Talleyrand : « Mettez en note que le 29 juillet 1830, à midi cinq minutes, la branche aînée des Bourbons a cessé de régner sur la France ! » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Restauration

Un trône qui se joue à qui perd gagne.

Louis-Philippe attendait son heure… Ultime suspense, le 30 juillet. Entre la branche orléaniste qu’il incarne et la République vraiment démocratique voulue par la gauche… la majorité des députés, bourgeois libéraux, préfère l’ordre plutôt que l’aventure. La Fayette, de retour pour son dernier jour de gloire, adoube le « roi-citoyen » face au peuple de Paris et consacre en même temps toute l’ambiguïté de la nouvelle Monarchie de Juillet.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Mettez en note que le 29 juillet 1830, à midi cinq minutes, la branche aînée des Bourbons a cessé de régner sur la France ! »2029

TALLEYRAND (1754-1838)

L’Esprit de M. de Talleyrand : anecdotes et bons mots (1909), Louis Thomas.

Travaillant à ses Mémoires, il entend les troupes de Marmont qui refluent sous ses fenêtres, rue de Rivoli – le Louvre est pris par les insurgés, les soldats se débandent. Le vieux pair de France, qui a vécu tous les tournants de l’histoire depuis la Révolution et survécu à tant d’épreuves, s’interrompt et dicte cette note à son secrétaire. Ce même jour, les députés font cause commune avec le peuple. C’est la « Troisième Glorieuse » de cette brève Révolution.

« Charles X a essayé de sauver la légitimité française et avec elle la légitimité européenne : il a livré la bataille et il l’a perdue […] Napoléon a eu son Waterloo, Charles X ses journées de juillet. »2030

François René de CHATEAUBRIAND (1768-1848), Mémoires d’outre-tombe (posthume)

30 juillet, Charles X retire les ordonnances. Trop tard. Thiers et Mignet font placarder un manifeste orléaniste. Louis-Philippe attend son heure, prudemment réfugié à Neuilly, puis au Raincy (…) La Fayette, septuagénaire actif, est de retour pour son dernier rendez-vous avec l’Histoire, à la tête de la garde nationale rétablie, qui occupe l’Hôtel de Ville : on hisse le drapeau tricolore.

« Habitants de Paris ! Charles X a cessé de régner sur la France ! »2031

Proclamation de la Commission municipale, 30 juillet 1830

C’est un véritable gouvernement provisoire qui a été constitué par le banquier Laffitte et Casimir Périer. Seul suspense, qui va l’emporter, de la République ou de la branche orléaniste ?

« L’opposition […] peut perdre autant de batailles qu’elle en livre, il lui suffit, comme les alliés en 1814, de vaincre une seule fois. Avec “trois glorieuses journées”, enfin, elle détruit tout. »2032

Honoré de BALZAC (1799-1850), Le Député d’Arcis (posthume, 1854)

La crainte d’un régime vraiment démocratique va pousser la majorité des députés de l’opposition, représentants d’une bourgeoisie libérale, aisée, éclairée, mais pas vraiment révolutionnaire, à « escamoter » la République et opter pour l’ordre. Le National propose de nommer roi le duc d’Orléans, « prince dévoué à la cause de la Révolution ». Toute l’ambiguïté du nouveau régime est déjà là, dans ce recours à un « roi citoyen ».

« La Charte sera désormais une vérité. »2033

LOUIS-PHILIPPE (1773-1850), Proclamation aux habitants de Paris, 31 juillet 1830. Révolution française : histoire de dix ans, 1830-1840 (1846), Louis Blanc

Le texte de la proclamation est de Guizot. Celui qui est encore le duc d’Orléans prend le même jour le titre de lieutenant général du royaume. Mais il lui faut l’aval du peuple. Il se rend donc à l’Hôtel de Ville où l’attend La Fayette, redevenu populaire comme aux grandes heures de la Révolution.

« Voilà ce que nous avons pu faire de plus républicain. »2034

LA FAYETTE (1757-1834), Hôtel de Ville, 31 juillet 1830

Rallié à la cause du duc d’Orléans, il lui donne l’accolade et fait de lui le futur roi des Français.

« Puisqu’ils ne veulent pas de moi, qu’ils se débrouillent ! »2035

Duc d’ANGOULÊME (1775-1844), dernier dauphin de l’histoire de France, château de Rambouillet, 2 août 1830

Charles X (…) abdique en faveur de son petit-fils (10 ans), le duc Henri de Bordeaux. Il signe l’acte, tend la plume à son fils aîné, Louis de France, devenu Louis XIX le temps du règne le plus court de l’histoire – quelques secondes d’hésitation (…) Il abdique à son tour en faveur de son neveu, le duc de Bordeaux - Henri V (pour les légitimistes) attendra 1871 pour faire valoir ses droits à la couronne.

« Le Dey. — Je conviens que Charles Dix
Des guerriers est le phénix,
Il combat les Algériens
En mêm’ temps qu’les Parisiens.
Charles X. — Pour rentrer dans mon Paris
Si nous n’étions pas enn’mis,
J’aurais réclamé d’tes soins
Une patrouill’ de Bédouins.
Refrain
Ça va mal, sort fatal,
Adieu le trône royal,
C’est égal, / Nous vivons, c’est l’principal. »2036

Auguste JOUHAUD (1806-1888), À ton tour Paillasse (1830), chanson

La chanson (…) réunit en un duo ironique les deux souverains qui perdent leur trône en même temps. Le 3 août, Charles X fuit, épouvanté par le bruit que fait courir le maréchal Marmont (commandant l’armée royale, désormais acquis à Louis-Philippe) : 100 000 Parisiens armés seraient à ses trousses. Charles X reprend le chemin du dernier exil. Les Bourbons ont fini de régner en France.

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