L’Histoire en proverbes et dictons, devises, maximes et autres slogans (de la Révolution à nos jours) | L’Histoire en citations
Édito de la semaine

Proverbes et dictons, sagesse des nations.
Dans le monde à venir, ça peut toujours servir.

De la Gaule à nos jours, des centaine d’« expressions » ponctuent l’Histoire en citations. Les dictionnaires alignent les synonymes : adage, axiome, devise, dicton, formule, inscription, maxime, précepte, sentence, slogan, etc… Mais la terminologie imprécise rend le classement impossible. 

Première remarque, nombre d’expressions changent de nature pour cause de succès ! Une devise qui sonne bien peut devenir proverbe : « À cœur vaillant, rien d’impossible », de même qu’une expression générale : « Vae victis - Malheur aux vaincus » ou un précepte très localisé et daté : « De deux maux, on doit toujours choisir le moindre - Dels dos mals, le mens mal deu om tots temps trier ». Notons que VO et VF voisinent souvent.

Un cri né d’une émeute ouvrière pour raison économique s’inscrira plus tard sur le drapeau noir de l’anarchie : « Vivre libres en travaillant ou mourir en combattant ». Le titre d’un journal éphémère ressuscite en devise anarchiste : « Ni Dieu ni maître ». Quant à notre trilogie républicaine « Liberté, égalité, fraternité » (revendiquée par un auteur !), elle connaît un parcours mouvementé au fil des changements de régime marquant le siècle suivant.

L’origine historique d’un « mot » est souvent lointaine : « L’argent est le nerf de la guerre », « Diviser pour régner - Divide ut regnes » et parfois incertaine : « Après nous, le déluge ».

Une devise vaut portrait (flatteur) d’un personnage : « Quo non ascendet ? - Jusqu’où ne montera-t-il pas ? » Cette ambition proclamée résume le destin de Fouquet, surintendant des Finances. Colbert, son successeur auprès de Louis XIV, affiche sa déontologie ministérielle : « Pro rege saepe ; pro patria semper - Pour le roi souvent ; pour la patrie toujours. » Jeanne d’Arc affichait sa foi : « Dieu premier servi ». Mais la référence chrétienne marque tout le Moyen Âge.

La portée d’un simple dicton étonne parfois : « Le roi de France ne meurt jamais » explique la pérennité de la dynastie royale qui caractérise l’Ancien Régime. Notre Moyen Âge s’éclaire soudain entre un dicton festif - « Après la panse vient la danse » - et une maxime monétaire - « Il faut faire suer les écus ». Tout le bellicisme du règne de Louis XIV se résumera en cette devise gravée sur ses canons : « Dernier argument des rois - Ultima ratio regum  ».

Le talent est au rendez-vous de ces citations proverbiales, le prix de la poésie revenant au peuple savoyard plébiscitant son rattachement à la France, sous Napoléon III : « Nos cœurs ont suivi le cours de nos rivières. » Reste le génie incontesté de La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » Avec son bestiaire, le Bonhomme nous laisse des dizaines de proverbes, très inspirés d’Ésope et autres fabulistes.

Si les slogans fleurissent à chaque émeute ou manifestation, la moisson de Mai 68 se distingue par son abondance et son originalité. D’autres suivront, politiques, écologiques, électoraux, voire sportifs : « La France black blanc beur » de 1998.
Cela dit, les dictons d’antan ayant résisté au temps gardent leur charme… et parfois leur actualité. À vous de juger ! Ça pourrait même faire l’objet d’un petit jeu de société.

Pour cet édito, le classement par ordre chronologique s’impose - toujours le plus simple et souvent le meilleur. Cette promenade guidée au fil de l’histoire réserve des surprises et il en restera toujours quelque chose - qui ressemble à la « culture générale ».

Toutes les citations de cet édito sont à retrouver dans nos Chroniques de l’Histoire en citations : en 10 volumes, l’histoire de France de la Gaule à nos jours vous est contée, en 3 500 citations numérotées, sourcées, contextualisée, signées par près de 1 200 auteurs.

II. De la Révolution à nos jours.

5. La Révolution et l’Empire

Liberté, Égalité, Fraternité.1266

Antoine François MOMORO (1756-1794), slogan révolutionnaire

Libraire imprimeur à Paris, « premier imprimeur de la liberté », il se prétend inventeur de cette devise. En tout cas, c’est lui qui obtient de Pache, maire de Paris, qu’elle figure sur les façades des édifices publics.

Au fil de la Révolution, la liberté, revendication venue du siècle des Lumières, et l’égalité – celle des droits plus que des conditions – vont inspirer les révolutionnaires, pour le meilleur et parfois pour le pire. Mais la fraternité restera la parente pauvre de cette trinité de concepts, jusqu’au socialisme du XIXe siècle.

Le triple principe ne sera inscrit dans une constitution française qu’en 1848.

« Les grands ne sont grands que parce que nous sommes à genoux : levons-nous ! »1274

Pierre Victurnien VERGNIAUD (1753-1793) et Élisée (de) LOUSTALOT (1762-1790), devise en tête du journal de Louis-Marie Prudhomme, Les Révolutions de Paris

Publié de juillet 1789 à février 1794.

Loustalot, avocat et activiste révolutionnaire, est le principal rédacteur du journal jusqu’à sa mort précoce à 28 ans (par maladie), et Vergniaud, devenu très vite célèbre par son éloquence girondine, a repris cette phrase dans un discours de 1792. Ce mot est donc attribué à l’un ou l’autre des deux hommes.

Le journal des Révolutions de Paris est un quotidien, né le 12 juillet 1789, qui séduit autant par son extrémisme que par la subtilité de ses analyses politiques. La liberté de la presse est l’un des principes affirmés dans la Déclaration des droits de 1789. La floraison des journaux marque un spectaculaire éveil de la conscience populaire : 42 titres paraissent entre mai et juillet 1789, plus de 250 à la fin de l’année ! Certaines feuilles ont une diffusion confidentielle, mais d’autres arrivent à 200 000 exemplaires.

« Guerre aux châteaux, paix aux chaumières. »1281

CHAMFORT (1740-1794), qui s’enthousiasme pour la Révolution, dès 1789. Encyclopédie Larousse, article « Sébastien-Roch Nicolas, dit Nicolas de Chamfort »

Parfois précédé de « Mort aux tyrans », souvent repris, ce slogan exprime le manichéisme de ces temps de trouble, dans un contexte de guerre étrangère (et de levée en masse), qui s’ajoute à la guerre civile.

La formule fera l’objet d’un décret à la Convention nationale, daté du 15 décembre 1792. Le 5 septembre 1793, autre décret dans la même logique : La Terreur est à l’ordre du jour.

« Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort. »1516

Devise sur les flammes des drapeaux. Cahier noir (1944), François Mauriac

Elle apparaît fin juin 1793, alors que les armées de la République font face à la coalition des armées impériales et royales de l’Europe. Un peu plus tard, la devise sera gravée sur les bagues et remplacera la trilogie passée de mode : « La Nation, le Roi, la Loi ».

