Les Surnoms - jeu de mots entre petite et grande Histoire (l'épopée napoléonienne) | L’Histoire en citations
Édito de la semaine

Les surnoms de l’histoire

VI. L’épopée napoléonienne

Du Directoire aux Cents jours, en passant par le Consulat et l’Empire, la star de l’Histoire occupe la scène : personnage indissociable de la Grande Armée et de sa famille qu’il impose. Restent les grands ennemis européens, le cas Talleyrand et quelques invités surprise.

Napoléon Bonaparte : de Ribulione à Nicolas, en passant par le Petit Tondu, le Grand général et Buonaparte

« Un jeune homme de vingt-six ans se trouve avoir effacé en une année les Alexandre, les César, les Annibal, les Frédéric. Et, comme pour consoler l’humanité de ces succès sanglants, il joint aux lauriers de Mars l’olivier de la civilisation. »1647

STENDHAL (1783-1842), Vie de Napoléon (posthume)

Lui-même âgé de 26 ans en 1795, engagé dans l’armée de Bonaparte, le futur écrivain découvre l’Italie avec un émerveillement dont son œuvre sera plus tard le reflet. Il écrit cet essai à Milan en 1817-1818, pour répondre à Mme de Staël : dans ses Considérations sur la Révolution française, elle attaquait l’homme à qui Stendhal voue une véritable passion. Ce qui n’exclut pas la critique.

Napoléon Bonaparte (1769-1821) vit en vingt ans une fulgurante carrière avec une personnalité qui se remarque très tôt et ne fera que grandir pour le meilleur et/ou le pire.

Ribulione, c’est le perturbateur au tempérament ardent et batailleur parmi les gamins d’Ajaccio, né le 15 août 1769 sous le signe astrologique du lion.

Nabulio est le surnom donné au petit Napoléon par sa mère Letizia Ramolino.

la Paille-au-nez est son surnom à l’école militaire de Brienne, ses camarades se moquant de son accent corse quand Napoléon prononçait son prénom « Napoillioné ».

le Général Vendémiaire : Bonaparte étant intervenu lors de l’insurrection royaliste du 13 vendémiaire an IV,  il est ainsi nommé par des généraux de la République, méprisant ce fait d’armes de répression intérieure sur des civils royalistes.

le Petit Caporal : fait caporal dans sa (première) campagne d’Italie (1796-1797), Bonaparte y gagne ce surnom, ayant franchi le pont de Lodi sur le Pô qui ouvre la route de Milan et assure la conquête de la Lombardie. C’est l’une de ses premières grandes victoires. Le Petit Caporal restera associé à la Grande Armée, au même titre que le Grand Général.

le Patron : l’empereur qui s’impose en tout et à tous, surnom venu de l’argot militaire, mine de surnoms expressifs et populaires, souvent « couillus » et volontiers vulgaires sur lesquelles nous reviendrons à la fin.

le Chapeau, ou le Petit Chapeau, c’est le bicorne souvent porté par l’empereur, devenu indissociable de sa silhouette légendaire, immortalisée sur nombre de tableaux célèbres .

l’Aigle est l’un des symboles impériaux (rappelant Charlemagne). Très cher à Napoléon, il sera associé aux Cents-Jours – « le Vol de l’Aigle » – mais aussi à son fils, l’Aiglon.

le Petit Tondu : le Petit Tondu : deux explications.
Le Général Bonaparte se trouvait au Caire en 1799 (campagne d’Égypte), lorsqu’il fit couper ses cheveux longs pour ne plus être gêné au combat. Ses soldats qui tous portaient des cheveux noués sur la nuque lui donnèrent aussitôt ce sobriquet de « Petit Tondu », avant d’être eux-mêmes obligés de se faire raser. Seul des tous les maréchaux, Lannes refusa obstinément.
Sous l’Empire, Napoléon servant d’exemple, le port des cheveux ainsi coupés va se généraliser avec la coupe à la Titus, à la Brutus ou à la Caracalla.
Avant la bataille d’Austerlitz, sa plus grande victoire (2 décembre 1805), les soldats de Napoléon auraient crié « Vive l’Empereur, vive le Petit Tondu ! » en référence à sa coupe de cheveux très particulière pour l’époque. Ce surnom populaire et familier lui est resté.

le Grand Général : nul besoin d’expliquer ce surnom, mais il peut être entendu au premier degré comme un hommage et au second degré comme une raillerie pour l’importance excessive qu’il a ou qu’il se donne.

Boney : sobriquet donné par les caricaturistes britanniques, diminutif de Bonaparte. Mais bony en anglais signifie osseux, décharné́, c’est donc aussi une façon de se moquer du visage maigre et anguleux du jeune général ennemi de l’Angleterre.

l’Usurpateur, surnom donné par les milieux royalistes à partir de l’Empire, Napoléon prétendant désormais accaparer le pouvoir souverain. Il reparaît au rétablissement des Bourbons en 1814, puis en 1815 lors des Cent-Jours.

le Tyran, l’Ogre corse : surnoms donnés couramment par les adversaires et les caricaturistes à la fin de l’Empire, quand la conscription devient toujours plus insupportable.

le Boucher de l’Europe : surnom donné surtout par les royalistes français mais aussi européens, devant le carnage sur tous les des champs de bataille, total estimé à deux millions de morts (chiffre énorme, mais souvent surestimé).

le Père-la-Violette : avant son départ pour l’exil à l’île d’Elbe en 1814, Napoléon déclara qu’il reviendrait avec les violettes, ces petites fleurs de retour au printemps… ce qui arrive aux Cent-Jours en 1815. La violette restera un signe de ralliement des bonapartistes, après la Seconde Restauration.

Jean de l’Épée : c’est le surnom du général qui a tout gagné à la pointe de l’épée, mais c’est aussi le sobriquet donné par certains soldats de la Grande Armée et jusque dans la Garde impériale, au retour de l’île d’Elbe.

Nicolas ou Nicodème : surnom utilisé par les royalistes du Midi de la France où le Diable est parfois dénommé ainsi. Mais Nicolas est également synonyme d’idiot.

Reste le nom de Bonaparte : Buonaparte est son patronyme de naissance.
Sa famille de petite noblesse corse est d’origine italienne et son nom (Buona parte, Bon parti en français ) renvoie aux querelles médiévales entre guelfes et gibelins qui secouèrent la péninsule - les fortes affinités de Napoléon avec l’Italie expliqueront sa popularité dans ce pays.
Toujours divisée en de nombreux clans, la Corse devient française en 1768 : la République de Gênes, lassée des révoltes sans fin, vend cette grande et belle île au roi Louis XV, justement intéressé par son importance stratégique en Méditerranée.

Carlo-Maria Buonaparte, le père de Napoléon, francisera son nom en Charles-Marie Bonaparte. Mais Buonaparte deviendra le surnom de Napoléon dans la bouche de ses adversaires, y compris Talleyrand sous les Cent-Jours : « Il faut tuer Buonaparte comme un chien enragé » dit-il au Congrès de Vienne réuni pour redessiner la carte de l’Europe.

Certains sites dédiés à la geste impériale arrivent à citer une cinquantaine de surnoms plus anecdotiques et souvent militaires (Spartacus, Tibère, le dieu Mars, le moderne Attila…) En tout cas, aucun personnage historique au monde n’aura été autant popularisé et médiatisé.

