Hugo : « Louis Bonaparte est un homme de moyenne taille, froid, pâle, lent, qui a l'air de n'être pas tout à fait réveillé... » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Second Empire

Personnage de Napoléon III

Contesté à l’excès autant que son Empire est critiqué. L’un et l’autre souffrent des foudres hugoliennes et de la comparaison avec le passé napoléonien. Ils méritent une « seconde lecture » et une mise en perspective historique. À vous de juger…

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Louis Bonaparte est un homme de moyenne taille, froid, pâle, lent, qui a l’air de n’être pas tout à fait réveillé […] Les chefs de la droite disaient volontiers de Louis Bonaparte : C’est un idiot. Ils se trompaient. C’est un livre où il y a des pages arrachées. À tout moment quelque chose manque. Louis Bonaparte a une idée fixe, mais une idée fixe n’est pas l’idiotisme. »2245

Victor HUGO (1802-1885), Napoléon le Petit (1852)

Un pamphlet n’est jamais impartial. Hugo en veut d’autant plus à l’homme qu’il l’a d’abord soutenu, dans sa course au pouvoir. Mais ces lignes ne sont pas plus sévères que le jugement de nombreux témoins, Même constat chez les historiens : Napoléon III, à l’image du Second Empire, est généralement mal aimé (…)

« L’Empereur [Napoléon Ier] doit être considéré comme le messie des idées nouvelles. »2246

Louis-Napoléon BONAPARTE (1808-1873), Des idées napoléoniennes (1839)

Sa bible, c’est le Mémorial de Sainte-Hélène (…) Pour lui, « l’idée napoléonienne n’est point une idée de guerre, mais une idée sociale, industrielle, commerciale, humanitaire. » L’empereur conservera le double idéal de sa jeunesse, Napoléon et la liberté, « les deux grandes choses du siècle », comme dit Hugo. Le drame, c’est qu’elles sont inconciliables (…)

« Louis-Napoléon se croyait fermement l’homme de la destinée et l’homme nécessaire. S’il avait une sorte d’adoration abstraite pour le peuple, il ressentait très peu de goût pour la liberté […] Il lui fallait des croyants en son étoile et des adorateurs de sa fortune. »2247

Alexis de TOCQUEVILLE (1805-1859), Souvenirs (posthume, 1893)

Entouré d’une équipe de fidèles plus ou moins valables, l’empereur n’est plus le personnage falot de ses débuts politiques. Son nom, sa foi affichée dans les « idées napoléoniennes » et sa certitude de les incarner ont permis au personnage de s’imposer et d’acquérir une vraie popularité. Quant à la liberté, il s’en méfie (…)

« Qui arracherait une plume à son aigle risquerait d’avoir dans la main une plume d’oie. »2248

Victor HUGO (1802-1885), Histoire d’un crime (1877)

Le « crime » de l’histoire, c’est le coup d’État du 2 décembre 1851 auquel Hugo tenta en vain de s’opposer par la force des pavés, avant de s’en remettre à la force des mots. On sait que le ridicule blesse, s’il ne tue pas à tout coup. Même si le coup d’État réussi donne une soudaine assurance au personnage, Napoléon III souffrira toujours de la comparaison avec Napoléon Ier (…)

« L’empereur est une grande incapacité méconnue. »2249

Otto von BISMARCK (1815-1898). Histoire de France contemporaine depuis la Révolution jusqu’à la paix de 1919 (1921), Ernest Lavisse, Philippe Sagnac

Cette boutade du Premier ministre de la Prusse (qui fut ambassadeur à Paris en 1862) date de 1864. L’homme de fer n’a qu’un but, la grandeur de son pays, par tous les moyens. Il va déjouer les plans européens de Napoléon III, avant d’imposer une défaite rapide et fatale à l’Empire.

« En politique, il faut guérir les maux, jamais les venger. »2250

Louis-Napoléon BONAPARTE (1808-1873), Des idées napoléoniennes (1839)

(…) L’homme privé se montre bienveillant pour ses amis, bien-aimé de ses serviteurs, fidèle par nature et indulgent par scepticisme. Si l’homme politique tente de guérir les maux sociaux au nom de « l’extinction du paupérisme », il veut à coup sûr venger l’humiliation faite à la France par les traités de 1815, d’où les premières guerres du Second Empire (Crimée, campagnes d’Italie).

« Véritable Saturne du travail, l’industrie dévore ses enfants et ne vit que de leur mort. »2251

Louis-Napoléon BONAPARTE (1808-1873), L’Extinction du paupérisme (1844)

L’utopie de ces trente pages écrites par le prisonnier au fort de Ham et le désir d’un futur souverain de se poser en « homme social » n’excluent pas une certaine sincérité. Fait unique pour l’époque de la part d’un prétendant au pouvoir, il tient à visiter les régions industrielles anglaises. Il a 25 ans et le spectacle de la misère le frappe.

« Malheur aux souverains dont les intérêts ne sont pas liés à ceux de la nation ! »2252

Louis-Napoléon BONAPARTE (1808-1873), Des idées napoléoniennes (1839)

L’adéquation semble presque parfaite, jusqu’au tournant de l’Empire libéral de la dernière année, où l’opposition républicaine et socialiste fait éclater le divorce. La guerre de 1870 précipitera la chute de l’empereur.

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