Elle apparaît aussi sur les murs de la capitale : le maire de la commune de Paris, Jean-Nicolas Pache, fait peindre cette devise et en province, d’autres villes suivent la capitale, mais l’injonction sera abandonnée progressivement avec la fin de la Révolution : elle évoquait plus la Terreur que la République.

« Comme Carthage, l’Angleterre sera détruite. »1669

Les Directeurs, 18 janvier 1798. Histoire de la France et des Français (1972), André Castelot, Alain Decaux

L’expression remonte à l’Antiquité. Caton l’Ancien terminait ses discours politiques devant le Sénat par « Delenda Carthago », la cité phénicienne ayant longtemps résisté aux tout-puissants Romains, au cours des guerres puniques.

Par ces mots, juste après la Révolution, la France du Directoire décrète le blocus de la Grande-Bretagne. Interdiction est faite aux neutres de transporter des marchandises britanniques. Le mois suivant, le Directoire soumet à Bonaparte un projet d’invasion de l’Angleterre par la Manche. Il y renoncera, préférant attaquer l’ennemi anglais par la mer, en Méditerranée. Mais venir à bout de l’ennemi anglais restera une obsession impériale.

Pendant l’occupation allemande de 1940-1944, l’Angleterre étant devenue notre premier allié dans cette Seconde guerre mondiale, Jean Hérold-Paqui, la voix de l’Allemagne sur les ondes de Radio-Paris, reprendra ce slogan.

« N’est-ce pas que je suis de la poule blanche ! »1714

Napoléon BONAPARTE (1769-1821), à sa mère, après l’attentat de la rue Saint-Nicaise, 24 décembre 1800. Histoire de la France (1986), André Bendjebbar

« Être de la poule blanche » est une expression corse qui signifie avoir de la chance et ce Corse fut toute sa vie très superstitieux.

C’est miracle s’il n’est pas mort, ce soir de Noël 1800. Au passage de son carrosse, explosion de la « machine infernale » – tonneau de 200 livres de poudre et rempli de clous. L’attentat fait 22 morts, une cinquantaine de blessés, 46 maisons détruites. Le fracas ébranle tout le quartier Saint-Honoré… Le Premier Consul est indemne. Il dormait, épuisé, toujours prompt à récupérer, avant d’aller à La Création du monde de Joseph Haydn, à l’Opéra (alors place Louvois). Il se rendra d’ailleurs au spectacle, sans se soucier de son épouse, Joséphine (légèrement blessée) dans une autre voiture du cortège, avec sa fille Hortense.

Le 10 octobre, cette fois dans sa loge à l’Opéra, il avait échappé de peu au couteau de cinq conjurés – la « conspiration des poignards ». Bonaparte attribuait cette série d’attentats contre sa personne aux Jacobins, mais son ministre de la Police, Fouché, avait d’autres informations.

« Dieu protège la France. »1735

Devise gravée sur certaines pièces de monnaie française, par décret du 28 mars 1803, 7 germinal an IX

Le napoléon est la nouvelle pièce de monnaie d’or. Cette devise apparaît sur la tranche. Remplacée sous la Restauration par le Domine salvum fac regem de l’Ancien Régime, rétablie sous Louis-Philippe, abolie par la Commune, finalement remplacée par les mots « Liberté, Égalité, Fraternité » (loi du 5 janvier 1907). C’est l’occasion de rappeler que pendant ce siècle, et sans compter le bref épisode des Cent-Jours, la France connaîtra sept régimes politiques.

« La haute politique n’est que le bon sens appliqué aux grandes choses. »1772

NAPOLÉON Ier (1769-1821), Maximes et pensées. Histoire du Consulat et de l’Empire (1937-1953), Louis Madelin

Pragmatisme évident, maintes fois confessé dans sa politique religieuse. Mais l’empereur dit aussi : « En politique, une absurdité n’est pas un obstacle. » Et d’ajouter : « Lorsqu’on s’est trompé, il faut persévérer ; cela donne raison » (Maximes et Pensées).

Il avoue encore : « Bien analysée, la pensée politique est une fable convenue, imaginée par les gouvernants pour endormir les gouvernés. » Précisant que « la bonne politique est de faire croire aux hommes qu’ils sont libres. » Napoléon ne cache pas son jeu, avec une franchise qui confine au cynisme.

Le problème tient surtout à son entêtement forcené, dans la solitude du pouvoir où l’empereur n’admet plus aucun contradicteur, jusqu’à son déni de la réalité, à la fin de l’histoire.

« On gouverne mieux les hommes par leurs vices que par leurs vertus. »1773

NAPOLÉON Ier (1769-1821), Maximes et pensées

L’empereur était sans illusion sur la nature humaine. « J’ai fait des courtisans, je n’ai jamais prétendu me faire des amis. » Les vraies fidélités, il les trouvera dans la Grande Armée, chez ses généraux comme chez les soldats.

6. De la Monarchie de Juillet au Second Empire.

« Vivre libres en travaillant ou mourir en combattant. »2069

Cri célèbre de l’émeute des canuts, 22 novembre 1831. Histoire du mouvement ouvrier, tome I (1948), Édouard Dolléans

C’est aussi la devise inscrite sur leur drapeau noir, symbole de l’anarchie.

Mais au début de la Monarchie de Juillet, la révolte des ouvriers de la soie est d’origine économique, et non politique. Les soyeux (fabricants) ne respectent pas le nouveau tarif des salaires, signé par leurs délégués dont ils contestent le mandat. Commencent alors les « trois glorieuses du prolétariat lyonnais » : grève, puis insurrection. Au matin du 22 novembre, les canuts de la Croix-Rousse descendent sur la ville en criant leur révolte. Ils se retrouvent sans le vouloir maîtres de Lyon, vidée de sa garnison qui risquait de pactiser avec les insurgés.

Au final, le tarif à l’origine de la révolte sera proclamé nul et non avenu : échec total de la première grande grève de l’histoire de France. Elle fera pourtant école, popularisée sous la Troisième République par la Complainte des canuts, chanson d’Aristide Bruant.

« Ense et aratro. »
« Par l’épée et par la charrue. »2107

Thomas Robert BUGEAUD (1784-1849), devise du maréchal, gouverneur de l’Algérie. Ismayl Urbain : une autre conquête de l’Algérie (2001), Michel Levallois

Cela signifie que l’on sert son pays en temps de guerre par les armes, en temps de paix par les travaux de l’agriculture. Bugeaud est le premier des officiers coloniaux à mener de front les opérations de sécurité et les travaux de colonisation : défrichements, routes, concessions de terre pour attirer de nouveaux colons, etc.

Liberté, Egalité, Fraternité.2135

Devise républicaine

Apparue sur les murs des édifices publics pendant la Révolution (1789), elle reparaît sur les mêmes murs, au lendemain de la révolution de février 1848 et s’inscrit dans la nouvelle Constitution du 12 novembre 1848. Dans la « sainte devise de nos pères » (formule de Pierre Leroux, socialiste, élu député républicain à la Constituante), la petite dernière, parente pauvre, profite du progrès des idées socialistes. La fraternité a enfin ses chances. Mais le reflux contre-révolutionnaire viendra vite, avant même le Second Empire, et il faut attendre la prochaine république pour une vraie législation sociale.