Babeuf : Gracchus

« Peuple ! Réveille-toi à l’Espérance. »1643

Gracchus BABEUF (1760-1797), Le Tribun du Peuple, 30 novembre 1795

Né François-Noël Babeuf, ce révolutionnaire passe une partie de la Terreur en prison et fonde son journal au lendemain du 9 thermidor an II (27 juillet 1794). Il signe ses articles Caïus Gracchus, d’où son nouveau prénom devenu surnom, en  hommage à Caïus Gracchus (né en 154 av. J.-C.)  élu au tribunat de la plèbe dix ans après son frère Tiberius. Ces deux hommes d’État romains tentèrent d’imposer au Sénat des réformes agraires et judiciaires allant contre les intérêts de l’aristocratie. Les Gracques, devenus très populaires, furent massacrés avec leurs partisans au cours d’émeutes sanglantes.

Babeuf expose ses théories déjà communistes, privilégiant la notion de lutte des classes et visant à une société des Égaux. Il va passer à l’action pour fomenter l’un des nombreux complots contre le nouveau pouvoir.

Maria Letizia Bonaparte : Madame Mère

« Pourvu que cela dure. »1848

Madame MÈRE, alias Marie Letizia (ou Laetitia) Ramolino (1750-1836). Mercure de France, volume CXXXI (1919), publié par Alfred Louis Edmond Vallettee

La mère de Napoléon eut treize enfants. Mariée à 14 ans et morte à 97, cette forte femme vivra modestement, à l’écart de la cour. On peut imaginer ce qu’elle pensait, devant l’incroyable ascension du plus célèbre de ses fils qui ne manque pas une occasion de distribuer des titres et des terres à toute sa grande famille, frères, sœurs et conjoints. Non sans problèmes de jalousies, mesquineries, fâcheries que Napoléon règle en chef de clan.

Elle refuse l’étiquette imposée par son fils qui exige qu’on lui baise la main. Napoléon a beau tempêter, trépigner : « Mais je suis l’empereur ! », il se verra répondre un superbe et dédaigneux : « Oui, mais vous êtes mon fils. » Elle refuse absolument de participer à la cérémonie du Sacre, trop pompeuse à son goût et interminable (cinq heures !), mais elle est surtout fâchée de sa brouille avec Lucien, le plus sérieux de ses frères. Madame Mère figure pourtant en bonne place dans Le Sacre peint par David : c’est donc « un faux » magnifique.

Joseph Bonaparte : Pépé Botella, le Fournisseur de la Junte, le Capitaine d’Habillement », el Rey intruso

« Joseph, si notre père nous voyait ! »1798

NAPOLÉON Ier (1769-1821), à son frère le jour du sacre, 2 décembre 1804. Encyclopédie Larousse, article « La jeunesse de Napoléon Bonaparte »

Très pâle, l’empereur se tourne vers son frère aîné à ses côtés lors de la cérémonie, pour murmurer ces mots.

Leur père, Carlo Maria Buonaparte qui a francisé son nom en Charles-Marie Bonaparte, a tout fait pour que ses cinq fils suivent de bonnes études (si possible dans l’armée) aux frais du roi, étant peu fortuné et dépensier. Il est mort en 1785, d’un cancer à l’estomac – comme Napoléon. Ses quatre frères eurent une prodigieuse fortune politique et un destin exceptionnel alors que rien, dans leur caractère ni leur éducation, ne les prédisposait à une telle renommée.

Joseph Bonaparte (1768-1844) est l’aîné et sans doute le seul véritable ami de Napoléon qui se confie à lui volontiers, souvent par lettres. C’est le premier qu’il fait roi d’un État européen, placé là comme une marionnette pour servir ses desseins géopolitiques : Naples (1806-1808) où il se sent mal accepté du peuple, puis Espagne (1808-1813) où ce sera pire ! Surnommé le roi intrus (el Rey intruso) et détesté du peuple, Fournisseur de la Junte ou Capitaine d’Habillement, c’est aussi Pépé Bottella (qui  fait distribuer du vin). Piètre militaire, sa royauté imposée ne pouvait finir que par un désastre. Les trois autres frères jouent aussi leur rôle dans l’Histoire.

Lucien Bonaparte (1775-1840) : Roméo

Forte personnalité à qui Napoléon doit la réussite de son coup d’État du 18 brumaire. Mais il se heurte trop souvent aux volontés impériales et doit s’exiler : « Je l’honore, je le respecte, je l’admire comme chef de gouvernement, je ne l’aime plus comme un frère » dira-t-il à Roederer. Jeune amoureux éconduit de la belle Juliette Récamier qu’il couvrit de lettres à défaut de baisers, il prit le surnom de Roméo. Toute la fratrie Bonaparte peut se vanter d’une vie sexuelle intense.

Louis Bonaparte (1778-1846) : Caput Mortuum

Entièrement porté par Napoléon qui le fait roi (marionnette) de Hollande en 1808, il se fâchera avec lui lors du Blocus continental contre l’Angleterre qui ruine son pays. Il finit par abdiquer en 1810. Dès lors, il devient à moitié fou pour d’obscures raisons, d’où son surnom synonyme de « tête morte » . Très malade en 1813, il est près du suicide – tentation par ailleurs récurrente chez son illustre frère. La seconde partie de sa vie sera plus simple, nommé pair de France sous Louis XVIII et mari d’Hortense de Beauharnais, la fille de Joséphine. On se retrouve en famille.

Jérôme Bonaparte (1784-1860) : Jérôme Pointu, König Loustic

Ainsi surnommé pour son égoïsme et son sale caractère, c’est en même temps l’« animal de luxe de » la famille (selon l’historien Jacques Bainville). Il veut imiter son illustre frère en recréant la cour impériale dans son trop modeste royaume de Westphalie, d’où la colère de Napoléon. Piètre général, relégué au rang de subordonné du maréchal Davout, il se fâche avec l’empereur et abandonne « l’Armée des Vingt Nations ». Il se rachète par son ralliement lors des Cent-Jours et fait preuve de courage à Waterloo : « Mon frère, je regrette de vous avoir connu si tard » dira Napoléon. Dernier survivant de la fratrie, on le retrouve sous le Second Empire de son neveu Napoléon III.

Joséphine de Beauharnais : la Consulesse, Notre-Dame des Victoires

« Si je gagne les batailles, c’est toi qui gagnes les cœurs. »

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), phrase souvent citée, jamais sourcée, mais très vraisemblable

Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie doit son patronyme à son premier mari, Alexandre de Beauharnais guillotiné sous la Terreur en 1794. Bonaparte simplifie la série des prénoms du grand amour de sa vie et la baptise Joséphine.

