Jaurès : « M. Léon Say ayant dit un jour à M. Méline : "Le protectionnisme, c'est le socialisme des riches", M. Méline, piqué, répondit : "Le libre-échange, c'est l'anarchisme des millionnaires". » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Troisième République

L’anarchisme multiplie les attentats

Les attentats anarchistes, nombreux de 1892 à 1894, ont des origines diverses : souvenir de la Commune qui est commémorée vingt ans après, de bien des manières (y compris des tableaux, des chansons) ; hostilité envers les partis organisés de gauche qui veulent un État socialiste ; haine pour les bourgeois dont les affaires prospèrent.

 Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« M. Léon Say ayant dit un jour à M. Méline : « Le protectionnisme, c’est le socialisme des riches », M. Méline, piqué, répondit : « Le libre-échange, c’est l’anarchisme des millionnaires ». »2501

Jean JAURÈS (1859-1914), Histoire socialiste, 1789-1900, volume 1, La Constituante (1908)

Le 11 janvier 1892, institution du double tarif douanier, dit tarif Méline. Jules Méline, ex- et futur ministre de l’Agriculture, créateur du Mérite agricole, est l’un des instigateurs de la politique protectionniste, combattue par Léon Say (ex-ministre des Finances et partisan du libre-échange, comme son célèbre grand-père, l’économiste Jean-Baptiste Say), mais voulue par les forces vives du pays : les industriels pour lutter contre la dépression économique ; les ouvriers dont l’emploi est menacé par les importations, les paysans ; souffrant de la crise agricole et craignant pour leur blé la concurrence des pays neufs ; les viticulteurs atteints par le phylloxéra, également menacés par les vins étrangers. Cette mesure n’est pas sans arrière-pensée politique. Les opportunistes (républicains) au pouvoir se préparent aux élections de 1893, se faisant appeler « progressistes » et devenus en fait des conservateurs redoutant la montée socialiste.

« Un édifice fondé sur des siècles d’histoire ne se détruit pas avec quelques kilos d’explosifs. »2502

Prince KROPOTKINE (1842-1921), Réponse aux militants anarchistes inquiets de la faible portée des actes terroristes. Gloires et tragédies de la IIIe République (1956), Maurice Baumont

Ce prince qui adhéra au mouvement révolutionnaire russe aura une grande influence sur les mouvements anarchistes. En France, les attentats commencent en 1892.

« La société est pourrie. Dans les ateliers, les mines et les champs, il y a des êtres humains qui travaillent et souffrent sans pouvoir espérer d’acquérir la millième partie du fruit de leur travail. »2503

RAVACHOL (1859-1892), à son procès, 26 avril 1892. Histoire de la Troisième République, volume II (1963), Jacques Chastenet

(…) Les 11, 18 et 29 mars, il a fait sauter des appartements de magistrats et une caserne. La veille du procès, ses complices ont fait exploser une bombe dans le restaurant Véry. Condamné à mort (pour des crimes antérieurs), il est exécuté le 11 juillet.

« Il y a les magistrats vendus,
Il y a les financiers ventrus,
Il y a les argousins,
Mais pour tous ces coquins,
Il y a d’la dynamite,
Vive le son, vive le son,
Il y a d’la dynamite !
Dansons la ravachole !
Vive le son d’l’explosion. »2504

Sébastien FAURE (1858-1942), La Ravachole, version anarchiste de La Carmagnole (1892), chanson. Ravachol et les anarchistes (1992), Jean Maitron

Sébastien Faure a un long parcours militant : ex-séminariste, ex-marxiste, il devient anarchiste à la fin des années 1880, libertaire avec Louise Michel, dreyfusard au moment de l’Affaire, avant de s’afficher pacifiste et antimilitariste, au siècle suivant (…)

« La plus grande flibusterie du siècle… De l’or, de la boue et du sang. »2505

Édouard DRUMONT (1844-1917), La Libre Parole, septembre 1892. Marinoni : le fondateur de la presse moderne, 1823-1904 (2009), Éric Le Ray

Journaliste catholique, Drumont a déjà attaqué la finance juive dans un essai d’histoire contemporaine en forme de pamphlet, La France juive (1886). Il fonde ensuite un journal d’inspiration nationaliste et antisémite, La Libre Parole (sous-titré « La France aux Français ») et dénonce le scandale de Panama.