« Haine vigoureuse de l’anarchie, tendre et profond amour du peuple. »2178

Victor HUGO (1802-1885), devise de L’Événement, juillet 1848-septembre 1851

La formule est empruntée à l’un de ses discours électoraux de mai 1848.

Le poète, qui a renoncé au théâtre (après l’échec des Burgraves), entre sur la scène politique. Élu par la bourgeoisie, le 4 juin, favorable à la fermeture des Ateliers nationaux, et partisan résolu de la répression des journées insurrectionnelles, Hugo demeure pourtant profondément libéral. Tout en refusant le socialisme, il va s’opposer au gouvernement Cavaignac qui, avec le parti de l’Ordre, menace la liberté de la presse et multiplie les mesures répressives.

Dans son journal, créé avec l’aide de son ami Émile de Girardin, grand patron de presse, il dicte ou écrit la plupart des articles, même s’il ne signe pas. Il a d’abord deux buts précis et corollaires : promouvoir sa propre candidature à la présidence de la République et défendre le suffrage universel pour cette élection à venir. Au passage, il attaque le général qui est candidat et très populaire : « M. Cavaignac n’a encore remporté de victoires que contre les talents et les libertés. De pareils Austerlitz sont toujours des Waterloo ! »

Dès le mois d’octobre, influencé par Girardin, Hugo renonce à se présenter, mettant L’Événement au service du prince Louis-Napoléon, qui lui apparaît comme la solution au drame du pays. Hugo changera bientôt d’avis, devenant le plus grand ennemi de « Napoléon le Petit » et demeurant en exil tout au long du Second Empire.

« Monsieur Tout-le-monde est plus riche que Monsieur de Rothschild. »2236

Henri GERMAIN (1824-1905), maxime du créateur du Crédit Lyonnais en 1863. Les Grandes Étapes de l’histoire économique (2002), Yves Carsalade

À côté de la banque suisse protestante et de la banque juive allemande qui, comme les Rothschild, travaillent avec les grosses fortunes, de nouveaux organismes financiers se créent, et font appel au grand public.

Le Crédit mobilier des frères Péreire donne l’exemple en 1852 : première grande banque d’affaires moderne, qui jusque dans ses déboires financiers servira de leçon. Citons aussi le Crédit foncier (1852) spécialisé dans les prêts à l’agriculture et à la construction immobilière, le Crédit lyonnais (1863), la Société générale (1864). Les épargnants portent leur argent à ces banques de dépôts et leur achètent des actions et obligations négociables en Bourse. Ce mécanisme financier, sur fond de forte croissance économique, permet au petit capitaliste de s’enrichir.

Cette époque de capitalisme triomphant, sans contre-pouvoir, sans syndicat et sans mécanismes correcteurs du marché, enrichit les riches et la classe moyenne, mais n’améliore pas la condition des pauvres.

« L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. »2289

Devise de l’Association internationale des travailleurs, 1864. Histoire de la France : les temps nouveaux, de 1852 à nos jours (1972), Georges Duby

L’Association internationale des travailleurs (AIT) est la première Internationale, créée le 28 septembre 1864 par des militants français et anglais : « une grande âme dans un petit corps ». Elle tiendra congrès chaque année, de plus en plus hostile aux états bourgeois.

Après le Manifeste des soixante et l’AIT, un autre socialisme se réveille, plus évidemment révolutionnaire : le blanquisme. Plus personne ne croit à l’extinction du paupérisme par l’empereur, ni même au syndicalisme ouvrier selon Proudhon qui meurt en janvier 1865.

« Nos cœurs ont suivi le cours de nos rivières. »2280

Parole des Savoyards, devenu proverbe, printemps 1860. Napoléon III et le Second Empire : le zénith impérial, 1853-1860 (1976), André Castelot

Selon les sources, la forme peut varier : « Nos cœurs vont là où vont nos rivières », « Notre cœur va du côté où coulent nos rivières », etc.

Pour dire que les Savoyards votent leur rattachement à la France, par plébiscite des 22 et 23 avril 1860, en vertu du traité de Turin du 24 mars 1860 (épilogue de la campagne d’Italie de 1859). Avec 250 000 oui, contre seulement 230 non !

Le plébiscite de 1860 peut être présenté comme l’application du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Mais les Savoyards ont en fait ratifié une cession de territoire, décidée en 1858 par accord secret, lors de l’entrevue de Plombières du 20 juillet – Cavour, au nom du roi Victor-Emmanuel II, se rend dans cette petite station thermale des Vosges où Napoléon III est en cure. Ils conviennent d’un troc, dans le cadre des négociations diplomatiques relatives à l’unification de l’Italie : en échange de l’aide diplomatique et militaire pour libérer la péninsule de l’occupation autrichienne, le comté de Nice et le duché de Savoie reviennent à la France.

Les Niçois feront le même choix, le 15 avril 1860. Ces conquêtes pacifiques sont à porter au crédit du Second Empire.

7. Troisième République.

« Gouverner, c’est prévoir. »2331

Adolphe THIERS (1797-1877). Maxime attribuée aussi au journaliste Émile de Girardin (1806-1881). Le Spectacle du monde, nos 358 à 363 (1992)

Entré en politique lors des « Trois Glorieuses », dans le camp des révolutionnaires qui renversent Charles X en juillet 1830, Thiers fut plusieurs fois ministre sous la Monarchie de Juillet. Dans l’opposition républicaine sous le Second Empire, il se fait remarquer pour sa défense des libertés, puis son hostilité à la guerre franco-allemande. Son nom reste surtout attaché à la répression de la Commune. 1871 : l’année de tous les pouvoirs pour cet homme de 74 ans, élu député par vingt-six départements à la fois et devenu « chef du pouvoir exécutif de la République », le 17 février. Lourde tâche, dans une France vaincue et déchirée.

À bas la calotte […] Vive la sociale !2404

Slogans célèbres vers 1900. Institutions politiques de l’Europe contemporaine (1907), Étienne Flandin

La République est devenue radicale : elle mène une politique de laïcisation dont l’anticléricalisme est maladroit et le peuple lance des cris d’injure contre les prêtres. Mais dans cette France aux institutions encore archaïques, on réclame également une République plus sociale, avec des lois pour améliorer la condition ouvrière rendue plus dure par la croissance économique et le développement de la grande industrie.

« Ni Dieu ni maître. »2408

Auguste BLANQUI (1805-1881), titre de son journal créé en 1877

Entré en politique il y a juste un demi-siècle (sous la Restauration), arrêté en 1871, condamné à mort et amnistié, cet infatigable socialiste reprend son activité révolutionnaire à 72 ans. Son « Ni Dieu ni maître » deviendra la devise des anarchistes qui troubleront la Troisième République pendant un quart de siècle.

« Prenez ce qu’il vous faut. »2409

Prince KROPOTKINE (1842-1921), devise anarchiste. La Conquête du pain (1892), Pierre Kropotkine

Officier, explorateur, savant, ce prince russe adhéra au mouvement révolutionnaire né dans son pays. Arrêté, évadé, il fonde en Suisse une société secrète à tendance anarchiste. Expulsé, il vient en France où il aura aussi des ennuis avec la justice. Son influence est grande sur les divers mouvements anarchistes qui essaiment en Europe.

