi.

Richelieu plaide au contraire l’ordre public, au nom de la raison d’État. Il y a bien des raisons, pour cela ! La plupart des complots qui marquent ce règne sont ourdis par des Grands dont l’incapacité politique est évidente. Mais ils profitent d’un climat insurrectionnel et mêlent l’étranger à leurs intrigues – à commencer par l’Espagne, principale ennemie de la France. Ils trouvent des complicités au sein de la famille royale, ce qui achève de donner à tous ces complots un caractère d’exceptionnelle gravité.

« Je ne serais pas roi, si j’avais les sentiments des particuliers. »716

LOUIS XIII (1601-1643), à Gaspard III de Coligny, maréchal de Châtillon. Louis XIII (1946), Philippe Erlanger

Le maréchal le priait à son tour de pardonner au duc de Montmorency. Mais le roi écoute son ministre cardinal et refuse de faire grâce. Ajoutant : « On ne doit pas être fâché de voir mourir un homme qui l’a si bien mérité. On doit seulement le plaindre de ce qu’il est tombé par sa faute dans un si grand malheur. » Henri de Montmorency était son ami d’enfance et sur son lit de mort, songeant à cette affaire, Louis XIII avouera : « Les rois sont bien malheureux. »

Seule faveur accordée au condamné, il sera décapité dans la cour du Capitole et non sur la place publique. Il faut fermer les portes pour éviter que les Toulousains n’empêchent l’exécution.

Le dernier duc de Montmorency meurt le 20 octobre 1632 et son duché-pairie passe aux Condé. Gaston d’Orléans s’est enfui à Bruxelles (ville appartenant aux Espagnols), avant de revenir pour un prochain complot.

« Ces animaux sont étranges. On croit quelquefois qu’ils ne sont pas capables d’un grand mal, parce qu’ils ne le sont d’aucun bien. »717

Cardinal de RICHELIEU (1585-1642). Richelieu tel qu’en lui-même (1997), Georges Bordonove

Le cardinal fait allusion aux trahisons répétées de deux femmes : Anne d’Autriche et la duchesse de Chevreuse.

La femme de Louis XIII, alliée à sa mère Marie de Médicis, chercha à obtenir du roi la disgrâce de son ministre, jusqu’à la fameuse journée des Dupes (10 novembre 1630). Elle est aussi accusée de correspondance secrète avec son frère Philippe IV d’Espagne, en guerre « couverte » et bientôt « ouverte » avec la France, dans le cadre de la guerre de Trente Ans.

Quant à Marie de Rohan-Montbazon, ancienne épouse de Luynes (le premier favori de Louis XIII), puis du duc de Chevreuse, sa vie est un roman où les intrigues politiques se mêlent sans fin aux aventures galantes. Encore un personnage pour Dumas !

« Elle trahit avec volupté. »718

Cardinal de RICHELIEU (1585-1642). Vie de Louis XIII (1936), Louis Vaunois

C’est joliment résumer le personnage de la duchesse de Chevreuse. Elle pousse d’abord son amant, le comte de Chalais, à comploter contre Richelieu – le comte le paiera de sa vie. Elle profite d’un exil pour faire conspirer un de ses nouveaux amants, le duc de Lorraine. On la retrouvera au prochain épisode, en héroïne de la Fronde.

« Tant plus on témoigne l’aimer et le flatter, tant plus il se hausse et s’emporte. »729

LOUIS XIII (1601-1643). Cinq-Mars ou la passion et la fatalité (1962), Philippe Erlanger

Il parle à Richelieu de son favori, Henri Coiffier de Ruzé d’Effiat, marquis de Cinq-Mars.

Cinq-Mars va conspirer contre Richelieu, avec son ami et complice le magistrat de Thou, le duc de Bouillon et l’inévitable frère du roi, Gaston d’Orléans qui a cherché alliance auprès des Espagnols. L’affaire Cinq-Mars, dernier grand complot du règne, attriste la fin de vie du cardinal, épuisé à la tâche et rongé par un ulcère.

« Je me rends, parce que je veux mourir, mais je ne suis pas vaincu. »730

Marquis de CINQ-MARS (1620-1642). Les Grands Procès de l’histoire (1924), Me Henri Robert

C’est le héros revu, corrigé, idéalisé, immortalisé par Vigny dans son roman historique, Cinq-Mars, ou une conjuration sous Louis XIII (1826), inspiré de Walter Scott.

Le comte de Vigny, jeune officier et poète romantique, en fait le symbole de la noblesse humiliée par la monarchie absolue : grand écuyer, favori de la Reine, passionnément attaché aux prérogatives de sa caste, bravant les édits de Richelieu (comme témoin à un duel interdit), il s’apprête, avec la complicité des Espagnols et l’appui de la reine Anne d’Autriche, à écarter le trop puissant cardinal qui a tout pouvoir sur un roi trop faible – cet argument a déjà joué, dans la journée des Dupes.

La conjuration est dénoncée. Le cardinal triomphe. « Cinq-Mars sourit avec tristesse et sans amertume, parce qu’il n’appartenait déjà plus à la terre. Ensuite, regardant Richelieu avec mépris », il a cette phrase : « Je me rends parce que je veux mourir… »

La réalité est quelque peu différente du roman, mais pas moins dramatique.

10. Richelieu lui-même sacrifie à la mode des cabales et Corneille, son plus illustre protégé, en est victime !

« En vain, contre Le Cid, un ministre se ligue ;
Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue. »721

Nicolas BOILEAU (1636-1711), Satire IX (1668)

C’est la gloire à 30 ans pour Corneille dont la pièce est créée fin décembre 1636, dans le (très vaste) théâtre privé de Richelieu, et en janvier 1637 au théâtre du Marais. Ce qui explique l’une et l’autre date données, selon les sources, pour sa création.

La première grande tragédie classique (ou plutôt, tragicomédie) est ovationnée pour son génie propre et pour ses allusions à l’actualité – le combat contre les Maures fait écho à l’invasion espagnole de cette année. Louis XIII anoblit l’auteur.