Division du travail parfaite entre les deux époux. Le coup d’État du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) met fin au Directoire et donne les pleins pouvoirs au général Bonaparte avec le titre de Premier Consul. Le 11 novembre, le couple quitte la petite maison de la rue de la Victoire pour s’installer au palais du Luxembourg. La générale Bonaparte prend alors le titre de Consulesse (de charme) et devient la première dame de France. Bonaparte a pris conscience de la fascination que la jolie Créole exerce sur ceux qu’elle fréquente et il a besoin d’elle pour réussir son ascension sociale

Consciente de son nouveau rôle, elle suit désormais l’étoile de Napoléon, abandonnant (apparemment) sa vie aventureuse pour devenir Notre-Dame des Victoires, beau surnom pour un rôle de composition qu’elle assume tant bien que mal : impératrice. Napoléon en restera toujours amoureux quoique très jaloux, ne se séparant de sa femme que pour avoir un héritier qu’elle n’est plus en âge de lui donner.

L’armée de Napoléon : la Grande Armée

« Qu’était la Grande Armée, sinon une France guerrière d’hommes qui, sans famille, ayant de plus perdu la République, cette patrie morale, promenait cette vie errante en Europe ? »1763

Jules MICHELET (1798-1874), Extraits historiques (posthume, 1907)

Telle est la définition humaine et romantique.

Sur le plan institutionnel, la « Grande Armée » est d’abord le nom générique donné par Napoléon à l’armée d’invasion, basée à Boulogne pour attaquer l’Angleterre en franchissant la Manche – projet abandonné après Trafalgar (1805) et l’anéantissement de la flotte française. Il se rabattra en 1808 sur le Blocus continental, plus ou moins efficace contre l’ennemie numéro un de la France (les historiens parleront de la « seconde Guerre de Cent Ans », de 1688 à 1815, soit en cent vingt-sept ans, la France soutint contre l’Angleterre sept grandes guerres qui durèrent en tout soixante ans.)

La Grande Armée désigne ensuite l’armée napoléonienne, la meilleure du monde : grande par le nombre des soldats, plus d’un million et cent mille hommes de réserve ; grande aussi par la qualité, l’organisation, les généraux d’exception. Elle est initialement composée de sept corps d’armée, les sept « torrents » commandés par les maréchaux Augereau, Bernadotte, Davout, Lannes, Ney, Soult, et par le général Marmont : ce sont « les Grands Chapeaux ».

Nous passerons en revue les vingt maréchaux et généraux les plus célèbres la semaine prochaine – Napoléon leur doit beaucoup et c’est une autre manière de conter l’épopée impériale à travers les surnoms, particulièrement imagés.

1. Augereau : le Fier brigand
2. Bernadotte : le Gascon, le sergent Belle-Jambe
3. Carnot : le Grand Carnot, l’Organisateur de la victoire
4. Caulaincourt : Caulain qui court, Grand écuyer tranchant
5. Davout : le Maréchal de fer, la Bête de Hambourg
6. Desaix : le Sultan juste, le Spartiate de l’Armée du Rhin
7. Duroc : l’Ombre de l’Empereur
8. Gouvion Saint-Cyr : le Hibou, le Mauvais coucheur, l’Homme de Glace, le Spartiate de l’Armée du Rhin
9. Junot : Junot la Tempête, le Sergent la Tempête    
10. Kellermann : le Héros (le Vainqueur) de Valmy, le Nestor des Armées
11. Lannes : le Roland de l’armée d’Italie, l’Ajax français, l’Achille de la Grande Armée, le Brave des Braves
12. Marmont : Marmont Ier, le Roi Marmont, Monsieur de Culfier
13. Masséna : l’Enfant chéri de la Victoire, l’Enfant pourri de la Victoire
14. Moncey : Fabius
15. Murat : le Sabreur, le Roi Franconi, le Roi des Braves et le plus brave des Rois
16. Ney : le Brave des braves, le Lion rouge, le Rougeaud, Michel le Rouge, l’Infatigable, le Héros de la Retraite
17. Oudinot : le Bayard Moderne, le Bayard de l’Armée Française, le Maréchal aux trente-cinq blessures
18. Poniatowski : le Bayard polonais
19. Soult : le Premier manœuvrier d’Europe, Bras de Fer, le Roi Nicolas
20. Suchet : le maréchal de la guerre d’Espagne, El Hombre justo (l’Homme juste)  

La maréchale Lefebvre : Madame Sans-Gêne

« Mme Lefebvre était la digne femme du maréchal : la doublure valait l’étoffe. »

Jugement d’un contemporain, le comte Roquet (présent dans le film historique de Christian-Jaque, 1961, tiré de la pièce éponyme  Madame Sans-Gêne de Victorien Sardou)

Son maréchal de mari n’a pas gagné de surnom, elle sauve donc l’honneur de la famille.

Catherine Hübscher (1753-1835) née en Alsace, ex-cantinière devenue blanchisseuse, épouse à 30 ans François-Joseph Lefebvre, simple sergent irrésistiblement sympathique. Elle va suivre le brave homme dans sa glorieuse ascension.

« Monsieur le duc de Dantzig, l’Empereur des Français vous salue et vous adresse ses chaleureuses félicitations. »1824

NAPOLÉON Ier (1769-1821), au maréchal Lefebvre, 1er juin 1807. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Quatrième coalition. Lefebvre vient de prendre Dantzig, dernière place forte prussienne. Ce siège très difficile doit préparer le passage de la Grande Armée, trois semaines durant lesquelles il répète à ses artilleurs : « Je n’entends rien à votre affaire, mais fichez-moi un trou et j’y passerai ! » Et il passe, avec plus moins de casse : les assiégés ont perdu quelque 11 000 hommes, les Français moins de 400.

En récompense, Lefebvre devient le premier duc d’Empire. Les distinctions ne vont plus cesser de pleuvoir sur les maréchaux. Le couple toujours modeste et populaire qu’il forme avec Madame Sans-Gêne irrite quelque peu l’empereur quand il paraît à la cour, mais cela n’empêche pas une belle carrière sous l’Empire.

« Je suis plus à l’aise sous la mitraille qu’entouré d’un essaim de jolies filles décolletées. »1825

Maréchal LEFEBVRE (1755-1820), à Talleyrand, confidence lors d’une soirée à la cour des Tuileries. Le Dictionnaire des citations du monde entier (1960), Karl Petit

La réflexion donne le climat de cette cour impériale, créée en même temps que l’Empire.

L’étiquette impériale est stricte et quasi militaire, mais l’on y rencontre des personnages venus de toutes les couches de la société : bourgeoisie (Bernadotte, Berthier, Jourdan, Junot, Masséna, Soult) et peuple (Augereau, Carnot, Lannes, Lefebvre, Murat, Ney), mal à l’aise face à la vieille noblesse (Brissac, La Rochefoucauld, Montesquiou, Talleyrand) et aux dames.

La « femme à Lefebvre » comme elle s’annonçait elle-même, devenue duchesse de Dantzig, garde à la cour son franc-parler. Victorien Sardou l’immortalisera en 1893 dans une de ses pièces de théâtre justement titrée « Madame Sans-Gêne ». Malgré ses manières étranges, ses naïvetés, ses archaïsmes et ses locutions vulgaires qui divertirent les salons d’alors, la maréchale Lefebvre suivit pas à pas son mari dans sa glorieuse ascension militaire. Jamais il ne rougit d’elle ! Bien au contraire, il la fit toujours respecter, l’entourant jusqu’au dernier jour de toute son affection.

