Les mots nouveaux | L’Histoire en citations
Édito de la semaine

Langue toujours vivante, le français s’enrichit depuis le Moyen Âge et surtout la Renaissance, atteignant un point de perfection (classique) au siècle de Louis XIV et sous les Lumières. Mais l’histoire de la France et du français continue, citations l’appui !

Fait évident, l’évolution sémantique s’accélère et tourne à l’inflation, entre la fin du XXe et le début du XXIe siècle. Que ce soit bien ou mal, c’est un fait, dû en partie aux progrès scientifiques et techniques : toute invention implique un mot nouveau, dit « néologisme objectif ».  Plus nombreux, les « néologismes de sens » reprennent et recyclent un mot ancien, parfois oublié.

L’actualité impose son vocabulaire avec des thèmes récurrents ou inédits.

1. L’insécurité refait « la une » depuis la rentrée : « ensauvagement » et « matamorisme ».

Que ce soit un sentiment ou une réalité, les responsables de l’ordre se doivent de réagir… et ne s’en privent pas. Les paroles précèdent (ou non) l’action. C’est une autre question.

Récemment apparus, deux mots originaux et expressifs : ensauvagement et matamorisme.

« Il faut stopper l’ensauvagement d’une partie de la société. » Gérald Darmanin, nouveau ministre de l’Intérieur, 24 juillet 2020 au Figaro, persiste et signe, le 1er septembre  : « J’ai utilisé le mot d’ensauvagement et je le réitère. » Certains membres du nouveau gouvernement sont surpris. Éric Dupont-Moretti, garde des Sceaux, récuse le terme qui « entretient le sentiment d’insécurité », Emmanuel Macron préférant l’expression « banalisation de la violence ».

Ce mot nouveau a pourtant un long passé. Né au Moyen Âge, il fut repris par Marine Le Pen en 2013, 2015. En 2018, son parti, devenu Rassemblement national (RN), organise à l’Assemblée un débat intitulé « De la délinquance à l’ensauvagement ». La présidente du RN en fait un point d’articulation de son discours sécuritaire et nationaliste. Dans son dernier discours de rentrée politique à Fréjus (6 septembre 2020), elle confirme et surenchérit, évoquant la barbarie et l’« ultraviolence endémique ».

Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’intérieur (1997-2000), qualifiait les mineurs récidivistes de « sauvageons ». Le mot fit déjà polémique. « On sait ce que c’est qu’un délit, car un délit est défini par un code. Mais on ne sait pas ce que c’est qu’un sauvageon, qui est un terme blessant. C’est un mot-masque pour définir l’ennemi de la société », décrypte le linguiste Alain Rey. Terme repris en 2016 par le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve (PS) pour qualifier les personnes qui avaient attaqué des policiers dans une voiture.

Dans le même esprit, citons deux autres ministres de l’Intérieur, dont un futur président incarnant toujours la droite.

« Nous allons terroriser les terroristes. »3262

Charles PASQUA (1927-2015), ministre de l’Intérieur du gouvernement Chirac, mars 1986

Climat de terreur à Paris : les attentats se multiplient et Pasqua répète cette formule qui plaît à l’opinion et à la presse.

Au JT d’Antenne 2, le 12 avril, il en donnera une version light ou soft : « L’insécurité doit changer de camp et entre nous et les terroristes, la guerre est engagée. »

Le 7 août, l’Assemblée vote les lois Pasqua, très répressives. Mais à la rentrée, la vague terroriste recommence. L’attentat le plus meurtrier, rue de Rennes, devant le magasin Tati, fait 7 morts, 51 blessés.

Entre le terrorisme anarchiste des années 1892-1894 en France, le terrorisme politique du FLN et de l’OAS, en Algérie comme en métropole, et le terrorisme islamiste qui culminera, le 11 septembre 2001, aux États-Unis, la violence prend toutes les formes : attentats, assassinats, enlèvements. Il y a des pays plus ou moins exposés, mais aucun n’est épargné. Il y a des époques plus ou moins violentes, mais au-delà des chiffres, la médiatisation augmente naturellement le « climat d’insécurité ».

« On va nettoyer au Kärcher la Cité des 4000. »3392

Nicolas SARKOZY (né en 1955), ministre de l’Intérieur, 20 juin 2005, à la Courneuve

Épisode de la crise des banlieues et du mal des « quartiers » qui fait la une de la presse. Le 19 juin, dans l’après-midi, Sid-Ahmed Hammache, 11 ans, a été mortellement blessé par une balle perdue, au pied de son immeuble, dans la Cité des 4000. Le garçon est victime d’un conflit entre deux clans.

Sarkozy se rend dans la Cité pour rencontrer la famille. Visite très médiatisée, déclaration appuyée : « Dès demain, on va nettoyer au Kärcher la Cité des 4000. On y mettra les effectifs nécessaires et le temps qu’il faudra, mais ça sera nettoyé […]. » Certains médias soulignent l’indécence de ces déclarations sur les lieux du deuil. Mais Sarkozy persiste et signe, selon un système et sur un ton qui deviendront sa marque présidentielle.

« Vous en avez assez de cette bande de racailles ? Eh bien, on va vous en débarrasser. »3394

Nicolas SARKOZY (né en 1955), ministre de l’Intérieur, 25 octobre 2005, en déplacement officiel à Argenteuil, reportage sur France 2, le 26 octobre

Une habitante d’une tour HLM l’interpelle du haut de son balcon : « Quand nous débarrasserez-vous de cette racaille ? » Le ministre lui répond et reprend, en insistant : « Le mot racaille était peut-être un peu faible. »

es médias s’empressent de relever ces provocations verbales, il s’empresse de les répéter : « Ce sont des voyous, des racailles, je persiste et je signe », déclare-t-il le 10 novembre sur France 2, lors d’une émission spéciale « À vous de juger », consacrée à la crise des banlieues. Il promet d’en débarrasser le pays, au nom des « braves gens qui veulent avoir la paix ».