Mais Richelieu ne pardonne pas à son protégé le refus de participer à une société de cinq auteurs (avec Boisrobert, Colletet, L’Estoile et Rotrou) chargés de composer des pièces sur ses idées ! Petit côté d’un grand homme, par ailleurs passionné de théâtre.

Le cardinal forme une cabale et instrumentalise personnellement l’Académie française qu’il a créée en 1634 (officialisée en 1635 par Louis XIII). À l’origine, cette institution a des missions politiques : elle doit célébrer les victoires des armées du roi et fournir des polémistes à gages, dans la guerre de propagande contre l’Espagne et les Pays-Bas. Elle est également chargée de rédiger un dictionnaire dont la première édition ne sortira qu’en 1694 !

Détournée de ses fins, l’Académie obéit docilement au cardinal, accable le jeune poète de critiques jalouses et de propos pédants. Scudéry attaque le premier, avec ses Observations critiques sur le Cid. L’Académie censure la pièce, Corneille en souffre naturellement. Mais comme l’écrira Boileau : « L’Académie en corps a beau le censurer, / Le public en révolte s’obstine à l’admirer. » La « querelle du Cid » va émouvoir Paris, toute l’année 1637.

« Qu’on parle mal ou bien du fameux cardinal
Ma prose ni mes vers n’en diront jamais rien :
Il m’a fait trop de bien pour en dire du mal,
Il m’a fait trop de mal pour en dire du bien. »737

Pierre CORNEILLE (1606-1684), Poésies diverses (posthume)

Auteur le plus célèbre de son temps après le triomphe de ses trois récentes tragédies (Horace, Cinna, Polyeucte), il compose ce quatrain à l’occasion de la mort du cardinal en 1642.

Corneille se rappelle la protection dont il a bénéficié : il était totalement inconnu quand le cardinal fit ouvrir un second théâtre à Paris (Le Marais, rival de l’Hôtel de Bourgogne) pour jouer ses premières pièces. Mais il ne peut oublier la méchante cabale montée contre lui par le cardinal et la querelle du Cid qui s’ensuivit.

Les autres épitaphes sont beaucoup moins généreuses.

« Ci-gît un fameux cardinal
Qui fit plus de mal que de bien :
Le bien qu’il fit, il le fit mal
Le mal qu’il fit, il le fit bien. »735

Isaac de BENSERADE (1612-1691), Épitaphe

La plus connue des inscriptions funéraires et vengeresses qui accueillirent la mort de Richelieu est signée d’un gentilhomme normand, écrivain précieux et académicien français, lui aussi protégé du cardinal. Le mécénat artistique, devenu véritable politique culturelle, va encourager les créateurs dans tous les domaines : lettres, théâtre, musique, peinture, architecture. L’art classique nait à cette époque, contribuant au rayonnement de la France en Europe.

11. Les mazarinades discréditent le nouveau couple au pouvoir et les complots s’emballent sous la Fronde.

« Je voudrais bien étrangler
Notre pute de Reine !
Ô gué, notre pute de Reine. »761

Mazarin, ce bougeron, mazarinade. Histoire de France par les chansons (1982), France Vernillat, Pierre Barbier

L’attaque directe contre la vie privée est une constante à l’époque : la règle de cet art pamphlétaire et chansonnier est de ne rien respecter et les reines pas plus que les rois n’ont de « vie privée », au sens moderne du mot.

Attaqué lui aussi, et même en premier, le cardinal détesté : « Mazarin, ce bougeron / Dit qu’il n’aime pas les cons / C’est un scélérat / C’est un bougre ingrat… » L’homosexualité (ou la bisexualité) supposée de l’italien Mazarin (né Mazzarino) fait parler. Rumeur, ragot, potin… La Cour en raffole comme le bon peuple.

« Je plains le sort de la Reine ;
Son rang la contraint en tout ;
La pauvre femme ose à peine
Remuer quand on la f… »762

Le Frondeur compatissant, mazarinade. Nouveau siècle de Louis XIV, ou poésies-anecdotes du règne et de la cour de ce prince (1793), F. Buisson

Dès la mort de Louis XIII dont les chansons célébrèrent les insuffisances conjugales, on soupçonne les relations d’Anne d’Autriche avec « Mazarin ce bougeron ». Michelet rapporte, dans son Histoire de France : « Mazarin commença dès lors l’éducation de la reine, enfermé toutes les soirées avec elle pour lui apprendre les affaires. La cour, la ville ne jasaient d’autre chose. »

On jasa beaucoup, on supposa tout, y compris un mariage secret ! Anne d’Autriche nia toujours, assurant même que Mazarin « n’aimait pas les femmes ». Mais elle laissa gouverner le cardinal, mieux qu’elle n’avait jadis laissé régner son royal époux.

« Savez-vous bien la différence
Qu’il y a entre son Éminence
Et feu Monsieur le Cardinal ?
La réponse en est toute prête :
L’un conduisait son animal,
Et l’autre monte sur sa bête. »765

César BLOT (1610-1655), mazarinade. Mazarin (1972), Paul Guth

Un des 6 500 pamphlets (exceptionnellement signé) contre Mazarin. L’Éminence (Mazarin) a succédé en mai 1643 au Cardinal (Richelieu). L’« animal » est Louis XIII et la « bête », Anne d’Autriche, par ailleurs qualifiée de « pute de reine ».

En termes peu galants, cela signifie que la pratique du ministériat est reconduite sous la régence, avec l’ancien collaborateur de Richelieu comme principal ministre : Mazarin déjà impopulaire et sitôt menacé. C’est toujours le temps des complots.