En France, les attentats se multiplient surtout de 1892 à 1894. L’anarchie a diverses causes : souvenir de la Commune de Paris, hostilité envers les partis politique de gauche, haine et mépris pour la bourgeoisie affairiste.

« Qui vive ? La France ! »2475

Paul DÉROULÉDE (1846-1914), devise, et mot d’ordre de la Ligue des patriotes. M. Paul Déroulède et sa Ligue des patriotes (1889), Henri Canu, Georges Buisson

La Ligue est fondée le 18 mai 1882. Déroulède, volontaire de la guerre franco-allemande de 1870-1871, incarne un patriotisme nationaliste et revanchard qui va faire beaucoup de bruit et déchaîner pas mal de fureurs, jusqu’à la prochaine guerre (mondiale).

L’homme est bien différent de la caricature qu’on en fait, même de son vivant, et il le confiera aux frères (Jérôme et Jean) Tharaud : « Je sais bien ce qu’on me reproche. On dit de moi : Déroulède c’est un exalté ou un simple. Je ne suis ni l’un ni l’autre ; je ne suis ni fou ni sot. Si ma carrière peut sembler déraisonnable, la faute n’en est pas à moi, ou plutôt la faute en est au caractère d’une existence qui a toujours été en mouvement. Et rien ne donne si naturellement l’idée du désordre et de la complication que l’action au jour le jour. En réalité, rien n’est plus simple, plus logique, plus sage que ma vie. Oui, j’ai voulu la guerre, la revanche. Mais avant de l’entreprendre, j’ai voulu que nous fussions prêts. »

Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante.2480

Inscription au fronton du Panthéon

Victor Hugo meurt le 22 mai 1885. Paris lui fait des funérailles nationales, avec un cortège qui va de l’Arc de Triomphe au Panthéon, monument voué au souvenir des grands hommes. Ce vaste sanctuaire, à l’origine église Sainte-Geneviève édifiée par Soufflot, est transformé en Panthéon destiné à recevoir les cendres des grands hommes, sous la Révolution (1791). Mirabeau, Voltaire et Rousseau en sont les premiers locataires. L’Empire rend le Panthéon au culte. Avec la Restauration, l’église reçoit une nouvelle inscription en latin, hommage à sainte Geneviève, Louis XVI et Louis XVIII réunis. Sous la Monarchie de Juillet, le Panthéon redevient Panthéon et l’inscription reparaît, pour disparaître de nouveau à la fin de la Deuxième République, quand le bâtiment redevient église.

Le Panthéon devient définitivement Panthéon le 28 mai 1885, juste à temps pour recevoir les cendres du grand poète français.

Liberté, Égalité, Fraternité.2545

Slogan républicain

Cette trilogie républicaine vient de loin. Sous la Révolution, Momoro obtint du maire de Paris son inscription sur les édifices publics. La devise sur des pièces de monnaie française est inscrite par décret du 28 mars 1803, mais remplacée sous la Restauration par l’inscription de l’Ancien Régime «  Domine salvum fac regem » (« Seigneur, sauve le roi »), puis rétablie sous la Deuxième République, abolie par la Commune, finalement réapparue au nom de la loi du 5 janvier 1907.

« L’Allemagne paiera. »2635

Axiome lancé après la Grande Guerre. Histoire de l’Europe au XXe siècle : de 1918 à 1945 (1995), Jean Guiffan, Jean Ruhlmann

Le Bloc national a fondé sa campagne sur ce slogan, pour les élections législatives du 16 novembre 1919. C’est aussi la réponse de Clemenceau, chef du gouvernement, interpellé sur les difficultés de la reconstruction. Et la confirmation de Klotz, son ministre des Finances : « L’Allemagne paiera. » « Et jusqu’au dernier penny ! », renchérit Lloyd George, le Premier ministre anglais, poussé par son opinion publique.

L’Allemagne paiera, oui, mais mal : le paiement de la dette est un long et décevant feuilleton. En 1921, le montant des réparations, après discussions, est fixé à 85,8 milliards de francs (pour la France). L’Allemagne ne paiera que 5 milliards – étalés dans le temps. Le président Hoover impose un moratoire de la dette allemande en 1932, soucieux de sauvegarder le pouvoir d’achat d’un bon client, et de prévenir toute tentation communiste de sa part.

Mais l’axiome va justifier les prodigalités financières du Bloc national issu des élections. Comptant sur ces réparations, l’État multiplie les dépenses publiques, et les finance par l’emprunt au lieu de l’impôt. L’accroissement considérable de la dette publique et de la monnaie en circulation engendre l’inflation : prix multipliés par 6,5 de 1914 à 1928 ! Le franc Poincaré sauvera heureusement les finances et l’économie française.

Pain. Paix. Liberté.2676

Léon BLUM (1872-1950), slogan électoral du Front populaire, inspiré du mot d’ordre de Maurice Thorez (1900-1964), 13 novembre 1934. Le Socialisme selon Léon Blum (2003), David Frapet

Les élections (26 avril et 3 mai 1936) amènent au pouvoir la coalition des communistes, socialistes et radicaux : 358 sièges (contre 222). Léon Blum prend la tête du gouvernement que les communistes soutiennent, sans participer.

C’est le premier ministère où les femmes trouvent place (sur les strapontins de sous-secrétaires d’État) : Irène Joliot-Curie (physicienne, chimiste, prix Nobel partagé avec son mari) à la Recherche scientifique, Suzanne Brunschwig (présidente de l’Union pour le suffrage des femmes) à l’Éducation nationale, Suzanne Lacore (institutrice) à l’Enfance.

Le programme du Front populaire, présenté en janvier 1936, est précis dans le domaine politique et social (interdiction des ligues d’extrême droite, affirmation des droits syndicaux, école laïque) plus qu’en matière économique.

Quant au triptyque programmatique repris à Maurice Thorez et affiché sur tous les murs, on peut imaginer qu’il a été longtemps débattu. D’abord, le pain, contre la crise et la misère du peuple ; ensuite, la paix, contre les ligues violentes et la guerre menaçante ; enfin, la liberté, contre le fascisme et les dictatures.

Nous ferons la paix […] avec le diable s’il le faut.2695

Slogan des pacifistes. Notre Front populaire (1977), Claude Jamet

On trouve des pacifistes dans les partis de gauche comme de droite, et les responsabilités sont aussi bien dans l’état-major qu’au gouvernement, avant, pendant et après le Front populaire.

Un tel slogan est le reflet d’un pacifisme viscéral, qui est avant tout celui du pays, de l’opinion publique. Sentiment né de la dernière guerre et des hécatombes qui ont touché la plupart des familles. C’est l’une des raisons de l’effondrement de la diplomatie française, dans l’entre-deux-guerres : « Jusqu’en 1939, la politique extérieure de la France ne fut plus […] qu’une suite d’abandons : évacuation de la Ruhr, suppression du contrôle militaire, abandon des réparations, évacuation anticipée de la Rhénanie […] L’Allemagne libérée devint menaçante » (Pierre Gaxotte, Histoire des Français).

