Mitterrand : « La France est notre patrie, l’Europe est notre avenir. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Les années Pompidou, Giscard d’Estaing et Mitterrand

La chute du communisme et la guerre du Golfe

Deux siècles après la Révolution française, les événements de 1989 bouleversent l’échiquier mondial et les équilibres de l’après-guerre : la chute du mur de Berlin préfigure la réunification de l’Allemagne (effective en octobre 1990), et la fin de l’URSS (décembre 1991) consacre la faillite du communisme. En 1990, la France s’engage aux côtés des États-Unis dans la (première) guerre du Golfe contre l’Irak : conflit filmé par CNN, et vécu en direct, tel un feuilleton de téléréalité (janvier 1991).

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« La France est notre patrie, l’Europe est notre avenir. »3226

François MITTERRAND (1916-1996), campagne pour les élections européennes de juin 1989. Mitterrand : une histoire de Français (1998), Jean Lacouture

Prononcés en janvier 1989, ces mots seront souvent repris, pour devenir citation. A l’époque, l’incertitude porte essentiellement sur le devenir de l’Europe de l’Est, communiste pour quelques mois encore (…) La fin du communisme et la critique du capitalisme laissent ouvert un vaste chantier, avec la question de l’identité européenne et des frontières (avec ou sans la Turquie). La foi européenne n’est plus ce qu’elle était, mais peu de causes mobilisent durablement les foules.

« C’est une vieille, très vieille République qui boitille encore sous nos yeux, une République monarchique qui s’illusionne elle-même en ses anciens atours, avec ses escortes de motards, ses huissiers à chaîne, ses complaisances de cour, et ses arrogances technocrates. »3280

Claude IMBERT (1929-2016), L’Événement du jeudi, 2 février 1989

Le directeur du Point s’exprime dans un article titré : « Faut-il croire au déclin de la politique ? » La dépolitisation – qu’on s’en réjouisse ou le déplore – semblait une des évolutions inéluctables de la société française. Les années 2000 vont démentir cette prédiction (…)

« Notre pays, c’est la planète. »3281

François MITTERRAND (1916-1996) et 24 chefs d’État et de gouvernement, signant la Déclaration de La Haye, 3 avril 1989

Mitterrand, incontestablement « européen », est-il écologiste ? Il semble qu’on n’ait plus le choix. Défi plus ambitieux que le pari européen, et plus complexe, à la fois vital (a quelle échéance ?) et planétaire.

La formule se trouve déjà dans le Rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement (1987).

Deux ans après, l’Appel de La Haye pose les bases d’une écologie globale : « Créer une autorité mondiale dotée de pouvoirs de décision et d’exécution pour sauver l’atmosphère, c’est a cela qu’ont appelé 24 pays prêts à déléguer une parcelle de leur souveraineté nationale pour le bien commun de l’humanité tout entière. » (…)

« Qui sème la division récolte le socialisme. »3282

Valéry GISCARD D’ESTAING (né en 1926), campagne pour les élections européennes du 15 juin 1989

Il a personnellement pâti de cette division en mai 1981, lors des présidentielles. Mais le slogan peut se retourner et s’appliquer à la gauche. La désunion fait fatalement la force de l’adversaire. Giscard, partisan de la construction européenne depuis ses débuts en politique, applique dans cet engagement sa logique centriste et son idée d’une « troisième voie » : entre une Europe supranationale et une Europe des États, il milite pour les États-Unis d’Europe.

Tête de liste de la droite unie (UDF et RPR), il devient député européen, et l’emporte sur la gauche unie (…)

« Je ne vais pas laisser Dieu à la porte de l’école. »3283

FATIMA (13 ans), 8 novembre 1989. Dictionnaire des citations de l’histoire de France (1990), Michèle Ressi

C’est l’affaire du Foulard (ou voile islamique) – la première qui fait la une de la presse – avec le mot d’une des trois collégiennes de Creil, mises en vedette et refusant de quitter ce « fichu foulard ».