La Cabale des Importants, faction regroupant les Grands, victimes de la politique de Richelieu et voulant leur revanche, ourdit un nouveau complot (27 mai 1643). À sa tête, l’inévitable duchesse de Chevreuse (qui trahit toujours avec volupté) et le duc de Beaufort, petit-fils d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées. Proche du peuple, le « roi des Halles » n’a pas la morgue des Importants. Tout ce petit monde veut éliminer « le Mazarin », dépouiller la Maison de Condé (comblée de biens et privilèges par Richelieu), signer la paix avec l’Espagne et l’Autriche.

Mazarin apprend la conspiration : Beaufort est embastillé, la duchesse et les autres conjurés, exilés. C’est une répétition générale de la Fronde où les mêmes acteurs se retrouveront, cinq ans après ! En attendant, Mazarin gouverne. Mais la guerre avec l’Espagne complique les problèmes politiques.

« Point de paix, point de Mazarin ! Il faut aller à Saint-Germain quérir notre bon Roi ; il faut jeter dans la rivière tous les mazarins. »781

Cris du peuple de Paris assiégé, début mars 1649. Mémoires du Cardinal de Retz (posthume, 1717)

La Fronde bat son plein, cependant que des pourparlers de paix s’engagent entre la cour (réfugiée à Saint-Germain) et le Parlement de Paris.

Mais il y a des opposants irréductibles et une part du peuple se soulève, neutralise les échevins et les magistrats fidèles au roi (les « mazarins »). Les Grands deviennent le « piètre état-major d’une révolution incertaine » (Georges Duby). On retrouve le duc de Beaufort (le roi des Halles refaisant le coup de la Cabale des Importants), l’inévitable de Retz (porté par son ambition politique et bientôt perdu par ses propres subtilités), le prince de Conti – « un zéro qui ne multipliait que parce qu’il était prince du sang », selon de Retz – et la belle duchesse de Longueville (frère et sœur du Grand Condé qui se bat dans le camp du roi). Tout ce beau monde se querelle ou s’aime, intrigue, hésite, fanfaronne, enchaîne les volte-face et s’étonne de tant d’audace.

Les nouvelles des révolutionnaires de Cromwell vont terrifier les plus rebelles : ils ont osé exécuter le roi Charles Ier d’Angleterre ! Le président du Parlement de Paris, Molé, signe la paix de Rueil, le 11 mars 1649 : au prix de concessions mutuelles, c’est la fin (provisoire) de la Fronde parlementaire.

« Toujours pour moi à l’avenir, toujours contre moi dans le présent. »789

ANNE D’AUTRICHE (1601-1666), à Gaston d’Orléans. Mémoires du cardinal de Retz (posthume, 1717)

La reine se plaint à Monsieur, le frère du roi qui s’engage pourtant à prendre sa défense devant le Parlement. Mais elle n’est pas dupe : son beau-frère lui promet toujours d’être dans son camp, alors qu’il complote sans cesse avec les frondeurs – conduite d’autant moins pardonnable qu’il a été nommé lieutenant général du royaume.

« Tel qui disait : « Faut qu’on l’assomme ! »
Dit à présent : « Qu’il est bon homme ! »
Tel qui disait : « Le Mascarin !
Le Mazarin ! Le Nazarin ! »
Avec un ton de révérence
Dit désormais : « Son Éminence ! » »795

Pamphlet pour Mazarin (1652). Histoire de la Bibliothèque Mazarine depuis sa fondation jusqu’à nos jours (1860), Alfred Franklin

Juste retour des choses. La France est à bout de souffle et Paris se lasse de tant d’excès, après la journée des Pailles et le massacre qui s’ensuit. Les bourgeois deviennent hostiles à Condé qui fuit à son tour aux Pays-Bas espagnols – la Belgique actuelle.

Les marchands de Paris et les officiers de la garde bourgeoise rappellent le jeune roi qui rentre – définitivement cette fois, et triomphalement ! Le 21 octobre 1652, Louis XIV s’installe au Louvre. Mazarin, rappelé par le roi et la reine mère, rentre à son tour. L’opinion s’est complètement retournée.

« Louis XIV le reçut comme un père et le peuple comme un maître. »796

VOLTAIRE (1694-1778) évoquant le retour de Mazarin, 3 février 1653. Le Siècle de Louis XIV (1751), Voltaire

C’est la fin de la Fronde, une vraie guerre civile qui aura duré cinq ans (1648-1653) et véritablement menacé le régime. Le roi, majeur depuis deux ans, laissera le cardinal gouverner la France jusqu’à sa mort, en 1661. Il va apprendre son royal métier auprès de son Premier ministre et tuteur. Mais la Fronde lui servira de leçon.

« Ces agitations terribles avant et après ma majorité, une guerre étrangère où les troubles domestiques firent perdre à la France mille et mille avantages, un prince de mon sang et d’un très grand nom [Condé] à la tête de mes ennemis. »797

LOUIS XIV (1638-1715), Mémoires pour l’instruction du Dauphin (1662)

Jamais le roi n’oubliera l’humiliation et l’insécurité de sa jeunesse. Le souvenir de la Fronde commande et explique bien des aspects de sa politique intérieure.

La France n’oublie pas non plus le bilan désastreux de cette guerre civile, aggravée par la guerre étrangère et l’appui des Espagnols aux rebelles : famines et pestes endémiques ont fait mourir dans la seule année 1652 un quart de la population, dans certains villages en Île-de-France, Champagne et Picardie ! Le commerce extérieur est désorganisé, la marine ruinée. Le pays doit penser : tout plutôt que cette anarchie. Il est prêt pour une monarchie absolue.

Dès son retour, Mazarin rétablit les intendants, incarnation du pouvoir royal et gage de l’ordre sur tout le territoire. Gaston d’Orléans est exilé à vie dans son château de Blois. Condé, condamné à mort (par contumace) par le Parlement, passe au service de l’Espagne.

12. Molière, cible de cabales et de rumeurs en tous genres, avec une légende qui reste attachée à sa mort.

« Le scandale du monde est ce qui fait l’offense,
Et ce n’est pas pécher que pécher en silence. »872

MOLIÈRE (1622-1673), Tartuffe (1669)

5 février 1669, la pièce peut enfin se jouer en public, épilogue d’un épuisant combat de cinq années, reflet de la censure au Grand Siècle et du pouvoir des cabales !