Autre exemple intéressant et original, le matamorisme.

C’est un néologisme de sens, car le mot et la chose existent : procédé d’intimidation ou de défense employé par certains animaux. Les  oiseaux gonflent leurs plumes. Les chats doublent de volume en hérissant leurs poils. Certains poissons-coffres ont aussi cette faculté, sans parler la Grenouille  qui veut se faire aussi gros que le Bœuf, chez La Fontaine. Bien connu aussi, le Matamore de la comedia del arte incarne un soldat fanfaron qui se vante de batailles qu’il n’a pas menées. Dans le langage courant, un matamore use d’attitudes autoritaires pour promettre une action vigoureuse… comme Pasqua et Sarkozy, cités ci-dessus.

Mais Jean Castex, nouveau Premier ministre visant vraisemblablement Gérald Darmanin dénonçant l’ensauvagement, refuse la stratégie du « matamorisme ». Ça ne résout pas le problème de l’insécurité. Il faut se garder des effets d’annonce et des mots « clivants » dans une société déjà divisée, traumatisée. Plutôt que des mesures policières, il préfère embaucher des greffiers pour permettre à la justice de mieux fonctionner. Si cette annonce est suivie d’effets, elle ne peut être qu’approuvée.

Cela dit, ne regrettons pas le bon temps de la Révolution : la « régénération guillotinière » annoncée par Marc Antoine Baudot aboutit à la Terreur.

2. L’écologie, nouvelle vague verte et déferlante, s’annonce comme le grand chantier du troisième millénaire.

« L’écologie politique est la seule idée nouvelle depuis 1945. »3358

Yves FRÉMION (né en 1947), Libération, 2 juin 2007

Écrivain, journaliste et député européen vert, son Histoire de la révolution écologiste détaille les fondements de l’écologie politique, ses acteurs et son positionnement sur l’échiquier des partis.

L’écologie scientifique est née en 1866, avec le zoologiste allemand Ernst Haeckel. L’écologie politique émerge en France, après Mai 68 : la science aboutit enfin à une conscience, en attendant une organisation et une cohérence. On prêche une révolution de la société autour de thématiques récurrentes : protection de l’environnement et sauvegarde de la nature ; solidarité sociale ; citoyenneté et démocratie ; révision des rapports Nord-Sud. Un combat pour l’environnement est toujours un combat social et citoyen – et inversement.

L’écologie a bouleversé le paysage politique en France, ainsi que dans la plupart des pays du monde, et s’est installée comme un grand courant de pensée qui traverse les partis et les frontières. Les déboires des Verts français, leurs maladresses et leur désunion, jusqu’à la veille des présidentielles de 2012, tranchaient avec la discipline des Verts allemands. Daniel Cohn-Bendit en témoigne souvent, député vert européen jouant de sa double nationalité, de son franc-parler et de sa popularité.

Aux élections municipales de 2020, de nombreuses listes écologistes l’emportent, y compris à la tête de grandes villes (Lyon, Bordeaux, Strasbourg). Yannick Jadot, député européen EELV (Europe Écologie-Les Verts), y voit une prise de conscience citoyenne - au prix d’alliances politiques nouées non sans mal entre les deux tours d’un scrutin bouleversé par la crise sanitaire.
Les mots nouveau sont toujours le reflet d’une époque. Voici quelques échantillons représentatifs de l’air du temps : un bréviaire écolo médiatisé, aussi populaire que contesté.

AFSSA (Agence francaise de sécurité sanitaire des aliments créée en mars 1999, nouvel outil national d’évaluation des risques sanitaires et nutritionnels des aliments), ayatollah de l’écologie (insulte politique née à la fin des années 1980, reprise par Éric Dupont-Moretti pour défendre les chasseurs victimes des Khmers verts et de la peste verte),

Bilan-carbone (calcul des émissions de gaz à effet de serre dans la production et le transport des biens et services), bio-dégradable (pouvant être dégradé par des organismes vivants), biocarburant,
biodiversité (variété des formes de vie sur la terre), biomasse, biosphère, biotope,

Carboné (émettant du dioxyde de carbone lors de sa production), catastrophe industrielle, catastrophe naturelle, changement (réchauffement) climatique, climato-sceptique, CO2 (gaz à effet de serre), collapsologie (risques d’un effondrement de la civilisation industrielle), commerce équitable, compensation écologique (ensemble d’actions permettant de contrebalancer les dommages causés par la réalisation d’un projet), compostage (traitement biologique de déchets organiques par fermentation aérobie permettant d’obtenir du compost), covoiturage,

Déboisement, décarboner, décroissance, déforestation (diminution des surfaces couvertes de forêts), désertification, développement durable, dioxines,

Économie circulaire (modes de production, de consommation et d’échange fondés sur la réparation, le réemploi et le recyclage), écosystème, écotaxe, empreinte carbone (quantité de gaz à effet de serre émise par une activité humaine), empreinte écologique, énergie carbone, énergie éolienne (gros problème en France), énergie nucléaire, énergies renouvelables, environnement (exemple-type du néologisme de sens), espèces protégées (espèces animales listées par arrêtés ministériels),

Gaz à effet de serre (en partie responsables du réchauffement climatique, principalement CO2), gaz de schiste (contenu dans des roches), glyphosate (désherbant chimique le plus utilisé au monde), greenwashing (ou écoblanchiment, verdissage), grippe (ou peste) aviaire, jour du dérèglement (jour de l’année où un pays a atteint le plafond d’émission des gaz à effet de serre fixé pour l’année entière),