« C’est sous le triple signe du Travail, de la Famille et de la Patrie que nous devons aller vers l’ordre nouveau. »2763

Pierre LAVAL (1883-1945), « Réunion d’information » des députés, 8 juillet 1940. Soixante jours qui ébranlèrent l’Occident (1956), Jacques Benoist-Méchin

Laval, après un long parcours politique, vient d’entrer dans le gouvernement Pétain, installé à Vichy depuis le 3 juillet. Il a provisoirement le portefeuille de la Justice et va manœuvrer habilement pour que Pétain obtienne les pleins pouvoirs.

On travaille à réviser la Constitution : le slogan trinitaire hérité de la Révolution de 1789 – Liberté, Égalité, Fraternité – est trop républicain et remplacé par cette autre trilogie : Travail, Famille, Patrie. Tout l’esprit de révolution nationale du régime de Vichy est dans ces mots et la loi constitutionnelle du 10 juillet en prend acte : « Cette Constitution doit garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie. »

8. Quatrième et Cinquième Républiques.

« Rendre la culture au peuple et le peuple à la culture. »2855

Devise de l’association Peuple et Culture. Manifeste de Peuple et Culture (1945)

Grande et généreuse ambition des fondateurs de ce mouvement, héritiers des valeurs du siècle des Lumières et de la République française, qui ont presque tous participé au Front populaire de 1936 et à la Résistance. Mais comment promouvoir la « révolution culturelle » rêvée, avec un budget culturel inférieur à 0,10 % des dépenses publiques ? Il faudra attendre le prochain régime pour que l’État commence à avoir les moyens de ses ambitions, avec un ministère créé par de Gaulle pour Malraux, puis l’arrivée des socialistes au pouvoir en 1981 et le « 1 % pour la culture ».

À l’actif de la Quatrième République, rappelons cependant le travail des animateurs culturels au sein de l’association « Peuple et Culture », la décentralisation théâtrale animée par Pierre Bourdan et Jeanne Laurent au ministère des Beaux-Arts, la floraison des festivals, dont celui d’Avignon lancé dans l’été 1947, et le Théâtre national populaire (TNP) de Jean Vilar créé en 1951, exemplaire réussite qui marque toute une génération.

Sortez les sortants !2902

Pierre POUJADE (1920-2003), slogan. Les Années Poujade, 1953-1958 (2006), Thierry Bouclier

Edgar Faure, dont le gouvernement a été renversé deux fois, dissout l’Assemblée le 2 décembre 1955 – aucun président du Conseil n’a osé, depuis 1877. Les députés se déchirent sur l’Algérie. Quand Poujade débarque, agitateur rassemblant les mécontents, exploitant un antiparlementarisme toujours latent, ameutant l’opinion contre le fisc, rassurant les petits commerçants et artisans effrayés par le capitalisme, la concurrence étrangère.

Populisme ! Poujadisme ! Les professionnels de la politique s’insurgent et s’inquiètent de cette popularité qui complique encore le jeu des partis. En janvier 1956, Poujade réussira à faire élire 52 députés, dont un pâtissier, un blanchisseur, deux mécaniciens, un charcutier, un maraîcher… et un étudiant en droit, de retour des guerres d’Indochine et d’Algérie, Jean-Marie Le Pen, élu à 27 ans.

Un autre monde est possible.2962

Slogan du mouvement altermondialiste. 100 propositions du Forum social mondial (2006), Arnaud Blin

C’est également un titre de film (documentaire), de chanson, de livre, un mot maintes fois repris. Preuve de la popularité de ce mouvement et du mot ! D’origine belge, le terme déferle en 1999 dans la francophonie. Prenant la place de l’antimondialisation, une opposition qui prône la violence, l’altermondialisme (ou altermondialisation) propose une espérance - et c’est toujours préférable.

Le dictionnaire Larousse le définit comme « mouvement de la société civile qui conteste le modèle libéral de la mondialisation et revendique un mode de développement plus soucieux de l’homme et de son environnement ». Mariage naturel de l’écologie et de l’anticapitalisme, prônant la « justice économique », la protection de l’environnement, les droits humains, l’altermondialisme veut inventer une mondialisation (ou globalisation) maîtrisée et solidaire, par opposition à la mondialisation actuelle, injuste et dangereuse.

Le mouvement, qui oscille entre rupture et réformisme, est souvent associé à ATTAC. Fondée en 1998 et présente en 2012 dans une cinquantaine de pays, l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne milite d’abord pour la « Taxe Tobin », suggérée en 1972 par le lauréat du prix Nobel d’économie. C’est aussi un mouvement d’éducation populaire, persuadé que le savoir des citoyens est le meilleur outil pour changer le monde - une idée-force pas suffisamment médiatisée, mais qui se concrétise heureusement, par la force des choses et des nouvelles technologies.

« L’OAS frappe où elle veut, quand elle veut, comme elle veut. »2998

Slogan de la nouvelle « Organisation Armée secrète ». L’OAS et la fin de la guerre d’Algérie (1985), M’Hamed Yousfi

Premiers tracts lancés début février 1961.

L’armée fait son métier en Algérie, avec 400 000 hommes qui se battent sur le terrain. La pacification progresse (excepté dans les Aurès), mais le terrorisme fait rage et le FLN multiplie les attentats.

Les Européens d’Algérie vivent aussi dans la terreur de la négociation qui conduira inévitablement à l’indépendance. Et l’OAS, choisissant la politique du désespoir, recourt également aux attentats. Ainsi, le maire d’Évian, Camille Blanc, tué par une charge de plastic le 31 mars, assassiné uniquement parce que sa ville est choisie pour accueillir les négociations. Cela n’infléchit en rien la politique du président de Gaulle.

La valise ou le cercueil.3006

FLN, écrit sur des petits cercueils postés aux pieds-noirs. De Gaulle ou l’éternel défi : 56 témoignages (1988), Jean Lacouture, Roland Mehl, Jean Labib

Au printemps 1946, le PPA (Parti du peuple algérien luttant pour l’indépendance) diffusait déjà le slogan à Constantine, sur des tracts glissés dans les boîtes aux lettres.

Mais c’est au printemps 1962, à Alger, à Oran, que les attentats sont les plus nombreux, une charge de plastic pouvant faire plus de cent morts et blessés ! Le FLN déclenche également à la mi-avril une série d’enlèvements, pour lutter contre l’OAS toujours active dans le maquis. Mais ses membres sont protégés en centre-ville, et les victimes sont surtout les colons isolés dans les bleds, les harkis, les habitants des banlieues. La découverte de charniers augmente la peur des petits blancs. L’exode s’accélère : il y aura beaucoup de valises, et de cercueils aussi, à l’issue de cette guerre de huit ans.