La maréchale était elle-même la meilleure des créatures. On cite des traits de bonté et de délicatesse dont les femmes mieux nées n’auraient pas été capables. Un exemple témoigne de la façon dont cette « poissarde » entendait la reconnaissance : « Un jour, se présentant chez la veuve du marquis de Valady, fameux dans la défection des gardes en 1789, leur ancien capitaine, à qui elle et son mari avaient donné des soins domestiques, elle lui dit, moitié en français, moitié en argot qui était son langage usité : Mais savez-vous que vous n’êtes pas bons et que vous avez bien peu de cœur, entre vous autres, gens comme il faut ! Nous, tout bêtement soldats, nous agissons mieux. On vient de nous apprendre que monsieur un tel, un de nos anciens officiers et le camarade de votre mari, vient d’arriver de son émigration et qu’on le laisse ici mourir de faim ; ce serait grande honte… Nous craindrions, nous autres, de l’offenser si nous venions à son secours ; mais vous, c’est autre chose : vous ne pouvez que lui faire plaisir. Portez-lui donc cela de notre part. » Et elle lui remit un rouleau de cent louis d’or.

Amiral Nelson : Lord Nelson

« Dieu merci, j’ai bien fait mon devoir. »1806

Amiral NELSON (1758-1805), touché à mort, à bord du Victory, 21 octobre 1805. Mot de la fin. Bibliographie universelle (1842), Louis Gabriel Michaud

Le ministre de la Marine (Decrès) avait transmis à Villeneuve, amiral de la flotte, le message de l’empereur. Napoléon, voulant débarquer en Angleterre, chargeait l’amiral d’attirer la flotte anglaise de Nelson vers les Antilles, avant de revenir en Manche. Le plan ayant échoué, Villeneuve se retrouve bloqué à Cadix.

Sur cet ordre de l’empereur, il va sortir, mais Nelson fait de même. La Nelson touch, autrement dit le « coup de Trafalgar », manœuvre habile, permet à l’amiral anglais de triompher. La flotte française est anéantie. Cette victoire navale assure désormais la maîtrise des mers à l’Angleterre, tandis que sur terre Napoléon enchaîne les victoires avec la Grande Armée.

Nelson fait partie de ces grands militaires morts au combat et néanmoins victorieux. Son courage physique, ses qualités humaines, son respect pour les hommes qu’il commande et qui lui sont en retour totalement dévoués en font un personnage vénéré par la population britannique. Considéré comme un héros, « Lord Nelson » a droit aux funérailles nationales. De nombreux monuments célèbrent sa mémoire, notamment la colonne Nelson au cœur de Trafalgar Square, à Londres.

Metternich : le Gendarme de l’Europe

« Il [Napoléon] est le Souverain de l’Europe. »1840

METTERNICH (1773-1859), 1809. Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d’État, volume II (1880)

Ironie de l’Histoire et saisissant raccourci : quelques années plus tard, Metternich devenu tout puissant sera surnommé le Gendarme de l’Europe. En attendant, c’est Napoléon le maître de l’Europe et il parle en connaisseur.

Ambassadeur d’Autriche en France depuis 1806, le prince de Metternich est nommé chancelier et ministre des Affaires étrangères en octobre 1809, signant à ce titre l’humiliant traité (ou paix) de Vienne. Il choisit alors de s’allier à Napoléon – pour mieux l’abattre le moment venu. Et c’est lui qui va négocier son mariage avec Marie-Louise d’Autriche.

Cette domination de Napoléon culminera en 1811 : le Grand Empire comporte 130 départements qui réuniront 45 millions de « Français », plus 40 millions d’habitants des États vassaux : Italie, Espagne, Naples, duché de Varsovie, Confédération du Rhin, Confédération helvétique.

François II, empereur des Romains, devenu François Ier d’Autriche : Beau-Papa

« Nous, François le premier, par la grâce de Dieu empereur d’Autriche ; roi de Jérusalem, Hongrie, Bohême, Dalmatie, Croatie, Slavonie, Galicie, et Lodomirie ; archiduc d’Autriche ; duc de Lorraine, Salzbourg, Wurtzbourg, Franconie, Styrie, Carinthie et Carniole ; grand-duc de Cracovie ; prince de Transylvanie ; margrave de Moravie ; duc de Sandomir, Masovie, Lublin, haute et basse Silésie, Auschwitz et Zator, Teschen et Frioul ; prince de Berchtesgaden et Mergentheim ; prince-comte de Habsbourg, Gorice et Gradisce et de Tyrol ; et margrave des haute et basse Lusace et d’Istrie. »

Telle est la signature de François II (1768-1835) dont le titre d’usage resta néanmoins celui d›« empereur d’Autriche ». Neveu de la reine Marie-Antoinette de France, empereur d’Allemagne, futur empereur d’Autriche sous le nom de François Ier, il ira de défaites militaires en humiliations diplomatiques, jusqu’à donner sa fille Marie-Louise en mariage à son grand ennemi Napoléon, en 1810. D’où son surnom de Beau-papa.

Napoléon fut très fier de ce mariage négocié par Metternich… et qui fera sa perte.

« Je me donne des ancêtres. »1844

NAPOLÉON Ier (1769-1821), château de Compiègne, 27 mars 1810. Metternich (1965), Henry Vallotton

« Ivre d’impatience, ivre de félicité », il apprend la valse (viennoise) et attend sa future femme, Marie-Louise : archiduchesse d’Autriche, descendante de l’empereur Charles Quint et petite-nièce de Marie-Antoinette. Napoléon, de petite noblesse corse (d’origine génoise), évoque volontiers « ma malheureuse tante Marie-Antoinette » et « mon pauvre oncle Louis XVI ». Cette union flatte son orgueil.

Il s’est décidé en février, dans une hâte qui a fort embarrassé l’ambassadeur d’Autriche à Paris (Schwarzenberg, successeur de Metternich à ce poste) : même pas le temps de prévenir l’empereur d’Autriche, avant que Napoléon annonce sa décision aux Français ! Mais personne ne peut rien refuser à Napoléon, même pas sa fille.

« L’Autriche fit au Minotaure le sacrifice d’une belle génisse. »1845

Prince de LIGNE (1735-1814). L’Europe et la Révolution française (1904), Albert Sorel

De Ligne commente le mariage impérial en vieux prince autrichien, avec des références mythologiques familières au monde de son temps. Mais qui pense à l’humiliation du père de la mariée, François Ier d’Autriche, empereur romain germanique ? Le mariage de Marie-Louise et de Napoléon a lieu le 1er avril 1810.

Napoléon dira plus tard pis que pendre de Beau-Papa qu’il a d’abord bien traité, sinon flatté : « Je croyais l’empereur François un bon homme ; je me suis trompé ! C’est un imbécile, un paresseux sans cervelle et sans cœur. Il est dépourvu de tout talent. Il ignore l’affection, la sensibilité et la gratitude. En fait, les bonnes qualités lui font complètement défaut. »

Marie-Louise d’Autriche : l’Autrichienne, la Bonne duchesse

« C’est un ventre que j’épouse. »1846

NAPOLÉON Ier (1769-1821). Le Fils de l’empereur (1962), André Castelot

Napoléon confirme la référence à la « belle génisse » sacrifiée par l’Autriche et assume le rôle du Minotaure prédateur, sans y mettre les formes. Il manifeste tant de hâte qu’on parle d’un enlèvement, plus que d’un mariage. La cérémonie religieuse a lieu le 2 avril 1810. Marie-Louise a 18 ans, il vit une lune de miel de trois semaines qui le comble et sa seconde femme lui donnera un fils, le 20 mars 1811 : le roi de Rome.