Locavore (consommateur de nourriture produite dans un rayon de 100 à 250 km),

Médecines douces (alternative à l’allopathie dont les Français sont grands consommateurs), Monsanto (géant agro-chimique racheté par Bayer),

Néonicotinoïdes (insecticides agissant sur le système nerveux des insectes),

ONF (Office national des Forêts, créé en 1966), ONG (organisme génétiquement modifié, ozone,

Panneaux solaires, permaculture (concept systémique et global visant à créer des écosystèmes naturellement vertueux), permafrost (partie d’un cryosol gelée en permanence, première victime du réchauffement climatique), phytosanitaires (en réalité, biocides), pluies acides, pollueurs-payeurs (principe du), pollution lumineuse (dans les villes), principe de précaution (prudence plus ou moins extrême appliquée à la santé publique),

Réchauffement climatique, recyclable,

Transition écologique (dotée d’un nouveau ministère en juillet 2020), tri sélectif (déchets triés en vue de leur recyclage),

Urgence climatique (nécessité d’agir rapidement pour limiter les gaz à effet de serre qui réchauffent la Terre),

VEGAN (pratiquants du véganisme), véganisme (alimentation purement végétale et consommation excluant tout produit issu des animaux ou de leur exploitation), végétalisme, véhicules hybrides (avec moteur à essence et moteur électrique), Vélib (mot-valise de vélo et liberté, système de libre-service de plus en plus populaire en ville), verdissement (néologisme de sens), Verts (les) (Green Party anglais, Grünen allemands),

WWF (de l’anglais World Wildlife Fund ou Fonds mondial pour la nature).

3. La crise sanitaire devenue pandémie durable en 2020.

Stars sémantiques incontestées, tête d’affiche à la une de tous les médias depuis des mois : le Coronavirus et la Covid-19.

Remarque préalable. Covid-19 est l’acronyme de «  Corona virus disease  » apparu en 2019.

Sigles et acronymes ayant le genre du nom constituant le noyau dont ils sont une abréviation, il faut donc dire la Covid-19, disease signifiant maladie, nom féminin. L’emploi fréquent du masculin a une explication : avant, on parlait surtout du Corona virus, qui doit son genre au nom masculin virus.

Cette pandémie qui risque de durer est déjà source de mots ou d’expressions remis à la une par les médias de façon obsessionnelle :

cas-contact (obligation de faire un test si on a fréquenté une personne contaminée pendant 15 minutes dans la même pièce, quand on est à l’intérieur ou à moins d’un mètre en extérieur), cluster (anglicisme désignant un foyer de contamination), confinement, déconfinement, distanciation sociale (ou physique), gestes barrières, immunité grégaire, masque (accessoire devenu obligatoire), présentiel ou distanciel (enseignement en présence ou à distance, étendu au télé-travail de plus en plus répandu), quarantaine (isolement traditionnel, possiblement réduit à la « quatorzaine » ou la « septaine »), Stop-Covid (application téléchargeable, très peu téléchargée en France, beaucoup plus en Allemagne), test antigène (le plus rapide), test salivaire. Espérons que cette liste ne va pas s’allonger à l’infini.

Signalons une absence paradoxale : la visière en plexiglas. Elle a tous les avantages et aucun des inconvénients du masque. Protection quasi-complète au niveau des trois zones servant de porte d’entrée au virus (la bouche, le nez, les yeux), lavable et réutilisable à l’infini, donc plus économique que le masque et plus écologique (on ne risque pas de la retrouver sur les trottoirs et dans les égouts), elle ne tient pas chaud, ne gêne pas la respiration et laisse bien visible le visage.

Cela dit, aucune protection n’est sûre à 100 %, aucune stratégie n’est parfaitement efficace.

Pris à la légère par certains chefs d’État irresponsables (Trump aux USA, Bolsonaro au Brésil), traité « à la chinoise » dans le pays d’origine et dans d’autres dictatures, géré au fil des informations scientifiques plus ou moins avérées dans les pays occidentaux, le mal est pourtant sans commune mesure avec les pandémies historiques de peste et de choléra qui décimaient les populations au Moyen Âge. Rappelons aussi la grippe espagnole qui fit plus de morts que la Grande Guerre de 1914-1918 ! Plus près de nous, n’oublions pas d’autres épidémies.

« Les vaches folles rendent les bouchers anxieux.
— Un malheur n’arrive jamais seul ! »3339

Roland TOPOR (1938-1997), Jachère Party (1996)

Fin 1995, des bovins de plus en plus nombreux meurent en Angleterre de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ), dégénérescence du système nerveux. Les scientifiques s’interrogent et l’opinion s’inquiète. La presse veut la clarté sur ce dossier et met en garde contre la consommation de viande de bœuf. Le Mirror du 20 mars 1996 dévoile le lien potentiel entre l’ESB (encéphalopathie spongiforme bovine) et la MCJ, transmissible à l’homme. La crise de la « vache folle » est lancée.

L’angoisse alimentaire est un sujet hypersensible, en France. Au printemps, l’ESB fait la une des journaux télévisés, les gros titres des magazines : « Alimentation : tous les dangers cachés » (L’Événement, avril 1996) ; « Alerte à la bouffe folle » (Le Nouvel Observateur, avril 1996) ; « Peut-on encore manger de la viande ? » (60 Millions de consommateurs, mai 1996) ; « Jusqu’où ira le poison anglais ? » (La Vie, juin 1996). Le monde agricole s’affole devant la chute des ventes… Cependant que Chirac sème un grain de bon sens présidentiel : « On ferait mieux de parler moins de la vache folle et plus de la presse folle. »

Les farines animales données aux bovins naturellement végétariens, incriminées, sont désormais interdites. L’épidémie est finie, même s’il reste toujours des cas isolés. À quelque chose malheur est bon. Outre une attention plus grande portée à la condition animale, l’AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire et alimentaire) sera créée en 1999, avec un double rôle : expertise scientifique et conseil aux politiques.