La première version en trois actes de la pièce, dont une ébauche a été approuvée par le roi, est jouée le 12 mai 1664. Influencé par l’archevêque de Paris, Louis XIV interdit les représentations publiques, mais ne va pas jusqu’à suivre le curé Roullé qui demande un bûcher pour y brûler l’auteur !

Molière a des appuis en haut lieu – Madame et Monsieur, Condé, le légat du pape (cardinal Chigi). Mais la « cabale des dévots » est la plus forte et son Tartuffe ne se joue qu’en privé (chez Monsieur, frère du roi). Molière ne peut s’y résoudre, écrit une deuxième version édulcorée, habille son faux dévot en homme du siècle et profite de l’absence du roi (guerroyant dans l’armée des Flandres) pour présenter Panulphe ou l’Imposteur. Lamoignon, premier président du Parlement, interdit la pièce, l’archevêque de Paris excommunie les spectateurs, Molière tombe malade.

La troisième version triomphe enfin en 1669, avec la bénédiction du roi et 50 représentations (chiffre considérable pour l’époque). Molière devient le pourvoyeur des divertissements royaux à toutes les fêtes.

Au siècle des cabales et du théâtre roi, Molière n’est pas le pas seul visé ! Après Corneille et la fameuse Querelle du Cid (1637) ourdie par Richelieu qui instrumentalise à ses fins l’Académie française, Racine sera victime d’une cabale contre Phèdre, début janvier 1677. Pradon fait jouer en même temps sa Phèdre et Hippolyte. La duchesse de Bouillon loua pour les six premières représentations (décisives) les loges des deux théâtres et laissa vides celles de l’hôtel de Bourgogne, pour faire croire à la chute de la Phèdre racinienne, cependant que toute la cabale remplissait la salle Guénégaud de ses applaudissements. Le public ne fut pas dupe très longtemps et la postérité jugea sans équivoque, mais Racine, maître incontesté de la scène tragique depuis dix ans, pronfondément blessé, se retire. Il a une autre raison : le métier d’historiographe du roi est mieux payé, moins fatigant. Ce genre d’argument n’aurait pas détourné Molière de sa passion d’écrire et de jouer jusqu’à la limite de ses forces.

« Presque tous les hommes meurent de leurs remèdes et non pas de leurs maladies. »879

MOLIÈRE (1622-1673), Le Malade imaginaire (1673)

Malade d’une tuberculose que les médecins du temps sont impuissants à guérir, affecté par la mort de son fils et de sa vieille amie Madeleine Béjart, épuisé de travail à la tête de sa troupe et supplanté par l’intrigant Lully auprès de Louis XIV, Molière, 51 ans, est pris d’une défaillance sur la scène de son théâtre du Palais-Royal, où il joue pour la quatrième fois le rôle du Malade. Il meurt chez lui, quelques heures plus tard, crachant le sang. Armande, sa femme (Mlle Molière), fait intervenir personnellement Louis XIV pour obtenir de l’archevêque de Paris des funérailles (nocturnes) et une sépulture chrétienne, le 21 février 1673.

Ceci pour démentir la légende : Molière mort en scène et son cadavre jeté à la fosse commune. Il n’est pas non plus mort dans la misère. Son train de vie et sa fortune personnelle en attestent, quoiqu’en rien comparables à ceux de Lully.

Star de son temps, naturellement jalousé des confrères, Molière fut l’objet de toutes les rumeurs.

On l’accuse de plagier les auteurs italiens et espagnols - mais en l’absence de droit d’auteur, on s’inspirait librement de tel ou tel. La Fontaine réécrit en mieux les fables d’Ésope et le Don Juan de Tirso de Molina, repris par la commedia dell arte, va devenir un mythe sans fin repris.

D’autres accusations portent sur sa vie privée. Cocu et dangereux libertin… mais les coulisses théâtrales n’ont jamais été des couvents modèles. Plus grave, le crime d’inceste, suite au mariage avec sa propre fille Armande, fruit de sa liaison avec Madeleine Béjart, comédienne de sa troupe depuis les origines. Accusation publiquement portée par Montfleury, vedette de l’Hôtel de Bourgogne, troupe rivale. Molière, créateur du naturel en scène, s’est moqué de son jeu emphatique (parodié dans l’Impromptu de Versailles). En fait, la naissance de la future Mlle Molière reste un mystère d’état-civil et le dossier à charge est vide.

Parmi les autres fake news colportées sur l’auteur français le plus joué au monde… la plus étonnante. Il n’aurait pas écrit ses pièces !!! À l’appui de cette thèse, on n’a retrouvé aucun manuscrit de Molière (ni même aucune trace de son écriture dans le fameux registre de la troupe, tenu par le comédien La Grange). Mais à l’époque, les auteurs ne gardaient pas leurs brouillons, après publication. L’auteur caché, autrement dit le nègre, serait tout simplement… le vieux Corneille, écarté de la scène par le succès du jeune Racine et ex collaborateur de Molière dans Psyché (1671), tragédie-ballet de cinq heures où les noms de Quinault et Lully apparaissent aussi au générique.

La rumeur fut lancée il y a un siècle par Pierre Louÿs, poète parnassien adepte du canular - ayant fait passer ses très érotiques Chansons de Bilitis pour la traduction d’une poétesse de la Grèce antique. Il publie un premier article titré : « Corneille est-il l’auteur d’Amphitryon ? » Rumeur relancée très sérieusement en 2003 par un linguiste, Dominique Labbé, trouvant une forte uniformité lexicale entre les deux répertoires (nombre de rimes réduit et constructions syntaxiques uniformes).