(…) De Lesseps a créé en 1881 une compagnie pour le percement de l’isthme. Des difficultés techniques et bancaires l’obligent à demander de nouveaux fonds. Pour se lancer sur le marché des obligations, il lui faut une loi – il achète les voix de parlementaires et de ministres. Trop tard. Sa compagnie est liquidée (février 1889), 800 000 souscripteurs sont touchés. On tente d’étouffer le scandale, mais une enquête pour abus de confiance et escroquerie est lancée contre de Lesseps, père et fils.

Dans la nuit du 19 au 20 novembre 1892, le suicide du baron Reinach, intermédiaire entre la Compagnie de Panama et le monde politique, met le feu aux poudres. À la tribune de la Chambre, le député royaliste Jules Delahaye accuse sans les nommer 150 députés d’avoir été achetés. La presse dénonce les « chéquards » et les « panamistes », dont Clemenceau (…)

« L’affaire de Panama a montré toutes les forces sociales de ce pays au service et sous les ordres de la haute finance […] La nation doit reprendre sur les barons de cette nouvelle féodalité cosmopolite les forteresses qu’ils lui ont ravies pour la dominer : la Banque de France, les chemins de fer, les mines. »2506

Alexandre MILLERAND (1859-1943), Profession de foi aux électeurs du XIIe arrondissement, 1893. Les Socialistes indépendants (1911), Albert Ory

(…) Millerand, républicain radical devenu socialiste (avant de finir conservateur et président de la République après la guerre) fait partie de ces hommes nouveaux qui, comme Jean Jaurès, seront députés au terme des élections des 20 août et 3 septembre 1893. La République reste modérée, mais la nouvelle Chambre amorce un tournant à gauche avec l’apparition du socialisme parlementaire, encore trop désuni pour être fort (…)

« Ils [les ministres] tomberont de si bas que leur chute même ne leur fera pas de mal. »2507

Anatole FRANCE (1844-1924), Les Opinions de M. Jérôme Coignard (1893)

Le temps des crises s’éternise sous cette République (surtout de 1885 à 1905) et le régime s’y épuise lentement mais sûrement. Le personnel politique est toujours aussi médiocre et l’opinion publique se lasse des jeux de ces politiciens professionnels, malheureusement pimentés de scandales nombreux.

« Je désire reposer […] en face de cette ligne bleue des Vosges d’où monte jusqu’à mon cœur fidèle la plainte des vaincus. »2508

Jules FERRY (1832-1893), Testament. Jules Ferry (1903), Alfred Rambaud

Mort le 17 mars 1893, il reste dans l’histoire pour sa politique scolaire, mais aussi coloniale. Ses derniers mots prouvent qu’il n’oubliait pas l’Alsace et la Lorraine perdues, alors même qu’il lançait la France à la conquête de la Tunisie et du Tonkin (Indochine, nord du Vietnam) (…)

« Messieurs, la séance continue ! »2509

Charles-Alexandre DUPUY (1851-1923), Chambre des députés, 9 décembre 1893. Annales de la Chambre des députés (1893), Assemblée nationale

Enseignant de formation, républicain modéré (opportuniste) et parlementaire pendant trente-huit ans, il est président de la Chambre, le jour où l’anarchiste Vaillant lance une bombe, blessant 57 députés, provoquant la panique.