Le foulard coranique, manifestation d’intégrisme, est devenu en France fait de société et affaire d’État, divisant les partis et mobilisant les médias. Il relance le problème de la laïcité au sein de l’école publique et alimente les querelles autour de l’immigration (…)

« Je n’ai pas peur de la réunification. L’Histoire avance, je la prends comme elle est. »3284

François MITTERRAND (1916-1996), Conférence de presse conjointe avec le chancelier Helmut Kohl, Bonn, 3 novembre 1989. Novembre 1989 : le mur de Berlin s’effondre (1999), Daniel Vernet

C’est une semaine avant l’ouverture du mur de Berlin, et sa chute. Rappelons la vision prophétique du général de Gaulle (conférence de presse, 23 juin 1963) : « Il n’est pas invraisemblable qu’un jour vienne ou une sorte de compréhension s’établisse par-dessus les idéologies, toutes plus ou moins périmées, de manière à ce que d’abord la détente, et puis l’entente, et puis qui sait, la coopération s’établisse, pour commencer, d’un bout à l’autre de l’Europe. » (…)

« L’histoire va plus vite que nous ne le croyons et elle ne cessera jamais de nous rire au nez. »3285

Jean-Denis BREDIN (né en 1929), émission « Les Années Express », TF1, 10 novembre 1989

Conclusion de l’émission fêtant la publication du numéro 2001 de l’hebdomadaire créé en mai 1953 et survolant l’histoire contemporaine. Bredin, qui travaille comme avocat d’affaires avec Badinter, s’est également consacré aux « grandes causes historiques », comme l’affaire Dreyfus, le procès de Mendès France (en 1941), le procès de Riom (en 1942).

« Nous ne pouvons pas héberger en France toute la misère du monde. »3286

Michel ROCARD (1930-2016), émission « 7 sur 7 », TF1, 3 décembre 1989

(…) La phrase est reprise sous diverses formes, dans d’autres contextes et par d’autres acteurs politiques, cependant que les socialistes accusent l’un des leurs d’abandonner les valeurs de la gauche. Rocard va donc préciser, dans la même émission de TF1, le 4 juillet 1993 : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre fidèlement sa part. » (…)

« Je préfère mes filles à mes nièces, mes nièces à mes cousines, mes cousines à mes voisines, mes voisines à des inconnus et des inconnus à mes ennemis. »3287

Jean-Marie LE PEN (né en 1928), émission « Le Divan » d’Henry Chapier, France 3, 9 décembre 1989

Une phrase leitmotiv, partout répétée, et surtout revendiquée par son auteur. Qui persiste, signe et « récidive » avec sa fille, Marine (…)

« Si l’on veut effectivement changer en profondeur la société, il faut savoir, selon la belle expression de François Mitterrand, “donner du temps au temps”. “Savoir au juste la quantité d’avenir qu’on peut introduire dans le présent, c’est là tout le secret d’un grand gouvernement”, écrivait voici un siècle Victor Hugo. »3288

Michel ROCARD (1930-2016), Premier ministre, Discours à la Convention nationale des clubs « Forum et convaincre », 27 janvier 1990

Dans un discours dont le fond et la forme tranchent sur les discours politiques trop souvent limités à la « petite phrase », Rocard cite deux autorités morales.

« Rappelez-vous ce mot de Napoléon Ier : “Tout État fait la politique de sa géographie.” »3289

François MITTERRAND (1916-1996), émission « 7 sur 7 », TF1, 25 mars 1990

Mitterrand est connu pour sa culture générale, rien d’étonnant à voir une citation et une référence historiques, dans ce discours politique contemporain. « Notre géographie comporte le voisinage de l’Allemagne qui est un voisin très puissant, très multiple, très nombreux. Et puis, il y a les autres voisinages, l’Europe tout simplement, et si l’on veut dominer le problème allemand, il faut désormais dépasser le problème du couple franco-allemand. » (…)

« La logique de la guerre risque de nous éloigner chaque jour des objectifs fixés par les Nations Unies. »3290

Jean-Pierre CHEVÈNEMENT (né en 1939), ministre de la Défense, lettre de démission, 16 janvier 1991. La Diagonale du Golfe (1991), Serge July

Ce même jour, et conformément à diverses résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU (août 1990), l’Assemblée nationale et le Sénat approuvent la déclaration du Premier ministre Michel Rocard, prévoyant le recours à la force pour libérer le Koweit, annexé par l’Irak de Saddam Hussein. Le 17 janvier, l’aviation française participe aux premiers bombardements (…)

« Ce que l’on expérimente au Proche-Orient, ce ne sont pas simplement de nouveaux types d’armes, de nouveaux médias, mais une nouvelle forme de guerre. »3291