L’immense majorité des acteurs et des connaisseurs de Molière s’insurgent contre cette thèse qui fait beaucoup parler, comme toute « bonne » rumeur. Des controverses s’ensuivent. Aux dernières nouvelles, la rumeur fait partie des fake news. Des chercheurs du CNRS ont fait une analyse statistique approfondie des habitudes d’écriture et des tics de langage au siècle classique : tout le théâtre présente certaines similitudes et Molière est bien l’auteur de ses pièces.

Shakespeare, l’homme de théâtre le plus illustre au monde, connut une mésaventure comparable, pour le 400e anniversaire de sa mort. Un groupe d’universitaires anglais démontra que sur 44 pièces, 17 sont coécrites par son grand rival, Christopher Marlowe. L’honneur est sauf et l’histoire d’Angleterre reste la plus passionnante, juste après notre histoire de France.

 

13. L’Affaire des Poisons, première ombre portée au siècle du Roi Soleil, contée par Mme de Sévigné.

« La duchesse de Bouillon alla demander à la Voisin un peu de poison pour faire mourir un vieux mari qu’elle avait qui la faisait mourir d’ennui. »884

Marquise de SÉVIGNÉ (1626-1696), Lettre, 31 janvier 1680 (posthume)

Le fait divers va devenir affaire d’État et la géniale épistolière nous met dans la confidence, avec la gourmandise d’une bonne commère.

Tout commence quatre ans plus tôt, avec la marquise de Brinvilliers : accusée d’avoir empoisonné père, frère et autres « gêneurs » de la famille pour hériter, elle reconnaît ses crimes, mais déclare qu’« il y avait beaucoup de personnes engagées dans ce misérable commerce de poison, et des personnes de condition », sans donner de nom. Elle est jugée, condamnée, décapitée, puis brûlée le 17 juillet 1676.

Suite aux aveux de la marquise, La Reynie, lieutenant général de la police, est chargé d’enquêter en 1677. On découvre dans le milieu des diseuses de bonne aventure, devins et autres sorciers, un véritable réseau de fabricants et marchands de drogues. Les plus efficaces (arsenic en tête) sont plaisamment nommées « poudres de succession ».

Panique dans la population : on voit l’œuvre des empoisonneuses dans le moindre décès prématuré. On apprend parallèlement la pratique des avortements et des messes noires. Cela concerne tous les milieux, et Paris comme la province.

Le scandale grandit, le nombre des inculpés aussi. En 1679, le roi institue une cour extraordinaire de justice pour juger de ces crimes : Chambre ardente, qui siège dans une pièce tendue de draps noirs, éclairée par des flambeaux, surnommée « cour des poisons ». L’intrigant Louvois ne serait pas fâché d’éliminer ainsi certains de ses ennemis. Mais le scandale éclabousse la cour : la duchesse de Bouillon dont parle Mme de Sévigné – la plus jeune des nièces de Mazarin. Et aussi la comtesse de Soissons (autre « mazarinette »), la comtesse de Gramont, la vicomtesse de Polignac, le duc de Vendôme, le maréchal de Luxembourg (jadis alchimiste en amateur), Racine (soupçonné d’avoir empoisonné par jalousie sa maîtresse, la comédienne Du Parc). Cela va jusqu’à la favorite en titre de Louis XIV.

« Toutes les fois qu’elle [Mme de Montespan] craignait quelque diminution aux bonnes grâces du Roi, elle donnait avis à ma mère afin qu’elle y apportât quelque remède. »885

Marie-Marguerite MONVOISIN (1658- ??), belle-fille (et complice) de la Voisin. Le Drame des poisons (1900), Frantz Funck-Brentano

La Voisin (du nom de son mari, le sieur Monvoisin), née Catherine Deshayes, est bien connue dans le quartier Saint-Denis (lieu de tous les trafics), comme marchande de beaux effets pour nobles dames, mais aussi avorteuse.

Accusée d’avoir pratiqué la sorcellerie et fourni des poisons, elle ne donnera pas le nom de la maîtresse royale, mais sa belle-fille met en cause Mme de Montespan. Elle aurait donné au roi des « remèdes », en fait des aphrodisiaques peu ragoûtants (fœtus séchés, sperme de bouc, bave de crapaud, poussière de taupes desséchées, sang de chauve-souris, semence humaine et sang menstruel) qui ont ébranlé la santé royale pourtant robuste. On parle aussi de messes noires où, dit-on, des enfants sont égorgés sur l’autel du diable. Rumeurs, rumeurs…

La Voisin, main coupée, subit la question, avant d’être brûlée en place de Grève, le 22 février 1680, et la « fille Monvoisin » sera enfermée à la citadelle Vauban de Belle-Isle.

L’affaire des Poisons allait compromettre trop de monde à la cour et Louis XIV est horrifié : sa maîtresse lui aurait donc fait absorber des philtres d’amour, et manigancé la mort de Mme de Fontanges (sa nouvelle favorite), la stérilité de la reine ! … Le roi suspend les interrogatoires. L’enquête publique est fermée, il fait brûler les dossiers, jetant lui-même au feu de la cheminée les pages compromettant son ex-favorite. La Chambre ardente aura siégé trois ans ! Au final, 36 condamnations à mort prononcées et appliquées.

Mme de Montespan, qui a perdu la faveur du roi, ne quittera la cour qu’en 1691. Louis XIV n’aura plus de commerce amoureux qu’avec Mme de Maintenon, en cela du moins au-dessus de tout soupçon.

14. Les amours de Louis XV le Bien-Aimé, cible de pamphlets, rumeurs et ragots à gogo.

« Puisqu’il en faut une, mieux vaut que ce soit celle-là. »1126

Marie LECZINSKA (1703-1768), parlant de la Pompadour. Apogée et chute de la royauté : Louis le Bien-Aimé (1973), Pierre Gaxotte

Toujours éprise de son mari, mais digne et résignée, la reine ne se plaint jamais de ses liaisons et trouve même certains avantages à la maîtresse en titre depuis 1745, la marquise de Pompadour : cette jeune et jolie femme de 23 ans la traite avec plus d’égards que les précédentes passantes et durant près de vingt ans, leurs relations seront cordiales.