« La Corrèze plutôt que le Zambèze. »3019

Raymond CARTIER (1904-1975), slogan symbolisant une volonté de désengagement. L’Afrique : un continent en réserve de développement (2004), Sylvie Brunel

On donne à cette tendance isolationniste le nom de cartiérisme, du nom de Raymond Cartier : « Attention, la France dilapide son argent […] Nous compromettons notre avenir en prenant une part excessive dans l’aide aux pays sous-développés » (Paris Match, 29 février 1964).

Ces mots sont en réalité prononcés par Jean Montalat, député de la Corrèze, en 1964. Et les territoires du fleuve Zambèze n’ont jamais été sous domination française… Mais la formule fait mouche !

On ne tombe pas amoureux d’un taux de croissance.2950

Slogan de Mai 68. Génération, tome I, Les Années de rêve (1987), Hervé Hamon, Patrick Rotman

C’est une bonne raison de refuser la société (de consommation). D’ailleurs, ce sera écrit en toutes lettres sur les murs… Il y aura bien d’autres raisons de révolte, remarquablement formulées.

(Tous les slogans cités, dont beaucoup survivent et surgissent à telle ou telle occasion, auront pour source cette vivante chronique du printemps 1968.)

J’emmerde la société, mais elle me le rend bien.2951

Slogan de Mai 68

On a pu lire bien d’autres revendications, tout et le contraire de tout et vice versa. C’est de bonne guerre, dans ce genre de situation explosive.

Défense de ne pas afficher.
L’imagination au pouvoir.
Exagérer, c’est commencer d’inventer.
Prenez vos désirs pour des réalités.
Faites l’amour, pas la guerre.2952

Génération, tome I, Les Années de rêve (1987), Hervé Hamon, Patrick Rotman

Les sociologues ont commenté à l’infini ces mots anonymes qui restent dans la mémoire collective, bien au-delà de la génération spontanée qui les créa, entre barricades bon enfant, manifs en chaîne et grèves de la joie.

Sous les pavés, la plage.
L’aboutissement de toute pensée, c’est le pavé.3044

Slogans de la nuit du 10 au 11 mai 1968

Première nuit d’émeute, dite nuit des Barricades : des dizaines se dressent, barrant petites rues et grandes artères du Quartier latin (boulevard Saint-Michel, rue Gay-Lussac), entassements de voitures et pavés, arbres et palissades, matériaux volés aux chantiers voisins.

Le samedi 11, aux aurores et en trois heures de combat, la police vient à bout de la résistance étudiante : centaines de blessés, dégâts matériels considérables. L’opinion bascule du côté des jeunes et juge la police plus sévèrement que les manifestants. Récits vibrants, rumeurs incontrôlables, fracas de guérilla sur les ondes radio font croire au pays que le cœur de Paris est en guerre.

Les centrales ouvrières et la FEN (Fédération de l’éducation nationale, appelée la forteresse enseignante pour son pouvoir) appellent à la grève générale pour le surlendemain, 13 mai.

Interdit d’interdire.
Celui qui peut attribuer un chiffre à un texte est un con.
Quand le dernier des sociologues aura été étranglé avec les tripes du dernier bureaucrate, aurons-nous encore des problèmes ?3046

Slogans du 13 mai 1968

La Sorbonne rouverte est immédiatement occupée par les étudiants, comme toutes les facultés parisiennes. On multiplie les AG en forme de parlements informels. Premier communiqué : « L’Assemblée générale du lundi 13 mai décide que l’université de Paris est déclarée université autonome, populaire et ouverte en permanence, jour et nuit, à tous les travailleurs. L’université de Paris sera désormais gérée par les comités d’occupation et de gestion, constituée par les travailleurs, les étudiants et les enseignants. »

Tout pouvoir abuse, le pouvoir absolu abuse absolument.
Ne me libère pas, je m’en charge.
L’alcool tue, prenez du LSD.3049

Slogans à Nanterre, 14 mai 1968

Cependant que le général de Gaulle s’envole pour la Roumanie : il ne veut pas que des querelles internes passent avant ses engagements internationaux. Mais c’est sous-estimer l’importance des événements.

Soyons réalistes, demandons l’impossible.
Aux examens, répondez par des questions.3051

Slogans à Censier (annexe de la Sorbonne), 14 mai 1968

Que répondre à cette logique !? Les professeurs, les politiques, les commentateurs sont dépassés, mais les acteurs et les auteurs de Mai 68 ne le sont pas moins.

Quand l’assemblée nationale devient un théâtre bourgeois, tous les théâtres bourgeois doivent devenir des assemblées nationales.3053

Slogan, soir du 15 mai 1968 à l’Odéon-Théâtre de France

La prise de l’Odéon, mise aux voix le 13 mai, fit l’unanimité à Censier. Lieu symbolique, et si près du Quartier latin ! Ce mercredi soir, l’idée jaillit dans un cri : « Occupons l’Odéon. »

Jean-Louis Barrault, le directeur, prévenu, a interrogé le ministère : Que faire ? Ouvrir les portes et entamer le dialogue. 3 000 personnes occupent une salle de 1 000 places et un gigantesque happening commence, le 15 mai. Il va durer un mois.

Tout est dada.
L’art, c’est de la merde.
Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi.3054

Slogans, nuit du 15 mai 1968 à l’Odéon

Dans la nuit, la création s’en donne à cœur joie. Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, codirectrice, voient leur rideau de fer se couvrir de ces graffitis. Et Jean-Louis déchaîne une ovation qui fait trembler les lustres en déclarant : « Barrault n’est plus le directeur de ce théâtre, mais un comédien comme les autres. Barrault est mort, mais il reste un homme vivant. Alors que faire ? »

Malraux, ministre, lui retirera la direction du théâtre : ni l’Odéon ni Barrault ne s’en remettront. Le monde du spectacle est tout entier gagné par la contestation.

Et les ouvriers enchaînent, entre grèves sauvages et grèves officielles, organisées par les syndicats plus ou moins dépassés.

Élections, trahison.
Élections-piège à con.3078

Slogans des gauchistes, juin 1968

Les deux slogans resserviront, comme beaucoup de mots nés de Mai 68. Mais l’épilogue est proche.

Les élections des 23 et 30 juin 1968 donnent 293 sièges sur 487 à l’UDR (Union pour la défense de la République, c’est-à-dire la majorité gouvernementale) : majorité absolue, triomphe du pouvoir. De Gaulle parle des « élections de la trouille ». Et Viansson-Ponté (Le Monde) du « groupe le plus nombreux qui ait jamais forcé la porte d’une Assemblée française ».

« Ne faisons pas plus de bêtises que nos voisins européens. »3119

Maxime de bon sens économique des années 1968-1972. Un manager dans la France des Trente Glorieuses (2009), Claude-Alain Sarre

Nos voisins ? Ce sont les autres pays de la CEE avec lesquels les échanges sont progressivement libérés. Les bêtises ? Ce sont surtout celles pouvant provoquer l’inflation.

Dans la période 1965-1968, la France fut parmi les bons élèves de la classe européenne, avec un taux annuel moyen de 3,3 %. Dans la période 1968-1972, son 5,5 % demeure inférieur au taux des autres. C’est après 1973 que l’« inflation à deux chiffres » deviendra véritablement maladie de l’économie, et certaines années, notre pays sera tristement en tête parmi tous ses voisins européens.