Prochaine épidémie : la grippe (ou peste) aviaire en 2009. Avant le Coronavirus. Ce qui ne saurait faire oublier le SIDA des années 1980 – près de 30 millions de morts, malgré le préservatif et la trithérapie qui ont empêché le pire.

4. Contexte politique, situation économique et autres « faits de société ».

Autres thèmes quotidiens : culture, Europe, féminisme, génétique, islamisme, modes de vie, mondialisation, numérique, sport, technologie, travail, etc. Tous accueillants aux mots nouveaux !

Cette liste (non exhaustive) montre l’inflation sémantique galopante qui prévaut à notre époque ! Elle fait la part belle aux acronymes (en majuscules) et aux anglicismes (en italique). Tendance longue.

« Parlez-vous franglais ? »2958

René ÉTIEMBLE (1909-2002), titre de son essai (1964)

Traducteur et universitaire, il encourage les échanges intellectuels entre pays et l’accueil des étudiants étrangers. Mais dans cet essai « best-seller », le linguiste dénonce la colonisation langagière du français.

Le mot franglais est créé par Maurice Rat, grammarien. Il l’utilise pour la première fois dès 1959, dans un article publié dans France-Soir.

Un demi-siècle plus tard, le « trend » est ascendant, même s’il existe presque toujours des équivalents au franglais. Mais week-end et footing, football et handball, lifting et brushing, sandwich et chewing-gum, sketch, show et dancing, baby-sitter et baby-boom, people et jet-set, come-back, star, fan et casting, sponsor et business ont gagné la partie. OK !

Sont exclus les termes d’argot et de verlan (sauf exception reconnue par le dictionnaire), le parler-jeune vite démodé et le vocabulaire spécifique des métiers.

L’ordre alphabétique s’impose (avec parfois quelques précisions entre parenthèses). Internet vous dira tout…

Au passage, amusez-vous à distinguer les vrais néologismes dits objectifs (nouveaux mots) et les néologismes de sens (mots anciens désignant une réalité nouvelle). Repérez aussi les mots-valises, néologismes composé de deux mots.

Pardon d’en avoir trop mis, pardon d’en avoir oublié…

Accro à (passionné par, mot familier), addict (victime d’une addiction, d’une dépendance), adulescent (mot-valise, contraction d’adulte et adolescent), altermondialisme (néologisme objectif, mouvement né au début des années 2000), angle mort, antispécisme (refus d’établir une différence et une hiérarchie entre les espèces animales et humaine), avatar (incarnation),

Baladeur (ou walkman), bankable (acteur qui permet de financer un film sur son nom), bashing (dénigrement systématique pouvant finir en lynchage médiatique), beauf (stéréotype du Français moyen, vulgaire, inculte et borné), best of, best-seller, bien-pensance (conformisme des bien-pensants), bipolaire (ex psychose maniaco-dépressive), Bitcoin (de l’anglais bit, unité d’information binaire et coin, pièce de monnaie, cryptomonnaie née en 2008 et quelque peu mystérieuse), blacklister, blog, Bluetooth (connexion et échange de données à très courte distance), bobo (bourgeois-bohême), booster, borderline, branché (néologisme de sens, qui veut être à la mode), brainstorming (remue-méninges, mot français équivalent, mais pas entré dans les mœurs), bravitude (barbarisme converti en néologisme par Ségolène Royal, campagne présidentielle de 2007), BREXIT, bug (bogue), burn-out, business, buzz, buzzer (faire le buzz),

Cannabis (chanvre à usage récréatif ou curatif), capillotracté (tiré par les cheveux), cash, casting, CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement, accord commercial de libre-échange entre UE et Canada), challenge, charia (loi islamique), chat (dialogue en ligne), coach, cohabitation (en politique, coexistence entre le chef de l’État et le chef du gouvernement), cols blancs, cols bleus, come-back, coming-out (outing) (révélation de son homosexualité), complotisme (ou conspirationnisme, néologisme né de la théorie du complot), computer (ordinateur), consom’action, consom’acteur (mot-valise), cool, courriel (pour mail, e-mail), crash, cyber-harcèlement,

Deadline, dealer, dégagisme (néologisme politique), délocalisation, démocrature (mot-valise, dictature se donnant des allures de démocratie), design (mot anglais, mais venu de l’ancien français « designer », dérivé du latin « designare », dessiner), deux points zéros (2.0, allusion à la deuxième génération du Web, plus « participatif »), digital (numérique, par extension), discrimination positive, DJ (disc-jockey), Djihad (ou Jihad, guerre sainte au nom de l’Islam), docufiction (mot-valise), domotique (pour une maison connectée), DRH (directeur des ressources humaines), droit-de-l’hommiste, e-commerce, écriture inclusive,

EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), électro-sensibilité (syndrome d’intolérance aux champs électro-magnétiques), euro (monnaie européenne qui a gagné contre l’écu), évasion fiscale (légale ou illégale),

Fachosphère, fake-news (infox = info + intox) (nous leur avons consacré un édito récent), fascisme,  fashion-week, feel-good (bien-être ressenti), féminicide (meurtre de femmes ou de filles en fonction de leur sexe), fishing (utilisé par des fraudeurs pour obtenir des renseignements personnels), Françafrique (mot-valise), French-touch (courant musical né dans les années 90 et reconnu internationalement),