La vie de favorite royale est un métier ingrat, malgré les apparences. Il faut être perpétuellement en représentation, souriante, séduisante, esclave. L’amour avec le roi fait place à l’amitié après 1750 et la marquise lui fournit de très jeunes personnes, logées dans un quartier de Versailles, le fameux Parc-aux-Cerfs. Des demoiselles, fournies par des parents consentants, ignorant l’identité de leur royal amant, sont mariées à des courtisans sitôt qu’engrossées, dit-on. La Pompadour, maquerelle vigilante, veille à ce que le roi ne s’attache durablement à aucune. Dit-on aussi. On a beaucoup fantasmé sur ce lieu de débauche. Le règne est celui de toutes les rumeurs et la vie amoureuse de ce roi très sensuel est un sujet de choix.

L’impopularité, la haine de la cour, les cabales incessantes épuisent la Pompadour. Elle écrit à son frère, en 1750 : « Excepté le bonheur d’être avec le roi qui assurément me console de tout, le reste n’est qu’un tissu de méchancetés, de platitudes, enfin de toutes les misères dont les pauvres humains sont capables. »

« Sans esprit, sans caractère
L’âme vile et mercenaire,
Le propos d’une commère
Tout est bas chez la Poisson – son – son. »1127

Poissonnade brocardant la marquise de Pompadour. Madame de Pompadour et la cour de Louis XV (1867), Émile Campardon

Le propos est injuste : le peuple déteste cette fille de financier, née Jeanne Antoinette Poisson, femme d’un fermier général, bourgeoise dans l’âme et dépensière, habituée des salons littéraires, influente en politique, distribuant les faveurs, plaçant ses amis le plus souvent de qualité comme de Bernis, Choiseul – mais Soubise, maréchal de France, se révélera peu glorieux.

Louis XV lui doit une part de son impopularité. Le peuple a loué le roi pour ses premiers exploits extraconjugaux auprès des quatre sœurs Mailly-de-Nesle, il va bientôt le haïr, pour sa longue liaison avec la Pompadour.

« Les grands seigneurs s’avilissent,
Les financiers s’enrichissent,
Tous les Poissons s’agrandissent.
C’est le règne des vauriens. »1162

Poissonnade, attribuée à Pont-de-Veyle (1697-1774). Journal historique : depuis 1748 jusqu’en 1772 inclusivement (1807), Charles Collé

Les poissonnades fleurissent, comme jadis les mazarinades. Le peuple supporte mal le luxe qui s’étale à la cour où règne la Pompadour, mais qui s’affiche aussi dans des milieux prospères et âpres au gain, du côté des aristocrates comme des bourgeois.

La favorite fait aménager ses nombreuses résidences (l’Hôtel d’Évreux, futur Élysée, La Celle, Bellevue, Champs). Elle place son frère Abel Poisson, nommé marquis de Marigny, à la direction générale des Bâtiments où il se montre d’ailleurs bon administrateur. Mais le peuple s’en irrite : « On épuise la finance / En bâtiment, en dépenses, / L’État tombe en décadence / Le roi ne met ordre à rien / Une petite bourgeoise / Élevée à la grivoise / Mesurant tout à la toise / Fait de l’amour un taudis. »

« Autrefois de Versailles
Nous venait le bon goût,
Aujourd’hui la canaille
Règne et tient le haut bout.
Si la cour se ravale,
De quoi s’étonne-t-on ?
N’est-ce pas de la halle
Que nous vient le poisson ? »1163

Poissonnade de 1749. Chansonnier historique du XVIIIe siècle (1879), Émile Raunié

Au siècle de Louis XIV, la chanson (souvent anonyme) était l’une des rares formes d’opposition possibles. Au siècle des Lumières, elle garde cette fonction. Diderot parlant du peuple dans ses Principes de politique des souverains écrit : « Il faut lui permettre la satire et la plainte : la haine renfermée est plus dangereuse que la haine ouverte. »

Avec la masse des pamphlets et libelles polémiques et parfois orduriers dont l’époque se fit l’écho, on a pu parler de ces « basses Lumières » qui sapent les bases du régime, presque aussi sûrement que les pensées philosophiques !

Si le peuple reproche son origine non noble à la dame, ce genre de pamphlets (anonymes) part surtout de la cour. La personne du roi est également attaquée. Les cabales se multiplient et le lieutenant de police avoue son impuissance à traquer les auteurs ou ceux qui leur tiennent la main : « Je connais Paris autant qu’on peut le connaître. Mais je ne connais pas Versailles. »

« Ci-gît qui fut vingt ans pucelle
Sept ans catin et huit ans maquerelle. »1175

Épitaphe satirique de la marquise de Pompadour. Histoire(s) du Paris libertin (2003), Marc Lemonier, Alexandre Dupouy

La mode est aux épitaphes satiriques et après le flot des poissonnades, on ne rate pas cette ultime occasion de brocarder l’une des favorites les plus détestées dans l’histoire : c’est un méchant résumé de sa vie.

« Eh ! la France, ton café fout le camp. »1185

Comtesse DU BARRY (1743-1793), s’adressant à Louis XV. Anecdotes sur la comtesse du Barry (1775), Pidansat de Mairobert

Nouvelle favorite depuis 1768, elle a 33 ans de moins que le roi vieillissant, toujours séducteur et encore séduisant, aussitôt charmé par sa joie de vivre et ses 25 ans.

Jeanne Bécu a beaucoup « vécu » avant de se retrouver au centre des intrigues de la cour. Son éducation chez les sœurs ne l’a pas débarrassée d’un parlé peu protocolaire et les courtisans collectionnent les perles pour se moquer de cette fausse noble. Ainsi, elle traitait le roi comme un valet de comédie, l’appelant « la France » et le tutoyant. Occupée à se poser des mouches devant sa psyché quand l’infusion en bouillant tomba sur le feu, elle aurait crié la fameuse phrase, souvent citée. Assurément dite, elle fut peut-être adressée à un valet de pied au service de la favorite de 1770 à 1772, et qui s’appelait justement La France.