« C’est possible : on fabrique, on vend, on se paie ! »3145

Banderole déployée devant l’usine Lip de Besançon, août 1973. De Mai 68 à Lip : un Dominicain au cœur des luttes (2008), Jean Raguénès

L’affaire Lip commence le 17 avril : grève contre la menace de dépôt de bilan. Marque populaire, Lip est à la pointe du progrès, produisant des montres électriques et les premières montres à quartz. Mais la production asiatique exerce déjà une rude concurrence, en ce secteur.

18 juin, les salariés abandonnés par les patrons occupent l’usine. Le stock de montres est placé en lieu sûr : « trésor de guerre » estimé à plusieurs dizaines de millions (de francs). Les machines sont entretenues par les salariés qui continuent la production. Un ouvrier syndicaliste CFDT (Charles Piaget) prend la tête de l’affaire, un élan de solidarité gagne la France, cependant que la presse titre sur cette usine qui prétend se passer de PDG et même de directeurs : « C’est Piaget qui mène la danse » (Paris Match), « Plus jamais comme avant » (Le Nouvel Observateur), « On est avec eux » (Tribune socialiste), « Un rêve devenu réalité » (Libération), « Un prototype périlleux » (Le Figaro).

Le président Pompidou dira en août à son entourage : « Lip, ça n’intéresse que les intellectuels de gauche ». Messmer, chef du gouvernement, déclare en janvier 1974 et après neuf mois de conflit : « Lip, c’est fini. »

Mais Lip va revivre, et d’abord susciter au PSU de Michel Rocard et à la CFDT d’Edmond Maire un espoir d’autogestion ouvrière. L’entreprise se révèle non viable en coopérative de production, dans les années 1980. Reprise en 1990 par Jean-Claude Sensemat (un homme d’affaires partant pour l’aventure), Lip France redevient prospère, dans les années 2000.

Paysans, ouvriers, tous unis, nous garderons le Larzac.3146

Slogan de la manifestation du Larzac, 24 et 25 août 1973. L’Histoire au jour le jour, 1944-1985 (1985), Daniel Junqua, Marc Lazar, Bernard Féron

Le plus grand causse du sud du Massif Central abrite un camp militaire de 3 000 hectares. Le ministre de la Défense, Michel Debré, a décidé de l’agrandir jusqu’à 13 700 hectares : protestations des agriculteurs menacés d’expropriation et des défenseurs de l’environnement. Certains voient dans ce rassemblement un gentil feu de camp d’amateurs de roquefort authentique. Pour d’autres, cette rencontre entre les ouvriers-producteurs de Lip et les paysans-travailleurs du Larzac marque l’ébauche d’une nouvelle culture politique et la naissance de l’altermondialisme à la française.

Les militants s’organisent en collectif, la résistance non violente multiple les actions de « désobéissance civile », quelque 150 Comités Larzac multiplient les défilés, meetings, grèves de la faim et mobilisent des dizaines de milliers de sympathisants, derrière des slogans à la Mai 68 : Faites labour, pas la guerre – Des moutons, pas des canons – Debré ou de force, nous garderons le Larzac – Le blé fait vivre, les armes font mourir – Ouvriers et paysans, même combat.

José Bové prend goût à l’écologie avec cette forme de révolte médiatique et Sartre solidaire, deux ans avant sa mort, exprime son soutien : « Je vous salue paysans du Larzac et je salue votre lutte pour la justice, la liberté et pour la paix, la plus belle lutte de notre vingtième siècle » (lettre du 28 octobre 1978).

L’histoire finit bien : François Mitterrand, élu président de la République le 10 mai 1981, renoncera au projet d’extension du camp militaire du Larzac.

Faire payer les riches.3214

Slogan de la nouvelle majorité, été 1981. Un pays comme le nôtre : textes politiques, 1986-1989 (1989), Michel Rocard

Après dissolution de l’Assemblée par Mitterrand, nouveau président, les législatives des 14 et 21 juin 1981 consolident largement la victoire de la gauche : 285 députés socialistes et 44 communistes, face à 88 RPR et 62 UDF (et 12 non-inscrits).

Le gouvernement Mauroy inclut quatre ministres communistes qui resteront jusqu’en juillet 1984. La majorité, profitant d’un véritable « état de grâce », se lance dans une frénésie de réformes, certaines structurelles : nationalisations, décentralisation. Des mesures immédiates sont prises pour améliorer le sort des défavorisés : relèvement de 25 % des allocations familiales, majoration de 20 % du minimum vieillesse, relèvement du SMIC, mais aussi création d’un impôt sur les grandes fortunes. C’est l’« été fou ».

Faites de la musique, Fête de la Musique.3231

Slogan et mot d’ordre festif, né le 21 juin 1982

Maurice Fleuret, directeur de la Musique et de la Danse en octobre 1981, est chargé par Jack Lang, bouillonnant ministre de la Culture, de réfléchir sur la pratique musicale et son évolution.

L’enquête sur les pratiques culturelles des Français (1982) révèle que cinq millions de personnes, dont un jeune sur deux, jouent d’un instrument de musique. Voilà un bon thème : « la musique partout et le concert nulle part ». Et quelle belle idée, de faire descendre les gens dans la rue ! En quelques semaines, Jack Lang lance l’opération et fixe la date du 21 juin, jour du solstice d’été, nuit païenne se référant à la tradition des fêtes de la Saint-Jean.

Mobilisation des musiciens professionnels et amateurs, attention nouvelle portée à tous les genres musicaux, manifestation populaire et largement spontanée, c’est conforme à la politique culturelle qui s’ouvre aux pratiques amateurs ainsi qu’au rock, au jazz, à la chanson et aux musiques traditionnelles, aux côtés des musiques dites sérieuses ou savantes.

Gratuité des concerts, soutien de la SACEM, relais des médias, appui des collectivités territoriales, adhésion de plus en plus large de la population : la Fête de la musique devient l’une des grandes manifestations culturelles françaises.

Elle va « s’exporter » en 1985, promue Année européenne de la musique. En moins de quinze ans, elle sera reprise dans plus de cent pays et 340 villes, sur les cinq continents.

Touche pas à mon pote.3253

Slogan de SOS Racisme. SOS banlieues (1993), Éric Raoult

Une petite main sur un badge : grand effet médiatique, notamment sur la jeunesse. Le 15 juin 1985, un concert (Jean-Jacques Goldman, Coluche, Guy Bedos, les groupes Téléphone et Indochine) rassemble une foule de 400 000 personnes, place de la Concorde. En décembre 1985, les « Voyageurs de l’égalité » font une marche à travers la France : ils arrivent 50 000 à Paris.

Harlem Désir, de père martiniquais, militant associatif, préside SOS Racisme depuis un an et à la tête du mouvement, il battra des records de popularité à son « Heure de vérité » (mi-août 1987).