Atteint lui-même à la tête, Dupuy est applaudi pour ce mot courageux, et poursuit avec sang-froid : « Il est de la dignité de la Chambre et de la République que de pareils attentats, d’où qu’ils viennent et dont, d’ailleurs, nous ne connaissons pas la cause, ne troublent pas les législateurs. »

Les 12 et 18 décembre seront votées dans l’urgence les deux premières lois qualifiées plus tard de scélérates, visant le mouvement anarchiste (…)

« Désormais, ces messieurs sauront qu’ils ont toujours une épée de Damoclès suspendue au-dessus de leur tête, ils voteront peut-être des lois plus justes. »2510

Auguste VAILLANT (1861-1894), Déclaration à la police qui l’interroge, après l’attentat qu’il a perpétré, le 9 décembre 1893. L’Épopée de la révolte (1963), André Mahé

Au procès, il affirme avoir lancé cette bombe pour venger son idole Ravachol, et non pour tuer. Vaillant, 33 ans, est exécuté le 5 février 1894. Cela n’empêche pas, une semaine plus tard, l’explosion d’une autre bombe.

La flambée anarchiste qui frappe la France, inspirée de Proudhon et Bakounine en rupture de socialisme, va parcourir l’Europe, tuer l’impératrice Élisabeth d’Autriche (célèbre Sissi), le roi d’Italie Humbert Ier, et franchir l’Atlantique, pour atteindre le 25e président des États-Unis d’Amérique, William McKinley (…)

« Vos mains sont couvertes de sang.
— Comme l’est votre robe rouge ! »2511

Émile HENRY (1872-1894), répondant au président du tribunal, 27 avril 1894. Historia (octobre 1968), « L’Ère anarchiste », Maurice Duplay

Fils de bourgeois, il épouse la cause anarchiste par idéal révolutionnaire et veut frapper partout, parce que la bourgeoisie est partout.

Il a 19 ans quand sa bombe portée pour examen au commissariat de police des Bons-Enfants explose : 5 morts, le 8 novembre 1892. Nouvelle bombe au café Terminus de la gare Saint-Lazare : un mort, 20 blessés, le 12 février 1894 (…)

« Avec un geste cynique
Il prépare son poignard,
Puis il frappe sans retard
Le chef de la République. »2512

Léo LELIÈVRE (1872-1956), Le Crime de Lyon, chanson. Cent ans de chanson française, 1880-1980 (1996), Chantal Brunschwig, Louis-Jean Calvet, Jean-Claude Klein

Chanson écrite et interprétée par le chansonnier qui relate l’assassinat de Sadi Carnot. Le 24 juin, visitant l’Exposition de Lyon, le président est poignardé par Caserio, un illuminé, jeune anarchiste italien. Casimir-Perier remplace Carnot à la présidence. Il va faire adopter la troisième loi scélérate, votée le 28 juillet, interdisant tout type de propagande anarchiste.

La répression et même la prévention vont être impitoyables, et l’action directe remplacée par l’action syndicale (…)

« Alors tendant ses longs bras roux
Bichonnée, ayant fait peau neuve,
Elle attend son nouvel époux,
La Veuve. »2513

Jules JOUY (1855-1897), La Veuve (1887) - nom de la guillotine, en argot, chanson. Les Chansons de l’année (1888), Jules Jouy

L’auteur finira dans un asile, en camisole de force, hanté par le spectacle (public) des exécutions capitales.

(…) Un décret de 1871 a supprimé les exécuteurs de province. Il ne reste plus qu’un « national ». Après la dynastie des Sanson (six générations) vint celle des Deibler. Louis Deibler cesse d’exercer à 79 ans et meurt en 1904. Il exécuta plus de 1 000 condamnés en une trentaine d’années. L’exécution cesse d’être publique en 1939 (…)

« Les photographies animées sont de petites merveilles […] C’est bien la nature prise sur le fait. »2514

Henri de PARVILLE (1838-1909), Les Annales, 28 avril 1896. Lumière et Méliès (1985), Georges Sadoul

Ce chroniqueur scientifique salue la naissance du cinéma. Le 28 décembre 1895, première représentation publique au Grand Café à Paris. L’Arroseur arrosé et La Sortie de l’usine Lumière restent dans l’histoire comme la naissance du septième art. « Le cinéma n’a aucun avenir », aurait dit ce jour-là le père des frères Lumière, les deux ingénieurs à l’origine de cette invention (…)

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