GAFAM (acronyme et association des géants du Web : Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), geek (fan), genré (qui repose sur une distinction entre les genres masculin et féminin), Gilets jaunes, gouvernance, GPA (ne pas confondre avec la PMA !),

Hacking (piratage informatique par des hackers, ou hackers, hackeuses), hashtag (#) (mot-clé cliquable), highway (ex-autoroute de l’information), home page ( page d’accueil),

Infiltration, infiltré (et exfiltré), influenceur, Informatique (mot-valise -information + automatique - néologisme daté de1962), Instrumentalisation, instrumentaliser, intelligence artificielle, Internet (réseau de tous les réseaux, de l’anglais internetwork), islamisme (depuis les années 1970, courant politique prônant la charia), islamophobie, IVG (interruption volontaire de grossesse, jadis avortement),

Journalisme d’investigation (journalisme d’enquête),

Lanceur d’alerte, LGBT et LGBTQIA (sigles désignant les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queers, intersexes et asexuelles), liker (de l’anglais « like », aimer), listing, live (en), lobby (groupe de pression), logiciel, loser,

Machisme, marée noire, marketing (promotion des ventes), marketing (stratégie commerciale et étude de marché), mémorielle (loi), meuf (femme, fille, mot d’argot et de verlan utilisé par les jeunes et entré au dictionnaire), microbiote (intestinal, promu « deuxième cerveau »), migrant, mixité sociale, mémorielle (cérémonie, loi, réhabilitation…), MLF (Mouvement de libération des femmes, né en 1970), mondialisme, mouvement #Me Too (prise de parole des femmes), MSF (Médecins sans frontières),

Négationnisme (réécriture de l’histoire niant les camps d’extermination nazis), news (nouvelles, infos, actualités, actus), newsletter (lettre d’information), noniste et ouiste (néologismes, appliqués aux adversaires et partisans du traité constitutionnel européen), nouveaux pauvres, novlangue, numérique (devenu substantif pour désigner les nouvelles technologies de l’information et de la communication), numérisation (basculement des technologies de l’information et de la communication),

Obsolescence programmée, offshore, omniprésident (néologisme et mot-valise - omniprésent et président –, terme péjoratif appliqué à Sarkozy), ONG, OPA (offre publique d’achat), open space (espace de travail organisé à plusieurs), overbooké,

PAC (Politique agricole commune, le plus gros budget de l’Europe), paradis fiscaux, parrainage (comparable au mécénat), pensée unique, pitch (résumé), PMA (ne pas confondre avec la GPA !), podcast (diffusion sur internet des fichiers audio ou vidéo), politiquement correct, pop art (popular art, phénomène culturel né en Angleterre, mêlant science-fiction, technologie, publicité, design),  primaires (aux élections présidentielles, sur le modèle américain), punk (mouvement contestataire, idéologie, musique),

Quart-monde (laissés-pour-compte de la croissance économique en France, après le tiers-monde en 1952),

Rap (né dans les années 1970 aux USA, révolution musicale après le jazz et le rock), rave (ou rave-party, rassemblement en plein air autour de la musique électro underground), réalité augmentée (éléments virtuels ajoutés au réel), réalité virtuelle (réalité simulée par un ordinateur), relooker, repentance, réseaux sociaux (vedettes du Net : Facebook, Twitter, LinkedIn, Instagram, Snapchat, Copains d’avant, Viadeo, MySpace), résilience (néologisme de sens, capacité à supporter les épreuves, surmonter un traumatisme et rebondir), révisionnisme (au-delà du négationnisme), robotique (conception et réalisation de robots affectés à des tâches déterminées), RSF (Reporters sans frontières),

Sanctuariser, scoop, sexisme (discrimination fondée sur le sexe), Shoah (la) (génocide des Juifs en hébreu, titre du film de Claude Lanzmann en 1985), shopping (faire les boutiques ou les courses), smartphone (téléphone mobile, dit « portable »), soins intensifs, soins palliatifs, souris (néologisme de sens, en informatique), spam (ou pourriel, terme non adopté), spécisme (« idéologie qui postule une hiérarchie entre les espèces », Petit Robert, 2017), spoiler (divulgâcher), sponsor (version commerciale du mécène d’antan), squatter, story-telling, tablette (tactile),

Tacler (terme footballistique), TAFTA (Transatlantic Free Trade Agreement, traité de libre-échange entre UE et USA), team, télé-réalité, télétravail, texto (SMS), transgenre (personnes dont l’identité sexuelle psychique ne correspond pas au sexe biologique), transhumanisme (techniques visant à améliorer les capacités humaines, physiques ou mentales, par un usage avancé de nanotechnologies et de biotechnologies), trend (tendance longue), trottinette (retour en force, version électrique et pour adulte), trou dans la raquette, trou noir (un mystère de l’astrophysique enfin élucidé ?), twitt ou tweet (qui aurait pu être remplacé par « gazouillis »),

Ultralibéralisme,

VTT (vélo tout-terrain, 1983), véhicule autonome (sans conducteur), vintage, virus (néologisme de sens, en informatique),

Web (www, World Wide Web) (réseau informatique à haut débit permettant le transfert rapide d’une quantité importante d’informations), webmaster (administrateur de site), Wi-Fi (Wireless Fidelity, connexion sans câbles ni fils),

ZAD (zone d’aménagement différé, devenue « zone à défendre »), zadiste (« militant qui occupe une ZAD pour s’opposer à un projet d’aménagement qui porterait préjudice à l’environnement », néologisme entré au dictionnaire Petit Robert en 2016), zen, zénitude, zone de confort, zone de non-droit, zone grise.

