Manceron : « Voici deux cents ans, un millier d'hommes changeaient la face du monde. Ils n'en voulaient pas tant... » | L’Histoire en citations
Manceron : « Voici deux cents ans, un millier d'hommes changeaient la face du monde. Ils n'en voulaient pas tant... »
Citation du jour

 

L’Assemblée nationale fait son entrée historique. C’est la fin de l’Ancien Régime, mille ans de monarchie balayés par une force républicaine irrésistible, sous la Révolution. La plus fascinante des 10 Chroniques de l’Histoire en citations : tous ses acteurs ont du génie, y compris le peuple, héros anonyme.

« Voici deux cents ans, un millier d’hommes changeaient la face du monde. Ils n’en voulaient pas tant et c’est comme par défaut que les délégués de la France aux États généraux sont devenus, sans le vouloir, sans le savoir, les artisans du passage de la société d’Ancien Régime, celle de l’obéissance, à la société de la Liberté. »1313

Claude MANCERON (1923-1999), La Révolution française. Dictionnaire biographique (1989)

La dernière réunion des États généraux remontait à 1614. La monarchie se renforce ensuite avec Richelieu, devient absolue au siècle de Louis XIV. Le siècle des Lumières sape les fondements d’une royauté qui s’affaiblit avec Louis XV et Louis XVI se voit contraint de réunir à nouveau les États généraux, ce qu’il redoute, sans prévoir à quel point la face du monde va en être changée.

« C’est à l’horloge de la France que vont sonner les premiers coups des nouveaux temps. » Claude Manceron, intellectuel de gauche, est fasciné par cette période comme la plupart des historiens qui « entrent en Révolution » (à commencer par Michelet, au siècle précédent). Il y consacre trente ans de sa vie, sans pouvoir achever son œuvre.

Toutes les citations qui suivent
sont commentées dans nos Chroniques.

« La grande nouvelle du jour est la convocation d’une assemblée nationale, qui produit dans le public la plus vive sensation. On voit avec autant d’admiration que de reconnaissance notre monarque appeler à lui la nation. »1247

Chroniqueur. Montesquieu et le problème de la Constitution française au XVIIIe siècle (1927), Élie Carcassonne

Assemblée des notables, 22 février 1787. On compare Louis XVI à Charlemagne ! Le roi a choisi les personnalités des trois ordres. Mais c’est un contresens de voir dans les 144 membres, en majorité nobles, les représentants de la nation.

« Tous les membres de cette Assemblée prêteront serment de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides. »1319

BEVIÈRE, MOUNIER et l’abbé SIEYÈS, Serment du Jeu de Paume, 20 juin 1789

La salle du Jeu de paume accueille les députés refoulés sur ordre du roi - menaçant de casser les délibérations du tiers devenu Assemblée nationale, il a fait fermer la salle des Menus-Plaisirs. Sans valeur juridique, ce serment a une portée symbolique considérable : il bafoue publiquement la volonté du roi.

« L’Assemblée nationale n’avait pas été députée pour faire une révolution, mais pour nous donner une constitution. »1326

RIVAROL, Journal politique national des États généraux et de la Révolution de 1789, publié cette même année

Après le serment du Jeu de paume, forte de la noblesse et du clergé venus rejoindre le tiers, l’Assemblée nationale née des États généraux se proclame Constituante, le 9 juillet. Pas encore question de révolution ni de république, les patriotes radicaux sont minoritaires. L’emballement viendra plus tard, avec la Législative et la Convention.

« Messieurs, qu’est-ce que nous avons fait ? »1340

Armand de GONTAUT, duc de Biron (1747-1793), 5 août 1789

Cri du coeur d’un aristocrate apostrophant à l’aube ses pairs, après la fameuse nuit du 4 août à l’Assemblée – militaire égaré en politique, il sera emporté par la tourmente révolutionnaire, victime de son humour.

Jacques Bainville décrit la scène dans son Histoire de France : « Dans une sorte de vertige, ce fut à qui proposerait d’immoler un privilège. Après les droits seigneuriaux, la dîme, qui avait cependant pour contrepartie les charges de l’assistance publique. »

« L’Assemblée nationale détruit entièrement le régime féodal. »1343

Décret du 11 août 1789, texte final d’Adrien Jean-François du Port, premier député de la noblesse rallié au tiers (le 25 juin)

Suite et fin du grand élan né la nuit du 4 août - abolition des privilèges. Selon François Furet, « le trait le plus important des décisions votées dans cette fameuse semaine d’août 1789 est leur caractère durable. »

« Cette maxime de la souveraineté du peuple avait pourtant si bien exalté les têtes que l’Assemblée s’abandonna tout entière au flux et reflux des motions, ainsi qu’à la fougue de ses orateurs, qui entassèrent à l’envi décrets sur décrets, ruines sur ruines, pour satisfaire le peuple. »1346

RIVAROL, Tableau historique et politique des travaux de l’Assemblée constituante (1797)

Plus d’un mois de discussions entre 1 200 députés avant le vote du texte final, remarquable. Tout le préambule et les 17 articles de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen seraient à citer. Article 1er : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits… »

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