C’est peu dire que la nouvelle impératrice est impopulaire dans son pays d’adoption. À la cour, toutes les sœurs et belles-sœurs de Napoléon se refusent à porter la traîne de « l’Autrichienne » : même accueil et même surnom que pour Marie-Antoinette la dauphine et future reine. Mais la famille impériale n’aimait pas davantage Joséphine la coquette Créole, ex impératrice répudiée pour cause de stérilité.

Marie-Louise qui tient surtout à sa tranquillité (mot récurrent dans ses lettres et trait de caractère constant) semble ignorer ce qu’on dit d’elle dans tout Paris : les bonapartistes préfèrent Joséphine, les républicains la haïssent en sa qualité de nièce de la reine décapitée, les monarchistes ne peuvent accepter le semblant de légitimité que ce mariage donne à la famille.

Pendant quatre ans, elle joue dignement le rôle de première dame. Elle donne le fils attendu à Napoléon, père comblé, fou de joie ! Mais les épreuves à venir pour son époux et pour son pays d’adoption la France sont trop fortes pour cette jeune femme. Écrasée par le désespoir, elle se confie à Hortense de Beauharnais (fille de Joséphine et femme de Louis, frère de Napoléon) : « Je porte malchance partout où je vais. Tous ceux avec qui j’ai eu affaire ont été plus ou moins touchés, et depuis l’enfance je n’ai fait que passer ma vie à fuir. » On croirait entendre Marie-Antoinette sous la Révolution : « Je porte malheur à tous ceux que j’aime. »

Sa vie en France se termine en 1814, quand Napoléon part en exil à l’île d’Elbe. Elle a renoncé à le suivre. Les Cent-Jours seront un nouveau drame vécu de loin. Au second exil de Napoléon, elle écrit à son père.

« J’espère qu’on le traitera avec bonté et douceur, et je vous prie, très cher papa, d’y contribuer. »1959

MARIE-LOUISE (1791-1847), Lettre à son père l’empereur d’Autriche, 15 août 1815. Revue historique, 28e année, volume LXXXII (1903)

La femme de l’empereur déchu ajoute : « C’est la seule prière que je puisse oser pour lui et la dernière fois que je m’intéresse à son sort, car je lui dois de la reconnaissance pour la tranquille indifférence dans laquelle il m’a laissée vivre, au lieu de me rendre malheureuse. » Ce sont vraiment des paroles de fille et d’épouse soumise, aspirant toujours à la tranquillité.

Les Alliés ont décidé d’accorder à Marie-Louise le duché de Parme, en Italie. Elle va vivre une seconde existence plus heureuse. L’entrée officielle a lieu le 18 avril 1816. Elle écrit à son père sur un tout autre ton : « Les gens m’ont accueillie avec tant d’enthousiasme que j’ai eu les larmes aux yeux. » (Franz Herre, Marie-Louise - Le destin d’une Habsbourg de Paris à Parme, 1997).

Marie-Louise s’installe avec son amant Neipperg à qui elle laisse le soin d’administrer ses territoires. Il le fait d’une main de fer, tandis que la duchesse s’attache à créer des hôpitaux, des monuments et des musées. Elle mérite et apprécie son nouveau surnom : la Bonne duchesse.
Avant de partir en Italie, Marie-Louise a dû laisser à Vienne son fils, devenu duc de Reichstadt à sa demande : il lui fallut  renoncer à vivre avec son enfant, mais elle a insisté pour qu’il puisse avoir ce titre et des terres, afin d’être plus tard libre de choisir sa vie… Mais  le roi de Rome meurt de la tuberculose à 21 ans, dans les bras de sa mère qui s’est précipitée à Vienne pour vivre les derniers instants de ce fils qu’elle aura peu connu, mais beaucoup pleuré.

Après la mort de Napoléon à Sainte-Hélène, le 5 mai 1821, elle a pu épouser Neipperg le 8 août suivant. Le couple aura  quatre enfants avant que Neipperg ne meure en 1829. Suite aux émeutes à Parme en 1831, Marie-Louise, réputée trop laxiste et naïve dans la gestion de ses sujets, épouse en 1834 le comte Charles-René de Bombelles, chargé de reprendre l’administration par la puissance autrichienne qui domine ce territoire italien. Destin de femme malmenée par l’Histoire qui n’épargne personne, en ces temps bouleversés.

Napoléon II : l’Aiglon, le roi de Rome

« Ma tombe et mon berceau seront bien rapprochés l’un de l’autre ! Ma naissance et ma mort, voilà donc toute mon histoire. »2078

Duc de REICHSTADT (1811-1832), mourant à 21 ans de tuberculose, 22 juillet 1832. Les Errants de la gloire (1933), princesse Lucien Murat (comtesse Marie de Rohan-Chabot)

L’Aiglon (héros de théâtre pour Rostand), fils de l’Aigle (Napoléon), ex-roi de Rome, promu Napoléon II (quelques jours, après les deux abdications en 1814 et 1815) n’aura pas le destin rêvé pour lui par son père, ni même aucun rôle politique. Son grand-père maternel, François Ier d’Autriche, y veille, occultant le souvenir de l’empereur et le faisant duc de Reichstadt (petite ville de Bohême), tout en aimant tendrement l’adolescent fragile.

Louis-Napoléon Bonaparte se considère désormais comme le chef du parti bonapartiste, en tant que neveu de Napoléon Ier - même si l’infidélité notoire de sa mère, Hortense de Beauharnais, femme de Louis Bonaparte, roi de Hollande, poussa son père à nier sa paternité et à rompre avec Hortense, la très jolie belle-fille de Napoléon. Sacrée famille !

« Tous deux sont morts. Seigneur, votre droite est terrible. »2079

Victor HUGO (1802-1885), Poème d’août 1832 (Napoléon II, Les Chants du crépuscule)

Le père de l’Aiglon, Napoléon, est mort à 51 ans, le 5 mai 1821, après cinq ans de captivité à Sainte-Hélène. La légende napoléonienne doit beaucoup au génie d’Hugo et à la comparaison inévitable avec Napoléon III, le Petit. Rappelons le mot de François Mauriac dans son Bloc-notes du journal L’Express : « Les Bonaparte, c’est tout de même un clan qui se remplit les poches, se distribue les couronnes, et qui, en 1851, s’attable pour le deuxième service. »

Talleyrand : le Diable boiteux

« Vous êtes un voleur, un lâche, un homme sans foi. Vous ne croyez pas à Dieu ; vous avez toute votre vie manqué à tous vos devoirs, vous avez trompé, trahi tout le monde […] Tenez, Monsieur, vous n’êtes que de la merde dans un bas de soie. »1834

NAPOLÉON Ier (1769-1821), à Talleyrand, Conseil des ministres restreint convoqué au château des Tuileries, 28 janvier 1809. Mémoires et Correspondance du prince de Talleyrand (posthume, 1891)

D’Espagne où il tente d’affermir le trône de son frère Joseph, Napoléon a appris que Talleyrand complote avec Fouché pour préparer sa succession – sans nouvelles de lui, on l’imagine victime de la guérilla qui fait rage.