5. Les mots devenus « tabous ».

Bien-pensance, politiquement correct, conformisme intellectuel, peur de la polémique ? Certains mots, soudain bannis, sont remplacés par d’autres en forme d’euphémisme ou plus rarement d’oxymore. Il est permis de sourire, parfois :

aisé (bourgeois),  arts premiers (arts primitifs),
Black (Noir),
collaborateur (salarié),  conflit armé (guerre),  croissance négative (véritable oxymore),
défavorisé (pauvre),  déficit d’image (mauvaise réputation),
être en situation de (pour ne pas dire « pouvoir »),  expertise (expérience),
flexisécurité (mot-valise - flexibilité et sécurité – et oxymore économique, dispositif social facilitant le licenciement pour les entreprises, avec des indemnités importantes pour les salariés licenciés),  frappes chirurgicales (oxymore militaire),
handicapé (infirme ou invalide),
intervention extérieure (guerre),
mal ou non-voyant (aveugle),  malentendant (sourd),  masses (les) (le peuple),
origine ethnique (race),
pacification (par la force, en cas d’échec des négociations),  patriotisme (souverainisme ou nationalisme),  personne à mobilité réduite (handicapé ou grabataire),  plan social ou plan de sauvegarde de l’emploi (licenciements de masse),  problématique (problème),  produits phytosanitaires (pour ne pas dire biocides),
quartiers (les) (la banlieue),  quatrième âge (vieillesse),
ressources humaines (le personnel d’une entreprise),
SDF (sans domicile fixe, sans-logis et clochards),  sénior (vieux),
technicien (ouvrier),  technicien de surface (agent d’entretien ou de maintenance, homme ou femme de ménage), territoires(les) (la province),  trader (spéculateur),  traité international (pacte),  travailleur (salarié),
vidéo-protection (vidéo surveillance).

À l’inverse, la planification des années d’après-guerre reprend du service avec le nouveau Commissaire au Plan, François Bayrou.

6. Les perles présidentielles.

Le langage est depuis toujours un « outil de com » et tout grand homme politique s’applique à soigner la forme autant que le fond. Napoléon, star du podium de l’Histoire en citations, fut en cela inégalable. Mais pour le pire et le meilleur, la parole allait de pair avec l’action.

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, la presse et les exégètes se plaisent à relever les « macronades » et autres « macronneries, » néologisme souvent péjoratifs, signe d’une « pensée complexe » et d’une culture littéraire évidente. Ce jeune président qui parle couramment l’anglais évite les anglicismes – hormis la startup nation (13 avril 2017), vocation attribuée à notre pays, idée reprise peu après son élection.

Il remet au goût du jour la richesse de la langue française, ses maximes, ses latinismes, ses idiotismes charmants, avec des mots cocasses ou désuets dans des phrases souvent alambiquées, alternant avec des termes « popu » pouvant toucher un autre public. Exemples, par ordre d’apparition dans la « logosphère » :

Galimatias, poudre de perlimpinpin, saut de cabri, antienne… (débat de l’entre-deux tours avec Marine Le Pen, 3 mai 2017).
Croquignolesque, je vous fiche mon billet… par votre truchement (premier entretien télévisuel, 15 octobre 2017).
Captatio benevolentiae (recherche de la bienveillance) (interview sur BFMTV et RMC avec Edwy Plenel, 15 avril 2018).
In petto, on tourne casaque, emmanché (« La réforme des retraites ne peut pas se faire comme elle était emmanchée »), passer l’hémistiche (« Vous avez raison de me rappeler que j’ai passé l’hémistiche et que je suis sur une pente descendante de mon quinquennat ») (interview du 14 juillet 2020).

Autres contextes : craques (« Arrêter de me raconter des craques »), bibi = moi (« Le carburant, c’est pas bibi »), fada (« On m’a pris pour un fada quand je suis allé contre le système politique en place »), se tirer les flûtes = prendre la poudre d’escampette (« Ceux qui leur avaient dit de voter le Brexit se sont tiré les flûtes »), irénisme (« Je ne céderai pas à un irénisme naïf »), carabistouille (« Il ne faut pas raconter de carabistouilles à nos concitoyens »).

Des expressions sont reprises, à commencer par « pognon de dingue », « premiers de cordée » - mais parfois détournées : derniers de cordée, premiers de corvée. La théorie néo-libérale du « ruissellement » est contestée : les revenus des plus riches ne sont pas automatiquement réinjectés dans l’économie par le biais de la consommation et de l’investissement.

Déjà entrés dans l’histoire, deux présidents de la Cinquième République ont enrichi la langue de mots savoureux ou d’expressions originales :

« Une fracture sociale se creuse. »3313

Jacques CHIRAC (né en 1932), Discours fondateur de sa campagne présidentielle, 17 février 1995

Orateur né, il a besoin de conseillers. Au plus bas dans les sondages, le maire de Paris prépare son retour sur la scène nationale. Henri Guaino, gaulliste social, lui souffle l’idée de fracture sociale, empruntée à Marcel Gauchet, historien et philosophe de la lutte des classes, et reprise également par Emmanuel Todd.

Encore faut-il mettre l’idée en situation, trouver les mots, et le ton. Chirac y parvient, déjouant tous les pronostics de ses adversaires, et des observateurs. Ce discours-programme crée un véritable espoir, chez les jeunes et dans les classes populaires.

