« Ami des propos libertins, Buveur fameux, et roi célèbre Par la chasse et par les catins... » | L’Histoire en citations
Chanson à la mort de Louis XV  « Ami des propos libertins, Buveur fameux, et roi célèbre Par la chasse et par les catins... »
Citation du jour

 

Au siècle des Lumières, la parole se libère, malgré la censure. Et l’anonymat s’en donne à cœur joie. Le peuple fait assaut d’esprit. La violence des mots annonce la Révolution. Toutes les maîtresses royales seront visées, puis la reine en personne et l’Église, en la personne du pape.

« Ami des propos libertins, Buveur fameux, et roi célèbre Par la chasse et par les catins : Voilà ton oraison funèbre. »1195

Chanson à la mort de Louis XV (1774)

Vie privée de Louis XV, ou principaux événements, particularités et anecdotes de son règne (1781), Mouffle d’Angerville.

Les funérailles royales témoignent de cette impopularité : « On l’enterra promptement et sans la moindre escorte ; son corps passa vers minuit par le bois de Boulogne pour aller à Saint-Denis. À son passage, des cris de dérision ont été entendus : on répétait « taïaut ! taïaut ! » comme lorsqu’on voit un cerf, et sur le ton ridicule dont il avait coutume de le prononcer » (Lettre de la comtesse de Boufflers).

Louis XV est pourtant surnommé le Bien Aimé. Il le fut, dans sa jeunesse. Mais ses amours font bientôt scandale : « Puisqu’il a repris sa catin, il ne trouvera plus un Pater sur le pavé de Paris. » Les poissardes ont prié pour la guérison du malade, mais il a repris sa maîtresse, troisième des sœurs de Nesle, présentées au roi par le duc de Richelieu (embastillé à 15 ans pour débauche et remarié à 84 ans). Scandale. La cour se tait, mais la rue a son franc-parler.

« Ci-gît qui fut vingt ans pucelle
Sept ans catin et huit ans maquerelle. »1175

Épitaphe satirique de la marquise de Pompadour

Histoire(s) du Paris libertin (2003), Marc Lemonier, Alexandre Dupouy

La mode est aux épitaphes satiriques : voici l’ultime occasion de brocarder l’une des favorites les plus haïes. De son vivant, les poissonnades ont fleuri, comme jadis les mazarinades. « Les grands seigneurs s’avilissent, / Les financiers s’enrichissent, / Tous les Poissons s’agrandissent. / C’est le règne des vauriens. » Ou encore : « Sans esprit, sans caractère / L’âme vile et mercenaire, / Le propos d’une commère / Tout est bas chez la Poisson – son – son. »

Propos injustes, mais le peuple déteste cette fille de financier, née Jeanne Antoinette Poisson, femme d’un fermier général, bourgeoise dans l’âme et dépensière, habituée des salons littéraires, influente en politique, distribuant les faveurs, plaçant ses amis. Louis XV lui doit une part de son impopularité. Le peuple a loué le roi pour ses premiers exploits extraconjugaux, il sera haï pour sa longue liaison avec la Pompadour. La cour n’est pas en reste. Les cabales se multiplient.

« Plus scélérate qu’Agrippine / Dont les crimes sont inouïs,
Plus lubrique que Messaline, / Plus barbare que Médicis. »1242

Pamphlet contre la reine. Vers 1785

Dictionnaire critique de la Révolution française (1992), François Furet, Mona Ozouf

Dauphine adorée, la reine Marie-Antoinette est devenue terriblement impopulaire en dix ans : légèreté de mœurs, intrigues, ascendant sur un roi faible jusqu’à la soumission. L’affaire du Collier aggrave (injustement) la situation.

La Révolution héritera des œuvres de Voltaire et Rousseau, mais aussi des « basses Lumières », masse de libelles et pamphlets à scandale où le mauvais goût rivalise avec la violence verbale, inondant le marché clandestin du livre et sapant les fondements du régime. Après le Régent, Louis XV, ses maîtresses et le clergé, Marie-Antoinette est la cible privilégiée : quelque 3 000 pamphlets relèvent, selon la plupart des historiens, de l’assassinat politique.

« Parlement à vendre / Ministres à pendre / Couronne à louer. »1255

Mots gravés sur les murs du Palais de justice, mai 1788

Des meneurs appellent au coup d’État. Des soulèvements éclatent partout en France, orchestrés par une campagne de cabales et de pamphlets. Un écriteau placé au Théâtre des Italiens, sur la loge de la reine, annonce la Révolution : « Tremblez, tyrans, votre règne va finir. » Le pape, épargné par les chansons anticléricales, n’échappe plus au climat de haine : « Notre saint père est un dindon / Le calotin est un fripon / Notre archevêque un scélérat / Alleluya. »

Siècle des Lumières

 

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