Il rentre aussitôt, épargne momentanément Fouché, son ministre de la Police, mais injurie le prince de Bénévent, Talleyrand, impassible - et sort en claquant la porte.

« Quel dommage, Messieurs, qu’un si grand homme soit si mal élevé ! »1835

TALLEYRAND (1754-1838). Talleyrand, ou le Sphinx incompris (1970), Jean Orieux

La citation est parfaitement en situation, le 28 janvier 1809, après l’injure lancée devant témoins par l’empereur furieux. Talleyrand se venge de l’affront public, avec une certaine classe diplomatique. Il semble qu’il ait redit ce mot à divers ambassadeurs, toujours à propos de Napoléon.

« Je me suis mis à la disposition des événements et, pourvu que je restasse Français, tout me convenait. »1836

TALLEYRAND (1754-1838), Mémoires et Correspondance du prince de Talleyrand (posthume, 1891)

Napoléon l’avait fait grand chambellan en 1804, prince de Bénévent en 1806, vice-grand électeur en 1807 - « le seul vice qui lui manquât », dit Fouché en apprenant cet honneur.

Le plus habile diplomate de notre histoire est aussi le plus corrompu. Il servira et trahira successivement tous les régimes, mais il respecte les intérêts supérieurs de la France. Il voudrait surtout lui éviter cette course à l’abîme, prévisible dès 1809.

« Ne dites jamais de mal de vous. Vos amis s’en chargeront toujours. »1787

TALLEYRAND (1754-1838). Dictionnaire des citations françaises, Jean-Yves Dournon

Le mot qui lui est attribué va bien à ce cynique, sans illusion sur les hommes. Mais il se moque de tout ce qu’on peut dire de lui et confie à Lamartine :  « On me croit immoral et machiavélique, je ne suis qu’impassible et dédaigneux… Mirabeau était un grand homme, mais il lui manquait le courage d’être impopulaire. Sous ce rapport, voyez, je suis plus homme que lui : je livre mon nom à toutes les interprétations et à tous les outrages de la foule. »

Chateaubriand : l’Enchanteur

« Tout à coup, une porte s’ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, Monsieur de Talleyrand soutenu par Monsieur Fouché. »1953

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

Arrivant à Saint-Denis pour y retrouver Louis XVIII rentré en France, il aperçoit Talleyrand et Fouché venus se rallier au roi. Il décrit l’effet que lui causa cette entrée des deux hommes allant se présenter, ce 7 juillet 1815, à Louis XVIII qui leur rendra leurs portefeuilles – Affaires étrangères et Police. « La vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l’évêque apostat fut caution du serment. »

Le plus grand auteur de sa génération est lui-même ministre – de l’Intérieur, sous les Cent-Jours. L’année suivante, rayé de la liste des ministres d’État, il perd sa pension. Parce que, dit-il, « je m’élevais contre l’établissement d’un ministre de la Police générale dans un pays constitutionnel ». Déçu par la politique, l’auteur des Mémoires avouera : « J’ai vu de près les rois, et mes illusions politiques se sont évanouies. » S’il fallait inventer un surnom politique à Chateaubriand, ce serait l’Éternel opposant.

Mais c’est avant tout un styliste de génie, surnommé en tant que tel l’Enchanteur, après la publication d’Atala (1801) et René (1802). Préromantisme et préfiguration du mal du siècle, le « vague à l’âme » aboutira au « spleen » baudelairien.

Mais déjà dans les Mémoires d’outre-tombe, le style « crève l’écran » : on voit s’avancer les deux personnages redoutables et haïssables, acteurs majeurs en cette époque où Napoléon a vocation de tout écraser. Résultat logique : aucun autre auteur digne de ce nom n’existe sous Napoléon qui s’en plaint – notons que les Mémoires de Chateaubriand sont comme leur titre l’indique « posthumes », donc éditées après sa mort.

« Ce qui paraît est misérable ! cela dégoûte. »1758

NAPOLÉON Ier (1769-1821). Journal : notes intimes et politiques d’un familier des Tuileries (posthume, 1909), Pierre-Louis Roederer

L’empereur a souvent ce mot, comme déjà le Premier Consul, déçu par la production littéraire de son temps. Sans doute veut-il trop diriger la pensée des créateurs et des intellectuels. La plupart d’entre eux sont dociles et les « best-sellers » d’une époque où les amateurs de romans et de poèmes abondent sont aujourd’hui illisibles. Les seuls grands talents seront des opposants au régime : Chateaubriand hostile à Napoléon après l’exécution du duc d’Enghien (1804), Mme de Staël, coupable d’être la femme la plus intelligente et la plus libre de son temps. Paradoxalement, le personnage de Napoléon Bonaparte inspirera des chefs-d’œuvre de la littérature française et mondiale.

Même pauvreté dans le domaine théâtral. Le genre qui fait fureur sur les boulevards, c’est le mélodrame. Napoléon méprise le « mélo », il n’aime que le genre noble, la tragédie (à la Comédie-Française), mais nul auteur ne peut rivaliser, même de très loin, avec les dramaturges du siècle de Louis XIV. Il a quand même trouvé son grand acteur, Talma.

Napoléon a plus de chance dans le domaine des beaux-arts : David, peintre officiel, d’ailleurs issu de la Révolution, reste magnifiquement inspiré, dans le parcours imposé par le nouveau maître de la France : voir Le Sacre, chef-d’œuvre de l’école néoclassique.

Reste Chateaubriand, témoin de son temps ô combien précieux – comme Hugo qui va lui succéder et dépasser son maître, lui qui disait à seize ans « Je veux être Chateaubriand ou rien ! »

Koutousov : Smolenskoï

« Napoléon est comme un torrent. Moscou sera l’éponge qui l’absorbera. »1862

Feld-maréchal KOUTOUZOV (1745-1813), exposant son coup de poker militaire à son état-major, début septembre 1812. La Guerre patriotique de 1812 (2008), Émile Grenier Robillard

Parole prophétique du général en chef russe, alors que l’armée napoléonienne est en marche vers Moscou. Été 1812, la guerre a donc repris : c’est la sixième coalition qui dressera bientôt l’Europe contre Napoléon. Tout commence avec la Russie.

Alexandre Ier est ulcéré par l’annexion du duché d’Oldenbourg, fief appartenant à son cousin et devenu au sein de la Confédération du Rhin un des 130 départements français, sous le nom de Bouches-du-Weser. La Russie souffre par ailleurs du Blocus continental et renoue avec l’Angleterre. De son côté, Napoléon est tenté : cette nouvelle conquête manque à son Empire ! Il comprendra – mais trop tard – cette erreur fatale.

Et Koutousov expose son plan : plutôt que d’affronter ce qui reste de la Grande Armée, il ordonne la retraite de Moscou, sans combat. Ses officiers sont totalement déconcertés. Certains pleurent, arrachent leurs décorations, d’autres parlent de trahison, mais le maréchal sera obéi. Et il écrit au tsar, pour le rassurer. La perte de Moscou est réparable et doit sauver la Patrie.