« Un chef, c’est fait pour cheffer. »3317

Jacques CHIRAC (né en 1932), Le Figaro Magazine, 20 juin 1992

L’autorité est une vertu première, il le fera savoir, et de quelle manière ! Le mot le plus dur vise le ministre le plus populaire du gouvernement Raffarin, Nicolas Sarkozy, qu’il a été obligé d’accepter au poste le plus important – ministre d’État, ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie, en mars 2004.

Devant les velléités d’indépendance et la trop visible impatience de l’ambitieux à lui succéder, le président déclare, lors de la traditionnelle interview du 14 juillet, qu’il ne peut y avoir de différend entre eux, pour une raison simple : « Je décide et il exécute. » Interrogé sur la candidature de Sarkozy à la présidence de l’UMP : « Il démissionnera immédiatement, ou je le démissionnerai ».

Bernadette Chirac confirme : « Je suis mariée à un homme qui n’est pas corrézien pour rien. Il a un sens de l’autorité bien affirmé […] Sa femme doit l’accompagner, le suivre, et ne pas prendre position à tout bout de champ » (Paris Match, juillet 2005).

« Que voulez-vous, je suis Français, et j’adore aller expliquer aux autres ce que je suis infoutu de faire chez moi. »3320

Jacques CHIRAC (né en 1932), Dans la peau de Jacques Chirac (2006), Karl Zéro et Michel Royer

Ce côté donneur de leçon remonte au siècle des Lumières et à la Révolution. Mais peu d’hommes publics confessent que c’est parfois un travers ridicule. Chirac note d’ailleurs : « En matière de politique internationale, on ne retient mes propos que si je dis une connerie. »

« Aucune civilisation n’a duré, quand elle acceptait la fracture sociale des exclus. »3337

Jacques CHIRAC (né en 1932), interview au JT de France 2, 5 septembre 1995

Le Président élu creuse le sillon de la fameuse « fracture sociale », toujours inspiré par son conseiller de campagne, Henri Guaino, gaulliste social.

Proche de Philippe Séguin, Guaino fut directeur de sa campagne lors du référendum de Maastricht (1992), chargé de mission durant sa présidence à l’Assemblée nationale (1993), puis conseiller de Pasqua (1994). Principal conseiller de Chirac en campagne, il est promu conseiller au Plan, après l’élection. « Démissionné » par Lionel Jospin (prochain Premier ministre) mécontent de son rapport sur le chômage, il reste présent dans les coulisses politiques. Entré dans l’équipe de campagne de Sarkozy en février 2007, Henri Guaino deviendra conseiller spécial de l’Élysée, dès le mois de mai.

« Pschitt. »3362

Jacques CHIRAC (né en 1932), une onomatopée, dans la traditionnelle interview du 14 juillet 2001

Le mot le plus court de l’histoire (avec le « Merde » de Cambronne aux Anglais, peut-être apocryphe).

Face à la presse, le président s’explique sur les accusations portées contre lui quelques jours plus tôt, à propos de billets d’avion payés en liquide : « Ces polémiques sur les voyages présidentiels se dégonflent et font pschitt. »

Plus graves, les aveux posthumes de Jean-Claude Méry, homme-clé des finances secrètes au RPR, détaillant (sur cassette) un système de financement occulte et les valises de billets reçues pour financer les campagnes de Chirac. Toutes ces accusations divulguées par Le Monde, le 20 septembre 2000, il les qualifie d’«  abracadabrantesque », mot créé par Rimbaud en 1871, dans son poème Le Cœur supplicié. Mais on le trouve en réalité dès 1865 dans Les Vagabonds, de Mario Proth. À l’origine, ce mot vient d’un surnom moqueur trouvé par Théophile Gautier au sujet de la duchess d’Abrantès (la duchesse d’Abracadabrantès).

Créateur de la Cinquième République et référence politique incontournable, de Gaulle avait toujours le sens du mot et de la formule en situation – bien au-delà de la « com ». Rappelons quelques citations (sur les 109 qui le mettent en numéro deux sur le podium de l’Histoire en citations).

« Le régime des partis, c’est la pagaille. »2842

Charles de GAULLE (1890-1970), entretien télévisé avec Michel Droit, 15 décembre 1965. Discours et messages : pour l’effort, août 1962-décembre 1965 (1970), Charles de Gaulle

Constat souvent répété. La Quatrième République pêchait comme la Troisième par ses partis : trop puissants, ou plutôt impuissants, archaïques, aboutissant à un régime d’assemblée tyrannique. Mais il n’y a pas de démocratie sans pluralité des partis. La « pagaille » vient surtout du fait que le gouvernement, piégé entre les oppositions gaulliste et communiste, tente de s’appuyer sur une « troisième force » centriste (MRP, socialistes SFIO).

De Gaulle, rappelé au pouvoir, dressera ce bilan en juin 1958. « Le régime des partis […] se montrait hors d’état d’assurer la conduite des affaires. Non point par incapacité ni par indignité des hommes. Ceux qui ont participé au pouvoir sous la Quatrième République étaient des gens de valeur, d’honnêteté, de patriotisme. »

« L’intendance suivra. »2942

Attribué à Charles de GAULLE (1890-1970), qui niera l’avoir dit

Même apocryphe (et non « sourcée »), cette expression militaire souligne que la politique intérieure devait être au service de la politique extérieure. Malgré tout, l’« intendance » (l’économique) est une condition de la grandeur française. Il lui arrivera d’ailleurs de le reconnaître : « C’est l’économie qui me paraît l’emporter sur tout le reste, parce qu’elle est la condition de tout et en particulier la condition du progrès social » (13 décembre 1965).