Il quitte SOS Racisme en 1992, pour s’engager politiquement et rejoindre très vite le PS. Mais son image reste associée à SOS Racisme et son action saluée par Pierre Bergé, qui en fut le sponsor : « Harlem Désir est un des moments de la conscience humaine. Il est aussi un des moments de l’honneur de la France. »

Au secours, la droite revient !3258

Slogan socialiste, campagne pour les élections législatives de mars 1986. Des poings et des roses : le siècle des socialistes (2005), Alain Bergounioux

Ce slogan publicitaire destiné à diaboliser la droite est partout affiché : la publicité politique explose et fait imploser les budgets électoraux des candidats.

Progression du chômage et des inégalités sociales expliquent le retournement de l’opinion. L’impopularité de la gauche atteint des sommets.

Depuis des mois, la victoire de la droite sur la gauche semble assurée. La veille du scrutin, Le Figaro titre même sur cette victoire en donnant des chiffres (soufflés par les sondages tenus secrets de la dernière semaine) : maladresse tactique, qui aurait pu démobiliser les électeurs de droite !

Tonton, laisse pas béton.3274

RENAUD (né en 1952), slogan lancé par le chanteur, présidentielles du printemps 1988. Pour une histoire culturelle (1997), Jean-Pierre Rioux, Jean-François Sirinelli

En verlan, « béton » signifie tomber. Et dans une société surmédiatisée, l’engagement des artistes compte (on parlera plus tard des people). Les plus connus sont donc très courtisés, dans cette campagne présidentielle.

Ne citons pas les prises de position majuscules et définitives, cruellement recensées par Catherine Nay (Les Sept Mitterrand). La plus pudique étant le titre de Globe, le plus branché des mensuels : « Ne nous quitte pas. » Après avoir longtemps hésité à se représenter (problèmes de santé demeurés secret d’État), Mitterrand se déclare enfin candidat, le 22 mars.

Au soir du premier tour, il arrive en tête avec 34 % des voix, devant Chirac, près de 20 %. Suivent Raymond Barre (UDF), 16,54 % ; Jean-Marie Le Pen (FN), 11,46 % ; André Lajoinie (PC), 6,76 % ; Antoine Waechter (Verts), 3,78 % ; Pierre Juquin (PSU et LCR, gauche), 1,67 % ; Arlette Laguiller (Lutte ouvrière), 1,99 % ; Pierre Boussel (Parti des travailleurs), 0,31 %.

La France black blanc beur.3349

Slogan du 12 juillet 1998. Qu’est-ce que la France ? (2007), Alain Finkielkraut

Victoire ! Divine diversion ! Ce soir-là, ivre de joie, la France fête sa première Coupe du monde, gagnée avec son équipe « black-blanc-beur », avec Zinedine Zidane en tête d’affiche, Zizou de légende, comme le sport en crée toujours. Rappelons Michel Platini, au premier sacre européen, en 1984.
Que reste-t-il de ce moment de fraternité, les Champs-Élysées envahis par une foule bigarrée, cette France idéalement métissée ? « Ça n’a duré qu’un été », selon Ludovic Lestrelin, maître de conférences en STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives). « Un bel élan unanime a salué la victoire d’un État-nation, d’un modèle d’intégration, pas seulement d’une équipe. Ce sentiment venait d’ailleurs de toutes parts, du mouvement sportif, des politiques. »

Les grands rendez-vous sportifs, tels les JO et les Coupes du monde, génèrent des mouvements collectifs très forts, mais éphémères. Et de tous les sports, le foot est celui dont la magie opère le plus spectaculairement.

Que les pollueurs soient les payeurs.3355

Slogan écologiste devenu principe juridique, lors des marées noires

12 décembre 1999, tempête sur le Finistère : l’Erika, pétrolier battant pavillon maltais, coule. 31 000 tonnes de fuel dérivent et vont polluer 400 kilomètres de côtes, tuant plus de 150 000 oiseaux… Dominique Voynet, ministre de l’Environnement et militante écologiste, minimise la tragédie : « Ce n’est pas la catastrophe écologique du siècle […] Au Venezuela, il y a au moins 25 000 morts. » Certes, à l’autre bout du monde, les inondations furent meurtrières, mais les marées noires n’en sont pas moins des scandales écologiques et l’homme en est responsable.

Après sept ans d’enquête, le procès de l’Erika commence, le 12 février 2007 : quatre mois d’audience, quinze inculpés, quarante-neuf témoins et experts, une cinquantaine d’avocats. Le tribunal correctionnel de Paris rend son jugement le 16 janvier 2008 : 300 pages retracent l’historique et les fautes commises, le groupe Total étant reconnu coupable de pollution maritime et condamné à verser 192 millions d’euros. L’armateur, le gestionnaire et l’organisme de certification du navire sont déclarés coupables de faute caractérisée. Le principe du pollueur payeur est clairement validé et, pour la première fois, le droit reconnaît le préjudice écologique en tant que tel. Le 25 septembre 2012, la Cour de cassation confirme toutes les condamnations déjà prononcées depuis treize ans, et ajoute à la responsabilité pénale une responsabilité civile pour le groupe Total. Pour Corinne Lepage, avocate de dix communes du littoral, « c’est un très grand jour pour tous les défenseurs de l’environnement. »

« Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup. »3460

Martine AUBRY (née en 1950), citant sa grand-mère, pour critiquer François Hollande, son principal concurrent dans les primaires socialistes, 13 septembre 2011 sur RTL

Candidate à la primaire socialiste, elle répond aux questions de Jean-Michel Aphatie. Elle a trouvé du « flou » chez François Hollande, lors du débat télévisé qui les opposait la veille. « J’ai bien compris qu’il essayait de passer entre les gouttes quand je lui posais un certain nombre de questions… Ma grand-mère disait : « Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup » », a-t-elle poursuivi. « J’ai essayé de mettre le doigt sur certains de ses loups. » Elle l’accuse aussi d’avoir employé « des mots de droite ».

En tout cas, le dicton de la grand-mère court les médias et pimente les discours d’un brin de bon sens populaire. Ainsi naît une vraie citation.

Abstention, piège à cons.3480

Slogan, Libération, 7 avril 2012

Répondant au slogan de Mai 68, « Élection, piège à cons », le mot n’est pas nouveau, mais reste toujours d’actualité.

Abstention, danger pour la démocratie, aussi vieux que la démocratie, particulièrement répandu aux États-Unis, mais très rare chez les peuples qui accèdent enfin au vote et risquent parfois leur vie pour exercer ce droit citoyen, qui est aussi un devoir. En France, l’électeur risque seulement de perdre un peu de son temps, s’il estime que voter est inutile.

Abstention par désintérêt de la politique ou par rejet des hommes politiques, abstention parfois très motivée intellectuellement, voire philosophiquement, le phénomène touche d’abord les jeunes, en France.

Abstention massive aux élections européennes, jusqu’à être le « parti » majoritaire en 1999, abstention record aux élections régionales à l’enjeu parfois illisible, abstention minoritaire aux élections présidentielles, surtout en 2007 où deux candidats nouveaux s’opposaient clairement, l’abstention est redoutée en 2012, d’autant qu’elle profite aux extrêmes. On craignait le pire, ce ne sera que 20 % au premier tour.

En fin de compte, et malgré les critiques (parfois injustes) sur la campagne, les Français adorent ça, la politique !

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