« Voilà le commencement de la fin. »1869

TALLEYRAND (1754-1838), à l’annonce du désastre de la retraite de Russie, décembre 1812. Monsieur de Talleyrand (1870), Charles-Augustin Sainte-Beuve

Il l’a prédit avant tout le monde, sans savoir l’ampleur de la débâcle.

Les soldats sont victimes du « Général Hiver », comme prévu par le tsar Alexandre et le maréchal Koutousov. Le froid rend fous les chevaux, et colle l’acier des armes aux doigts des soldats. Le passage de la Bérézina (25 au 29 novembre) est un épisode devenu légendaire : par –20 °C le jour, –30 °C la nuit, ce qui reste de la Grande Armée réussit à franchir la rivière, grâce aux pontonniers du général Eblé et aux troupes qui couvrent le passage (Ney et Victor). 8 000 traînards n’ont pas le temps de passer, ils seront tués par les Cosaques.

Les combats de Dorogobouj et la bataille de Krasnoï, où le nombre écrase pourtant la valeur, valent à Koutouzov le surnom de Smolenskoï et le grand cordon de Saint-Georges. Lors du passage de la Bérézina, les débris de la Grande Armée lui échappent de justesse.

120 000 conscrits des classes 1814 et 1815 : les Marie-Louise

« J’ai vu vos troupes, il n’y a que des enfants. Vous avez fait périr une génération. Que ferez-vous quand ceux-ci auront disparu ? »1874

METTERNICH (1773-1859), à Napoléon qui le reçoit comme médiateur à Dresde, 26 juin 1813. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Napoléon cherche une impossible trêve. La Prusse pactise déjà avec la Russie et déclare la guerre à la France, le 17 mars 1813. La sixième coalition se forme. L’Autriche propose sa médiation : c’est l’occasion pour Metternich, chancelier (chef du gouvernement) et ministre des Affaires étrangères, de jouer un rôle diplomatique de premier plan.

Napoléon fait le compte des soldats dont il peut disposer, et tente de montrer sa force au cours de cette entrevue. En fait, il devra faire appel aux anciennes classes et recruter par anticipation des « Marie-Louise » (du nom de l’impératrice), jeunes conscrits des classes 1814 et 1815, pratiquement sans formation militaire - ils savent à peine charger un fusil.

Metternich n’est pas dupe de la démonstration. Napoléon, furieux, lui reproche les ambiguïtés de sa politique. Ce qui va jeter l’Autriche dans le camp ennemi. Le mariage censé garantir la paix n’aura servi à rien.

« C’en est fini de Bonaparte. »1875

METTERNICH (1773-1859), Lettre à son ami Hudelist (conseiller d’État), après son entrevue avec Napoléon, 26 juin 1813. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

Le chancelier d’Autriche vient de terminer son dialogue avec Napoléon, en abandonnant son ton diplomatique : « Vous êtes perdu, Sire ! Je m’en doutais en venant ici, maintenant je le sais ! »

Il en est sûr, malgré la victoire de Napoléon sur les Prussiens (Lützen) et sur les Russes (Bautzen). L’armistice, signé à Pleiswitz le 4 juin, n’est qu’un cessez-le-feu qui permet aux coalisés de resserrer les rangs et à l’Autriche de François Ier d’entrer dans la sixième coalition. La guerre reprend. Après la campagne de Russie et avant la campagne de France, c’est la campagne d’Allemagne. Napoléon repart, laissant la régence à Marie-Louise.

Général Daumesnil : Jambe de Bois

« Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes. »1885

Général DAUMESNIL (1776-1832), aux Alliés assiégeant Vincennes, début avril 1814. Daumesnil : « Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes » (1970), Henri de Clairval

Volontaire sous la Révolution française, général et baron d’Empire multipliant les actions d’éclat, surnommé Jambe de bois, il a perdu une jambe à Wagram (1809). Gouverneur du fort de Vincennes depuis 1812, il résiste au siège des troupes coalisées, alors que la capitale déjà est aux mains des Alliés. Sa garnison se compose d’un millier de gardes nationaux et de 300 invalides, qu’il appelle « mon Jeu de quilles ». Un stock de munitions considérable (évalué à 80 millions de francs) fait du donjon une poudrière en puissance. La nuit du 30 au 31 mars, Jambe de bois et son Jeu de quilles ont raflé à Montmartre armes, munitions, chevaux, canons, pour les ramener à l’abri dans Vincennes. Les Alliés lui proposent une forte somme pour sa reddition. D’où la réplique.

Il négociera la capitulation avec Louis XVIII, après l’exil de Napoléon. En 1830, quinquagénaire vaillant, toujours gouverneur de Vincennes et toujours résistant contre les révolutionnaires de Juillet, il répond aux menaces des assaillants : « Je me fais sauter avec le château et nous nous rencontrerons en l’air. »

Blücher : Général en avant (ou Marschall Vorwärts)

« Le capitaine de Blücher est autorisé à quitter son poste, et il peut aller au diable si cela lui convient. »

FREDERIC le Grand (1712-1786) signant la démission demandée. Biographie universelle : ou Dictionnaire historique des hommes qui se sont fait un nom par leur génie (1847), François-Xavier Feller

Gebhard Leberecht von Blücher (1742-1819), incorporé de force dans les troupes du roi de Prusse, devenu capitaine, se fit remarquer par son courage et donna sa démission à l’occasion d’un passe-droit.

Rappelé au service quinze ans après par Frédéric-Guillaume III, il alla combattre sur le Rhin, ses qualités militaires lui valurent bientôt le grade de général-major, puis de lieutenant-général. Il participa ensuite aux guerres de la Révolution française et du Premier Empire, alternant échecs et victoires avec une constance remarquable et jusqu’à un âge avancé.

En 1813, quand la Prusse reprit la guerre contre Napoléon, chargé du commandement des armées prussiennes pendant la campagne d’Allemagne. Vainqueur à Leipzig, il fut fait feld-maréchal le 19 octobre. Il fut l’un des premiers à entrer en France pendant la campagne de France (1814). Le 30 mars, bien que malade et alité, il reçut le commandement nominal des troupes prussiennes et russes de l’armée de Silésie lors de la bataille de Paris, qui voit l’entrée des troupes coalisées dans la capitale française et marque la chute de l’Empire par la première abdication de Napoléon. L’année suivante, il participe à la bataille de Ligny. 

« Ce n’était pas une bataille, c’était une boucherie. »1941

Capitaine COIGNET, Cahiers (1851-1853)

Ce grognard, avec ses Mémoires authentiquement pris sur le vif, inspirera le personnage du grenadier Flambeau, dans L’Aiglon de Rostand.

Il évoque ici la bataille de Ligny, commune de Belgique où les Prussiens de Blücher sont battus pour la seconde fois par Napoléon, le 16 juin 1815. Les troupes de Ney n’arrivent pas comme prévu, la bataille est indécise, quand Napoléon décide d’engager la garde impériale, l’arme de la dernière chance. « Ce hourra général de 3 000 hommes de grosse cavalerie sur un seul point avait quelque chose de prodigieux et d’effrayant ; il y eut plusieurs chocs des plus violents entre cette cavalerie et la cavalerie prussienne. La terre tremblait sous leurs pieds, le cliquetis des armes et des armures, tout rappelait ces descriptions fabuleuses de l’Antiquité » (témoignage de Mauduit, autre grenadier de la Garde).