Serge JULY (né en 1942), Libération, 21 janvier 1991

C’est donc la guerre du Golfe (août 1990-février 1991). La France, en la personne du président Mitterrand, y va sans entrain, mais elle suit les États-Unis. Est-ce pour faire accepter cette guerre à l’opinion que naît le concept de « guerre propre », associé a celui de « guerre éclair » ? Pari réussi ! Le téléspectateur-citoyen, fasciné durant quelques jours, surtout le soir, assiste en temps réel à l’action titrée « Tempête du désert » (…)

« Certes, en annexant le Koweït et en refusant de l’évacuer, l’Irak commettait un délit qui devait être sanctionné, mais qu’un ensemble de nations s’arroge à la fois le privilège de dire le droit, de le faire respecter par une avalanche de bombes, de décider arbitrairement de poursuivre indéfiniment des sanctions imposées par la force et de juger de l’ampleur du châtiment “mérité” par l’auteur du délit, voilà qui traduit une conception excessive de ce soi-disant droit d’ingérence. »3292

Pierre-Marie GALLOIS (1911-2010), Le Sang du pétrole : guerres d’Irak 1990-2003 (2003)

Le général Gallois résume d’une phrase l’opération militaire de la guerre du Golfe, et le problème qu’elle pose. Reste la grande question : faut-il ou pas intervenir, et quand, et comment ? Droit ou devoir d’ingérence, cette terminologie franco-française utilisée dans la période interventionniste des années 1990 est vue avec méfiance sur la scène internationale (…)

« Si ça vous amuse… »3293

François MITTERRAND (1916-1996), accueillant avec un mépris agacé les propositions du Premier ministre, jusqu’au jour où il lui demande sa démission, 15 mai 1991. C’est aussi le titre des Mémoires de Michel ROCARD (1930-2016)

(…) Ces relations conflictuelles ont naturellement gêné l’action du Premier ministre, au bilan certes positif, mais incomplet. Rocard incarne la « deuxième gauche, décentralisatrice, régionaliste, héritière de la tradition autogestionnaire, qui prend en compte les démarches participatives des citoyens, en opposition à une première gauche, jacobine, centralisatrice et étatique » (les mots de Rocard en 1977, au congres de Nantes du Parti socialiste).

C’est un rendez-vous raté avec l’histoire, pour la gauche et le socialisme, pour Rocard et pour la France. Malgré sa popularité, les jeux politiciens l’empêcheront de se présenter aux prochaines présidentielles, comme si l’ombre de Mitterrand planait toujours (…)

« La Bourse, j’en ai rien à cirer. »3294

Édith CRESSON (née en 1934), Premier ministre, Journal du Dimanche, 19 mai 1991

Socialiste et mitterrandienne depuis toujours, plusieurs fois ministre depuis dix ans, opposée en tout au gouvernement de Rocard dont elle a d’ailleurs démissionné, elle le remplace à Matignon, le 15 mai 1991, et les cours flanchent (…)

L’état de grâce va être court. La presse ne la ménage pas, les « éléphants du PS » lui savonnent la planche, on discute sa légitimité, sa nomination ne serait que « le fait du Prince ». Sexisme, sans doute, mais l’impréparation est totale, à la tête de ce gouvernement. La première nomination d’une femme au poste de Premier ministre en France se termine vite et mal. Elle devra démissionner au bout de dix mois, remplacée par Pierre Bérégovoy, le technicien.

« Le bruit et l’odeur. »3295

Jacques CHIRAC (né en 1932), Orléans, 19 juin 1991. Le Monde, 21 juin 1991

Maire de Paris et président du RPR (Rassemblement pour la République), Chirac participe à un dîner-débat du parti, devant 1 300 militants et sympathisants.

Ces quelques mots devenus citation, et « tube » du groupe Zebda, contredisent l’idée généreuse du « contact humain, véhicule essentiel de la démocratie » (…)

« Je suis responsable, mais pas coupable. »3296

Georgina DUFOIX (née en 1942), résumant sa position de ministre des Affaires sociales dans l’affaire du sang contaminé, TF1, 4 novembre 1991

Plus de 6 000 hémophiles ont été contaminés par le virus du sida, entre 1982 et 1985.

Le scandale éclate en avril 1991 : un article dans L’Événement du jeudi incrimine le CNTS (Centre national de transfusion sanguine) qui savait le danger, dès 1984 (…)

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