Méprisée ouvertement du vivant du roi, chassée de la cour à sa mort, exilée dans sa propriété de Louveciennes, elle sera rattrapée par l’histoire sous la Révolution, jugée comme conspiratrice contre la République et guillotinée pendant la Terreur. Ce joli mot de la fin lui est prêté : « Encore un moment, monsieur le bourreau ! »

« Buveur fameux, et roi célèbre
Par la chasse et par les catins :
Voilà ton oraison funèbre. »1195

Chanson à la mort de Louis XV (1774). Vie privée de Louis XV, ou principaux événements, particularités et anecdotes de son règne (1781), Mouffle d’Angerville

« On l’enterra promptement et sans la moindre escorte ; son corps passa vers minuit par le bois de Boulogne pour aller à Saint-Denis. À son passage, des cris de dérision ont été entendus : on répétait « taïaut ! taïaut ! » comme lorsqu’on voit un cerf, et sur le ton ridicule dont il avait coutume de le prononcer » (Lettre de la comtesse de Boufflers).

Triste épilogue pour celui qui reste malgré tout dans l’Histoire comme Louis le Bien-Aimé.

15. Voltaire, notre premier « intellectuel engagé » contre l’intolérance religieuse dans l’Affaire Calas.

« Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent. »1023

VOLTAIRE (1694-1778), Zadig ou la destinée (1747)

Ainsi parle Zadig, « celui qui dit la vérité », alias Voltaire. Quand la Révolution mettra au Panthéon le grand homme, sur son sarcophage qui traverse Paris le 11 juillet 1791, on lira : « Il défendit Calas, Sirven, La Barre, Montbailli. »

Plus que le philosophe réformateur, la Révolution honore l’« homme aux Calas », l’infatigable combattant pour que justice soit faite. Dans son Dictionnaire philosophique et en divers essais, il lutte pour une réforme de la justice, dénonce les juges qui achètent leurs charges et n’offrent pas les garanties d’intelligence, de compétence et d’impartialité, se contentant de présomptions et de convictions personnelles. Il réclame que tout jugement soit accompagné de motifs et que toute peine soit proportionnelle au délit.

« Je sème un grain qui pourra produire un jour une moisson. »1176

VOLTAIRE (1694-1778), Traité sur la tolérance (1763)

Il écrit ce traité pour Calas - et pour que justice soit rendue. Il ajoute, en habile courtisan : « Attendons tout du temps, de la bonté du roi, de la sagesse de ses ministres, et de l’esprit de raison qui commence à répandre partout sa lumière. »

Deux ans après, le 9 mars 1765, c’est la réhabilitation de Calas ! Les mêmes mots se retrouvent dans ses Lettres, avec cette conclusion : « Il y a donc de la justice et de l’humanité chez les hommes. »

Le Grand Conseil, à l’unanimité des quarante juges, s’est prononcé en faveur du négociant protestant, victime d’une des plus graves erreurs judiciaires du siècle. C’est une victoire personnelle du philosophe qui a payé de sa personne et joué de ses relations, c’est le triomphe de la justice sur des institutions judiciaires souvent incompétentes et d’autant plus partiales que l’accusé n’était pas de religion catholique !

L’auteur va continuer de s’engager dans les grandes affaires de son temps, contre le fanatisme religieux et pour la laïcité de l’État. À 60 ans passés, Voltaire sait abandonner une œuvre en cours pour sauver un innocent, ou du moins sa mémoire. Alors que Rousseau, auteur de l’Émile, traité sur l’éducation, abandonne à l’Assistance publique les cinq enfants qu’il fait à une servante illettrée.

« On dit que cet infortuné jeune homme est mort avec la fermeté de Socrate ; et Socrate a moins de mérite que lui : car ce n’est pas un grand effort, à soixante et dix ans, de boire tranquillement un gobelet de ciguë ; mais mourir dans les supplices horribles, à l’âge de vingt et un ans… »1180

VOLTAIRE (1694-1778), Lettre à M. le Comte d’Argental, 23 juillet 1766, Correspondance (posthume)

Il a pris parti pour le chevalier de la Barre : accusé sans preuve de blasphèmes, chansons infâmes et profanations, et de ne pas s’être découvert lors d’une procession de la Fête-Dieu, il fut condamné à avoir la langue coupée, la tête tranchée, le corps réduit en cendres avec un exemplaire du Dictionnaire philosophique trouvé chez lui, le 1er juillet 1766. C’est dire si l’auteur, défenseur des droits de l’homme, se sent doublement concerné !

Comme pour Calas, Voltaire va demander la révision du jugement. La réhabilitation aura lieu sous la Révolution, prononcée le 15 novembre 1793 par la Convention.

16. Louis XVI, roi injustement dénigré par ses proches et déconsidéré face à l’Histoire.

« Il n’aura probablement jamais ni la force ni la volonté de régner par lui-même. »1199

MERCY-ARGENTEAU (1727-1794). Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy-Argenteau (posthume, 1874)

Ambassadeur d’Autriche à Paris de 1780 à 1790, il exerce une grande influence sur Marie-Antoinette et sa correspondance avec Marie-Thérèse est un précieux document sur la France de l’époque.

Il note l’inquiétante sujétion du roi vis-à-vis de sa femme, quelques années après leur mariage : « Sa complaisance ressemble à de la soumission. » Mirabeau tentant de sauver la royauté en juillet 1790 soupirera : « Le roi n’a qu’un homme : c’est sa femme. »

Le ministre Choiseul se montre plus sévère, voyant en Louis XVI un « imbécile » au sens d’handicapé cérébral. Selon ses frères et ses cousins, cette imbécillité aurait justifié un Conseil de régence (comme jadis pour Charles VI le Fou).

