Morny : « Une opération de police un peu rude. » | L’Histoire en citations
Chronique du jour

 

Deuxième République

Le coup d’État du 2 décembre - on est superstitieux dans la famille et ça passe, sans trop de casse.

Louis-Napoléon Bonaparte ne peut pas légalement être réélu président de la République et n’aime d’ailleurs pas la République. Il prépare et réussit son coup d’État, 2 décembre 1851. Un plébiscite ratifie à une écrasante majorité « cette opération de police un peu rude » qui a dissous l’Assemblée nationale et rétabli le suffrage censitaire. Hugo, pour éviter la prison, part pour un exil de presque vingt ans.

Les commentaires sont allégés, les coupes signalées (…) Retrouvez l’intégralité dans nos Chroniques de l’Histoire en citations.

« Une opération de police un peu rude. »2216

Duc de MORNY (1811-1865), ministre de l’Intérieur (et demi-frère de Louis-Napoléon) qualifiant le coup d’État du 2 décembre 1851.
Mot attribué plus tard, selon certaines sources, à l’écrivain Eugène-Melchior de VOGÜÉ (1848-1910)

Dans la nuit du 1er au 2, il y a bal à l’Élysée. La troupe envahit le palais Bourbon, un « Appel au peuple et aux soldats » s’affiche sur les murs, avec deux décrets : état de siège, dissolution de l’Assemblée et rétablissement du suffrage universel ; appel des Français à un plébiscite pour reconnaître l’autorité de Louis-Napoléon Bonaparte. Le 2, arrestation de députés, dispersion de manifestants, tandis qu’un Comité de résistance, animé par Hugo, Schœlcher et Jules Favre, tente de soulever le peuple de Paris.

« Vous allez voir comment on meurt pour 25 francs. »2217

Alphonse BAUDIN (1811-1851), député, appelant le peuple à la lutte, sur une barricade de la rue Sainte-Marguerite, 3 décembre 1851

(L’indemnité parlementaire est de 25 francs, le salaire ouvrier atteint rarement 5 francs par jour). Médecin des pauvres, le député Baudin s’efforce de mobiliser la foule. Il appelle un homme à la lutte, qui se dérobe : « Nous ne voulons pas nous faire tuer pour vous garder vos 25 francs par jour ! » D’où la réplique. Un coup de feu part, la troupe riposte, Baudin tombe, mortellement blessé, à côté d’un ouvrier. La nouvelle suscite d’autres barricades, d’autres morts (…)

« Oui, le 2 décembre, autour d’un prétendant, se sont groupés des hommes que la France ne connaissait pas jusque-là, qui n’avaient ni talent, ni honneur, ni rang, ni situation […] de ces gens dont on peut répéter ce que Cicéron a dit de la tourbe qui entourait Catilina : un tas d’hommes perdus de dettes et de crimes ! »2218

Léon GAMBETTA (1838-1882). Histoire du Second Empire (1916), Pierre de la Gorce

Avocat de Delescluzes, Gambetta plaidera en ces termes le 14 novembre 1868, au procès d’opposants au régime impérial, coupables d’avoir lancé une souscription pour élever un monument au député Baudin, tombé sur une barricade. Hugo, exilé, rend compte du coup d’État du 2 décembre, dans L’Histoire d’un crime et Napoléon le Petit, pamphlet dénonçant les ambitions dictatoriales du nouveau maître de la France.

« Nous n’avons pas su garder le gouvernement libre, sachons supporter le pouvoir nécessaire ; il a aujourd’hui une mission de flagellation, d’expiation et de répression de l’anarchie que nul autre que lui ne saurait accomplir. »2219

François GUIZOT (1787-1874), au lendemain du coup d’État du 2 décembre 1851. Histoire de la France : les temps nouveaux, de 1852 à nos jours (1971), Georges Duby

Il parle en témoin et historien de son temps, ne jouant plus aucun rôle politique. Morny a constitué un ministère avec les hommes du Président, dès le 4 décembre. La répression des rébellions républicaines va engendrer une Terreur blanche : pas de vrai soulèvement populaire à Paris, mais la province, les paysans surtout, opposent une résistance violente. 32 départements mis en état de siège, 27 000 arrestations, 10 000 condamnations (…) Le mouvement républicain est décapité pour longtemps (…)

« La France a compris que je n’étais sorti de la légalité que pour entrer dans le droit. Plus de sept millions de suffrages viennent de m’absoudre… »2220

Louis-Napoléon BONAPARTE (1808-1873), plébiscité les 21 et 22 décembre 1851

Le pays (au suffrage universel rétabli) approuve massivement le coup d’État : 7 439 216 oui contre 640 737 non. Mais c’est un scrutin sous haute surveillance, et l’opinion publique est manipulée.

« Qu’importe ce qui m’arrive ? J’ai été exilé de France pour avoir combattu le guet-apens de décembre […] Je suis exilé de Belgique pour avoir fait Napoléon le Petit. Eh bien ! je suis banni deux fois, voilà tout. Monsieur Bonaparte m’a traqué à Paris, il me traque à Bruxelles ; le crime se défend, c’est tout simple. »2221

Victor HUGO (1802-1885), Pendant l’exil (écrits et discours de 1852-1870)

Hugo a fui le 11 décembre 1851, pour éviter d’être arrêté. L’exil commence. Il va durer près de vingt ans, avant le triste retour au lendemain de l’abdication de l’empereur, en pleine guerre, à la veille de la défaite et de la Commune.

« Louis Bonaparte […] ne connaissait qu’une chose, son but […] Toute sa politique était là. Écraser les républicains, dédaigner les royalistes. »2222

Victor HUGO (1802-1885), Histoire d’un crime (1877)

Ainsi résume-t-il la politique du nouvel homme fort, entre le coup d’État du 2 décembre 1851 et le rétablissement de l’Empire à son profit, en novembre 1852.

« Une constitution doit être faite uniquement pour la nation à laquelle on veut l’adapter. Elle doit être comme un vêtement qui, pour être bien fait, ne doit aller qu’à un seul homme. »2223

Louis-Napoléon BONAPARTE (1808-1873). Les Trois coups d’État de Louis Napoléon Bonaparte (1906), André Lebey

La Constitution de 1852, rédigée en quelques jours, promulguée le 14 janvier, est un sur-mesure pour Louis-Napoléon : le président reçoit « le gouvernement de la République française pour dix ans […] avec l’initiative et la promulgation des lois ». On retrouve le système des deux assemblées, Corps législatif et Sénat, aux pouvoirs très réduits. C’est un « copié-collé » de la Constitution de l’an VIII, celle du Consulat né du coup d’État du 18 Brumaire. L’histoire se répète (…)

« C’est le premier vol de l’Aigle ! »2224

André Marie Jean Jacques DUPIN (1783-1865), 22 janvier 1852

Jouant sur le mot « vol », ce magistrat qui présida la Législative en 1849 et sera sénateur sous l’Empire, parle du décret pris par le prince Louis-Napoléon Bonaparte, portant confiscation des biens de la maison d’Orléans, le 22 janvier 1852. Le même jour, il démissionne de ses fonctions à la Cour de cassation.

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