« Que vienne la paix des braves et je suis sûr que les haines iront en s’effaçant. »2981

Charles de GAULLE (1890-1970), Conférence de presse à l’hôtel Matignon, 23 octobre 1958. 1958, le retour de De Gaulle (1998), René Rémond

« Qu’est-ce à dire ? Simplement ceci : que ceux qui ont ouvert le feu le cessent et qu’ils retournent sans humiliation à leur famille et à leur travail ! » C’est la guerre d’Algérie et ce n’est pas ce que veut le Front de Libération nationale (FLN). De Gaulle posera bientôt comme seule condition aux négociations de laisser le « couteau au vestiaire ». Mais la paix des braves, sur le terrain comme dans un traité, est encore loin d’être conclue.

« L’armée française, que deviendrait-elle, sinon un ramas anarchique et dérisoire de féodalités militaires, s’il arrivait que des éléments mettent des conditions à leur loyalisme ? […] Aucun soldat ne doit, sous peine de faute grave, s’associer à aucun moment, même passivement, à l’insurrection. »2990

Charles de GAULLE (1890-1970), Allocution radiotélévisée, 29 janvier 1960. De Gaulle : le souverain, 1959-1970 (1986), Jean Lacouture

Le général, en tenue de général, en appelle à la discipline des soldats et sauve la situation par ce discours. Selon Raymond Aron (Preuves, mars 1960) : « Durant ces cinq jours, rien n’existait plus, ni le régime, ni la Constitution, ni moins encore le gouvernement, hésitant et divisé : il ne restait plus rien qu’un homme, et un homme seul. » La semaine des Barricades aura des suites importantes : gouvernement remanié, affaires algériennes prises encore plus directement en main par l’Élysée. De Gaulle se rend sur place début mars pour reprendre contact avec l’armée – c’est la « tournée des popotes » où les déclarations restent officieuses et contradictoires. Il parlera publiquement de République algérienne le 4 novembre prochain.

« Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite. Il a une réalité : un groupe d’officiers, partisans, ambitieux et fanatiques. »3001

Charles de GAULLE (1890-1970), Allocution radiotélévisée, 23 avril 1961. Algérie 1962, la guerre est finie (2002), Jean Lacouture

De nouveau en tenue de général, c’est le de Gaulle des grandes heures : « Au nom de la France, j’ordonne que tous les moyens soient employés pour barrer partout la route à ces hommes-là, en attendant de les réduire. » Il demande que s’applique l’article 16 de la Constitution (pouvoirs spéciaux) : c’est une « dictature républicaine », justifiée par la situation. Tous les bidasses entendent cette voix de la France sur leur transistor. Le contingent refuse de suivre le quarteron de généraux ovationnés par les pieds-noirs sur le Forum d’Alger, entre les cris « Algérie française » et « de Gaulle au poteau ! » Mais le vent tourne. Challe se livre le 26, suivi par Zeller. Salan et Jouhaud continuent dans la clandestinité, l’OAS résiste encore : combat d’hommes désespérés, d’autant plus dangereux.

« Qui a jamais cru que le général de Gaulle, étant appelé à la barre, devrait se contenter d’inaugurer les chrysanthèmes ? »3024

Charles de GAULLE (1890-1970), conférence de presse, 9 septembre 1965. De Gaulle ou l’éternel défi : 56 témoignages (1988), Jean Lacouture, Roland Mehl, Jean Labib

Il réfute l’accusation de « pouvoir personnel » : le président de la République a seulement « pris personnellement les décisions qu’il lui incombait de prendre ». Sera-t-il candidat aux présidentielles ? Il n’est pas encore entré en campagne, cependant qu’un fait constitutionnel change la vie politique en France : l’élection du président aura lieu pour la première fois au suffrage universel. Et « l’inauguration des chrysanthèmes » va devenir célèbre.

Le très sérieux Institut national de l’audiovisuel (INA) archive les « petites phrases », de Gaulle figurant en bonne place dans la rubrique, avec ses rendez-vous médiatiques, entre improvisation et préparation.

« La récréation est finie. »3056

Charles de GAULLE (1890-1970), Orly, samedi 18 mai 1968. Mai 68 et la question de la révolution (1988), Pierre Hempel

Débarquant d’avion, de retour de Roumanie, avec douze heures d’avance. Il dit aussi : « Ces jeunes gens sont pleins de vitalité. Envoyez-les donc construire des routes. »

« La réforme, oui, la chienlit, non. »3057

Charles de GAULLE (1890-1970), Bureau de l’Élysée, dimanche matin, 19 mai 1968. Le Printemps des enragés (1968), Christian Charrière

Formule rapportée par Georges Gorse, ministre de l’Information, et confirmée par Georges Pompidou, Premier ministre. Le président réunit les responsables de l’ordre qui n’existe plus, demande le nettoyage immédiat de la Sorbonne et de l’Odéon. Mais cela risque de déclencher un engrenage de violences, et ses interlocuteurs obtiennent un sursis d’exécution. Il faut éviter l’irréparable.

Mais d’où vient ce mot ? Chienlit est un personnage du carnaval, avec pour costume une chemise de nuit, et son postérieur barbouillé de moutarde. Ce mot est donc péjoratif, et la formule de Charles de Gaulle l’assimile au désordre.

« Portons donc en terre les diables qui nous ont tourmentés pendant l’année qui s’achève. »3083

Charles de GAULLE (1890-1970), Allocution radiotélévisée, 31 décembre 1968. Les Discours de vœux des présidents de la République : la France au fond des yeux (1992), Françoise Finniss-Boursin

Mai 68 est fini, mais le général est sans doute trop âgé pour voir compris la révolte de cette jeunesse. L’agitation recommence en janvier, étudiants et surtout lycéens manifesteront dans les mois, les années à venir. Les diables de Mai 68 appartiennent malgré tout au passé. Cela s’appelle l’Histoire.

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