En fait, Louis XVI est surtout un timide maladif, myope de surcroît au point de ne pas reconnaître les gens.

« Tout propos soutenu l’accable, toute réflexion le déroute. »1200

MARIE-ANTOINETTE (1755-1793). L’Autrichienne : mémoires inédits de Mlle de Mirecourt sur la reine Marie-Antoinette et les prodromes de la Révolution (1966), Claude Émile-Laurent

La reine parle aussi du roi comme d’un homme aveugle à la nécessité, toujours incertain, peu aimable et pourtant désireux qu’on l’aimât. Il consulte tout le monde, suspecte les avis et ne cède qu’à la lassitude. Honteux alors de sa faiblesse, il revient en arrière, se renfrogne, boude, se dérobe, court à la chasse ou bien se renferme dans son cabinet.

« Pour vous faire une idée de son caractère, imaginez des boules d’ivoire huilées que vous vous efforceriez vainement de faire tenir ensemble. »1201

Comte de PROVENCE (1755-1824), entretien avec le comte de La Marck. Mirabeau et la cour de Louis XVI, Revue des deux mondes, tome XI (1851)

Le futur Louis XVIII parle de son frère, dans les premiers mois de la période révolutionnaire.

Louis XVI était à coup sûr le roi le moins armé pour affronter la tourmente à venir ! Il sera très tôt victime de rumeurs ayant pour but de discréditer son action auprès du peuple. Ayant publiquement consenti à arborer sur son chapeau la cocarde tricolore, trois jours après la prise de la Bastille, à la demande de La Fayette, très jeune commandant de la garde nationale, il est accusé d’avoir ensuite piétiné ce symbole révolutionnaire. Vrai ou faux ?

17. L’Affaire du Collier de la Reine, illustration et pouvoir de nuisance d’une vraie fake new.

« Nous avons plus grand besoin d’un vaisseau que d’un collier. »1238

MARIE-ANTOINETTE (1755-1793), aux joailliers de la couronne, Boehmer et Bassenge. Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette (1823), Madame Campan

C’est en ces termes que la reine, quoique toujours coquette et dépensière, a refusé une somptueuse parure de 540 diamants d’une valeur de 1 600 000 livres – le prix de deux vaisseaux de guerre, fit-elle remarquer. Étonnante réaction de l’« étrangère » accusée de ruiner la France !

Le joailler Boehmer a acheté le collier, certain que la reine changera d’avis, mais elle réitère son refus et il ne sait plus où ni comment vendre un tel bijou !

L’intrigante comtesse de La Motte et l’aventurier italien Cagliostro vont alors persuader le cardinal de Rohan de l’acheter, pour s’attirer les faveurs de Marie-Antoinette qui ne peut faire publiquement une telle dépense, et le remboursera ensuite secrètement. Ils se chargent de remettre eux-mêmes le bijou à la reine.

C’est le début d’une escroquerie dont Dumas tirera un roman, et qui va devenir, dès l’année suivante, l’historique « affaire du Collier de la reine ».

« Notre Saint Père l’a rougi,
Le roi de France l’a noirci,
Le Parlement le blanchira,
Alleluya. »1241

Alleluya sur l’affaire du Collier (1786), chanson. La Bastille dévoilée ou Recueil de pièces authentiques pour servir à son histoire (1789), Charpentier, Louis-Pierre Manuel

L’Affaire éclate quand, le cardinal de Rohan ne pouvant couvrir une échéance en juillet 1785, les bijoutiers adressent la facture à la reine qui n’a jamais touché aux diamants – revendus au détail par les deux escrocs.

Louis XVI, poussé par sa femme et (mal) conseillé par le baron de Breteuil, ennemi du cardinal, porte l’affaire devant le Parlement de Paris. Rohan, plus naïf que coupable, est acquitté le 31 mai 1786, mais exilé par le roi. La comtesse de la Motte, condamnée à être flagellée, marquée au fer, est enfermée à perpétuité à la Salpêtrière. Elle s’en évadera en 1787.

La reine, innocente dans cette affaire, est déconsidérée, avec sa vie privée étalée au grand jour et ses fastueuses dépenses dénoncées. La police doit empêcher Paris d’illuminer pour acclamer le cardinal disculpé et se réjouir en même temps de voir l’« Autrichienne » humiliée. Elle devient « Madame Déficit ».

« Plus scélérate qu’Agrippine
Dont les crimes sont inouïs,
Plus lubrique que Messaline,
Plus barbare que Médicis. »1242

Pamphlet contre la reine. Vers 1785. Dictionnaire critique de la Révolution française (1992), François Furet, Mona Ozouf

Dauphine jadis adorée, la reine est devenue terriblement impopulaire en dix ans, pour sa légèreté de mœurs, mais aussi pour ses intrigues et son ascendant sur un roi faible jusqu’à la soumission. L’affaire du Collier va renforcer ce sentiment.

La Révolution héritera certes de l’œuvre de Voltaire et de Rousseau, mais aussi des « basses Lumières », masse de libelles et de pamphlets à scandale où le mauvais goût rivalise avec la violence verbale, inondant le marché clandestin du livre et sapant les fondements du régime. Après le Régent, les maîtresses de Louis XV et le clergé, Marie-Antoinette devient la cible privilégiée : quelque 3 000 pamphlets la visant relèvent, selon la plupart des historiens, de l’assassinat politique.

« Grande et heureuse affaire ! Que de fange sur la crosse et sur le sceptre ! Quel triomphe pour les idées de la liberté. »1243

Emmanuel Marie FRÉTEAU de SAINT-JUST (1745-1794), conseiller au Parlement. Les Grands Procès de l’histoire (1924), Me Henri-Robert

Et Mirabeau dira plus tard : « Le procès du Collier a été le prélude de la Révolution. » La royauté déjà malade sort encore affaiblie de cette affaire. Marie-Antoinette le paiera cher, lors de son procès.

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