La fantastique mêlée se prolonge jusqu’à la nuit. Bilan de cette sanglante journée : 20 000 Prussiens et 13 000 Français blessés ou morts. Ligny est la dernière victoire de Napoléon, deux jours avant Waterloo.

« Derrière un mamelon, la garde était massée.
La garde, espoir suprême, et suprême pensée […]
Tranquille, souriant à la mitraille anglaise,
La garde impériale entra dans la fournaise. »1943

Victor HUGO (1802-1885), Les Châtiments, L’Expiation (1853)

Napoléon engage contre l’anglais Wellington la Vieille Garde (l’élite, à côté de la Jeune et de la Moyenne Garde). À la tête de l’infanterie alliée, le duc de Wellington résiste à la cavalerie du général Kellermann (fils du héros de Valmy), tandis que le maréchal Ney cause de grosses pertes à l’ennemi.
La Garde, décimée, recule en ordre. Elle attend les secours de Grouchy, mais Grouchy ne peut empêcher la jonction des armées alliées. Et c’est Blücher qui arrive, le feld-maréchal autrichien âgé de 72 ans, fidèle à son surnom et à sa tactique.

La tactique de Blücher était toujours la même : assaillir l’ennemi avec impétuosité, se retirer s’il fait une résistance trop opiniâtre, se rallier à quelque distance, suivre après ses mouvements, saisir la moindre faute ; fondre, sur lui, le culbuter, lui enlever des prisonniers, se retirer rapidement. Cette tactique offensive et cette intrépidité constante lui valent le surnom de Général ou Maréchal en avant, qui a donné l’expression allemande « avancer comme Blücher » pour désigner un tempérament agressif et batailleur, à la ville comme à la guerre.

Mais ici, à Waterloo, il faut bien parler de trahison ! Le général Louis de Bourmont, ancien chef chouan rallié à Napoléon en mai dernier, passe aux Prussiens et sera par ailleurs accusé (dans le Mémorial de Sainte-Hélène) d’avoir communiqué le plan français à Blücher. Les soldats ont répandu le bruit d’autres trahisons de généraux. D’où les premiers cris de « Sauve-qui-peut ! », puis « Nous sommes trahis ! » L’armée napoléonienne se débande, pour la première fois.
Seule la partie de la garde commandée par Cambronne tient encore les lignes.

Cambronne : le général du « mot de Cambronne »

« Un général anglais leur cria : Braves Français, rendez-vous ! Cambronne répondit : Merde ! […] Foudroyer d’un tel mot le tonnerre qui vous tue, c’est vaincre. »1944

Victor HUGO (1802-1885), Les Misérables (1862)

Le « mot de Cambronne » est passé à la postérité : anecdote rapportée par Hugo dans son roman, Sacha Guitry lui dédia une aimable pièce titrée Le Mot de Cambronne.

On ne prête qu’aux riches : Pierre Jacques Étienne, vicomte de Cambronne, fit un beau parcours militaire. Engagé parmi les volontaires de 1792, il participe aux campagnes de la Révolution et de l’Empire. Nommé major général de la garde impériale, il suit Napoléon à l’île d’Elbe, revient avec lui en 1815, est fait comte et pair de France sous les Cent-Jours et s’illustre à Waterloo, dans ce « dernier carré » de la Vieille Garde, qui va résister jusqu’au bout.

« La garde meurt et ne se rend pas. »1945

Général CAMBRONNE (1770-1842), paroles gravées sur le socle en granit de sa statue à Nantes (sa ville natale). La Garde meurt et ne se rend pas : histoire d’un mot historique (1907), Henry Houssaye

Ces mots sont bien gravés au pied de sa statue – et non : « La garde meurt mais ne se rend pas. » Il n’est cependant pas sûr que cette phrase ait été prononcée à Waterloo, Cambronne en personne l’a démenti : « Je n’ai pas pu dire ‘la Garde meurt et ne se rend pas’, puisque je ne suis pas mort et que je me suis rendu. » (cité par Pierre Levot, Biographie bretonne, 1900).

Le « Merde » est sans doute plus authentique, dans le feu de l’action, même si le général en refusa également la paternité.

« Garde. – La garde meurt et ne se rend pas ! Huit mots pour remplacer cinq lettres. »1946

Gustave FLAUBERT (1821-1880), Dictionnaire des idées reçues (posthume, 1913)

La plus grande défaite de Napoléon fera sa gloire : « L’homme qui a gagné la bataille de Waterloo, c’est Cambronne », dit Victor Hugo.

Wellington : le Duc de fer, le Vilain jeton

« La bataille de Waterloo a été gagnée sur les terrains de jeu d’Eton. »1948

Duc de WELLINGTON (1769-1852). Revue politique et littéraire : revue bleue (1932)

Principal artisan de la victoire anglaise de Waterloo, assistant à un match de cricket à Eton, il témoigne de la foi toute patriotique en ce sport national – même s’il n’est pas personnellement un grand sportif. Mais c’est un grand militaire. Depuis la tragique guerre d’Espagne, il a multiplié les victoires contre les armées napoléoniennes, jusqu’à ce dernier acte du 18 juin 1815.

Sa Grâce le duc de Wellington n’était pas particulièrement tendre et méritait son surnom : le Duc de fer. L’homme qui venait de vaincre à Waterloo, l’implacable ennemi de Napoléon, eût pu aussi être appelé le duc de glace, culotté de chamois, tous ses ordres sur la poitrine, rasé, poudré de frais, plein de morgue quand il accueillit  Cambronne. En argot militaire du grognard, il porte le surnom de Vilain jeton – est-ce pour cette raison ?

Pour finir en beauté, voici quelques perles empruntées à cette langue savoureuse qui aurait plu à Michel Audiard, brillant dialoguiste et volontiers anarchiste (de droite) :

le Patron, c’est Napoléon et le Mois-Napoléon, le 13e mois de solde.

Le canon est surnommé le brutal, le bronze, et quand il tire, « il tousse ». Le fusil, c’est le repoussant, le sabre étant la côte de bœuf.

Dur à cuire , vrai bougre, vieille moustache, briscard, brave à trois poils, Vieille culotte, Fameux lapin, ce sont les soldats. Câlin, un soldat chevronné. Marche à terre, pousse-caillou, Sous-pieds de guêtres, Tourlourous : ce sont les fantassins. Gros talons, gilets de fer : les cuirassiers. Les Immortels, c’est La Garde. Mettre sa vaisselle à l’air, c’est arborer ses décorations.

Marche à regret est un conscrit réfractaire. Un rafalé, un frileux, un Bêche : le soldat qui a peur. Joue des jambes : le soldat qui se sauve en courant lors d’une attaque. Un Amateur : celui qui s’écarte durant une marche. Chagriné de service : le soldat qui a trop  de travail. Un tapin : apprenti tambour ou mauvais tambour. Et un Enfant de la giberne, c’est l’enfant naturel d’un militaire et d’une cantinière.

Les Cavaliers du patatras : ce sont les cavaliers inexpérimentés de la fin de l’Empire. Preuve que les militaires de l’Empire eurent de l’humour en toute circonstance.

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