Louis Blanc : « Pour chaque indigent qui pâlit de faim, il y a un riche qui pâlit de peur. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Monarchie de Juillet

Socialisme français, enjeu colonial, patriotisme poétique, trois lignes de force historiquement datées.

Le socialisme français est réellement incarné et engagé (Louis Blanc, Proudhon), la colonisation de l’Algérie est menée manu militari par le (futur) maréchal Bugeaud, cependant que Lamartine, poéte et patriote, député hors parti, fidèle à ses idées et à son idéal, va passer à l’opposition de gauche.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Pour chaque indigent qui pâlit de faim, il y a un riche qui pâlit de peur. »2101

Louis BLANC (1811-1882), Organisation du travail (1839)

Cet ouvrage fait connaître le jeune journaliste : il y expose un programme de réformes socialistes qu’il ne va plus cesser de défendre jusque sous la Troisième République où, fidèle à ses idées, il se retrouve député d’extrême gauche.

« La propriété, c’est le vol. »2102

Pierre Joseph PROUDHON (1809-1865), Qu’est-ce que la propriété ? (1840)

(…) L’homme est attachant, ne serait-ce que par cet aveu : « Je sais ce que c’est que la misère. J’y ai vécu. Tout ce que je sais, je le dois au désespoir. » Fils d’une cuisinière et d’un tonnelier, c’est le seul théoricien révolutionnaire issu d’un milieu populaire, au XIXe siècle. Il critique le communisme de Marx (grand bourgeois) dans La Philosophie de la misère (1846) et Marx lui répond dans La Misère de la philosophie (1847), le traitant, insulte suprême, de « petit-bourgeois constamment ballotté entre le Travail et le Capital, entre l’économie politique et le communisme ».

« Si l’on veut abolir la peine de mort, en ce cas que MM. les assassins commencent : qu’ils ne tuent pas, on ne les tuera pas. »2103

Alphonse KARR (1808-1890), Les Guêpes (1840)

(…) Sous la Monarchie de Juillet, la presse ne souffre pas trop des lois répressives. Quant à la peine de mort, c’est une longue histoire qui commence au Moyen Âge. L’égalité devant la mort est acquise sous la Révolution avec la guillotine, jusqu’à l’abolition en 1981, avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, malgré une opinion publique toujours partagée sur la question.

« Ou la conquête, ou l’abandon. »2104

Thomas Robert BUGEAUD (1784-1849), Chambre des députés, 15 février 1840

(…) Le traité signé en 1837 entre Bugeaud et l’émir Abd el-Kader a été violé. La France faisait d’importantes concessions (…) se contentant d’une occupation du littoral. L’ « émir des croyants » a profité de la trêve pour constituer une armée, proclamant en 1839 la guerre sainte contre les Français (…) Le futur maréchal met les politiques face à leurs responsabilités. Et pourtant, il considère l’Algérie comme « le plus funeste des présents que la Restauration ait fait à la Révolution de juillet » (…)

« Je ne me prosterne pas devant cette mémoire ; je ne suis pas de cette religion napoléonienne, de ce culte de la force que l’on veut substituer dans l’esprit de la nation à la religion sérieuse de la liberté. »2105

Alphonse de LAMARTINE (1790-1869), à l’occasion du retour des cendres de Napoléon, Discours à la Chambre, 26 mai 1840

Les cendres de Napoléon seront rapportées de Sainte-Hélène par le prince de Joinville, fils de Louis-Philippe, sur la Belle-Poule, et transférées aux Invalides le 15 décembre 1840. Thiers, revenu à la tête du gouvernement le 1er mars 1840, à défaut de programme, flatte la vanité nationale, aussi répandue dans le peuple que dans la bourgeoisie, par cette décision prise au mois de mai. Le député Lamartine y est hostile, prophétisant le Second Empire (…)

« Cent mille hommes et cent millions pendant sept ans ! »2106

Thomas Robert BUGEAUD (1784-1849) à Louis-Philippe

Le général pose ses conditions pour accepter d’être gouverneur de l’Algérie. Le roi cède. Bugeaud est nommé gouverneur, le 29 décembre 1840. Partisan de la guerre acharnée, dix ans après la prise d’Alger, Bugeaud fait la conquête de l’Algérie et y gagne son bâton de maréchal, en 1843.

« Ense et aratro. »
« Par l’épée et par la charrue. »2107

Thomas Robert BUGEAUD (1784-1849), devise du maréchal, gouverneur de l’Algérie

Cela signifie que l’on sert son pays en temps de guerre par les armes, en temps de paix par les travaux de l’agriculture. Bugeaud est le premier des officiers coloniaux à mener de front les opérations de sécurité et les travaux de colonisation : défrichements, routes, concessions de terre pour attirer de nouveaux colons, etc.

« Non ! Ils ne l’auront pas, le libre Rhin allemand. »2108

Nicolas BECKER (1816-1845), 1840

Le poète allemand lance ce défi à la France – patriotisme, libéralisme et nationalisme allemands vont exploser en 1848. Lamartine répond à ce défi guerrier par La Marseillaise de la paix qui commence par : « Roule libre et royal entre nous tous, ô fleuve ! »

« Ma patrie est partout où rayonne la France,
Où son génie éclate aux regards éblouis !
Chacun est du climat de son intelligence :
Je suis concitoyen de toute âme qui pense,
La vérité c’est mon pays ! »2109

Alphonse de LAMARTINE (1790-1869), La Marseillaise de la Paix, « Revue des Deux-Mondes », 1er juin 1841

Réponse au « Rhin allemand » du poète Becker, mais le poète français dépasse l’opposition de pays à pays et lance un hymne pacifique qui n’implique nul renoncement au patriotisme. Le lyrisme et la générosité de Lamartine s’expriment dans cette invitation lancée à toutes les nations, à s’unir pour le progrès social.

« Nous l’avons eu, votre Rhin allemand,
Il a tenu dans notre verre.
Un couplet qu’on s’en va chantant
Efface-t-il la trace altière
Du pied de nos chevaux marqué dans votre sang ? »2110

Alfred de MUSSET (1810-1857), Le Rhin allemand. Réponse à la chanson de Becker, 2 juin 1841. Poème mis plusieurs fois en musique, notamment en 1866, version la plus populaire, composée par Félicien DAVID (1810-1876)

La réponse de Lamartine a paru trop pacifique et idéaliste au goût de son vibrant confrère. Et Musset écrit dans l’élan, dès le lendemain, des couplets qui rappellent notamment l’épopée napoléonienne : « Nous l’avons eu, votre Rhin allemand. / Que faisaient vos vertus germaines, / Quand notre César tout-puissant / De son ombre couvrait vos plaines ? […] » (…) Ces vers sont étonnamment prémonitoires du conflit franco-allemand et des trois guerres à venir, entre 1870 et 1945.

« [La colonisation ne se fait pas] dans des pots de fleurs sur les terrasses d’Alger. »2111

Thomas Robert BUGEAUD (1784-1849). Lettres inédites du Maréchal Bugeaud, duc d’Isly, 1808-1849 (posthume, 1922)

Avec son franc-parler militaire, il déplore le manque de moyens que lui donne la France. Les députés sont bien loin de la réalité des opérations sur le terrain, en 1842. Le ministère Soult-Guizot a des problèmes plus hexagonaux – politiques, économiques et sociaux – et d’autres colonies sont à l’ordre du jour : occupation de l’archipel des Marquises, protectorat à Tahiti, fondations de comptoirs fortifiés en Côte d’Ivoire (…)

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