Mitterrand : « J'aime la France d'une façon charnelle... » | L’Histoire en citations
Mitterrand : « J'aime la France d'une façon charnelle... »
Citation du jour

 

Le mystère Mitterrand a beaucoup fasciné autant qu’irrité. Le personnage l’a entretenu, mais c’est un trait évident et avoué de son caractère, au plan personnel autant que public. Une seule certitude et une originalité dans le paysage politique contemporain : son opposition absolue à de Gaulle.

« J’aime la France d’une façon charnelle. Lorsqu’on me disait : « Est-ce que vous avez une certaine idée de la France ? » Je disais : « Non, ce n’est pas abstrait chez moi, je vis la France dans mes veines, je la sens avec mon odorat. » »3098

François MITTERRAND (1916-1996), émission « Bouillon de culture », France 2, 14 avril 1995

Un mois avant le terme de son second septennat, le président s’oppose encore à de Gaulle et à la première phrase des Mémoires : « Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. »

Intellectuel, homme de culture, auteur d’essais bien écrits de sa plume, Mitterrand est également un sensuel, jouisseur de toutes les choses de la vie, plaisirs de la table, beauté des paysages, balades landaises avec son labrador noir, longues marches dans Paris, tour émerveillé du monde, convivialité entre amis, conquêtes féminines… L’amour charnel pour la France se retrouve chez nos rois, à commencer par Henri IV.

Quant aux idées politiques, Mitterrand est l’un des rares Français à ne s’être jamais dit gaulliste. Homme de gauche, bien que né bourgeois de droite, il s’est choisi une filiation socialiste, mais pas marxiste : « Je préfère qu’on me situe dans la ligne de pensée de Jaurès et de Léon Blum », dira-t-il à Jean Lacouture en septembre 1987 (cité par Jean Daniel, Les Religions d’un président). Il s’est forgé une stature politique en s’opposant au plus grand adversaire de son temps : de Gaulle, revenu au pouvoir en 1958. Contre lui et « sa » Cinquième République, il écrit Le Coup d’État permanent (1964), un pamphlet, son meilleur livre selon Mitterrand : il prend date avec l’Histoire, imaginant son propre destin à travers une opposition irréductible au gaullisme.

Toutes les citations qui suivent
sont commentées dans nos Chroniques.

« Quand la France rencontre une grande idée, elles font ensemble le tour du monde. »3099

MITTERRAND, Ici et maintenant (1980)

Devenu leader de la gauche sous le septennat de Giscard qui l’a battu en 1974, il peaufine son image présidentielle et sa grande idée : rester dans l’histoire comme l’homme du « socialisme à la française », voulu exemplaire pour le monde.

« Je dissimule, je biaise, j’adoucis, j’accommode tout autant qu’il est possible. »3104

MITTERRAND, Les Années Mitterrand (1986), Serge July

Autoportrait du président. Qualité ou défaut, le trait de caractère a frappé tous les observateurs. Ça n’exclut pas des convictions fortes, sur l’Europe, la peine de mort, la politique culturelle, et certaines valeurs de la gauche.

« Vous êtes purs, parce que vous n’avez pas eu l’occasion de ne pas l’être. »3107

MITTERRAND, Premier secrétaire du PS au Congrès des Jeunesses Socialistes (JS), Pau, 1975

Étrange aveu, face aux jeunes qui devront l’aider dans la course au pouvoir ! Mais à 59 ans, pour avoir été député, sénateur et onze fois ministre sous la Quatrième, que de compromis, que d’accommodements, que d’opportunisme !

« Je ne suis pas homme à laisser la clef sous le paillasson. »3252

MITTERRAND, Déclaration du 28 avril 1985

Une victoire de la droite se profile aux législatives 1986 et le président ne perd pas une occasion de faire savoir qu’il restera à l’Élysée, même si Matignon tombe aux mains de la droite. Ce sera la fameuse cohabitation, bien gérée par lui.

« Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. »3310

MITTERRAND, derniers vœux présidentiels adressés à la nation au terme de son second septennat, 31 décembre 1994

« L’an prochain, ce sera mon successeur qui vous exprimera ses vœux. Là où je serai, je l’écouterai, le cœur plein de reconnaissance pour le peuple français qui m’aura si longtemps confié son destin. » Son cancer, de notoriété publique, dramatise ce rendez-vous annuel d’un président avec un peuple.

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